A MYLORD ROBERT DUDLEY
Comte de Leicester(i)
f ) uand Jupiter, le grand pere des Rois, v>^Forma Dudley ( a ), l’ornernent des Anglois, Pour un chef-d’œuvre et merveille du Monde ,
Il amassa toute la terre et l’onde ,
Le feu leger , et les astres qui font A tous mortels porter dessus le front,
Comme il leur plaist, cent diverses fortunes,
a. Var. :
Fit naistre Artus.
1. En 1 584 cette pièce est intitulée : Les Paroles que dit Merlin le prophète Anglois , esmerveillé de voir Artus en sa jeunesse accomply de toutes vertus. C’est probablement à cause de la persécution exercée contre Marie Stuart que Ronsard retrancha d’abord de cette pièce le nom et l’Eloge du favori d’Elisabeth , et plus tard l’élimina complètement de ses Œuvres.
DES ELEGIES
Blanches tantost, tantost noires et brunes, Versant sur nous je ne sçay quel Destin Qui nous maistrise et suit jusqu’à la fin.
Il choisit l’eau la plus claire et luisante, La terre apres la moins dure et pesante ,
Les mit en masse, et en fit du levain ;
Il la poitrit longuement en sa main, L’amollissant de son doigt bien agille, Comme un potier amollit son argille.
Tournant la terre , en homme la forma, Souffla dedans un feu qui anima La masse rude et de soy paresseuse ,
D’une ame vive, ardente et genereuse, Semblable au feu qui pront, chaud et leger, Fuyant la terre, au Ciel se va loger
En-ce-pendant les trois Parques chenues Sont à l’entour de l’image venues ,
Ayant au col trois quenoilles d’airain, Fuseaux de fer, puis, tirant de leur sein Une filace et blanche et deliée,
L’ont tout au rond des quenoilles liée.
Mouillant souvent de salive leurs doigts, Pinçoient le fil d’un accord toutes trois, Prime et subtil, de la trace suivie Du fil tiré filoient sa belle vie (a),
La polissant d’une mordante dent;
Puis , pour durer contre tout accident Qui va troublant des mortels le courage, D’un triple brin renforçoient tout l’ouvrage, A fin qu’ensemble il fust et blanc et fort, Blanc en beauté , et dur contre l’effort Que le malheur ou que l’envie ameine, Brisant le cours de nostre vie humaine.
Lors Jupiter, qui seul presidoit-là ,
a. Var. :
Et de la trame en tourbillon suyvie D’un beau fuseau filoient sa blanche vie.
Le Recueil
A haute voix tous les Dieux appella Pour contempler ceste image parfaite Que pour miracle au Ciel il avoit faite,
Leur commandant d’un front paisible et doux Qu’elle receust un beau présent de tous.
Adonc Amour d’une allaigre secousse Luy renversa tous les traits de sa trousse Dedans les yeux; non seulement ses traits, Mais ses douceurs, ses grâces, ses attraits, Qui volletoient sur son chef, comme avettes Voilent autour des plus belles fleurettes.
Venus, d’œillets et de roses a peint La couleur vive et fraische de son teint;
Mars luy donna la taille et la prouesse,
Pallas prudence, et Junon la richesse; Phebus luy fist le chef au sien pareil,
Et Promethé luy donna le conseil,
L’esprit Mercure, et Pithon la faconde;
Puis Jupiter le fit descendre au Monde.
Si tost qu’à bas l’image descendit,
La Renommée aux grands yeux l’entendit; Lors, ne souffrant que la belle venue D’un homme tel fut long-temps incognue, Laissa couler, comme les Nymphes font,
Ses longs cheveux à l’entour de son front,
Et sur le dos; puis elle prit ses aisles A cent couleurs, grandes, longues et belles, Faites de rang à cerceaux inégaux ,
Telles qu’on voit celles des papegaux,
Présent de l’Inde, estre toutes couvertes D’azur, de rouge, et de peintures vertes,
Et se monstrer diverses à nos yeux,
Ainsi qu’Iris en un temps pluvieux.
