‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 44 sur 138 · Henri III · texte numérisé non relu

Henri III

6. Il fut précepteur de Henri III , et, comme Félin remarque, premier président à Milan sous François Ier.

Eclogue V. 93

Faisans naistre des fleurs plustost que leur printemps. Comme Daphnis un jour retournoit de la chasse (L’un avoit nom Daphnis , l’autre Thyrsis) , il passe Auprès d’une fontaine où son frère Thyrsis Estoit dessus l’herbette à la frescheur assis (a).

Aussi tost que Daphnis l’apperceut , il s’escrie :

Daphnis.

Thyrsis, gentil pasteur, chanton , je te supplie. Tous les bergers de France ont estimé de toy Que tu es plus sçavant à bien chanter que moy ;

Je viens pour t’essayer et te faire cognoistre Qu’en l’art de bien chanter je ne trouve mon maistre.

Thyrsis.

Daphnis, gentil berger, je suis prest de chanter; Mais avant le combat il ne faut te vanter.

Approche , je suis prest ; je te feray cognoistre Qu’en l’art de bien chanter je ne trouve mon maistre. Mais que veux-tu gager ?

Daphnis.

Tout ce que tu voudras.

Je gage deux aigneaux , gage deux chévreaux gras.

Thyrsis.

En lieu de tes aigneaux je veux mettre une tasse Qui quatre fois le prix de ton gage surpasse. Nouvellement tournée, encores elle sent La cire et le burin. Une vigne descent Tout à l’entour des bords, qui, de raisins chargée, Est de quatre ou de cinq pucelles vendangée.

L’une tient un panier, l’autre tient un couteau ,

Auprès d'une fontaine où son frere Xandrin Paissoit ses gras aigneaux de verd trèfle et de thym. j

Eclogue V.

Et l’autre à pieds deschaux gâche le vin nouveau,

Qui semble s’écouler dans la tasse profonde.

A l’ombre de la vigne est une nymphe blonde A cheveux déliez, qui se couvre le flanc,

Les cheveux et le sein d’un petit linge blanc.

Deux satyres cornus sont auprès de la belle ,

Qui ont les yeux enflez de trop veiller pour elle , Blessez de son amour; mais, peu se chaillant d’eux, Quelquefois dessus l’un, quelquefois sur les deux, Mignotte son regard , et se prend à sou-rire.

Leur donnant le martel , et ne s’en fait que rire.

Un pescheur est assis au bord du gobelet,

Qui courbé fait semblant de jeter un filet En la mer, pour pescher, et de toute sa force ,

Et de mains et de nerfs et de veines , s’efforce De le tirer de l’eau. Ses muscles, grands et gros , S’enflent depuis son chef jusqu’au bas de son dos ; Tout le front lui dégoutté, et bien qu’il soit vieil homme, Le labeur toutefois ses membres ne consomme.

Son reth est dessous l’eau, et diriez, à le voir,

Qu’en tirant il ahanne et ne le peut ravoir.

Ma levre au gobelet n’a touché pour y boire :

Tu l’auras toutefois si tu as la victoire.

D aphn I S.

Je gage une musette, au lieu de ton vaisseau,

Qui me couste en argent la valeur d’un taureau,

Que d’un ligneul ciré au genouïl j’ay fait coudre.

Son ventre est peau de cerf , ses anches sont de coudre, Son bourdon est de buis, son pipeau de prunier; C’estunchef d’œuvre grand : Fredon'U^ce bon ouvrier, En ces bois l’autre jour me la vendit bien chere;

Je la voulois donner à Margot (*), la bergere;

1. Dans les éditions suivantes le nom de Fredon est remplacé par Janot, puis par Seîvin. Seroit-ce des luthiers de cette époque?

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