OEUVRES COMPL. DE DE BÉRLLLE
ef qu'ils im[»rouvent en autrui ce qu'ils ne peuvent pas improuver eîi eux-mêmes:
< omme si la pa>sion les décevait, les transportait, les transformait en un élal conlorme au mal j)ito;able do cet inf(jrluné prolane.
XX VL Le dessein donc de cotte |.iélé riroposée envers lo Fils unique de Dieu, est bien éloigné des erreurs que qiiebiues-uns, peu considérant»?, y ont voulu imputer. C'est un dessein qui tend h élever el lier nos âmes à celui (pii est au sein du Père, et f|ui a voulu se lier avec nous (»ar le mystère de l'Incarnation. C'est un dessein qui nous unit h celui qui est uni 5 nous |»ar lo lien mutuel d'une nouvelle nature, commune el h nous el à lui ; nature sienne, et nôtre tout ensemble; sienne en subsistence, nôtre en essence et en l'extraction du premier Adam, tluquel elle est dérivée aussi bien (jue la nôtre. Il se lie à nous par sa filiation divine personnellement communiquée à notre humanité, el nous nous lions à lui j.ar noire servitude, humble et naturelle, rendue à sa divinité el à son humanité déiliée.
Cet état de servitude ne doit pas être suspect cl étranger à l'homme; c'est un état l»ropre el essentiel à la créature au regard de son Dieu. Car la créature est essentiellement serve, ou, pour mieux dire, asservie à son créateur; el c'e^t la première condition générale, absolue et universelle de son être, en laquelle elle entre, au même moment qu'elle sort de l'être qu'elle a en Dieu, pour exister en soi-même. C'est un étal primitif en Ja grAce, aussi bien qu'en la nature; et c'est Tétai de la Mère de Dieu, état auquel elle entre au ruême instant qu'elle entre en sa maternité, se déclarant la servante de celui dont elle va être la Mère. C'est même un état posé dans l'ordre unique et singulier de l'union hvpostatique, aus-i bien que dans l'ordre de^la nature el de la grâce ; tant cet état de servitude est saint et universel. Car en cel ordre tout divin, le Fils de Dieu prend la forme el la nature de serviteur, en porte l'état et les conditions, en lait les offices et les devoirs, et en porte le nom et la qualité dans les Ecritures. Par son mystère de l'Incarnation, il en prend la forme el la nature, Formam servi accipiens. Par le mystère de sa vie mortelle et voyagère, il en |)rend l'élal et les conditions; par le mystère de la croix, il en fait les oflices et les fondions, et il en fiorte le nom par la voix de son Père qui l'apfielle son serviteur en Isaïe, comme il l'aftpelle son Fils en l'Evangile, étant Fils et serviteur tout ensemble, et serviteur unique en cette qualité, c'est-à-dire seul serviteur qui est Fils; seul Fils el serviteur singulier, eo ployé à cet éminenl office de réconcilier par soi-même le genre humain à Dieu, et le tirer de la servitude du diable el du péché. Serviteur uniquement aimable el adôra'nle de tous ceux qui ne sont que subalternes à sa grandeur, à sa puissance, à sa qualité, et
qui ne sont, pour pai-ler selon les jurisconsultes, que vicarii servi. \ Mais il y a plus, car Jésus n'est pas seulement le serviteur de son Père, il est même «'abaissant jusque à faire office de serviteur envers les hommes. Et il nous dit lui-même qu'il est, comme un ver de terre, et non pas un homme, l'opprobre et le mépris des hommes. {Psal. XXI, 7.) Et ce qui est bien digne d'un plus grand élomieiuent, il est fait péché {II Cor. v, 21) , c'est-a-dire la victime et l'anathème des pécheurs. Et il porte nos iniquités et nos ordures sursoi pour en netloyer son Eglise, et la rendre sans macule devant les yeux du Père éternel, comme le serviteur le[)lus vil porte et ôte les ordures de la maison pour la rendre nette devant les yeux du père de la famille. Si Jésus se rend ainsi notre esclave et serviteur, ne seronsnous pas les serviteurs et les esclaves de Jésus? Si Jésus se fait l'esclave de nos offenses, ne serons-nous pas les esclaves de son amour? S'il se rend l'esclave de nos malheurs et de nos misères, ne serons-nous pas les esclaves de ses grandeurs et de sa gloire? et s'il daigne se rendre ainsi comme l'esclave des serviteurs, ne serons-nous pas les esclaves du Fils et du Fils unique de Dieu? Conmie il se rend l'esclave du Père éternel qui est son Père et Dieii en son humanité sacrée , soyons tous les esclaves de Jésus qui est notre Dieu et notre Père en ses divins mystères.
