XXXIII
XIV. L'histoire ecclésiastique nous apprend que saint Augustin en son siècle, fut iUîcusé en fait de doctrine par des personnes célèbres en son temps, et que celte grande lumière a eu ses ombres, ses oppositions et ses calomnies, pour avoir publié certains l'oints, qui paraissaient nouveaux à ceux qui ne les avaient pas lus comme lui en l'Ecrilure. Etioutetuis (o mal heur de celle vie ! à puissance de l'esprit d'envie !} ce divin
Esprit était l'esprit le plus lort et le plus élevé, et la lumière la plus grande que Dieu ait posée sur le chandelier de son Eglise en son siècle, et en tous les siècles qui ont suivi jusqu'à nous. Et ce nonobstant il n'a pu éviter les atteintes et les accusations atroces, et ce dissipateurdes hérésies est accusé d'erreur et d'hérésie. Dieu l'ayant ainsi permis en un sujet si éminent cl si célèbre, pour la consolation des moindres. Mais Dieu, qui veille sur les oppressés, suscita un pasteur et j^rélat français en ces quartiers de Proven(^e pour le défendre, le docle Prosper, que quelques-uns de noire temps disenlêlre le plus savant de son siècle, la seconde âme de saint Augustin, et le phénix renaissant de ses cendres. Je supplie le lecteur, puis qu'en ma petitesse j'ai l'honneur d'avoir quelque parla l'injure faite en son temps à ce grand prélat d'Afrique et docteur de l'Eglise, et puisqu'à cette occasion je dois parler et me plaindre, me i^ermettre d'em[)runter la voix de ce prélat français et d'em[>loyer ses paroles pour dire et avec lui et par lui à ces n;essieurs les auteurs des discours et libelles passés : Unde hœc diligentia tam sevcri cxarsit examinis ? Unde in hanc ansleritalem supcrcilium tam tetricœ fronlis se armavil ? i't mcjisitras serisuum, pondéra locutionum, numéros syllabarum insidiosus scrutator cvcntHet ymagnumque se aliquid conficere prœsumat si calfiolico homini njtain ei-roris affigat, etc. « D'oii s'est allumée la diligence d'un si rigide examen ? D'où est-ce que le sourcil d'un visage si sévère s'est armé d'une si grande austérité? Qu'un examinateur couvert et déguisé aille épluchant par embûches la mesure des sens, le [loidi des paroles, le nombre des syllabes, et qu'il présume avoir fait quelque chose de grand, s'il peut parce moyen im[)uier faussement quelque note d'erreur à une personne catholique. » [Prcvfal.ia librum de Graiia Dei.) XV. La mauvaise volonté de celui que l'Ecriture appelle /Hi»!?c((s/iomo, parait à semer zizanie et à condamner cet écrit; et aussi la conduite de Dieu paraît sur cet écrit, en multi[)iiant les approljalions par les voies par les(pielles on en veut tirer quelque censure en France. Et parmi ces combats, ces discours, ces libelles, nous demeurons en silence, en patience, sans parler, sans ré- ]/liquer ; non par faute de personnes propres à faire de meilleures i)ièces que des factums, et capables de parler et de répondre en diverses langues : mais par dessein et par conduite, sachant qu'il est toujours temps de pâtir, et n'est pas toujours temps de se défendre. Ainsi nous laissons ces messieurs en j>aix et en repos, et ils suivent leurs mouvements, ils continuent leurs |>ropos offensifs, ils déchirent messeigneurs les évoques et messieurs les docteurs qui ont aj)prouvé cet écrit, lequel ils promènent partout indignement. Toujours excès et iin- |)Osilions, toujours libelles et avis salutaires, toujours discours et calomnies : moyens injustes pour appuyer aussi des desseins peu justes.
VdXX A JESL'S ET A MARIE. — PERSECLTIONS QLILS ONT EXCITEES.
lll liX'C oeulis Dcus ysiiicis M-quis?
