‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 7 sur 138 · Madame Marguerite, duchesse de Savoie · texte numérisé non relu

Madame Marguerite, duchesse de Savoie

Eclogue I.

Puis vous diray comment je l’enfermay en cage Et luy fis oublier son naturel ramage.

Un jour en l’escoutant siffler dedans ce bois Peu plaisir de son vol et plaisir de sa vois,

Et de sa robbe noire , et de son bec qui semble Etre peint de safran , tant jaune il luy ressemble ;

Et pource j’espiay l’endroit où il buvoit,

Quant au plus chaud du jour ses plumes il lavoit.

Or en semant le bord de vergettes gluées ,

L’une assez près de l’autre, en ordre situées ( a ),

Je me cachay sous l’herbe au pied d’un arbrisseau, Attendant que la soif ameneroit l’oiseau.

Aussi tost que le chaud eut la terre enflamée ,

Et que les bois fueilluz hérissez de ramée N’empeschoient que l’ardeur des rayons les plus chaux Ne vinssent altérer le cœur des animaux,

Ce merle, ouvrant la gorge et laissant l’aile pendre, Matté d’ardante soif, en volant vint descendre Dessus le bord glué, et comme il allongeoit Le col pour s’abreuver (pauvret qui ne songeoit Qu’à prendre son plaisir!), se veit outre coustume Engluer tout le col et puis toute la plume,

Si bien qu’il ne faisoit en lieu de s’en-voler,

Sinon à petits bonds sur le bord sauteler.

Incontinent je cours, et prompte luy desrobbe Sa douce liberté, le cachant sous ma robbe ;

Puis, pliant et nouant de vergettes de buis Et d’osier une cage, en prison je le mis.

Et fust que le soleil se plongeast dedans l’onde (£),

a. Var. :

Oh les premières eaux du vent sont remuées ,

b. Var. :

Puis , repliant d’osier un petit labyrint,

Pour son buisson natal prisonnier il devint De ma cage} et depuis , fust le soleil sous l’onde ,

Fust qu’il monstrast au jour sa belle tresse blonde, Fust au plus chaud midy, alors que nos troupeaux Estoient en remaschant couchez sous les ormeaux ,

Si bien je le veillay, parlant à son aureille ,

Qu’en moins de quinze jours je luy appris merveille, Et luy fis oublier sa rustique chanson ,

Pour retenir par cœur mainte belle leçon Toute pleine d’amour. J’ay souvenance d’une ;

Bien que l’invention en soit assez commune ,

Je la airay pourtant, car par là se verra Si l’oiseau sera cher à celuy qui l’aura.

Xandrin (i) mon doux soucy,mon œillet et ma rose, Qui peux de mes troupeaux et de moy disposer,

Le soleil tous les soirs dedans l’eau se repose !

Mais Margot pour t’amour ne sauroit reposer.

11 en sçait mille encore et mille de plus belles Qu’il escoute en ces bois chanter aux pastourelles,

Car il apprend par cœur tout cela qu’il entend.

Et bien qu’il me soit cher, je le gage pourtant.

Les chansons des pasteurs.

Orleantin.

Quel estrange malheur, quelle amere tristesse Vous tenoit, ô forests, quand la blonde jeunesse Qui boit les eaux du Rhin (2) d’un malheureux harnois Brigandant effroyoit le pais champenois,

Puis , enflée en espoir d’une fausse victoire,

Beut en lieu de son Rhin les eaux de nostre Loire,

1. Par Xandrin, il entend Henri III, qui auroitété nommé sur les fonts Alexandre.

2. Il entend les Allemands, qui passèrent en France contre Charles IX , bien que Henri II, son père, eût entrepris le voyage d’Allemagne, si fâcheux et si pénible pour la défense de leur liberté contre l’empereur Charles V.

Eclogue I.

Et osa, se fiant à l’infidélité

Du peuple, menacer nostre grande cité (j).

En ce temps si mauvais, la France, en despit d’elle, Portoit dessur l’eschine une gent si cruelle ,

Et voyant maugré soy tant de guerriers nouveaux , Soustenoit par despit les pieds de leurs chevaux.

Le soleil se cacha , et la saison, chargée De neiges apperceut ceste troupe enragée Saccager nos maisons au milieu de l’hiver;

Car jamais le soleil ne se daigna lever

Pour voir nostre ruine (£), abhorrant que le vice

Allast le front levé sans crainte de justice.

Un peuple se bandoit contre l’autre irrité (c) ,

Le citoyen estoit banny de sa cité,

Les autels despouillez de leurs saints tutélaires ,

Les temples ressemblent aux deserts solitaires , Sans feu, sans oraison, et les prestres sacrez Servoient de proye aux loups sur l’autel massacrez.

Nul tant chétif troupeau ne se trainoit sur l’herbe, Qu’il ne fust égorgé par l’ennemy superbe,

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a. Var. :

Qui sent tousjours la bise éventer son harnois,

Sans crainte briganda le sceptre des François ?

Et , s’enflant de l’espoir d’une fausse victoire ,

Vint boire , en lieu du Rhin , les eaux de nostre Loire, Contre un jeune orphelin (0, dont le pere indomté(2) Avoit leur nation remise en liberté?

b. Var. :

Si cruel brigandage.

c. Var. :

Ne voulut approuver

Le peuple avoit perdu toute fidelité,

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