Elle cacha cent langues en sa bouche,
Print son cornet que soudain elle embouche A joue enflée, et promptement de là Sur le Palais d’Europe s’envoila.
Europe avoit sur sa robe engravée
DES ELEGIES. 585
Mainte province à fils d’or esîevée,
Mainte cité, maints fleuves et maints ports,
Et mainte mer servant de frange aux bords De son habit, mainte droicte montagne,
Mainte forest, maint lac, mainte campagne,
Et maint sablon sur les plis jaunissant De son habit en or resplendissant.
Son œil fut plein, tout son front et sa face De majesté , de douceur et de grâce.
Dessur son chef mainte couronne estoit;
Dedans la main maint sceptre elle portoit,
Et haute assise en un throsne d’yvoire De toutes pars s’environnoit de gloire,
Et de joyaux qui flambans à l’entour De ses beaux doigts faisoient un autre jour.
Comme elle veut ceste Europe commande Aux Rois sceptrez assis d’une grand’ bande Près de son throsne; un a le front joyeux,
L’autre marry fiche à terre les yeux,
L’autre rusé discourt en sa pensée De mettre à fin la guerre commencée ,
L’un vit en paix , l’autre ne veut sinon Par le harnois acquérir du renom.
L’un est heureux, et l’autre n’est prospéré, L’un est Tyran, l’autre régné en bon pere,
L’un est prudent, l’autre mal-avisé;
L’un, ramassant de son sceptre brisé Les grands esclats, misérable s’estonne,
Et l’autre voit à terre sa couronne.
L’un est vieillard et l’autre jeune enfant,
L'un est vaincu et l’autre triomphant.
Tout à l’entour sont les Ducs et les Comtes; Que toy, Fortune, en un jour tu surmontes,
Et de pompeux les fais aller seulets,
De grands seigneurs transformez en valets.
Auprès du throsne estoient grandes Princesses, Roynes de nom, Marquises et Duchesses,
Qu» vendent voir Europe bien souvent.
Ronsard — IV.
$86 Le Recueil
L'une derrière et l’autre alloit devant Selon le rang, le sang et le lignage.
Elles, ouvrant à l’éguille un ouvrage; Brodoient ensemble à traits longs et parfaits De leur pais les gestes et les faits Et 1 'origine, et les longues Annales,
Grand ornement des dignitez Royales.
Or aussi tost que l’Europe entendit La haute voix que la Famé espandit Au Ciel, en mer, et ça bas en la terre;
Elle appella sa mignonne Angleterre,
Luy commandant d’aller voir que c’estoit Que ceste voix publiquement chantoit.
Tout aussi tost qu’Angleterre eut ouye Telle nouvelle, elle en fut réjouye,
Et supplia la Famé de pouvoir ' Pour le redire à l’Europe ) aller voir Cette belle ame en beauté si parfaitte, Qu’elle cornoit avecques sa trompette.
La Renommée adonc se mist devant,
Et l’Angleterre après l’alloit suyvant, Tousjours parlant d’un si plaisant visage. Dont jà le nom avoit pris son courage.
Incontinent que ceste Nymphe eut veu Ce nouveau corps de beauté si pourveu ,
De qui la face et douce et genereuse Eust pris les Dieux, elle en fut desireuse, Et, en dressant les yeux pleins de soucy Vers Jupiter, fit sa requeste ainsi :
« Pere Jupin qui habites les nues,
A qui des cœurs les flammes sont cognues. Si j’ay suivy ta haute Majesté,
Si j’ay fidele à ton service esté,
Si tu m’as humble en tous lieux rencontrée; De si belle âme honore ma contrée. »
Ainsi priant la Nymphe demanda ,
Et d’un clin d’œil Jupiter l’accorda.
