‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 125 sur 138 · LES VIEILLES · texte numérisé non relu

LES VIEILLES

La première Vieille

O Hymen, dont jamais le flambeau ne faillit, O Hymen, qui le Ciel à la Terre maries , Grâces, Muses, Amours , ne chantez à ce lit , Mais y chante la Parque et toutes les Furies.

La segon de Vieille

La Noise et le Discord y dansent à l’entour,

Et mesme ceste nuict , des nopces la plus belle, Qu’ils devroient s’embrasser, baiser, faire l’amour, Ce ne soit que refus, morsures, et querelle.

Son mary la deçoive, et volage et chagrin Cherche autre amour nouvelle, ainsi que fit Thesce, Quand , parjurant sa foy dessus le bord marin,

A la proye des loups laissa son espousée.

Deçoive son mary , ainsi que consentit Eriphyle à la mort du Propheie Amphierre (')> Quand un goulfre béant à Thebes l’engloutit, Et vif et tout armé trébucha sous la terre.

i . Amphierre, pour Amphiare. e en a changée par licence poétique. Ronsard.

Elegie XXIX.

Le Myrte tousjours double, à Venus dédié,

De ses rameaux Cyprins jamais ce lict n’embrasse; Mais comme un sep de vigne à l’orme non lié,

Sans enfans, sans amour, tombe contre la place.

Du puant Tamarin, ennemy de Venus,

Soit la chambre en-jonchée, et non de Marjolaine ; L’herbe qui prend le nom des Satyres cornus,

Ne naisse point ici, ny la plante a’Helaine.

Les filles dont les ans croissent en leurs Printemps, N’y chantent point Hymen, mais bien ces surannées Qui ont déjà passé la vigueur de leur temps,

Et sans fleur et sans fruit s’en-vont toutes fanées.

Ne versez sur ce lict des bouquets bien tissus De la fleur d’Adonis, ny la Roquette utile A réchaufer l’amour , mais respandez dessus La poudre où s’est veautrée une mule stérile.

Tous baisers en soient loin, qui moiteux vont baignant Les lèvres des amans à langues mi-sorties;

Que la nuict leur soit longue, et le lict plus poignant Que s’ils estoient couchez au milieu des orties.

Adieu, corps assemblez de differente humeur, Adieu , de trop chanter j’ay la voix enrouée,

Aussi bien en ce coing j’advise le charmeur Qui tient entre ses mains l’esguillette nouée.

Elegie XXIX.

Le POETE

Comme elles s’en alloient, j’en pris une aux cheveux, Et liant tout son corps de cordes et de nœuds,

Je l’arrestay captive ainsi que fut Protée;

Puis je luy demanday : O vieille radotée,

Dy-moy, par quel moyen je rompray le souci Qui me tient en langueur pour ceste Dame ici ? Dy-moy quelle magie , ou charme ou charactere Pourroit desraciner mon amoureux ulcéré,

Afin que libre et franc je vive sans esmoy ,

Pour chanter désormais aux Muses et à moy?

Si tu me fais ce bien, un tourteau je t’appreste Faict d’aulx et de pavot pour endormir ta teste.

Ceste vieille en toussant et son chef secouant,

Et trois fois dessus moy ses prunelles rouant,

Me respondit ainsi :

La Vieille Tu es un fat, de croire

Qu’un charme, qui n’est rien, sur l’Amour ait victoire.. L’amour est naturelle , et la faut secourir Par la mesme Nature afin de la guarir.

Si les charmes forçoient la fléché desbandée De l’arc que porte Amour, la sorcière Medée Eust arresté Jason, et Circe eust arresté Ulysse dans son lict si doucement traité.

Mais charmes et magie, images et paroles,

Et figures et poincts en Amour sont frivoles.

On ne se peut guarir par telle fiction,

Ce n’est que Poésie et folle invention ,

II faut venir au fait. Maintenant que l’année Est en son mois de May jeunement retournée; Voyage, si tu peux, et changeant de païs Laisse-moy tes parents au logis esbahis ;

34 6 Elegî e XX IX*

Fay-toy tirer du sang, et chasse de tes veines Par un rouge canal tes soucis et tes peines;

Attache ton esprit à contr’imaginer Quelque entreprise haute , à fin de destourner L’impression d’amour par une autre nouvelle.