Cet étal de servitude porte grâce, et grâce singulière h l'âme, et c'est la première grâce que Dieu nous donne en l'Eglise par le baptême, et il nous la donne avec une marque et impression si forte et si intime en l'âme, que rien ne la peut effacer, non pas même l'enfer; cîir cette marque sera perpétuelle dans les enfers mômes, où les Chrétiens damnés portent éternellement la marque de leur servitude à Jésus. Plût à Dieu que la grâce «le cette servitude fût aussi fortement imjjpimée en nos cœurs^ comme le caractère de celte servitude. Mais nous pouvons continuellement perdre l'un, et nous ne pouvons jamais perdre l'autre. Vrai est que comme nous pouvons perdre celte grâce, nous la })Ouvons aussi recouvrer, nous la pouvons confirmer et conserver jusqu'à la mort, et lors celte grâce sera ineffable et inamissible conmie son caractère. Car comme à l'entrée de l'Eglise par le baptême nous avons reçu cette glace et ce caractère d'appartenance et de servitude à Jésus ; aussi à l'entrée du ciel nous recevrons et nous porterons une impression forte, puissante et perpétuelle de cet état, que la vue des grandeurs de Jésus opérera nécessairement dans nos âmes, qui rendront hommage et servitude au Fils de Dieu par une heureuse nécessité. Nécessité perpétuelle d'autant plus douce, pui-^santo et volontaire, (ju'elle naît de l'amour et de la connaissance intuitive de ses grandeurs présentes, influentes et opérantes en nous. C'est cet esprit, cet état, et ces effets de servitude que nous représente celle sacrée parole de raj)ôtre saint Jean, décrlvanlle ciel et les serviteurs de Jésus dans lo
ciel: Et servi ejusservient ei. (Apoc. x\ii, 3 ) XXVII. Il y a trois sortes de lumières en l'état du Fils de Dieu, Fils du Père des lumières ; Fils qui est la lumière en son essence et en sa personne, et encore en sa vie nouvelle. Aussi son état est un état de lumière, auquel il y a la lumière de la foi qui conduit le salut;" la lumière de la piété quî conduit la perfection ; la lumière de la gloire qui conduit la béatitude: La [)remière, convient à tous les chrétiens; la seconde, convient aux âmes intérieures ; et la troisième, est pro|)re aux esprits bienheureux qui voient Dieu en lui-même et en sa propre lumière, La lumière de la foi sert de base et de fondement à l'une et à l'autre lumière, et, nous apprenant les vérités de la foi nécessaires au salut, nous dispose par ces principes, à aller de vertu en vertu et de lumière en lumière, et par sa conduite nous entrons aux lumières de piété, que Dieu manifeste aux âmes |»lus élevées et plus parfaites; lumières qui sont rayons descendants du ciel, et anticipations de la plénitude des lumières célestes, où nous voyons Dieu en soi-même, nous jouissons de sa propre essence, nous {)articii)ons à sa gloire, à sa vie, à sa félicité. La lumière de la foi nous |)ropose les grandeurs de Jésus; mais c'est comme un {)aquet enclos et cacheté qu'il nous faut ouvrir, et à la lecture duquel il nous faut appliquer. 1 Et c'est la lumière de la piété qui nous eu ' fait l'ouverture, qui nous y fait penser, qui nous en donne les sentiments, et qui nous porte aux effeis dignes des grandeurs et de la gloire qui est due à Jésus,
