B E L LOT
Je cognois les Pasteurs qui nos bœufs ensorcelent De regards enchantez; puissent-ils arriver Avecque leurs troupeaux, quand les fleurs renouvellent. Au Printemps en Afrique, en la Thrace l’Hyver.
Perrot.
De ce taillis prochain deux vieilles sont sorties.
Qui m’ont ensorcelé mon pauvre taureau blanc; Puissent-elles dormir au milieu des orties,
Apres avoir gratté leurs corps jusques au sang.
Bellot.
Si j’avois mon Olive, et les barbes des lèvres De mes boucs estoient d’or, et si tant d’or j’avois Que de poil se hérissé en la peau de mes chèvres,
Je ne voudrois pas estre un Faune de ces bois.
Perrot.
Si mes brebis portoient une toison dorée,
Si j’avois ma Cassandre, et mes beliers cornus Avoient les ergots d’or, au cœur de ceste prée Je bastirois un temple à la belle Vénus.
Bellot.
Ja la chaleur se passe et le Soleil s’abaisse,
Les vents sont assoupis, les bois dorment sans bruit ; Mais le feu de l’amour, qui jamais ne me laisse ,
Plus s’allume en mon cœur plus s’approche la nuit.
Eclogue IV.
Perrot.
La nuict nourrist le mien que je ne puis esteindre. Avaller toute l’eau de la mer me faudroit ;
Mais pour boire la mer il ne seroit pas moindre,
Plus je l’arrouserois et plus il reviendroit.
B ELLOT.
Dessur deux cbesneteaux hier à toute force Avanson je gravay avecques un poinçon :
Les deux chesnes croistront, et la nouvelle escorce Portera jusqu’au Ciel le nom de d’Avanson.
Perrot.
A la Déesse Echo, qui par les bois resonne, J’apprens le nom Du-Thier si souvent et si bien Que parmy les forests ceste Nymphe ne sonne Ny entre les rochers autre nom que Te sien.
B ELLOT.
Hou mastin ! va chasser mon bouc que je voy pendre Sur le haut de ce roc, il pourroit trébucher.
Qu’il vienne icy brouter où l’herbage est bien tendre. Si je prens ma houlette! il se fait bien chercher,
Perrot.
Prés des meres paissez, paissez parmy l’herbette, Petit troupeau d’agneaux, pour la crainte des loups. Tousjours devers le soir U beste vous aguette ;
Ne vous esloignez pas, elle courra sur vous.
Bellot.
Dy-moy quelle herbe fait les homme invisibles Mise dessur la langue, avant que déjeuner,
De qui Janne faisoit des choses impossibles ?
Tu me seras un Dieu si la peux deviner.
Eclog u e I V.
Perrot.
Mais devine toy-mesme, et tu seras Prophète,
Le plus grand des Pasteurs, de quelle herbe est changé Le cœur d’une pucelle, et de cruelle est faite Plus douce à son amy quand elle en a mangé ?
Bellin.
Il ne faut point entrer en si longue dispute ;
Mon Bellot, mon amy, pren de moy cette flûte. Fredel, ce bon ouvrier, de buis la façonna,
Et par quatre pertuis le vent il luy donna.
Toy Perrot, prens aussi ceste belle chévrette :
Son ventre est fait de cerf, son anche de coudrette, Son bourdon de prunier, jamais ne perd le vent :
Car elle est bien cirée et derrière et devant.
Perrot prit la chévrette, et seul par les valées Et les bords plus secrets des rives reculées Alloit sonnant Du Thier : Du-Thier sonnoit sa vois. Et Du-Thier respondoient les antres et les bois.
Il le sonnoit au soir quand le Soleil se couche,
Le sonnoit au matin quand il sort de sa couche,
Le sonnoit à midy alors que les troupeaux Remaschent leur viande à l’ombre des ormeaux.
Car il aimoit Du-Thier autant que les avettes Aiment au mois d’Avril les odeurs des fleurettes,
Les brebis la rosée ; et dés ceste heure-là Perrot laissa les bois et aux Roys s’en-alla.
Eclogue V.
Eclogu e V