‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 3 sur 138 · ENTRE-PARLEURS · texte numérisé non relu

ENTRE-PARLEURS

Orleantin, Angelot, Navarrin, Guisin, Margot.

PUIS

Le premier Pasteur voyageur, le second Pasteur voyageur.

PUIS

Le second Joueur de lyre.

PUIS

Deux Pasteurs dedans un antre, l’un représentant la Royne, l’autre Marguerite, Duchesse de Savoye.

Le premier Joueur de lyre Commence le Prologue.

es chesnes ombrageux que sans art la nature

Par les hautes forests nourrit à Pavanture(‘)

I. Ce commencement est imité de V Arcadie de Sannazare , duquel il a pris beaucoup de choses , comme lui a fait de Virgile et de Théocrite.

6 Eclogue I.

Sont plus doux aux troupeaux et plus frais aux bergers Que les arbres entez d’artifice és vergers.

Des libres oiselets plus doux est le ramage Que n’est le chant appris des rossignols en cage ;

Et la source d’une eau saillante d’un rocher Est plus douce au passant pour sa soif estancher (Quand sans art elle coule en sa veine rustique)

Que n’est une fontaine en marbre magnifique ,

Par contraincte sortant d’un grand tuyau doré Au milieu de la cour d’un palais honoré.

Plus belle est une nymphe en sa cotte agrafée,

Aux bras à demy nuds, qu’une dame coifée D’artifice soigneux, toute peinte de fard ;

Car tousjours la nature est meilleure que l’art.

Pource je me promets que le chant solitaire Des sauvages pasteurs doit d’avantage plaire (D’autant qu’il est naïf, sans art et sans façon) Qu’une plus curieuse et superbe chanson De ces maistres enflez d’une muse hardie,

Qui font trembler le ciel sous une tragédie,

Ou d’un vers enaigri, d’une colere voix,

Qui foudroyé l’honneur des princes et des rois {a).

Escoutez donc icy les musettes sacrées De ces pasteurs venus de lointaines contrées ,

Qui font diversement tout ainsi qu’il leur plaist D’amoureuses chansons sonner ceste forest.

Ce ne sont pas bergers d’une maison champestre , Qui mènent pour salaire aux champs les brebis paistre, Mais de haute famille et de race d’ayeux Qui , tenant des pasteurs le sceptre en divers lieux , Ont effroyé les loups, et en toute asseurance Ont guidé les troupeaux par les herbes de France ,

a. Var. :

Et d’un vers ampoullè , d’une colere vois ,

Redoublent les malheurs des princes et des rois .

Eclogue I.

[Aimez de leurs sujets et craints des estrangers;

Car tousjours la vertu a conduit ces bergers.]

Le chœur des Bergeres, composé de douze , assises dedans un antre, six d’une part et six de l’autre.

La première partie du costê dextre commence en chantant.

Si nous voyons entre fleurs et boutons Paistre moutons,

Et nos chevreaux pendre sur une roche,

Sans que le loup sur le soir en approche De sa dent croche ;

Si liz florir et roses nous sentons,

Voyans mourir toute herbe serpentine ;

Si nous voyons les nymphes à minuit En leur simple vasquine(i)

Mener un bruit ,

Dansans au bord d’une source argentine;

Si nous voyons le siecle d’or refait,

C’est du bien fait De la bergere Catherine (1 2).

L’autre partie sort de l'antre du costè gauche en chantant.

Quand nous irons baigner les grasses peaux De nos troupeaux,

Pour leur blanchir ergots, cornes et laines ,

Semant partout des roses à mains pleines,

Sur les fontaines,

Et du vin sur les ruisseaux ;

Quand nous ferons aux nymphes le service,

Et d’annuel office

1. C’est une espèce d’habit que les damoiselles mettoier.t entre la chemise et la cotte.

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