(Vinr.iL., .viteid., iv, 7*72.)
XVI. Ce profédi'' lirericicux ( jo pourrai» dii-' pis sans cxcùs ) «oiiliiiuc [i.ir Tespacu (le trois ans, au préjudice, non du moi .scu- IcniiMil, mais d'um- (ongré^ation (pii nous est conjointe, <,'l à liKpiclle il a plu 'i Dieu donner en ee temps (pielipio nom, (pielque rrédit, (|uel(iue puissarn c, au moins pour se dél'endic. Co |)ron''dé est aussi supporté durant re temps en patienee el en si-leiice d(! notre part el sans répli(|ue d'aucun d'entre nous, non par faute du matière, mais par dé>ir d'Iionorer Jésus en son sacre sileme, iorsiju'il fut accusé; et pour donjicr loisir à ces esprits ardents (h; rentrer en eux-mômes el en leur ilevoir. .Mais ce remèd(; est inutile, ils prennent le silence el la modestie j'oiir faiblesse, ils s'en élèvent davantni^e, leurs paroles el leurs excès en augmentent; ils intéress«'nt même messeigneurs les prélats el messieurs les do( leurs qui l'uni a[)prouvé, en les accusant d'erreur.
Aiiilnx J;i|ioti ^'enus.
(HdHAT , t'unii. lit). I, oii. S, 27.) Monseigneur de Nantes, (jui avait approuvé ce papier dé dévoiionenassemhlée publique, croit, après un si long temps de silence et do patience, devoir à soi-même et 5 sa qualité, devoir à ceux qui l'ont a|)prouvé comme lui, devoir encore à la vérité ojiprimée par audace et. par calomnie , une comj)laiule à Mgr le cardinal Bentivoglio, canlinal du Saint-Odicc, cardinal informé île ces aîfaires, cardinal connaissant les uns et les autres. Il lui écrit pour arrêter ces plumes ei ces langues qui se licencient au préjudice de leur condition, au scandale de l'Kglise, au mépris des docteurs et des prélats qu'ils devraient révérer comme leur> maîtres el leurs juges. Cette lettre est bien reçue el en France et à Rome, pour le mérite de son auteur, |)Our la délicatesse de ses conccplions, pour l'élégance de son style, pour la solidité de son discours, pour la i»ointc de ses rencontres, [)our ringénuilé de sa défense. On oppose à ce latin excellent un mauvais français ; à ces raisons solides de nouvelles ignorances; à celle autorité, lies injures ; à un hom i e célèbre en son siècle el en rKuroiie^un homme obscur fit inconnu en son teiujjs et en la France ; el à la patience de trois ans, une continuée insolence, alin que la cause se finisse par la même voie et |)ar le même esprit qui lui a donné commencement.
XVII. N'avez-vous point, Messieurs, d'au- Ires antagonistes à opposer h ce grand |)rélat, prélat si éloipient el si savant, que cet ami contrefait de vérité ? Si vous on avez de meilleurs, à quel usage les gardez-vous ? si vous n'en avez [loini, le silence ne.>l-il pas aussi uon (jue les naroles de cet auteur? auteur si savant, qu il ne peut réponcJre qu'en français à une épîire laiine. el à une épilre de trois pages ; auteur si savant, qu'il ne sait pas même traduire les textes latins qu'il Pllègue, sans équivoque el sans ignorance, comme il est évident aux lecteurs, et comme il est prcmvé ailleurs ; auteur si savant,
qu'il prend un si vie excellent en ce siècle, pour un latin de IMauleet d'Apulée : tant il est déli«at en ces discernements, tant il a do I art avec le génie d<'s oiseaux de Diomè le qui discernaient les élégants de leur siècle d'avec les barbares. On disait d'un ancien auteur, (|L.'e les ignorants lisaient ses livre.s pour les paroles, el les doctes les lisaient pour les i;lioses ; mais cet auteur inconnu ne sera lu ni pour les choses ni pour les paroles, comme il est manifeste à tous ceux (pii I rendifjiil la peine de le lire. Ceux-là seulement qui auront besoin d'apprcMuIre des injures, proliteronl en col écrit, faible en discours, f(jrl en ijisolence, stérile en malière el fécond en injures ; voire le |>lus injurieux el le plus«lénué d'esprit et de sens en. ses injures, <pji ait été produite!) ce siècle.