Mais la lumière de la gloire nous en donne l'impression si forte et si puissante^ que l'abaissement et la servitude à Jésus est imjirimée pour jamais en nos cœurs et en nos esprits, et ne peut non plus être effacée par aucun pouvoir créé, (|ue le même caractère qui nous est im|irimé au baptême, lequel y est si vivement et si efficacement empreint, que l'enfer même ne le peut effacer. yVinsi la foi commence, la piété augmente, la gloire accom|)lit et consomme notre heureuse et glorieuseservitude, eirélal)liten son dernier point, et rend la grâce de cette servitude aussi constante, aussi forte, aussi inamissible, comme le caractère qu'elle a reçu à l'entrée de la foi et de l'Eglise ; ainsi nous naissons en l'Eglise et en la foi, avec celte qualité de servitude au regard de Jésus; nous vivons sur la terre avec cette môme qualité, et en celle qualité nous entrons dans le ciel. Ainsi naissants et vivants, mourants et triomphants, nous sommes en l'heureuse et noblo servitude de Jésus; servitude plus heureuse et plus illustre que les empires et les couronnes de la terre. Estimons-la, honorons-la, recherchons-la, conservons-la, et embrassons volontiers les pensées, les sentiments, les mouvements et les exercices i^ai nous portent à cet état et à ce devoir, et qui en rendent les effets à Jésus C'est le dessein de cette piété, c'est la fin de cet exercice; qu'y a-t-il, qu'un chrétien, qu'un docteur, qu'un religieux puisseimprouver? Qu'y a-t-il, qu'il
vo:l.\ a ji:sls kt a maiuk. — rKnsEcijTioNs qu ils ont kxcitkes.
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n'npprouvo en soi-mArao pnr ses sontimonls
jtropres? Kl si otj le venl iin|>roiiv<'r et cotiihalire, n'e>l-(.*e p.is éltcmler les roinleiiie/its. el coiiiluillrc les scnlimenls primitifs do lu religion clirtHieiine?
\\N m. ('('Ile voie do scrviltido no r('*piigno |>oml h la (ili.'ilion .iiloptivo ; n\i cori- Irairc, elU' l.i conliL'nl, olk- rau^incnti; (;l elle la pcrffclionne ; cor elle osl ujio iinilalion el l'xpression de la .scrviliide de Jésus, cpii esl Fils el serrileur loiit enseinhle. Oiie si sa (ilialion propre et nalurelle n'ernpôclie point en lai cet Clal de servilnde, n'y répugne point et rï'on est point inUVessée; beaucoup nioins la lilialion adoplivo, (}ui ne nous convient '|ue par gr;lie el par miséricorde, n'y répugnera pas el n'exclura \>as la serviliido qui nous est propre, même par nature ; car il nous faut observer celle ôpposilion d'élals qui est entre nous elle Fils de Dieu, el qui jiar nos ombres relève ses grandeurs el ses lumières.
