LES PASTEURS
Bellot, Perrot, Belin.
e fortune Bellot et Perrot dessous l’ombre D’un vieil chesne touffu avoient compté par nombre,
L’un à part ses brebis, et l’autre ses ché-
vreaux ,
1. Dansl’éd. de 1 560 cette Eglogue suit immédiatement l’Epître à J.' Du Thier, qui se trouve la deuxième pièce du second Livre des Poèmes.
2. C’étoit un secrétaire d'État , qui favorisoit les bons esprits.
Ronsard. — IV.
Eclogu e IV.
Et tous deux sur la lèvre avoient des chalumeaux. L’un et l’autre tenoit son eschine appuyée Sur l’escorce d’un chesne , et la jambe pliée En croix sur la houlette, et leur mastin estoit Couché prés de leurs pieds qui les loups aguettoit.
Ce-pendant que Bellot (2) chantoit sa Dianette(î)» Et que Perrot (4) faisoit apprendre à sa musette Le saint nom de Chariot (5) et d’Annot (6), que les bois, Les fleuves et les monts ont oüy tant de fois Redire à son flageol, que mieux ils le cognoissent Que ne font les troupeaux le thym dont ils se paissent ; Voicy venir Bellin (6), qui seul avoit erré Tout un jour à chercher son belier adiré (7),
Qu’à peine il ramenoit, ayant lié sa corne A un lasset coulant d’un tortis de viorne.
Or ce Bellin estoit de chanter bon ouvrier, D’habits et de façon il sembloit un chevrier ;
Il avoit en la main une houlette dure,
Sa musette pendoit au long de sa ceinture,
De moelle de jonc il portoit un chapeau ,
En lieu d’un paletoc(8) se vestoit de la peau D’un chevreau marqueté de couleur noire et blanche, Qu’une boucle d’airain luy serroit sur la hanche; D’un chevreul avorté un baudrier il avoit :
Son mastin à gros poil pas à pas le suivoit ,
Qui abayoit son ombre et mordoit à la fesse