XN 111. .\ce torrent d'injures qu'il répand contre nwji, je ne veux opposer que les paroles de saiiil Augu.^tiii à un semblable < alomniateur : Non expuvescis quod scriptum est: Neffue vialedici rcijnuin Dei possidebunt f nei/ue eiiiin tam fœda convicia nihil te adjuvaittia, nisi utulcdiccndilibidine, lorjuereris : « Ne vous elliayez-vous point de ce qui est écrit? Que les nitdisants ne posséderont point le royaume de Dieu {K^or. \i,lO), car vous no jirononceriez pas des paroles si outrageuses, el (jui ne vous servent de rien, si vous n'y étiez poussé d'un appétit déréglé de médire. » A ce déluge de paroles insolentes et outrageuses qu'il vomit contre Mgr i'évêque de Nantes, que dirai-je, ou [)lulùt que no dirai-je point? Je dois el veux parler à cet auteur si licencieux en ses paroles. Ditesnous donc, ô ami de vérité (ce serait bien assez de vous en qualifler disciple); uiaisdites-nou.s, mauvais disciple el ami contrefait de vérité, si c'est la vérité qui est Jésus- Christ même, lequel vous a appris de parler cl d'écrire ainsi en l'Eglise de Dieu, à un qu'il a mis pour prélat en son Eglise ? .\vezvous lu ces enseignements el ces exem[)les dans les livres de la vérité , qui sont les Evangiles et les Ecritures saintes? J'y apprends le contraire. Je lis en l'Evangile que Jésus, qui est la vérité, el qui est le juge de nos œuvres et de nos paroles, dit : Qui dixerit fratri suo, racha, etc. ( 3Iatth.\y i22), c'est-à-dire qui dira la moindre parole injurieuse, sera coupable de la géhenne du feu : el combien dites-vous pis à celui qui vous tient lieu de Père? car les évêques sont les Pères des Chrétiens, des prêtres et des religieux de la terre.
XIX. Je lis en l'Ecriture, que saint Michel [)arlant au diable mêuit; : ISioii est ausus inferre judicium blasphemiœ [Jud. 9j ; n'osa jeter sentence de blasphème. C'est un a[tô- Ire, un discifile, un ami de la vérité, qui nous apprend ce secret el ce res()ecl de l'ange même envers un diable. Cet ange, ce grand ange, ce prince entre les anges, le prince de la milice céleste , la première créature qui entre toutes les créatures a été lidèle à sou Créateur, el lui a servi à maintenir les anges en leur tidélilé. Primauté reniarquable en ce grand ange, et honorée
OEU.VllES COMPLETES DU CARDINAL DE BERULLE,
aussi de Dieu qui l'a fait le premier de tous les anges établis en la gloire, et établi tuteur en la terre de l'Eglise du Fils de Dieu. Cet ange donc, et le premier de tous les anges, ayant à disputer avec le diable, sur le sujet du corps de Moïse, ne voulut pas lui dire un seul opprobre, bien qu'il fût ennemi de Dieu et séparé de Dieu pour jamais, et son ennemi particulier, vaincu par lui en ce combat premier rendu au ciel, entre les anges fidèles et infidèles à leur souverain : mais il se; contenta de lui dire : Imperet tibi Vominus, selon le témoignage de l'un des douze apôtres du Fils de Dieu. Et cet auteur, et auteur inconnu, ou plutôt assez connu en son écrit, plein d"insutiisance et d'immodestie, cet auteur, dis-je, |;arlant non à un démon, mais à un des anges et archanges que Dieu a envoyés à son Eglise ( car les prêtres sont anges, et les évoques sont des archanges commandants à des anges et à ceux qui gardent en leurs lèvres la science de salut, la loi de Dieu); cet auteur parlant non h l'ennemi de Dieu, mais à un jirince de la milice du Fils de Dieu (car les évoques sont j)rinccs dans son Etat et son royaume, t^tdans l'armée du Dieu dos armées), lui ose impropérer une Iliade d'injures et d'opprobres, et no trouve point nssoz de superlatifs pour exprimer l'igaorance. Terreur, l'hérésie do l'une des plus belles lumières qui éclaire le ciel de l'Eglise de France, de l'une des plus fortes et j)lus résonnantes lrom|)eltes de la parole de Dieu, et de l'un des plus grands ornements de la théologie en son siècle.