Uemar(pions donc que la fdialion nous convient par grâce el par miséricorde, el la servitude nous convient par nature. Au Fils de Dieu, sa fdialion lui convient par nature, cl sa servitude par dignalion, par miséricorde envers nous. La servitude en nous, esi noire premier étal el condition, et la filiation adoplive e-^l reçue et imprimée dans celle .««ervilude : QuoU/uot recrperunt eum, dedil eis potestatein filios Dei ficri. [Joan. i, l"i.) Au Fils de Dieu, sa lilialion est .son proiiiier état et sa condition première, c'est son être el sa subsistence, et son abaissement, son exinanilion, sa servitude est reçue dans «elle subsistence; el c'est la filiation divine qui la supporte, la soutient el la déifie; et comme sa lilialion i»erfectioiine sa servitude, el lui donne le plus liant degré et la j)liis grande (pialilé où elle puisse être; aussi la condition de servitude, en laquelle nous sommes saintement el nouvellement établis par grâce, reçoit en son abaissement et perl'eclionne en ses elTets la ûlialion adoplive: tellement que nous serons d'autant plus enfants, (lue nous serons serviteurs bumbleluenl abaissés, purement dénués, entièrement dépefidanls, el lidèlement opérants sous la puissance el volonté de celui qui s'est fait nôtre, i»our nous rendre siens, et nous a acquis à soi d'un prix inestimable, dont l'Apôtre conclut : Non estis,vestri empti enimeslis pretio magno. (J Cor. vi, 20.) Ainsi nous sommes serviteurs et enfants, el ainsi la Vierge môme est servante el mère tout ensemble, et elle entre au plus haut point de sa servitude el de son abaissement, lorsqu'elle entre au plus haut point de sa grandeur, c'est-à-dire en la malernilé divine; et lorsqu'elle dit ces humbles, ces saintes el ces profondes paroles : Ecce ancilla Domini [Luc. I, 38); ainsi l'étal de la grâce est sofideinent fondé, el pieinemenl établi dans le f Jiids de la servitude, qui est due à rabaissement et anéantissement duVerbe éternel, qui s'eslfail homme, el qui est due aux étals el aux mystères, aux grandeurs el aux abaissements, à la croix, à la vie, à la mon, et générale-
ment à l'esprit do Jésus, qui nous veut |»osséder comme siens; nous régir comme sos serviteurs cl cm laves; nous ( liérir comme »e> enfants : nous animer, nous vivifier, nous glorifier comme ses membres. Soyons h l;ii en toutes ces (jualilés, vivons à lui, mourons pour lui, ressuscitons en lui, (pu est notre vie et noire gloire pour jamais.
XXIX.. L'éiat do celte humble el dérolo servitude, ne requiert pas tant nouveauté d'actions en l'extérieur, comme nouveauté d'esprit en l'iiitéricur; car nos actions trop basses, et trop limitées dans le ressort de la nature et de la grâce |)ar la misère de la terre, sont relevées et i)erfectionnées en vertu de cet étal et (ondition, comme étant opérées par un nouvel esprit; p^r un esprit d'honneur el d'amour 5 Jésus, el [)ar un esprit de révérence et de dépendance au regar<] de ses grandeurs et de ses abaissements, de sa filiation el de sa servitude, de ses états el de ses mystères; el [lar la condition de celle servitude Jésus est la fin el l'objet do nos actions ; nous le servons et contemplons comme notre Dieu, notre Souverain et notre Rédempteur : el noire abaissement el sujétion au regard de lui est la disposition générale, en laquelle nous accomplissons tous nos devoirs et toutes nos actions. Tellement que, comme nous voyons que l'esprit do crainte el l'esprit d'amour, qui partage les actions el la vie du chrétien, et fait la plus notable différence qui soit en l'état et en la moralité du christianisme, fait celte ditférence, non par diversité d'actions, mais par diversité de dispositions et de mouvements, en ce que la crainte est le principe des uns qui rend leurs actions viles, serviles el mercenaires, et l'amour est le [)rinci[)e des autres, qui rend les mômes actions sublimes, filiales et divines; ainsi cet esprit de piété, de dévotion et (Je servitude envers Jé-us, requiert diversité non d'actions, mais d'intention, mais de disf)Osilions, et fiit sa différence, non en l'extérieur, mais en l'intérieur; non en la terre, mais au ciel; non aux yeux des hommes, mais aux yeux de Jésus, qui nous voit et regarde comme siens, et comme opérants parce nouvel esprit, qui nous applique à lui, nous élève à lui, nous attache à fui et rend nos actions vraiment, saintement et humblement chrétiennes.
