‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 5 sur 138 · Charles IX · texte numérisé non relu

Charles IX

EC LOG U E I

Tout courbé d’ans ainsi que fit Nestor (a),

C’est ce Carlin promis des Destinées,

Sous qui courront les meilleures années Du vieil Saturne et du bon siècle d’or (b).

Les quatre Bergers et la Bergerese présentent ensemble d’un autre antre ( c ).

Orleantin(1) commence.

Puis que le lieu , le temps, la saison et l’envie, Qui s’eschaufent d’amour, à chanter nous convie , Chanton donques, bergers , et en mille façons A ces vertes forests apprenon nos chansons.

Icy de cent couleurs s’esmaille la prairie ,

Icy la tendre vigne aux ormeaux se marie ,

Icy l’ombrage frais va les fueilles mouvant Errantes çà et là sous l’haleine du vent;

Icy de pré en pré les soigneuses avettes

Vont baisant et sucçant les odeurs des fleurettes ;

Icy le gazouillis enroué des ruisseaux S’accorde doucement aux plaintes des oiseaux ;

Icy entre les pins les Zephyres s’entendent.

Nos flûtes cependant trop paresseuses pendent A nos cols endormis, et semble que ce temps Soit à nous un hyver, aux autres un printemps»

Sus donques en cet antre ou dessous cet ombrage Disons une chanson. Quant à ma part, je gage,

Pour le prix de celuy qui chantera le mieux,

Un cerf apprivoisé qui me suit en tous lieux.

i. Monsieur le duc d’Orléans, frère du roi Charles IX.

a. Var. :

Pere des roys} des peuples adoré :

b. Var. ;

Et du siècle dorê\

c. Var. :

Chacun de son antre à part .

Eclogue I.

Je le desrobay jeune, au fond d’une vallée,

A sa mere, au dos peint d’une peau martelée,

Et le nourry si bien que, souvent le gratant,

Le chatouillant, touchant, le peignant et flatant , Tantost auprès d’une eau, tantost sur la verdure ,

En douce je tournay sa sauvage nature.

Je l’ay tousjours gardé pour ma belle Thoinon, Laquelle en ma faveur l’appelle de mon nom ;

Tantost elle le baise et de fleurs odoreuses Environne son front et ses cornes rameuses,

Et tantost son beau col elle vient enfermer D’un carquan enrichy de coquilles de mer,

D’où pend la croche dent d’un sanglier, qui ressemble En rondeur le croissant qui se rejoint ensemble.

Il va seul et pensif où son pied le conduit;

Maintenant des forest les ombrages il suit , Maintenant il se mire aux bords d’une fontaine Ou s’endort sous le creux d’une roche hautaine.

Puis il retourne au soir, et, gaillard, prend du pain, Tantost dessus la table et tantost en ma main,

Saute à l’entour de moy, et de sa corne essaye De cosser brusquement mon mastin qui l’abaye,

Fait bruire son cleron , puis il se va coucher Au giron de Thoinon, qui l’estime si cher.

Il souffre que sa main le chevestre luy mette,

Faict à houpes de soye, et si bien ell’ le traite Que sur son dos privé le bast elle luy met.

Elle monte dessus et sans crainte le fait Marcher entre les fleurs, le tenant à la corne D’une main, et de l’autre, ingénieuse, elle orne Sa croupe de bouquets et de petits rameaux ;

Puis le conduit au soir à la fraischeur des eaux ,

Et de sa blanche main seule luy donne à boire.

Or quiconques aura l’honneur de la victoire Sera maistre du cerf, bien-heureux et contant De donner à s’amie un présent qui vaut tant.

Eclogue I.

Angelot (>).

Je gage mon grand bouc, qui par mont et par plaine Conduit seul un troupeau comme un grand capitaine; Il est fort et hardy, corpulent et puissant,

Brusque, prompt, éveillé, sautant et bondissant ,

Qui gratte, en se jouant, de l’ergot de derrière (Regardant les passans)sa barbe mentonnière.

Il a le front severe et le pas mesuré ,

La contenance fiere et l’œil bien asseuré;

Il ne doute (2) les loups, tant soient-ils redoutables , Ny les mastins armez de colliers effroyables,

Mais, planté sur le haut d’un rocher espineux,

Les regarde passer et si se mocque d’eux.

Son front est remparé de quatre grandes cornes , Les deux proches des yeux sont droites comme bornes Qu’un pere de famille esleve sur le bord De son champ qui estoit nagueres en discord;

Les deux autres , qui sont prochaines des aureilles , En douze ou quinze plis se couvrent à merveilles Comme ondes de la mer (a) et en tournant s’en vont Cacher dessous le poil qui luy pend sur le front.

Déslapoincte du jour, ce grand bouc qui sommeille N’attend que le pasteur tout le troupeau réveille, Mais il fait un grand bruit dedans Testable, et puis, En poussant le crouillet, de sa corne ouvre l’huis,

Et guide les chevreaux, qu’à grands pas il devance Comme de la longueur d’une moyenne lance,

Puis les rameine au soir à pas contez et Ions ,

Faisant sous ses ergots poudroyer les sablons.

Jamais en nul combat n’a perdu la bataille ,

Ruzé dés sa jeunesse, en quelque part qu’il aille,

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