LI.KVATIU.N SIU SAINTE M.VDKI.KINE. — ClIAP. X
rirquenon pns lo pécliu, mais mourir d'une in(>rl préfi'Tnblc à la vie.
(lelie sorte do mort est enclose dans la grfli'o comiiuitK,' et ordin.iire , selon ln<nudlo saint Paul dit h tous les (;iir(''tit'fis : Hxistiviute vos tnorluDS esse peccato , vivcnlcs autem Deo. [Hom. vi, 11.) (lar celte giAt.-e nous rend morts et vivants tout enscinhle, moris h la mort, viv.ints h la vie; lelleiiient (luo nous apprenons par les éléiuenls de la pliiloso|thie (liiélicnue (jue la vie et la mort, deux choses si l'on contraires , se trouvent en môme temps en un môme sujet et dans une môme Ame.
III. (Jue si de la grûce commune nous passons à une grûce ôminenle, nous trouverons encore que cette sorte de giûre établit une sorte do mort, (jui lui est propre et convient à son cminence. Kl comme c'est la justice et la miséricorde de Dieu (jui font los deux sortes de mort préiédenles, c'est la sainteté de Dieu (}ui l'ait cette sorte de mort rare et divine <lans les Ames, t^ar commn cette sainteté que Dieu a en soi-môme le sépare do tout ce ([ni est hors de lui , quoique saint et parfait, aussi elle établit dans les ûmes rares et saintes une séparation de tout ce (jui est hors do Dieu pour adhérer à Dieu, non en ses elfets, mais en lui-môme; pour adhérer, dis-je , h Dieu, non en la séiMïration lie leurs olfenscs, car le feu d'amour les a toutes consommées, mais en la séparalion des dons et elfets excellents de Dieu niéme, pour être unie à Dieu par lui-môme. Celle séparation fait une mort dans ces âmes, une mort non au regard de la mort, mais au regard de la vie, non au regard de la nature, mais au regard de la grâce» cl au regard de la grâce excellente (jui donnait vie à ces âmes. Ce qui élève ces âmes vives et mourantes jusqu'au trône de la sainteté de Dieii et leur donne entrée en une solitude intérieure et divine, qui adore et imite la solitude et singularité de Dieu en soi-même.
Ce discours serait bien digne du désert et de la solitude tie la Madeleine, si les es[)rils du siècle le pouvaient porter, et s'il ne nous lallail rentrer au pro[)os de la vie et de la raorl , qui est dans l'état de la grâce. Car pourquoi tant de mort où il y a tant de vie ? C'esl le secret de la philosophie chrétienne. Elle nous apprend que les cec^urs navrés d'amour divin et les esprits immortels meurent ici-bas tout vivants d'une morl vraiment sainte, qui adore une mort vraiment divine, c'est-à-dire la mort de l'Homme-Dieu. De celte morl divine procède la grâce du ehrislianisme. C'esl aussi le propre de cette grâce acquise par la mort de Jésus , de donner vie et mort tout ensemble à ses enfants. Leur Père et l'auteur de cette grâce l'a produite en vivant et mourant, et nous l'adorons en l'état de la vie et de la mort, et il opère aussi dans les siens mort et vie, en l'honneur de lui-même et en conforiuité de ses états divins. Etats de vie et de mort adorable et divine.