Incontinent cent mille courtoisies,
DES ELEGIES
Toutes vertus dedans le Ciel choisies,
Et tout l’honneur qui sert de lustre aux Rois Vient honorer le beau pais Anglois a) ,
[Aussi Dudley homme icy ne te passe Soit en prouesse ou soit en bonne grâce,
Soit en beauté, galantise ou vertu Dont l’envieux est par toy combattu.
Nul mieux que toy ne donte en la campagne Soit le roussin soit le cheval d’Espagne,
A bride ronde , à voltes ou au cours ,
Ou de pied coy, ou en cent mille tours;
Soit en cernant une ville assiégée,
So.t combattant en bataille rangée, Escarmouchant , soit courant et mouvant Meinte poussière esparse sous le vent , Trompant les yeux de l’ennemy pour faire Qu’en t’assaillant il se vienne deffaire.
a. Var. (1584) :
Fils de Neptun tout environné d’onde ,
Et séparé des malices du monde.
Alors que l’âge aura de ton Printemps Un peu meury les plaisirs inconstans ,
Et que l’ardeur qui les guerres anime ,
Te rendra Prince et fort et magnanime,
Toutes forests, tous rochers d’alentour ,
Ne parleront que d’armes et d’amour,
De pale- f rois , d’escuyers , de querelles ,
Et de venger l’honneur des Damoiselles ,
De vains combats , et de ponts périlleux , D’enchantements , de hazards merveilleux,
Le vray suject de ceste Table-ronde Qui de son nom doit couvrir tout le monde,
Et de laquelle , ô tres-vaillant Artus ,
Seras l’honneur pour tes hautes vertus ,
Et de tous Rois, qui, boüillans de jeunesse , Voudront un jour imiter ta prouesse.
Le Recueil
Nul mieux que toy sous le faix du harnois Ne'sçait combattre aux paisibles tournois,
Ou soit en lice ou soit à la carrière,
A picque mousse ou soit à la barrière , Lorsque le fer non tranchant fait voler En se froissant mille esclats dedans l’air;
Et lorsqu’on veoit les dames apparoistre A une tour ou à une fenestre Favorisant d’yeux, de signe et d’ardeur Les plus gaillards qui ont gaigné leur cœur.
Nul mieux que toy ne suit par les bocages Les cerfs rameux ou les sangliers sauvages, Armez de foudre , ou le daim plus léger Ou le chevreuil qu’on chasse sans danger.
Bien que le cerf en cent tours se dévoyé Fuyant la mort, tu ne faux point sa voye, La trompe au poing haletant et pressant Les chiens certains, apres luy languissant Du long travail ; à la fin tu le meines Mourir aux bords des heureuses fontaines.
Tu prends son chef, puis à Diane après Le consacrant l’attaches ès forests.
Nul mieux que toy ne tombe à la cadence Quand main à main tu guides une danse , Soit découpant ou les Branles anglois,
Ou les Flamans, ou les nostres François, Ou soit balant d’une jambe soudaine Une Gaillarde espagnole ou romaine, Monstrant la grève et le corps bien adroit Que pour espoux une nymphe voudroit.
Nul tant que toy n’honore la musique Ny la douceur du bel art poétique Qui fait ton nom voler jusques aux cieux. Que sert aux Rois d’estre victorieux ,
De commander à beaucoup de provinces, D’estre seigneurs des peuples et des princes , Si sans honneur ainsy qu’un bûcheron Tombent là-bas au bateau de Caron
DES ELEG I ES
Nus de louange, et si leur renommée N’est par les vers d’age en âge animée, Ressuscitez du tombeau paresseux?
Heureux vrayment, heureux mille fois ceux Dont la gloire est de la muse suyvie,
Qui d’une mort fait renaistre une vie.
Mais quand il faut disputer au conseil,
Ton bon esprit ne trouve son pareil Soit pour traiter affaires d’importance Où la raison en deux parts se balance ,
Soit pour garnir les havres et les ports De ton pays, les villes et les forts ,
Et faire vivre en paix le populaire Dessous ta Royne à qui rien ne peut plaire Que la vertu qui compagne la suit Et sur son front comme un astre reluit.
