Mot que Ronsard a fait pour dire : se cacha d’une nue
ECLOGUE I. 21
Labouré les sillons d’une peine annuelle ,
Las ! qui nont rapporté, en lieu de bons espics, Qu’yvraie , qu’aubifoin , que ponceaux inutils !
Les herbes par sa mort perdirent leur verdure , Les roses et les lis prindrent noire teinture ,
La belle marguerite (i) en prist triste couleur,
Et l’œillet sur sa fueille escrivit ce malheur.
Pasteurs , en sa faveur semez de fleurs la terre, Ombragez les ruisseaux de pampres et de lierre ,
Et de gazons herbus en toute saison verts , Dressez-luy son sepulchre et y gravez ces vers :
L’ame qui n’eut jamais en vertu son égale Icy laissa son voile en tranquille repos :
Chesnes , faictes ombrage à la tombe royale ,
Et vous, manne du ciel, tombez dessus ses os.
O berger Henriot , en lieu de vivre en terre Sanglante de discord , de meurdres et de guerre ,
Tu vis là haut au ciel , où mieux que paravant Tu vois dessous tes pieds les astres et le vent,
Tu vois dessous tes pieds les astres et les nues,
Tu vois l’air et la mer et les terres cognues,
Comme un ange parfait deslié du soucy Et du fardeau mortel qui nous tourmente icy.
O belle ame royalle , au ciel la plus haussée ,
Qui te mocques de nous et de nostre pensée ,
Et des appas mondains qui ne nous font sentir Apres le plaisir vain si non le repentir !
Ainsi qu’un beau soleil entre les belles âmes, Environné d’esclairs , de rayons et de fiâmes ,
Tu reluis dans le ciel , et, loin de toute peur,
Fait Ange, tu te ris de ce monde tompeur!
Où tu es , le printemps ne perd point sa verdure ; L’orage n’y est point , le chaud ny la froidure ,
i. Allusion de la fleur au nom de la sœur de Henri II qui fut grandement affligée de la mort de son frère.
Eclogue I.
Mais un air pur et net , et le soleil au soir Comme icy ne se laisse en la marine choir.
Tu vois autres forests, tu vois autres rivages, Autres plus hauts rochers, autres plus verds bocages , Autres prez plus herbus, et ton troupeau tu pais D’autres plus belles fleurs qui ne meurent jamais.
Et pource nos forests, nos herbes et nos plaines,
Nos ruisseaux et nos prez , nos fleurs et nos fontaines, Se souvenant de toy, murmurent en tout lieu Que le bon Henriot est maintenant un Dieu.
Sois propice à nos vœux : je te feray d’yvoire Et de marbre un beau temple au rivage de Loire,
Où , sur le mois d’avril, aux jours longs et nouveaux, Je feray des combats entre les pastoureaux A sauter, à luiter, à franchir la carrière ,
Et pour couronne auront la rose printannière (a).
Là sera ton Janotfi), qui chantera tes faits,
Tes guerres, tes combats, tes ennemis desfaits,
Et tout ce que ta main d’invincible puissance Osa pour redresser la houlette de France.
Or adieu , grand berger! tant qu’on verra les eaux Soustenir les poissons, et le vent les oiseaux ,
Nous aimerons ton nom , et par ceste ramée ,
D’âge en âge suivant , vivra ta renommée.
Nous ferons en ton nom des autels tous les ans , Verds de gazons de terre, et comme aux Egipans, Aux Faunes, aux Satyrs , te ferons sacrifice :
Ton Perrotf*} le premier chantera le service,
En dansant main à main , couronnés de cyprès ,
Et au son du cornet, nous ferons aux forests Apprendre tes honneurs, afin que ta louange,
a. Var. :
A sauter, à laïter sur l'herbe nom dette ,
Pendant an prochain pin le prix d'une musette.