A REMY BELLEAU
Excellent Poète françois
Je veux, mon cher Belleau, que tu n’ignores point D’où, ne qui est celuy, que les Muses ont joint D’un nœud si ferme à toy, à fin que des années A nos neveux futurs les courses retournées Ne celent que Belleau et Ronsard n’estoient qu’un. Et que tous deux avoient un mesme cœur commun.
Or quant à mon ancestre, il a tiré sa race D’où le glacé Danube est voisin de la Thrace.
i. Ces 24 derniers vers ne se trouvent que dans l’édition de 1 $ 60. A cette époque, l’Élégie à R. de La Haye commençoit le livre des poèmes, qui étoit dédié à ce personnage.
2. Nous avons conservé toutes les notes de cette pièce, véritable biographie du poète, écrite par lui-même.
Elegie XX.
Plus bas que la Hongrie, en une froide part,
Est un Seigneur nommé le Marquis de Ronsart, Riche d’or et de gens, de villes et de terre.
Un de ses fils puisnez (1), ardant de voir la guerre, Un camp d’autres puisnez assembla hazardeux,
Et quittant son pays, fait Capitaine d’eux,
Traversa la Hongrie et la basse Allemaigne,
Traversa la Bourgongne et toute la Champaigne,
Et soudard vint servir Philippes de Valois,
Qui pour lors avoit guerre encontre les Anglois,
Il s’employa si bien au service de France,
Que le Roy luy donna des biens à suffisance Sur les rives du Loir; puis du tout oubliant Freres, pere et pays, François se mariant,
Engendra les ayeux dont est sorty le pere Par qui premier je vy ceste belle lumière.
Mon pere fust tousjours en son vivant icy Maistre d’Ostel du Roy, et le suivit aussy T ant qu’il fut prisonnier pour son père en Espagne (a) :
Mon pere de Henry (2) gouverna la maison,