Nul mieux que toy l’estranger ne caresse Qui doucement par ta grâce se laisse Prendre et gaigner, ainsi que le poisson Sans y penser se prend à l’hameçon.
Nul mieux que toy d’un visage accointable Et d’un parler courtois et amiable Pour de ta Royne illustrer la grandeur,
Ne fait caresse à un ambassadeur De quelque part qu’en Angleterre il vienne ,
Et que ta grâce amy ne le retienne ;
Aussi es-tu la facture des Dieux.
Ne sois pourtant d’un tel heur glorieux :
Tant plus en haut les choses sont poussées, Plus de fortune elles sont menacées Et de l’Envie, à qui n’est rien si cher Que voir d’enhaut les Princes trébucher.
Mais toy, qui prens des Dieux mesme la vie, N’es point subject comme un peuple à l’envie, Plus puissant qu’elle , et la voirras mourir,
Et tes vertus héroïques fleurir,
Sans que sa lime odieuse les ronge.
$90 Le Recueil
Car ta vertu surmonte le mensonge (a).
Or, Monseigneur, coupable je serois Si moy qui suis chantre de tant de rois, Fils de ce siècle et vivant de ton âge.
Je ne rendois au peuple tesmoignage De ta vertu ; car point je n’ay passé La mer qui tient ce royaume embrassé Pour te chanter d’une chanson frivole; Je veux que vive à jamais elle vole Et qu'à tout âge elle fasse savoir Que j’ay franchi l’Océan pour te voir.
ELEGIE
Seule apres Dieu la forte destinée Commande en terre à toute chose née,
Et son lien nous enlasse si fort,
Que rien ne peut le trancher que la Mort.
Ny pour voguer par les mers poissonneuses, Ny pour tracer les Syrtes sablonneuses,
Pour se cacher dans l’Antre d’un rocher,
Ou sous la terre, on ne peut empescher Le cours fatal, que vainqueur ne nous suive,
Et que chacun par contraire ne vive Dessous la loy qu’il receut en naissant;
Tant le decret du Destin est puissant,
[Qui va forçant tous les hommes de faire Une action l’une à l’autre contraire.
L’un en cela, l’autre en cecy se plaist,
Et si ardent en son courage il est Au cœur touché du destin qui l’incline
a. Var. Fin de 1584, en place des 10 derniers vers :
Ainsi Merlin d'Artus prophetisoit ,
Et vray devient tout cela qu’il disoil.
DËS Elegies. 39*
Que son inst:nct ne sort de sa poitrine.
Mais s’attachant en ses veines 1 emeust,
Le pousse et poingt en la part où il veut.]
Ainsy du jour que je vous vy, Madame,
Vous fustes seule emprainte dans mon ame ,
Et le Destin ne m’a permis depuis Aimer ailleurs, tant condamné je suis A vous servir, ne sentant autre braise,
N y ne voyant autre bien qui me plaise.
[Car je ne puis regarder autre part Autre soleil. Sans plus vostre regard Me sert de sang , ae poulmons et de vie ;
Seule en vous gist mon tout et mon envie ;
Seule pour vous je fus prédestiné Et pour vous seule et non pour autre né.
Quant le haut ciel, qui a toute puissance Sur nous humains avant nostre naissance,
En vos cheveux ne m auroit enlassé De vous aimer je n’eusse point iaissé.
Qui est celui , s’il n’est fait d’une glace Ou d’un rocher, qui, voyant vostre grâce,
Vostre jeunesse et les raiz de vos yeux ,
Vostre beau front, vostre port gratieux,
Et par sus tout vostre âme genereuse ,
Ne bruleroit d’une flame amoureuse ?|
Quand je vous voy (il n’en faut point mentir), Vostre beauté au cœur me fait sentir Cent passions diverses , et me semble Que tout le cœur passionné me tremble [Celant mon feu qui ne se peut celer,
Car il ne laisse en me bruslant d’aller De nerfs en nerfs et d’artère en artère ,
De veine en veine, et forcé de le taire,
Il se deceleet monstre assez combien Vous estes seule et mon mal et mon bien.]
