‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 27 sur 138 · Lieu de plaisance tout proche de Paris · texte numérisé non relu

Lieu de plaisance tout proche de Paris

2. Le cardinal de Lorraine, qui favorisa grandement les Muses, frère de François de Lorraine, duc de Guise.

56 Eclog U E I I I.

Les Faunes, les Sylvains et tous les Dieux sauvages Des prochaines forests , des monts et des bocages ; Puis, prenans hardiesse, ils entrèrent dedans Le saint horreur de l’antre, et, comme tous ardans De trop de Deïté, sentirent leur pensée De nouvelle fureur brusquement insensée (l).

Ils furent esbahis de voir le partiment En un lieu si desert d’un si beau bastiment;

Le plan , le frontispice et les piliers rustiques Qui effacent l’honneur des colonnes antiques;

De voir que l’artifice avoit portrait les murs De grotesque si belle en des rochers si durs ;

De voir les cabinets , les chambres et les salles.

Les terrasses , festons , gillochis et ovalles ,

Et l’esmail bigarré, qui ressemble aux couleurs Des prez quand la saison les diapré de fleurs;

Ou comme l’arc en-ciel qui peint, à sa venue,

De cent mille couleurs le dessus de la nuë.

Lors Bellot et Perrot (de tels noms s’appeloient Les pasteurs qui par l’antre en reverence alloient)

Ne se peurent garder de rompre le silence,

Et le premier des deux, Bellot, ainsi commence.

B E LLOT.

Printemps, naissez bientost et faites naître aussy Avec vous la rosée et les herbes d’icy,

Afin que de cent fleurs diverses je façonne (a)

Pour le front de Chariot une belle couronne.

Pasteurs, puis que Chariot nous daigne regarder, Comme nous soûlions faire il ne faut plus garder Pour la crainte des loups nos brebis camusettes,

a. Var. :

Printemps, naissez , croissez , et de mille façons Couvrez les jeunes prez de fleureuses moissons ,

Afin quen les cueillant et tirant je façonne

i. A cause que Charles, cardinal de Lorraine, étoit l'Apollon des bons esprits de son temps , il fait sa grotte semblable à celle des Muses.

Eclogue III.

SI

Qui sans crainte paistront au bruit de nos musettes. Nos chevres sans danger les saules brouteront.

Et nos taureaux sous l’ombre assis remascheront L’herbe que leur gosier deux fois pousse et retire (b), Et nous autres bergers ne ferons plus que rire,

Que jouer, que fluter, que chanter, que dancer, Comme si l’âge d’or vouloit recommencer A regner dessous luy, comme il regnoit à l’heure Que Saturne faisoit en terre sa demeure.

Nous ferons de gazons son autel comme à Pan ;

Nous chommerons sa feste, et au retour de l’an, Tout ainsi qu’à Palés ou à Cerès la grande,

Trois vaisseaux pleins de laict verserons pour offrande, En invoquant son nom, et, tournant à l’entour De l’autel , nous ferons un banquet tout le jour,

Où Janot, Limosin (»), prendra sa chalemie A tous pasteurs venans pour l’amour de s’amie;

Car c’est un demi-Dieu à qui plaisent nos sons,

Qui fait cas des pasteurs, qui aime leurs chansons, Qui garde leurs brebis de chaud et de froidure Et en toutes saisons les fournit de pasture (2).

Quelque part que tu sois, Chariot, pour ta vertu , En tes lèvres tousjours savourer puisses-tu Le doux sucre et la manne , et manger tout ensemble Le miel qui en douceur à tes propos ressemble,

Et tousjours, quelque part que tu voudrois aller,

a. Var. :

Car eux et nos aigneaux ensemble coucheront ,

Nos taureaux leur viande à l'ombre mascheront Deux fois en escoutant les chansons de Tytyre.

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