Michel de l’Hospital", j. Ronsard
Eclogue III.
L’un bon joueur de flûte , et l’autre de musette ,
L’un gardeur de brebis , et l’autre de chévreaux , S’escarterent un jour d’entre les pastoureaux.
Pendant que leur bestail paissoit parmy la plaine, Un peu dessous Meudon (•}, au rivage de Seine,
Ils laissèrent leurs chiens, pour abboyer les loups , Bien armez de colliers tous hérissez de doux,
Et, montant contre-mont d’une colline droite Au travers d’une vigne, en une sente estroite, Gaignerent pas à pas la grotte de Meudon ,
La grotte que Chariot (2) (Chariot de qui le nom Est saint par les forests) a fait creuser si belle Pour estre des neuf Sœurs la demeure eternelle; Sœurs qui en sa faveur ont mesprisé les eaux D’Eurote et de Permesse, et les tertres jumeaux D’Helicon et d’Olympe, et la fameuse source Qui du cheval-volant prit son nom et sa course,
Pour venir habiter son bel antre esmaillé ,
Dans le creux de la terre en un roc entaillé.
Si tost que ces pasteurs du milieu de la rotte Apperceurent le front de la divine grotte , S’enclinerent à terre , et , craintifs , honoroient De bien loing le repaire où les Sœurs demeuroient.
Apres l’oraison faite, arrivent à l’entrée (Nuas de teste et de pieds) de la grotte sacrée;
Car ils avoient tous deux et sabots et chapeaux , Reverans le sainct lieu , pendus à des rameaux.
Eux, dévots arrivez au devant de la porte, Salüerent Pallas qui la Gorgonne porte,
Et le petit Bacchus qui dans ses doigts marbrins Tient un pampre chargé de grappes de raisins;
Us se lavent trois fois de l’eau de la fontaine,
Se serrent par trois fois de trois plis de verveine, Trois fois entournent l’antre, et d’une basse vois Appellent de Meudon les Nymphes par trois fois,