‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 126 sur 138 · AU SIEUR BARTHELEMI DEL-BENE · texte numérisé non relu

AU SIEUR BARTHELEMI DEL-BENE

Gentilhomme florentin, Poete italien excellent , pour response et revanche à deux de ses Odes italiennes.

Del-Bene (second Cygne apres le Florentin Que l’art et le savoir, l’Amour et le Destin , Firent voler si haut sur Sorgue la riviere,

Qu’il laissa de bien loin tous les autres derrière , Sinon toy, qui de près suis son vol et sa vois,

Pour chanter les honneurs des Princes et des rois) , Je pensoy qu’en pur don ta Muse m’eut donnée Une Ode sur ton Luth divinement sonnée,

Et que mon nom estoit de ton papier rayé : 4

Mais à ce que je voy tu veux estre payé.

Je le veux, c’est raison : de moy pour contr’eschange Tu auras en pay’ment louange pour louange,

Un clou repousse l’autre : en la mesme façon Tu auras vers pour vers et chanson pour chanson.

Commeonvoit par saisons les ventresdes campagnes Fertiles maintenant, et maintenant brehagnes,

Porter l’un apres l’autre et fourment et buissons,

Et toujours à plein sein ne jaunir de moissons ;

Ainsi ies bons esprits ne font tousjours demeure, Fertils, en un pais, mais changent d’heure en heure. Soit en se reposant, soit en portant du fruit.

Depuis que ton Pétrarque eut surmonté la Nuit De Dante, et Cavalcant, et de sa renommée,

Claire comme un Soleil , eut la terre semée ,

Fait citoyen du Ciel; nul apres luy n’a peu

Elegie XXXIII.

Grimper sur Helicon pour y estre repeu A la table des Sœurs de leur saincte Ambrosie,

Qui seule donne Taine à nostre poésie.

Plusieurs ont essayé ce beau labeur en vain,

Mais la Muse à chacun ne donne de son pain.

Or les dons d’Apollon, dont se vid embellie, Quand Pétrarque vivait, sa native Italie,

Estoient perdus sans toy, des Muses amoureux ,

Qui plein d’une ame vive et d’un cœur genereux , Ouvrant le cabinet de leur grotte sacrée ,

Presque seul as remis les vers en ta contrée.

Dorment en paix les morts , je ne veux offenser Ceux qui ont ja passé ce qu’il nous faut passer.

Sur leur tombe florisse et le Lis et la Rose.

Un homme fait beaucoup quand seulement il oze.

Amour , apres la mort de ce noble Tuscan,

De tous fut mis en vente ainsi comme à l’encan ; Chacun le refripoit, il n’avoit plus de fléchés,

Ny d’arc , ny de carquois , de torches , ny de mèches, Quand tu en eus pitié, et soudain tu luy fis (Comme ce bon Dedale à Icare son fils)

Des plumes pour voler par toute l’Etrurie,

Tes vers luy redonnant Temples et Seigneurie.

Si tost que ton menton par l’âge fut blanchi ,

Et ton cœur des ardeurs de Venus affranchi ,

Laissant Amour à part, d’un plus brave courage Tu commenças d’ourdir un difficile ouvrage,

Imitant les Romains, les Grecs et les François :

Ce fut de marier les cordes à la vois,

Célébrant Tusquement, par tes chansons Lyriques, Les illustres vertus des hommes héroïques ;

Où ton docte labeur le surpasse d’autant,

Que le Rossignol passe un Pinçon en chantant, Quand Auril tend l’oreille aux complaintes legeres Des oiseaux amoureux, Sereines bocageres.

Car, choisissant des vers et masles et hardis,

Et des mots courageux, en ta langue tu dis Un argument nouveau forgé sur ton enclume,

3 $8 Elegie XXXIII.

A toy-mesmes traçant un chemin par ta plume, Pour monstrer que l’esprit invente tous les jours, Sans voir jamais tarir la source de son cours.

Sous les ombres là bas le Calabrois Horace Entre les Myrtes verds te quitera sa place ,

Et Pindare Thebain te cedera son lieu ;

Ainsi entre deux Dieux tu seras nouveau Dieu , Tant la Muse (ta Circe) en te changeant, a force De faire un corps divin de ta mortelle escorce.

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