Souvienne-toy des jours où tu ne la vis belle, Rememore en l’esprit ce qu’elle avoit de laid;

Hante tes compagnons, ne va jamais seulet;

Et si quelque lacquais de ses lettres t’àpporte,

Fuy-le comme la peste et luy ferme la porte.

Si tu as de ses dons , ou bagues, ou tableaux, Chifres, lettres, cheveux, romp-les en cent morceaux, De peur qu’en les voyant , la flame consumée Par un petit objet ne retourne allumée ,

Estant plus que jamais son esclave et vassal :

La recheute souvent est pire que le mal.

Or si tu veux trouver une santé parfaite,

11 ne faut consulter Apollon le Prophète,

Ses trépieds ny son Temple; en deux mots brévement Je te rendray gaillard et te diray comment.

Va où le cours de Seine en deux bras se divise, Baignant ce grand Paris; cherche Jeanne la Grise ()}, De Venus courratiere, et entre le troupeau Des filles qu’elle garde au logis le plus beau ,

Eslis d’un œil accort celle qui plus ressemble A ta Dame , et soudain en te soûlant assemble Ton flanc contre le sien , et de gaillards efforts L’humeur pris en ses yeux rejette dans son corps. Long temps ceste diette en chambre continue.

Si ta fièvre amoureuse apres ne diminue ,

Pense que ta naissance eut un mauvais Destin.

Va faire ta neuvaine ou à Sainct Avertin ,

Ou à Sainct Maturin , et croy que ta furie De long temps ou jamais ne se verra guerie.

1. Recommanderesse qui demeuroit à l’île Saint- Paul, près l’Arsenal , à Paris.

Elecïe XXX

Elegie XXX

CONTRE LES BUCHERONS

De la forest cle Gastine

/ J uiconque aura premier la main embesongnée te coupper, Forest, d’une dure congnée.

Qu’il puisse s’enferrer de son propre baston ,

Et sente en l’estomac la faim d’Erisichthon, ,

Qui coupa de Cerés le chesne venerable,

Et qui, gourmand de tout, de tout insatiable,

Les bœufs et les moutons de sa mere esgorgea,

Puis pressé de la faim soy-mesme se mangea;

Ainsi puisse engloutir ses rentes et sa terre,

Et se dévoré apres par les dents de la guerre»

Qu’il puisse, pour venger le sang de nos forests, Tousjours nouveaux emprunts sur nouveaux interests Devoir à l’usurier, et qu’en fin il consomme Tout son bien à payer la principale somme.

Que tousjours sans repos ne face en son cerveau Que tramer pour-neant quelque dessein nouveau , Porté d’impatience et de fureur diverse,

Et de mauvais conseil qui les hommes renverse» Escoute, Bûcheron, arreste un peu le bras;

Ce ne sont pas des bois que tu jettes à bas;

Ne vois-tu pas le sang lequel degoute à force Des Nymphes qui vivoient dessous la dure escorce ? Sacrilege meurdrier, si on pend un voleur Pour piller un butin de bien peu de valeur ,

Combien de feux, de fers, de morts, et de détresses Merites-tu, meschant, pour tuer nos Déesses? Forest, haute maison des oiseaux bocagersl

348 Elegie XXX.

Plus le Cerf solitaire et les Chevreuls légers Ne paistront sous ton ombre, et ta verte crinière Plus du Soleil d’Esté ne rompra la lumière.

Plus l’amoureux Pasteur sus un tronq adossé, Enflant son flageolet à quatre trous perse,

Son mastin à ses pieds, à son flanc la houlette,

Ne dira plus l’ardeur de sa belle Janette;

Tout deviendra muet, Echo sera sans vois;

Tu deviendras campagne, et en lieu de tes bois, Dont l’ombrage incertain lentement se remue,

Tu sentiras le soc, le coutre, et la charrue;

Tu perdras et silence et haletans d’effroy Ny satyres ny Pans ne viendront plus chez toy.

Adieu, vieille Forest, le jouet de Zephyre,

Où premier j’accorday les langues de ma Lyre ,

Où premier j'entendi les flèches résonner D’Apollon, qui me vint tout le cœur estonner;

Où premier admirant la belle Calliope,

Je devins amoureux de sa neuvaine trope,

Quand sa main sur le front cent roses me jetta,

Et de son propre laict Euterpe m’allaita.