IV. Ce qu'il fait donc par la condition propre de son état et de sa tjrâce, il le fait main-
tenant en Madc'cine, mais on excès ol avec avantage digne de la grâre et de l'amour do cette Ame. Il la fait vivre et mourir; il la fait vivri' en mourant , «t juourir en vivant; il la fait vivre (rime vie, et mourir d'une m(»rl singulière ; et il ne la fait vivre en co désert que pour mourir, c'esi-.'i-dire pour sentir p.ir un excès iJ'aiiiour ramcrluine do la privation de Jé>us, dans un amour si vif cl si grand de Jésus. Car Jésus est sa vie, cl il est plus sa vie f|ue sa |)ropre vie, et il est sa vie en une manière bien |tlus vive et |dus cx<elleiile, puisipje la grâce surpasse la nature, et la grâce de .Madeleine surpasse tant de grâces , et (jii 'elle a dans son ca-iir une source de grâce si vive, si haute et si émineido. Jésus donc est sa vie, et sa vraie vie, et sa vie pour jamais. Or par grâce el jiar amour elle oA privée de Jésus, et d'une privation qui la lie el la livre de plus en plus à Jésus , non pour la contenter, mais {)Our l'angoisser davantage , en la rendant plus vive et plus sensible h cette privation. El:e est donc privée de sa vie , el d'une telle vie ; el cette privation est une mort, |)uisque la mort n'est que privation de vie. 0 vie 1 ô morl ! ô vie naissante de la mort l puisfjue c'est une mort de grâce et d'amour qui donne amour et vie. O mort vivante el immortelle 1 puisqu'elle fait vivre en mourant , en mourant, dis-je , d'une morl plus vive et plus excellente que la vie. O morl nouvelle et heureuse 1 [)uisqu'en la morl elle a le privilège de la vie , qui est d'aimer et de croître en l'amour : ce qui ne convient ni à la mort nia la vie môme des bienheureux. Et c'est le dessein de Jésus par celle sorte de vie et de mort nouvelle en la terre, inconnue au ciel, favorable en son amour, d'élever celle âme choisie à un nouvel amour et à un état et degré si haut el si sublime , que les séra- })hins le révèrent, que les anges l'admirent, el que les hommes ne peuvent sinon l'ignorer en la terre. Mais c'est ainsi que Jésus fa'it des merveilles; c'esl par ces voies nouvelles, dignes de la sapience, que Jésus fait dans la terre et dans le ciel un chef-d'œuvre de sa grâce et de son amour à toute éternité ; c'e^t une des inventions admirables de l'esprit de Jésus que son pro[)hète nous commande de révérer cl annoncera la terre: Notas facile in populis adinientiones ejus. {Isa. xii, 4.)
V. Madeleine donc est en la terre, et Jésus est au ciel. Madeleine quille l;i Judée, car son Sauveur n'v est plus. Madeleine ne veut vivre en terre , car elle n'y voit plus Jésus. Madeleine ne peut aller au ciel où il est, car le cor|)S l'en empêche. Ainsi elle est, elle vit, elle meurt suspendue entre le ciel et la terre, séparée de la terre par son amour, séparée du ciel par son impuissance. Mais si son corps est en la terre, son esfiril, son amour et sa vie est au ciel, et n'estqu'au ciel ; et si la condition de la nature la tient liée au corps et à la terre , l'éminence de la grâce l'élève [)ar-dessus la terre, par-dessus elle-même cl par-dessus les cieux, el l'unit à Jésus. El si son impuissance l'arrête , elle
lire des forces de sa faiblesse, et son impuissance ne sert qu'à son amour, la rendant plus puissante à aimer et à l'élever à la sui)limité et [irincipaulé d'amour, que Jésus lui prépare et lui réserve dans le ciel. Kt comme son esprit va prenant vie, force et amour en Jésus, son corps va tous les jours se consommant comme un nouveau phénix dans les flammes d'un amour |)uissant, divin et céleste. O vie ! ô mort ! 6 amour! ô' amour plus fort que la vie et ([ue la mort 1 Car cet amour fait vivre dans la mort et mourir dans la vie, et au lieu que la mort séjiare et n'unit pas, et la vie unit et ne séjkTre pas , cet amour unit et sépare tout ensemble ; et ce qui surpasse l'admiration, il unit en sé|)arant, et fait durant trente ans ce divin office en Madeleine , l'unissant à Jésus en la séparant de Jésus durant un si long cours d'années.