DE MONSEIGNEUR LE DUC DE JOYEUSE PAIR ET ADMIRAL DE FRANCE
Et Gouverneur de Normandie
Hoyeuse, suy ton nom, qui joyeux te convie A jouir doucement d’une joyeuse vie,
Puis que ta destinée a surmonté le sort De Fortune , et conduit ta navire à bon port, Qui maintenant des fleurs au havre est couronnée, Portant dessus le mast le flambeau d’Hymenée (i). Le jour que tu nasquis, d’artifice subtil La Parque te trama les replis d’un beau fil,
Et t’en fit un présent de ton bien desireuse,
Pour voir passer ta vie en toute chose heureuse.
Car à peine la barbe a crespé ton menton De la douce toison de son premier cotton,
Qu’armé de la vertu non vulgaire et commune,
Tu presses sous tes pieds l’Envie et la Fortune;
Des peuples bien-aimé, de ton prince chéri,
Des Muses et de Mars à l’égal favori ;
i. Henri III donna au duc de Joyeuse sa belle-sœur Marguerite de Lorraine. Les noces eurent lieu le 24 septembre 1531.
2 1 2 Epithalame
Les Muses te chantant, et Mars dés ta jeunesse Signalant ta valeur d’honneur et de prouesse.
Je te voy, ce me semble, au milieu des tournois Un Astre sur la teste , et au dos le harnois , Accompagné d’Amour, envoyer jusqu’aux nues Les tronçons esclatez de tes lances rompues.
Je voy dessous l’acier de ton fort coutelas Tomber et morions et pennaches à bas;
Je te voy foudroyant combatre à la barrière ,
Et poudroyant le camp d’une viste carrière,
Comme ces vieux guerriers aux armes bien appris Donner dedans la bague, et t’honorer du pris;
Et sur tout en valeur paroistre sur la place.
Puis le soir ensuivant, quand Vesper de sa face Aura bruni le Ciel au poinct que le jour faut,
Je te voy préparer pour un plus doux assaut,
Non moins aspre au mestier de Cyprine la belle , Que vaillant aux combats quand la guerre t’appelle.
Je voy déjà le soir des Amans attendu ,
Je voy déjà le lict par les Grâces tendu Qui dansent à l’entour, et versent à mains pleines Myrtes, Roses et Lis, Oeillets et Marjolaines. Venus pour honorer ce soir tant désiré,
Dedans son char portée à deux Cygnes tiré Fendra l’air pour venir, et sur la couverture De ta couche nopcière estendra sa ceinture,
Afin que son Ceston d’union composé Serre à jamais l’espouse avecques l’espousé.
Les Amours t’éventant à petits branles d’ailes T’allumeront le cœur de cent fiâmes nouvelles;
Je les voy, ce me semble, un déjà destacher Ta robe, et doucement dans le lict te coucher,
Te parfumer d’odeurs, et de la mariée L’autre qui la ceinture a déjà desliée,
Luy verser dans les yeux mille Grâces, à fin Qu’une si sainte amour ne prenne jamais fin ;
Mais d’âge en âge croisse, autant ferme enlacée Que la Vigne tient l’Orme en ses plis embrassée.