C’étoit Louis de Bourbon , prince de Condé
Eclogue I.
Du tige de nos roys, et une Catherine (i),
Ont rompu le discord, et doucement ont fait Que Mars, bien que grondant, se voit pris et desfait. Ceste Nymphe, et royale et digne au’on luy dresse Des autels tout ainsi qu’à Paies la déesse ,
La première nous dit : Pasteurs , comme devant Entonnez vos chansons et les contez au vent ,
Et aux grandes forests , si longuement muettes , R’apprenez les accords de vos vieilles musettes,
Et menez désormais par les prez vos taureaux,
Et dormez seurement sous le frais des ormeaux.
Elle nous rebailla nos champs et nos bocages ,
Elle nous fit rentrer en nos premiers herbages Et nos premiers courtils , et d’un front adoucy Chassa bien loin de nous la peur et le soucy.
Et pource, tous les ans, à jours certains de festes, Donnans repos aux champs, à nous et à nos bestes , Luy ferons un autel comme à la grand’ Junon,
Et long temps par les bois sera chanté son nom.
Les bois le chanteront, et les creuses vallées ,
Et les eaux des rochers, contre-bas dévalées,
Le diront à l’envy, et écho , qui l’oirra Si souvent rechanter, souvent le redira.
Il n’y aura forest où son nom sur l’escorce Des chesnes les plus beaux ne soit escrit à force,
Et qu’à l’entour du nom ne pendent mille fleurs En mille chapelets de diverses couleurs.
Il n’y aura berger, soit qu’au matin il meine,
Soit qu’il rameine au soir son troupeau porte-laine , Qui , songeant et pensant et faisant un discours ,
Que d’elle seulement est venu son secours ,
Ne luy verse du miel, et qu’il ne luy nourrisse A part dans une prée une blanche genisse ,
Ne luy sacre aux jardins un pin le plus espais,
Un ruisseau le plus clair, un antre le plus frais,
Et, luy offrant ses vœux , hautement ne l’appelle
i. Catherine de Médicis , reine mère.
Eclogue I.
La mere de nos Dieux, la Françoise Cybelle,
0 bergere d’honneur, les saules ne sont pas Aux aignelets sevrez si gracieux repas ,
Ny le printemps n’est point si plaisant aux fleurettes, Ny la rosée aux prez , ny les blondes avettes N’aiment tant à baiser les roses et le thin,
Que j’aime à celebrer les honneurs de Catin.
Angelot (*).
Quand le bon Henriot(2), par rude destinée,
Avant la nuict venue accomplit sa journée ,
Nos troupeaux, prevoyans quelque futur danger, Languissoient par les champs sans boire ny manger, Et, beslans et crians, et tapis contre terre,
Gisoient comme frappez de l’esclat du tonnerre. Toutes choses çà bas pleuroient en desconfort;
Le soleil s’en-nua (3) pour ne voir telle mort,
Et d’un crespe rouillé cacha sa teste blonde , Abominant la terre en vices si fécondé.
Les nymphes l’ont gemy d’une piteuse vois;
Les antres l’ont pleuré, les rochers et les bois.
Vous le sçavez, forests, qui vistes és bocages Les loups mesme le plaindre et les lions sauvages.
Ce fut ce Henriot qui, remply de bon-heur, Remistdes Dieux bannis le service en honneur,
Et, se monstrant des arts le parfait exemplaire,
Esleva jusqu’au ciel la gloire militaire.
Tout ainsi que la vigne est l’honneur d’un ormeau, Et l’honneur de la vigne est le raisin nouveau ,
Et l’honneur des troupeaux est le bouc qui les meine, Et comme les espics sont l’honneur de la plaine,
Et comme les fruits meurs sont l’honneur des vergers, Ainsi ce Henriot fut l’honneur des bergers.
Quantes-fois avons nous , depuis sa mort cruelle ,