‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 13 sur 138 · Il y a eu des rois de Sicile des descendants de Godefroy · texte numérisé non relu

Il y a eu des rois de Sicile des descendants de Godefroy

4. Naples , autrement Parthenopé , ainsi nommée d’une sirène de ce nom.

j. Parce qu’il devoit faire le tour de la France avec la reine mère.

Eclogue L

Et te fera passer par tes villes , ainsi Que passe par le ciel un bel astre esclaircL L’nonneur et la vertu iront devant ta face ;

Les fleuves, les rochers, les bois, te feront place,

Et le peuple , joyeux, en chantant semera Tous les chemins de fleurs ou ton pied passera ;

Car tu es ce grand roy que tant de destinées Nous promettoient venir apres longues années Pour gouverner ta France et retourner aux cieux, Apres cent ans passez assis entre les Dieux (a).

On dit, quand tu nasquis, que les Parques fatales, Ayans fuseaux égaux et quenouilles égales ,

Et non pas le filet et la trame, qui est De diverse façon tout ainsi qu’il leur plaist,

Jettant sur ton berceu à pleines mains déeloses Des œillets et des lis, du safran et des roses, Commencèrent ainsi : «Roy, qui devois venir Au monde pour le inonde en repos maintenir,

Et qui parle Destin en France devois naistre Pour estre des grands roys le seigneur et le maistre, Enten ce que le Ciel , immuable en sa loy,

Et nos fuseaux d’airain ont dévidé de toy (b).

« Durant ton nouveau régné (avant que l’âge tendre Laisse autour de ta lèvre un crespe d’or espandre), L’ambition, l’erreur, la guerre et le discord Par les peuples courront, images de la mort:

On fera, pour tenir les villes asseurées ,

Des fossez, des rempars, des ceintures murées,

Et l’horrible canon, par le soulphre animé,

Vomira de sa bouche un tonnerre allumé.

a. Var. :

Et pour estre le roy,

Mais plustost le recteur des peuples et de toy.

b. Var. :

Enten ce que Thémis au visage ridé Sur nos fuseaux d’airain a pour toy devidL

28 Eclogue I.

« On fera des rateaux les poignantes espées ,

Les faucilles seront en lames détrempées ,

L’avantureux nocher, d’avarice conduit,

Ira voir sous nos pieds l’autre pôle qui luit.

D’autres Tiphys naistront, qui, pleins de hardiesse , Esliront par la France encore une jeunesse De chevaliers errans dans Argon enfermez;

Encores on voirra des Achilles armez Combattre devant Troye, et les rivières pleines De corps morts escumer sanglantes par les plaines {a).

« Mais si tost que les ans en croissant t’auront fait, En lieu d’un jouvenceau, homme entier et parfait,

Lors la guerre mourra, les harnois et les armes;

Les querelles mourront , les plaintes et les larmes,

Et tout ce qui dépend du vieil siecle ferré S’enfuira, donnant place au bel âge doré.

« Les hommes reverront les Dieux venir en terre ;

Le Ciel , sans plus s’armer de foudre et de tonnerre, Sans plus faire la gresle à bonds espais rouler,

Fera dessur les champs la manne distiller.

« Les pins, vieux compagnons des plus hautes montagnes En navires creusez ne voirront les campagnes De Neptune venteux , car sans voguer si loin La terre produira toute chose sans soin ;

Mere qui ne sera comme devant ferue De rateaux aiguisez, ny de soc de charrue;

Car les champs de leur gré, sans taureaux mugissans Sous le joug, se voirront de froment jaunissans.

Les moissons n’auront peur de sentir les faucilles ;

De leur gré les sommets des arbres bien fertilles Noirciront de raisins, et le clair ruisselet Ondoira par les fleurs et de vin et de laict (6).

a. Var. :

De carcasses de morts rougir parmy les plaines.

b. Var. :

Les moissons n’auront peur des faucilles voûtées,

Eclog u e I.

« Le miel distillera de Pescorce des chesnes ,

Et les roses croîtront sur les branches des fresnes ;

Le belier, en paissant au milieu d’un pré vert,

Se voirra tout le dos d’escarlate couvert,

De pourpre Paignelet, et la barbe des chèvres Deviendra fine soye à l’entour de leurs lèvres,

Les cornes des taureaux de perles, et encor Le rude poil des boucs jaunira de fin or.

« Bref, tout sera changé, et le monde, difforme Des vices d’aujourd’huy, prendra nouvelle forme Dessous toy, qui croistras pour avoir ce bonheur,

O prince bien-heureux, d’être son gouverneur! »

Ainsi sur ton berceau ces trois Parques chenues Chantoient, qui tout soudain volèrent dans les nues; Et alors les pasteurs en Pescorce des bois Gravèrent leur chanson, afin que tous les mois Aux flûtes des bergers elle fust accordée ,

Et parmy les forests dans les arbres gardée.

M ARGOTp).

Soleil , source de feu , haute merveille ronde ,

Soleil, Pâme, l’esprit, l’œil, la beauté du monde,

Tu as beau t’éveiller de bon matin, et choir Bien tard dedans la mer, tu ne sçaurois rien voir Plus grand aue nostre France; et toy, lune qui erres Maintenant aessur nous , maintenant sous les terres , En errant haut et bas tu ne vois rien si grand Que nos roys, dont le nom par le monde s’espand.' ■

Il ne faut point vanter ceste vieille Arcadie ,

Ses roches , ses forests, encore qu’elle die

Que ses pasteurs son nais avant que le croissant

Fust au ciel, comme il est, de nuict apparoissant;

Ny l'arbre de Bacchus des serpettes dentées ,

Car tousjours par les prez l'ondoyant ruisselet Ira coulant de vin , de nectar et de laict.

J. Marguerite, duchesse de Savoie.

Eclogue I.

La France la surpasse en antres plus sauvages ,

En taillis, en forests, en sources, en rivages,

En rochers plus amis des Dieux, qui sont contents De se monstrer à nous et nous voir en tout temps.

O bien-heureuse France, abondante et fertile 1

51 l’encens, si le basme en tes champs ne distile,

Si l’amome asien sur tes rives ne croist ,

Si l’ambre sur les bords de ta mer n’apparoist,

Aussi le chaud extrême et la poignante glace Ne corrompt point ton air ; et l’orgueilleuse race Des tigres, des lions, si fierement marchants ,

Comme’ ils font autre part, ne gaste point tes champs (a).

Que dirons-nous d’Auvergne, en montaignes qui hausse Sont front jusques au ciel’, de Champagne et de Beauce? L’une riche en troupeaux, les deux autres en blé («),

Au vœu des laboureurs d’usure redoublé ?

Que dirons-nous d’Anjou et des champs de T ouraine ? De Languedoc, Provence, où l’abondance pleine De sillon en sillon fertile se conduit ,

Portant sa riche corne enceinte de beau fruit? (2)

Que dirons-nous encor de cent mille rivières oun rechent les remparts de tant de villes fieres ,

Dont le front nous fait peur en allant au marché,

Tant il est dans le ciel superbement caché ?

Que dirons-nous des roys d’une si noble terre,

D’un François , d’un Henry, deux foudres de la guerre ? Des Charles, des Loys courageux, indomptez,

Qui ont tousjours chassé les loups de tous costez,

a. Vers ajoutés dans les éditions posthumes :

Ny le venin baveux des fils de la Gorgonne Tes jardins ny tes prez ny tes fleurs n'empoisonne y Ny l'aconit , enfant de l'infernal portier ,

Qui croist sur les rochers , n'infecte ton quartier.

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