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DES ELEGIES
ELEGIE
Oyant un jour redoubler mes souspirs,
Les seurs tesmoins des cœurs qui sont martyrs. Pitié vous prit de me voir en détresse,
Pour aimer trop une jeune Maistresse,
Ce disiez-vous , qui me rendoit ainsi Plein de souspirs , de dueil et de souci :
Car pour n’avoir le moyen à toute heure D’aller au lieu où sa beauté demeure,
Et ne pouvoir souvent la visiter,
Le souvenir me forçoit de jetter
Tant de souspirs, qui donnoient cognoissance,
Qu’une Maistresse avoit sur moy puissance.
(Dr vous voyant encores aujourd’huy En cet erreur, croyant que mon ennuy Vienne d’aimer une autre Damoiselle,
C’est bien raison qu’icy je vous revelle Ma passion , et pourquoy tant de fois ,
Tant de souspirs m’entre-rompent la voix,
A celle fin de vous faire certaine ,
Par cet escrit, d’où procédé ma peine.
Helas , ma Dame ! et à vous et à moy Vous faites tort de douter de ma foy ;
Car vous estant telle comme vous estes,
Ayant du Ciel tant de grâces parfaites,
Vos vertus sont un sujet bien heureux Pour travailler un esclave amoureux De vos vertus , à qui vostre hautesse Voudroit de l’œil faire un peu de caresse,
Voudroit l’aimer, l’estimer, et le voir,
Et ses propos doucement recevoir,
Comme il vous plaist de me faire, ma Dame,
Et tel plaisir je sens jusques en l’ame.
Le serviteur qui ne le sentiroit,
En lieu d’un cœur un rocher porteroit.
Mais plus grand tort vous me faites encore Sçachant assez combien je vous honore :
Puis autre-fois m’ayant fait cet honneur De m’estimer et me faire faveur ,
11 semble à voir que vostre amour, cognue En mon endroit, se change et diminue, Quand vous pensez qu’estimer je ne puis Vostre vertu , dont serviteur je suis ,
Ou, l’estimant, qu’assez je ne revere Sa grand’ valeur comme chose tres-chere.
Pource je suis contraint de souspirer, Quand prés de vous je me sens retirer , Parlant à vous , et voyant vostre face ,
Qui de beauté les plus belles efface,
Dont je reçois trop plus d’honnesteté Et de faveur que je n’ay mérité.
Or, vous voyant si belle et si aimable, Courtoise, douce, honneste, désirable, Pleine d’honneur et de perfection ,
Dont vous gagnez de tous l’affection;
Puis cognoissant (suivant ma Destinee)
A vous aimer ma nature inclinée,
A vous priser, honorer et chercher,
Et vostre amour sur toutes pourchasser,
Je me résous d’abandonner la bride A mon Destin , lequel me sert de guide,
Et au tourment qui me rend langoureux,
En m’asseurant que l’homme est mal-heureux Qui fuit le jour, et dont l’ame grossière Ne daigne voir du Soleil la lumière.
Mal-heureux est qui ne veut s’enflammer D’un beau visage, et qui ne l’ose aimer. Celuy vray’ment de la vertu n’a cure,
Et fut conceu de quelque roche dure :
En lieu d’esprit a du plomb au cerveau,
DES ELEGIES
Puis qu’en vivant n’aime rien qui soit beau.
Vous aimant donc comme chose très— belle , Je veux souffrir toute peine cruelle,
Et pour loyer je ne veux autre bien Sinon l’honneur que de n’estre plus mien, M’estant perdu sous vostre obéissance,
Dont le malheur m’est trop de recompense.
Car quand je voy le lieu que vous avez,
Ce que je puis, et ce que vous pouvez,
Et en quel rang estes icy tenue,
Ma petitesse et vostre grand value ,
Et que mon sort au vostre n’est égal ,
Amour adonc, qui redouble mon mal,
Me desespere, et la bride retire A mon penser qui vainement desire.
Puis la Raison , qui ma faute reprend, Telle conqueste en amour me deffend , Comme trop haute, et dont je ne suis digne : Car pour les Dieux est la chose divine.
Voilà le poinct, et la cause pourquoy Tant de souspirs deslogent de chez-moy,
Car la raison qui résisté à ma flame ,
Et l’opinion diverse qui s’enflame Par les rayons de vostre grand’ beauté ,
Ont un combat en mon cœur arresté,
Et de là vient l’eternelle abondance De mes souspirs, dont avez cognoissance.
Donc, je vous pri’, désormais ne pensez Que ces souspirs hors de moy soient poussez Pour autre effect que pour rompre la glace De vostre cœur , à fin d’y trouver place.
Et si, alors que vous n’entendiez point L'occasion pour qui j’estois espoint A souspirer, comme douce et humaine Aviez pitié dequoy j’estois en peine ; Maintenant donc que vous cognoissez bien L’occasion de mon mal et mon bien ,
Et de tous deux estes la cause vraye ,
Le Recueil
Soyez-moy douce, et guarissez ma playe , Ayez pitié de me voir en langueur,
Car mon malheur n’est digne de rigueur.
Outre qu’en tout vous estes tres-aimable, On vous aira courtoise et pitoyable ;
Vostre beauté, qui tousjours fleurira,
De vos vertus tout ce Monde emplira :
Ainsi serez par un bon œuvre faite Tant en vertu comme en beauté parfaite.
Elegi e