‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 16 sur 138 · Poète royal, de Limoges, maître de Ronsard · texte numérisé non relu

Poète royal, de Limoges, maître de Ronsard

4. A la façon des anciens poètes, il met ce qui contient pour ce qui est contenu , l’Amérique pour ses richesses.

Eclogue I. 33

Marche par le Pledmont, au milieu d’une presse Qui court à grande foule , à fin de faire honneur A ce sang de Valois (') qui cause leur bonheur.

[L ’autre croist soubs sa mere, ainsi qu’un scion tendre Sous l’ombre d’un laurier qui doibt bientost estendre Ses bras jusques au ciel et son chef spatieux Pour embasmer d’odeur et la terre et les deux.]

Que dirons-nous encor de la maison de France ?

Si un pauvre pasteur se lamente en souffrance ,

S’il a perdu ses bœufs, s’il est mangé des ours ,

Ceste noble maison est seule son secours,

Luy chasse loin de luy sa honte misérable,

Luy redonne ses bœufs, ses champs et son estable, Ou le fait d’estranger domestique pasteur,

Luy oste de l’esprit la sombre pesanteur,

Le rend riche et gaillard et luy apprend à dire Par les hautes forests les chansons de Tityre.

Là fleurit la vertu , l’honneur et la bonté La douceur y est jointe avec la gravité ,

Le désir de louange et la peur d’infamie,

Et tout ce qui dépend de toute preud’homie.

Lâ les peres, vieillards en barbe et cheveux gris, Conduisent leurs enfans pour y estre nourris ,

Et pour mettre une bride à leur jeunesse folle :

Car de toute vertu la France est une escolle.

Je te salue, heureuse et fécondé maison,

Qui fleuris en tout temps sans perdre ta saison ,

Mere de tant de roys, ae tant ae riches villes Et de troupeaux paissant tant de plaines fertilles (a).

Le bon-heur te conduise, et jamais le discord Ne pousse tes bergers au péril ae la mort;

Mais, unis d’amitié, puissent dessur leur teste Des ennemis vaincus r’apporter la conqueste ,

a. Var. :

D’hommes, havres et ports , et provinces fertilles.

i . Elle étoit de la race des Valois.

Ronsard. — IV. . ^

Eclogue I.

Et puissent en tous lieux se monstrer serviteurs De leur prince Carlin, le maistre des pasteurs ;

Afin que pour jamais nostre France resemble Aux troupeaux bien-unis qui se serrent ensemble. Tousjours ta terre soit abondante en froment ;

La nielle, que l’air corrompu va formant ,

Ne ronge tes espics, et jamais la gelée N’envoye à tes brebis ny tac ny clavelée;

La famine et la peste aille bien loin de toy,

Et bien-heureuse vy dessous un si bon roy.

Le premier Pasteur voyageur.

L’ardeur qui la jeunesse eschauffe de louange M’a fait errer long temps en mainte terre estrange, Pour voir si le mérité egaloit le renom Des roys, dont j’ay cognu les faces et le nom.

J’ay pratiqué leurs mœurs, leurs grandeurs, leurs altesses, Leurs troupeaux infinis, leur superbes richesses, Leurs peuples, leurs citez et les diverses lois Dont se font obeyr les princes et les rois.

Je vy premièrement le grand pasteur d’Espagne (<); Assise à son costé j’apperceu sa compagne (2),

Qui prend sa noble race et son estre ancien Des Valois descendus du noble sang troyen (?),

Fille de Henriot (4), sœur de Carlin (5) et fille De Catin(1 2 3 4 * 6 7), le surgeon de si noble famille.

Je vy ce demy-Dieu en Espagne adoré (7),

Je le vy d’Orient tellement honoré

Que pour riche présent son Inde luy envoyé

Cent vaisseaux tous les ans chargez de jaune proye.

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