Pour redoute
a. Var. :
D’une entorse ridée ,
Eclogu e I.
D’emporter la victoire ; aussi les autres boucs Ont crainte de sa corne et la reverent tous.
Je le gage pourtant, gentil pasteur, regarde,
Il vaut mieux que le cerf que ta Thoinon te garde.
N AVAR R I N (i).
J’ay dans ma gibbeciere un vaisseau fait au tour, De racine de buis, dont les anses d’autour Par artifice grand de mesme bois sont faites ,
Où maintes choses sont diversement portraites.
Presque tout au milieu du gobelet est peint Un satyre cornu, qui de ses bras estreint Tout au travers du corps une jeune bergere,
Et la veut faire choir dessous une fougere.
Son couvrechef lui tombe, elle a de toutes pars, A l’abandon du vent , ses beaux cheveux espars;
La nymphe courroucée, ardante en son courage, Tourne loin du satyre arriéré le visage ,
Essayant d’eschapper, et de la dextre main Luy arrache le poil du menton et du sein ,
Et luy froisse le nez de l’autre main senestre ,
Mais en vain : car tousjours le satyre est le maistre.
Trois petits enfans nuds de jambes et de bras, Taillez au naturel, tous potelez et gras,
Sont gravez à l’entour; l’un, par vive entreprise, Veut faire abandonner au satyre sa prise ,
Et d’une infante main par deux et par trois fois Prend celle du bouquin et luy ouvre les doits.
L’autre , plus courroucé, d’une dent bien aigue Mort ce dieu ravisseur par la cuisse pelue ,
Se tient contre sa grève et le pince si fort Que le sang espanau sous les ongles en sort, Faisant signe du doigt à l’autre enfant qu’il vienne , Et que par l’autre jambe ainsi que luy le tienne ; Mais cet autre garçon, pour-neant supplié,
A dos courbé se tire une espine du pié ,
i. Le roi de Navarre Henri le Grand.
EC LOG U E I
Assis sur un gazon de verte pimperneile ,
Sans se donner soucy de celuy qui rappelle.
Une genisse auprès luy pend sur le talon ,
Qui regarde tirer le poignant aiguillon De 1 espine cachée au fond de la chair vive ;
Et toute est tellement à ce fait ententive Que beante elle oublie à boire et à manger ,
Tant elle prend plaisir à ce petit berger,
Qui , tirant à la fin la pointe de l’espine,
De douleur se renverse et tombe sur l’eschine.
Un houbelon rampant à bras longs et retors De ce creux gobelet passemente les bors ,
Et court en se pliant à l’entour de l’ouvrage :
Tel qu’il est toutefois je le mets pour mon gage.
Je mets une houlette en lieu de ton vaisseau. L’autre jour que j’estois assis prés d’un ruisseau, Radoubant ma musette avecques mon alesne,
Je vy dessur le bord le tige a’un beau fresné Droit, sans nœuds et sans plis; lors me levant soudain, J’empoignay d’allegresse un goy dedans la main, Puis, coupant par le pied le bois armé d’escorce,
Je le fis chanceler et trébucher à force Dessur le pré voisin estendu de son long :
En quatre gros quartiers j’en fis sier le tronc,
Au soleil je seichay sa verdeur consumée ,
Puis j’endurcy le bois pendu à la fumée.
A la fin le baillant à Jean, ce bon ouvrier M’en fist une houlette, et si n’y a chévrier Ny berger en ce bois qui ne donnast pour elle La valeur d’un taureau , tant elle semble belle.
Elle a par artifice un million de nouds,
Pour mieux tenir la main, tous marquetez de clous ; Et afin que son pied ne se gaste à la terre ,
Un cercle faict d’airain de tous costez le serre :
i . C’est feu Monsieur de Guise.
Eclogue I.
Une poincte de fer le bout du pied soustient, Rempart de la houlette, où le pasteur se tient Dessur la jambe gauche, et du haut il appuyé Sa main, quand de jouer sur sa flûte il s’ennuye. L'anse est faite de cuivre et le haut de fer blanc Un peu long et courbé, où pourroient bien de ranc Deux mottes pour jetter au troupeau qui s’égare , Tant le fer est creusé d’un artifice rare.
Une nymphe y est peinte, ouvrage nompareil,
Qui ses cheveux essuye aux rayons du soleil,
Qui deçà qui delà dessur le col luy pendent,
Et dessur la houlette à petits flots descendent.
Elle fait d’une main semblant de ramasser Ceux du costé senestre et de les retrousser En frisons sur l’aureille, et de l’autre elle allonge Ceux du dextre costé mignotez d’une esponge Et tirez fil à fil , faisant entre ses doits Sortir en pressurant l’escume sur le bois.
Aux pieds de ceste nymphe est un garçon qui semble Cueillir des brins de jonc et les lier ensemble De long et de travers courbé sur le genou.
Il les presse du pouce et les serre d’un noud,
Puis il fait entre deux des fenestres égales , Façonnant une cage à mettre des cigales.
Loin derrière son dos est gisante à l’escart Sa panetiere enflée, en laquelle un regnard Met le nez finement, et d’une ruze estrange Trouve le déjeuner du garçon et le mange ,
Dont l’enfant s’apperçoit sans estre courroucé,
Tant il est ententif à l’œuvre commencé.
Si mettray-je pourtant une telle houlette,
Que j’estime en valeur autant qu’une musette.
Margot (1).
Je mettray pour celuy qui gaignera le prix Un merle qu’à la glus en nos forests je pris ;