Adieu, vieille Forest, adieu testes sacrées,

De tableaux et de fleurs autrefois honorées , Maintenant le desdain des passans altérez ,

Qui, bruslez en l’Esté des rayons etherez,

Sans plus trouver le frais de tes douces verdures, Accusent tes meurtriers, et leur disent injures.

Adieu, chesnes, couronne aux vaillans citoyens, Arbres de Jupiter, germes Dodonéens,

Qui premiers aux humains donnastes à repaistre; Peuples vrayment ingrats, qui n’ont sçeu recognoistre Les biens receus de vous, peuples vrayment grossiers, De massacrer ainsi leurs peres nourriciers.

Que l’homme est malheureux qui au monde se fie! O Dieux, que véritable est la Philosophie,

Qui dit que toute chose à la fin périra,

Et qu’en changeant de forme une autre vestira !

De Tempe la valée un jour sera montagne ,

Elegie XXXI.

Et la cyme d’Athos une large campagne : Neptune quelquefois de blé sera couvert,

La matière demeure et la forme se perd.

(ISB4)

Elegie XXXI (0

Si mes vers semblent doux, s’ils ont eu ce bon-beur Que de plaire à la France, ils m’ont rendu l’honneur Que Clothon m’a filé : et s’ils sont au contraire,

Que me voudroit, Durban, d’avantage d’en faire?

Je serois un grand fol. Si les Destins amis Un double sort de vie à l’homme. avoient permis,

L’un pour vivre en plaisir, et l’autre en déplaisance: Au moins en sa douleur l’homme auroit esperance De vivre aise à son tour apres le mal finé.

Mais puis que le Destin à l’homme n’a donné Qu’une petite vie, encore toute pleine (Sur tous les animaux) de travail et de peine : Respondez-moy , chétifs, et pourquoy si souvent Vous donnez-vous en proye à la fureur du vent,

Afin de rapporter une barque chargée ,

Le naufrage futur de Carpathe ou d’Egée?

Et pourquoy, pauvres sots, pour gaigner le rempart De quelque fort Chasteau mettez-vous au hazard Si souvent vostre corps, qui est si foible et tendre, Qu’à peine se peut-il d’une fièvre defendre,

Tant s’en faut d’un canon ? et pourquoy tant de fois Allez-vous mendier des Princes et des Rois Une foible et mondaine et chetive largesse,

1 Cette Elégie est prise de Théocrite.

Elegie XXXII.

Afin d’amonceler une breve richesse,

Et ne voyez la mort qui talonne vos pas?

O pauvres abusez, hé, ne sçavez-vous pas Que vous estes mortels ? et que la Parque sage Vous a de peu de jours borné vostre voyage?

(1560, Odes, f. 102.)

Elegie XXXII INVECTIVE

Pource , Mignon , que tu es jeune et beau , Un Adonis , un Amour , un tableau , Frizé, fardé, qui es yssu d’un pere Aussi douillet et peigné que ta mere ;

Qui n’as jamais sué ny travaillé,

A qui le pain en la main est baillé Dés ton enfance, et qui n’as autre gloire Qu’avoir au flanc une belle escritoire Peinte, houpée, et qui n’as le sçavoir De lire, escrire, et faire ton devoir,

Ny d’exercer ta charge, qui demande Une cervelle et plus saine et plus grande;

Tu oses bien au milieu des repas,

Ayant les mains le premier dans les plats , Gorgé de mets et de riches viandes,

De vins fumeux et de saulces friandes.

Tu oses bien te moquer de mes vers ,

Et te gaussant les lire de traders,

A chaque poinct disant le mot pour rire !

Si tu sçavois qu’ils coustent à escrire ,

Si tu avois autant que moy sué,

Refeuilleté Homere et remué,

Elegie XXXI I.

Pour la science avec labeur apprendre ,

Tu n’oserois, petit sot, me reprendre;

Mais tout ravi de merveille et d’esmoy,

En me chantant tu dirois bien de moy ,

Et me voyant un Astre de la France,

Aurois mon nom en crainte et reverence.

