A AMADIS JAMIN
Son Page
Couvre mon chef de Pavot , je te prie,
A fin , Jamin , que mes soucis j’oublie. De luy tout seul pour perdre mon meschef , Je ne veux point me couronner le chef;
Mais de son jus à longs traits je veux boire Pour de mes maux endormir la mémoire De fond en comble, et pour ne retenir Jamais au cœur un si dur souvenir;
Voulant du tout en forçant ma nature, Ducharactere effacer la figure Que je portois engravé dans le cœur,
Qui par deux ans a nourri ma langueur.
Le temps perdu soit perdu , et je pense Avoir assez entière recompense,
Si de ses rets je me puis aeslier,
Et tout à coup son amour oublier.
Charge mon vin de Pavots et mates'.e, Et ne vien plus d’une reprise honneste Me condamner que je suis inconstant,
Ou si tu veux , repren , j’en suis content , Pourveu qu’ainsi je la puisse en ma vie Autant haïr comme je l’ay servie.
Le mal traité s’éjouit à son tour,
Quand le Destin triomphe de l’amour,
Et bien souvent pour ne pouvoir complaire, Le trop d’amour se transforme en colere,
DES ELEGIES
En rage, en feu , qui de vengeance sert,
Et pour un rien souvent le tout se perd.
Elegîe