XX. Je lis, en l'Ecriture, et apprends, dans l'Hiitoiro des apôtres, que celte modestie, observée par le prince de la milice du ciel, même au regard du diable, et rapportée |)ar un apôtre à l'Eglise de Dieu, a été aussi imitée en la terre j^ar la [irimitive Eglise, même au regard des déités païennes; car les premiers docteurs et les évangélistes de la religion chrétienne au monde parlent modestement et sans injures des faux dieux ipio la même religion toutefois venait combattre £t chasser de la terre, pour respecter, |)ai' cette modestie, l'ombre de la Divinité, même ftn ceux qui en étaient si séparés et qui étaient les ennemis de la Divinité : tant cette .ombre de Dieu mérite d'être resjjectée où ^lle est, puisqu'elle est respectée même où elle n'est pas. Et toutefois, cet auteur, peu yersé en l'école de saint Michel et mal apj)ris en l'école de l'Eglise, traite outrageusement ceux qui sont l'iniage vive de l'autorité de Dieu en son Eglise; ceux qui portent le caractère du Fils unique de Dieu imprimé en leurs âmes et imprimé doublement par le baptême et par le sacrement d'ordre, et qui, par icelui, ont i)uissance sur chose si sainte et si sacrée, comme sur le cor|)s et l'esprit du Fils de Dieu, communiqué par leurs mains et par leur bouche au monde. Ce trait des Actes est digne d'être observé, c'est pourquoi je ne me contenterai pas de le coter: Je le rapporterai et le fortifierai uc la remarque d'un grand homme de ce
siècle, prêtre de TOratoire, cardinal de la sainte Eglise, l'illustrissime cardinal Baronius, que les i)ugueiiOts mêmes, écrivant contre lui, af>pellent : Sui sœculi facile primnrium. Ce texte donc rend ce témoignage public dans les Actes, à la modestie des ap/ôtres : Adduxisli hoinines istos ncque sacrilegos, neqne blasphémantes deam vestram {Act. XIX, 37), qui était toutefois une divinité fausse : ce que Baronius éclaircil et confirme par un texte de Josèphe contre Appion, liv. II : Nos ter lyios est propria custodire, non aliéna potins accusare, et ut ncque ridere , ncque blasphcmare debeamus eos qui apud alios putantur dii, aperte nobis legislator inlerdixit, propter ipsam apellationem; et ajoute que c'était le commun sens et intelligence de cette parole, diisnon detrahes, par laquelle les premiers Chrétiens se tenaient obligés de ne point parler outrageusement des dieux des gentils. Telle était donc la modestie des premiers Chrétiens, même au regard des déliés païennes, imitant la modestie de saint Michel, même au regard du diable: et, telle était l'intelligence et la pratique en la primitive Eglise, de cette parole, dtis non detrahes. Et toutefois, ce nouveau Chrétien et mauvais docteur se rend outrageux, au regard de ceux que le Fils de Dieu nomme dieux et fait dieux en son Eglise, et fait dieux en un sens haut et véritable, car c'est la vérité môme qui dit : Ego dixi : Diiestis. [Psal.