En vous je vy, et en vous je respire;
Autre richesse au monde je n’aspire;
Seuls vos beaux yeux font mon contentement;
Le Recueil
Sans leurs rayons je mourrois seulement.
[D’un seul regard je prends mort et naissance. Ne vous voyant, je perds toute puissance, Froid et perclus ; et , sans le souvenir Qui compagnon me vient entretenir, Représentant ainsi qu’un bel image De nuit, de jour, vos yeux, vostre visage, Vostre parler et tous les biens qu’Amour Loge dans vous , je mourrois dès le jour Que par fortune ou par autre disgrâce Je n’ai point veu vostre gentille face,
Qui nous fait foy et tesmoigne à nos yeux Que vos beautez ne sentent que les cieux , Comme passant les dames de vostre âge En corps divin , en esprit meur et sage ,
En courtoisie et jeunesse , qui fait Le port plus beau, plus aimable et parfait.}
Voila pourquoy mon ame, qui s’oublie Pour vous aimer, si fermement se lie,
En me laissant , à la vostre , qu’elle est Tousjours collée au plaisir qui lui plaist,
Sans se soûler de telle jouyssance.
Et pour cela nos noms, comme je pense,
Sont accordans; car nous ne sommes pas Deux cœurs en un liez jusqu’au trépas.
Mais le Destin, qui les amans assemble,
Nous a liez de mesmes noms ensemble,
Comme de doux pour tenir l’amitié Qui nous conjoint sans changer de moitié.
Las ! je ne puis changer d’autre pensée ,
Tant la mienne est en la vostre passée ,
Mon cœur au vostre, et plus rien je ne suis Sinon vous-mesme, et rien de moy ne puis; Car tout en vous, je ne suis nulle chose,
Et n’ay besoin d’autre métamorphosé ,
S'il ne vous plaist vous-mesmes vous changer, Et vous desfaire et rompre et desloger Hors de chez vous; autre mal-heur extrême
DES ELEGIES
Ne peut forcer moy qui suis en vous mesme.
Pour ce, Madame , esperer il vous faut - Un serviteur loyal et sans defaut,
Comme je suis, qui pour vostre service Se vient soi-mesme offrir en sacrifice A vos beautez , dont de jour et de nuict Le beau portrait de toutes parts me suit;
Bien que souvent ou par doute ou par crainte, Ou par respect ou par autre contrainte ,
En vous voyant , tout pensif et tremblant ,
De voir vos yeux je n’ay pas fait semblant, Comme monstrant par froide contenance Qu’en autre part j’avois fait alliance ,
Faisant entrer les hommes en soupçon Que mon ardeur n’estoit plus qu’un glaçon.
Et la chaleur auparavant si forte,
* Par trait de temps languissoit toute morte.
Mais je cachois d’une cendre le feu Qui me brusloit ; à fin qu’il ne fust veu Par le dehors que le dedans , Madame ,
Ardoit pour vous d’une si chaude fl -me.
Car je ne suis un amant incertain Qui prend et laisse amour aussi soudain Qu’un vestement ; c’est un acte volage Et punissable; Amour m’est héritage,
Comme mon sang , mes veines et mon cœur,
Que ny le temps, desespoir ni rigueur,
Ne peut m’oster ; il fauaroit me desfaire.
Mais je ne veux que l’importun vulgaire, Menteur, causeur, cognoisse rien de moy,
Pour ne commettre à sa langue ma foy.
Qui veut garder une amour bien entière ,
Ne faut donner au médisant matière De caqueter ; il faut dissimuler :
Souvent se taire est meilleur que parler;
Puis l’amitié qui est bien commencée Sans parler parle avecques la pensée.
Le Recueil
Elegie