Je ne suis pas (petit mignon de Court)

Un importun qui court et qui recourt Apres tes pas, quand un Grand luy ordonne Un froid présent, qui au matin te donne Bonnet, genoux, pour ta grâce acquérir;

Je ne suis tel, j’aimeroy mieux mourir ,

Je suis yssu de trop gentille race.

Ce n’est pour toy que le papier je trace ,

C’est pour moy seul quand j’en ay le loisir,

Et c’est, mignon, faute d’autre plaisir;

Et me plaisant je veux bien te desplaire.

Or si ta bave eschauffe ma colere,

Et si ta langue en ton palais n’est coy,

Les chiens, les chats pisseront dessus toy Parmi la rue , et mille harangeres Te piqueront de leurs langues legeres,

Et a’un brocard poignant, injurieux,

Te jetteront la honte sur les yeux.

Et ce-pendant, pour bien vivre à ton aise, Je te souhaitte une femme punaise,

Je te souhette un coquu bien cornu ,

Et pour piafer vendre ton revenu.

Puis ne pouvant au Roi tes Comptes rendre A Mon-faucon tout sec puisses-tu pendre,

Les yeux mangez de corbeaux charongneux, Les pieds tirez de ces mastins hargneux Qui vont grondant hérissez de furie,

Quand on approche auprès de leur voirie. Autre tombeau tu n’as point mérité ,

Qui as mesdit de la Divinité.

Hé, qu’est-il rien plus divin qu’un Poète? Esprit sacré, qui tantost est Prophète

Elegie XXXII.

Haut sur la nue, ettantost il est plein D’un Apollon qui luy enfle le sein ?

Enfant au Ciel et non pas de la Terre,

Qui fait tousjours aux ignorants la guerre, Ainsi qu’à toy sottelet eshonté,

Enfant aisné de toute volupté,

Tousjours suivi de muguets tes semblables, Mocqueurs, causeurs, escornifleurs de tables, Qui bien repeus, autant de nez te font Qu’a de Probosce (i) un vieil Rhinoceront ?

Et toutefois tu fais de l’habile homme, Comme nourri à Naples ou à Romme,

Poisant tes mots en balançant le chef, Feignant de craindre un dangereux meschef Sur nostre France; et curant ta dent creuse D’une lentisque escumeuse et baveuse, Trompes ainsi les pauvres abusez;

En la façon que les marchans rusez,

Qui safraniers, par meschantes practiques, N’on point de draps aux secondes boutiques. Mais monstrant tout dés le premier abord , P’cnt bonne mine , et se vantent bien fort.

Ainsi, Mignon , sans avoir dedans l’ame Rien de vertu , tu couvres ton diffame D’un masque faux et d’un front eshonté;

Ainsi fardé de toute volupté,

Comme un boufon ton visage se monstre Un vray Hibou de meschante rencontre,

[ Un duc cornu qui fait trogne d’avoir Par la grosseur de son corps un pouvoir Sur les oiseaux qui tournent en risée Et duc et corne et plume mesprisée Et çà et là le battant , l’agaçant Bien qu’il soit gros, corpulent et puissant; Mais sa grosseur n’est qu’une enflure vaine.

Ainsy le corps et le cuir et la veine

i. Du latin proboscis : trompe.

Elegie XXXII.

De l’hydropique enfle comme un crapaud Se bouffit toute et se jaunist , et faut,

Soit au printemps, soit au mois de l’autonne , Qu’un médecin luy donne et luy redonne Cornetz, ventouse et rhubarbe et séné , Gramen , hysope , afin que destourné Soit tel malheur loing du foye, et qu’au ventre L’humeur aigueuse et trop paresseuse entre , Pour rejeter ( rechignant au retrait )

Cette grosseur que la bouffure attrait.

Car d’autant plus qu’ils boivent, veulent boire, Le médecin ne veulent jamais croire,

S’enflent tousjours et crevent à la fin,

Un Montfaucon , les Halles est leur fin,

Ou pour le moins un exil pardurable,

Ou quelque somme en argent misérable ,

Ou sont privez de leurs charges et ont Toujours la honte escrite sur le front.

