POUR LE CHEVALIER CONTANT
près avoir pour l’Amour combatu, Suivant le train d’honneur et de vertu, Et fait sçavoir d’une main valeureuse Que peut l’ardeur d’une flame amoureuse; ir les Dames sçeu vanger Et traversé maint pays estranger,
Plein de constance et d’amitié loyale ,
Je viens d’Irlande en ceste Cour Royale,
Où de tout temps on void de toutes pars
124 Mascarades.
Des Chevalliers aussi vaillants que Mars.
Amour, qui peut les plus vaillants contraindre, Ne m’a conduit icy pour me complaindre,
Pour accuser ses traits ou sa rigueur :
Car son bel arc n’offense point mon cœur,
Ny le souci qui fait naistre les larmes De larges pleurs ne baigne point mes armes.
Vertu, qui est nourrice de mon feu,
M’a tellement d’une Dame pourveu Qu’en la servant je ne veux autre attente :
De ses beaux yeux sans plus je me contente.
En désirant je ne desire rien,
Ne jouyssant je jouys de mon bien,
Tout mon parfait habite en ma parfaite,
Ma volonté de son vouloir est faite.
Je vis en elle, elle vit dedans moy,
Ce n’est qu’un cœur, qu’une ame et qu’une foy.
Et qu’un esprit qui tient liez ensemble Un double corps, qui du tout se ressemble :
Elle est heureuse, et je suis bien-heureux,
Et bien-aimé je suis bien amoureux.
En son penser vit tousjours ma pensée,
Son ame en moy, la mienne en soy passée Fait que cherchant je me trouve en ses yeux,
Et m’y trouvant je ne cherche pas mieux.
Ainsi Amour, qui a toute puissance,
Fait de nos cœurs et de nous une essance,
Car je ne veux pour mon contentement Sinon l’aimer et la voir seulement Et l’honorer comme chose tres-sainte.
Et c’est pourquoy je n’ay point l’ame attainte De triste ennuy comme un tas d’amoureux Qui sans espoir sont tousjours langoureux.
Donc, si quelqu’un de la troupe veut dire Que la beauté dont la grâce m’attire Toutes beautez ne surpasse d’autant Que dessus tous je m’estime contant,
Vienne au combat tenter ma hardiesse!
Mascarades.
Avant partir il faudra qu’il confesse Que rien n’approche au prix de sa beauté, Ny nulle foy prés de ma loyauté.
Cartel 1 1