Car en cet état, nous les opérons comme chrétiens, el non pas seulement comme hommes, ou comme philosophes, ou môme co;nme agissants [)ar l'esprit commum de la grâce; mais comme agissants par cet esprit de piété particulière à Jésus, qui nous rend humblement serviteurs et esclaves de Jésus; et sans changer de condition extérieure, nous change d'esprit et d'intérieur , et nous fait accomplir nos actions, comme devoirs de notre servitude envers lui. Ainsi le séculier opère ses actions vertueuses, le religieux ses actions régulières, le particulier «es actions domestiques, le magistrat ses actions publiques, sans changer de condition et sans varier ses actions, changeant d'esprit
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et diversifiant les intentions et dispositions au regard du Fils unique de Dieu.
En cette manière saint Paulin, grand docteur et grand prélat, plus captif parles liens de charité que par les liens de la puissance de ce seigneur d'Afri(}ue, qui le reçoit pour esclave et se sert de lui en qualité de jardinier en sa maison, faisait le même olTice et les mêmes actions qu'un jardinier à gage, qui n'eût pas été ca[)tif ; mais ces offices et cesactions en sainlPaulin, avaient une autre marque et qualité, et étaient témoignages de sa servitude envers ce jeune seigneur qui le tenait captif. Ainsi nous, opérant les mêmes actions que la loi et la piété chrétienne requiert d'un chacun de nous selon notre condition, les accomplissons par cet esprit, comme actions procédantes de notre état et condition au regard de Jésus, et comme témoignages de la servitude que nous lui devons rendre. En quoi nous imitons et honorons l'admirable et adorable servitude de Jésus, qui est Fils et se rend serviteur premier et princi[)al en la maison de son Père, on laquelle nous ne sommes tous, que vicarii, servi, s'il m'est permis d'emprunter ce terme des lois civiles ; car Dieu, qui a figuré les ombres de ses grandeurs dans la nature, a aussi imprimé des marques de son état et empire dans l'état du monde et dans le sens hum.ain qui a dicté les lois ; et dans ces choses basses, humaines et naturelles, il y a laissé des ombres, des traces et des vestiges de choses si hautes, si surnaturelles tl si divines. Mais il vaut mieux, réserver ce point avec plusieurs autres h un autre temps et discours, et conclure ce narré.
XXX. Le lecteur donc remarquera, s'il lui plaît, que nous naissons pour servir le Fils de Dieu, et nous sommes ses enfants pour être ses serviteurs avec perfection et dignité plus grande ; que le terme et l'état de servitude ne porte rien de vil, abject et servile; que c'est le titre d'honneur que saint Paul met à la têle de ses épîtres, Paiilus servus Jesu Chrisli; que c'est le premier terme employé l)ar les chrétiens et les a{)ôtres à exprimer leur état et leur devoir envers le Fils de Dieu ; que c'est une servitude qui est par amour et par excès d'amour et non par crainte, et qui jouit des grandeurs et des privilèges de l'amour et charité de Jésus; ciue c'est filiation et servitude tout ensemble, filiation en grâce et en dignité, servitude en sujétion et en humilité; que c'est une servitude formée sur la servitude de Jésus, qui est son exemplaire, et qui porte tout ensemble et l'état de servitude, et l'état de filiation divine, propre et naturelle. Et là, comme la Vierge sainte était Mère et servante de Jésus, sans que Cette servitude fût préjudiciable à sa maternité , de laquelle au contraire elle était un ornement illustre et une suite honorable, ainsi nous portons cet état de servitude sans diminution de la grâce et de la gloire qui est en l'état et l'esprit de filiation, à laquelle nous sonunes appelés et établis par le Fils unique de Dieu. Et même, plus cette filiation
est éminente et plus celte servitude es» grande; et dans )e ciel, où nous serons établis au dernier point, et au dernierdegré de notre filiation adoptive, c'est où nous serons plus fortement établis en cette servitude envers Jésus, comme il a été dit auparavant; et en la terre, les [)lus élevés, les plus conjoints et les plus adhérents à Jésus, sont les })lus signalés, les plus éminents et les plus fidèles en cette servitude.