Voy le petit qui vit selon nature,

Qui n’est enflé d’ambition , il dure,

II meurt es bras de ses proches amis,

On le regrette, et en pleurs il est mis Près le tombeau de son pere, où l’on verse Roses et lys et meinte fleur diverse De sur le corps du noble trespassé.

Ceux qui en pompe ont leur âge passé Auprès des grands, enflés de trop d’audace, S’ils n’ont souffert, à tout le moins leur race En souffrira, et de grands imposteurs Seront un jour ou gueux ou crocheteurs,

Ou assassins; car la nature mere N’a pas donné sa grâce héréditaire A toute race, et n’a tant de soucy ,

De nous humains; ii faut que cettuy cy Que cettuy là en changeant se soulevé,

Monte aux honneurs d’une escalade breve, Lequel bientost en tombant descendra.

Par son exemple un mignon apprendra Ronsard. — IV. i)

Elegie XXXII.

De se tenir en sa peau et ne faire Chose qui soit à nature contraire,

Et apprendra qu’un petit champ vaux mieux Qu’un grand rocher au sourcil glorieux Sur qui la foudre en abondance tombe ,

Qui des geans est volontiers la tombe (i).]

Dieu, qui ne prend les hommes pour conseil, N’aima jamais les hommes pleins d’orgueil , Hommes poitris de limoneuse terre,

Fresles et prompts à casser comme un verre.

Il hait Briare, et tous ces orgueilleux Geans mondains, qui tirent apres eux ( Pour n’avoir point de compagnons ) l’eschelle Des grand’s faveurs et des biens, par laquelle Ils sont montez en haute dignité;

Et ce-pendant ils prestent charité A quelque sot qui pour Dieux les adore ,

Et tels les pense, ainsi que fait un More Qui peint les Dieux aussi noirs comme luy;

Et à soy-mesme il accompare autruy.

Mais si le fat vieillissant temporise Jusqu’à porter au menton barbe grise,

Il les verra trébucher d’un beau saut,

Ou ses enfans en verront l’eschafaut.

Tousjours du Ciel la bruyante tempeste Des hauts rochers vient saccager la teste ;

Où les esclats des foudres trebuchans Vont pardonnant aux collines des champs.

[Tu dis : « Ronsard va tout seul par la rue,

C’est un Roussin qui ne mord ni ne rue;

Il va sans mule et valets et lacquaiz. »

Trop de lacquais me faschent de caquetz,

J’aime mieux vivre à ma mode plus dure En me plaisant, que forcer ma nature

i. Ces {2 vers ne se trouvent plus dans les éditions qui suivent celle de 1573. Ils ne m’ont pas fait deviner le nom du financier que Ronsard invective ainsi.

Eleg i e XXXII. $ S )

Pour ton plaisir, et ne te veux, Mignon,

Ny pour amy , ny moins pour compagnon.] Heureux celuy qui du coutre renverse Son gras gueret d’une peine diverse ,

Tantost semant, labourant et cueillant,

Dés le matin jusqu’au soir travaillant!

Si tant d’orgueil autour de luy n’habite,

Si tant de biens ? qui s’escoulent si vite;

A tout le moins il loge en sa maison Moins de faveur, et beaucoup de raison ,

Dont il gouverne en repos sa famille , *

Loin du Palais, du Prince et de la ville;

Où tu languis aux portes bien souvent Des grands Seigneurs pour un petit de vent , Pour la faveur qui s’enfuit comme un hoste,

Que la Fortune en quatre jours nous oste.

Beaucoup de biens tu apprens d’acquérir,

Mais tu n’apprens, petit sot, à mourir,

N’estre courtois, ny à sauver ta vie,

Ny à tromper la rancune et l’envie Qui te poursuit d’une haine en son cœur,

Et meurt sur pied d’une pâlie langueur De te voir vif et de charger la terre Comme un crapaud qui le venin enserre De tout costez , et dont le regard nuit Autant que gresle aux raisins et au fruit;

Et que le tien enchante la jeunesse, L’empoisonnant de vin et de paresse (a).

a. Var. En place des 7 derniers vers :

Et tout le Ciel accuse de rigueur,

Dequoy tu vis , et de quoy ta carcasse De Mont-faucon ne pend sur la terrasse.

Elegie XXXIII.

Elegie XXXIII

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