XXXI. Or, puisque cette qualité compatit avec la grâce et la filiation adoiilive; avec l'éminence de cette grâce et filiation, et même avec le ciel et l'état de la gloire; le dessein qui nous forme et nous perfectionne en celte qualité, est pieux, est solide, est utile : et cet exercice est conforme à l'esprit de la giâce en ses divers états en la terre et au ciel; et établit et renouvelle en l'âme une dévotion primitive, fondée dans les premiers devoirs et sentiments de la religion chrétienne. Dévotion vers Jésus et vers le sacré mystère de l'Incarnation, qui ne mérite pas les combats et oppositions dont nous avons parlé. Mais le soleil ne luit point sans I)roduire des ombres ; la lumière de la foi ne paraît point sans exciter des hérésies, et la lumière de la piété ne s'élève point sans émouvoir des dissensions. Et puisque Jésus même, qui est le soleil et la lumière du monde, et qui est l'objet de la foi et piété chrétienne, ne paraît point au monde, sans Ojipositions, sans contradictions en sa personne, en sa doctrine ; puisque dès sa présentation au temple, celui qui le reçoit entre ses bras par l'instinct du Saint-Esprit, nous dit de sa part en son nom : Hic positus est in signum cui contradicctur [Luc. ii, 3i), ne trouvons pas étrange, si cette piété qui regarde Jésus, reçoit et participe à ses qualités et porte ses livrées, et si, pour quelque J temps, elle est contredite de «luelques-uns ; 1 c'est assez qu'elle est a[)prûuvée de plusieurs prélats et docteurs en France ; c'est assez que ceux qui l'approuve-nt, mettent leur nom, et sont connus en leurs qualités et doctrines; et ceux qui l'improuvent en France et en leurs libelles, cachent leur nom, et ne font pas montre de grande piété et suffisance. Cette dévotion est un j)ain solide aux âmes bien instruites en la lumière de nos mystères, et bien exercées en la piété chrétienne. Que si elle n'agrée i)as à quelques-uns, c'est faute de disposition en leur esprit, et non pas faute de piété et de solidité en cet exercice. Ce qui nous doit paraître moins étrange, puisque saint Augustin {De inor.Manich.) nousapprend quelepain même, qui est le premier et meilleur aliment donné de Dieu à l'homme, le pain qui nourrit les enfants de la famille, tue les vautours et les oiseaux de proie.
Mais il vaut mieux finir et oublier toutes ces contradictions ; il vaut mieux prier Dieu, que leurs auteurs les oublient et les effacent eux-mêuies; il vaut mieux prier Dieu qu'il leur donne son es[)rit de paix, de mansuétude et de révérence à son nom, à ses paroles et à ses mystères ; il vaut mieux les
Vœi] A DIKU.
prier (lu'ils so rendont anges do naix et esprits (l'unilé, cl non pas de troiihle el de division, ot (jno nous prali(juions tous ciis dociiinonls »;ainls cl >.diilaires do sainl Paul : Qu(v jHicis sunt srclfiniir, (/uœ rrdificationis sittit, inviccin cusfodiainus. (Itoni. \iv, 19.) C'(.'>1 l'cspnl de Jésus, i'(;sl la paix do Jésus. (Jiii ne l'enlciid, (jui ne la pralicpie, ne inérile pas do porter le ikuikIc Jésus cl portera un jour ce reproclitî do Jésus: Scsciiis cujns spiritus e$tis. {Luc. ix, 55.) Paioles grandes et ^évéres de la part do celui (|ni porte en ses qualités le nom cl le titre do Père dos esprits, cl (pli doit pénétrer les esprits de ceux ({iii savent (pio l'esprit de son Fils uni(jue est esprit de |»aix, cl ([ue mourant il a laissé cet esprit à ses apôlres, à ses mem- Itros, h son Kgli.se, el qu'un sien serviteur lidùlo nous ilit ces paroles gravcîs et iiuporlanles : Pax Chrisli finem tcmporis non hahrt, et ipsa esl oninis piœ incrnlionis, aclionisf/ue prrfectio. Propter hanc sncrdmrntis ejus imhuiinur ; propter hanc tniruhUihus ejus operibus et sernionihus cntdiinur; propttr hanc Spirilas sancti piijnus accepimus ; propter hanc in eum crediinus, el speranius, et amure ipsius, quantum donat, accendimur ; propter hanc denique omnem tribulalionem forliter loleramus, ut in ea féliciter sine tribulatione regnemus. Yera eniin pax unitatcm facit : (fuuniam qui adhœret Dca, iinus spiritus est. {Prosper Aquit.y 1. Sent, ex Aug.)
Honorons donc, el révérons cel esprit de paix, reclierclions et conservons ce legs testamentaire de Jésus. El en cet esprit humble, doux el pacifique, prions Dieu qu'il nous donne à tous l'esprit d'honneur et d'amour au Verbe incréé el incarné, à son Fils unique, à notre Emmanuel, el qu'adhérents à lui, sa (luissance et conduite nous séi)are de nous-mêmes, nous fasse vivre à lui, nous associe à ce qui esl conjoint avec lui, el nous donne des œuvres el des p^aroles dignes de choses si grandes et si hautes. On disait entre les païens que Phidias ne représentait rien si parfaitement que les divinités, ni Appelle, qu'Alexandre; pkiise à Dieu,
qu'entre 1<îs chrétiens notre excellence et l>erfoction soit h re|trésenter ces objets divins, Jésus cl Marie, el à ()Cindre en nos cieurs celui qui est souverain fl'Alcxandre, cl locpiel tous les dieiix, c'est-.'i-dire toutes les puissaîicesdu ciel et .le la terre, adorent, pour parler stdon le langage de l'Ecriture : lit adorent eum omnes dii. {Psal. xcvii, ex transi. B. Hikh.) I.e lait el la viando solide, conleiiuc en la manne de la doctrine de salut, consiste en la connaissance de Jésus et do son Incarnation.
Le sommaire do la parole angélique en la naissance de i'Kvangile, est en c(;s deux objets unifiuement conjoints, Jésus ella Vierge. L'abrégé de la science apostolique en la plénitude de l'Evangile, est à savoir Jésus, et icelui crucilié. [1 Cor. xxi, 2.) Uendons-nous savants, profonds el puissants en celte matière. (Iravons Jésus, sa croix el sa sainte Mère en nos cœurs et dans le cœur des peuples, et publions au monde cette nouvelle trinité de grandeurs el de mystères. El ne soyons en rien si puissants et si élo- (luents, qu'en ces sujets divins. Heureuse Idmcqui s'élève el se nourrit onces pensées, qui s'emploie el s'applique en ces œuvres et en ces exercices; <iui possède Jésuset est |)Ossédée de Jésus, auouel le Père éternel a mis ia suflisance et la plénitude de toutes clioses. Voilà en quoi consiste notre vie et notre béatitude en la terre el au ciel ; voilà nos vœux el nos souhaits, ô Jésus, mon Seig' eur! recevez-les. bénissez-les, accomj)lissez-les; el faites [)ar votre grâce que nous soyons à vous et que vous soyez h nous ; que vous soyez notre alpha el noire oméga, notre principe el notre tin; que vous soyez aussi le principe et la fin de ces discours que nous vous otîrons, en vous offrant nos vœux et nos désirs. Et par ainsi, soyons à vous, puisque vous êtes à nous; soyons à vous comme vous êtes à nous; soyons unis à vous, et par vous au Père éternel, qui e^t le centre et la source des grandeurs el des unités divines