I. Henri II
Mascarades.
Car, en naissant, du ciel il avoit eu Tout le bon-heur des lumières celestes.
Il fut en guerre un prince tres-vaillant , Soigneux, actif, diligent et veillant;
Voire et sembloit que Mars luy fist service ;
En temps de paix son peuple corrigeoit ,
Chassoit le mal de sa terre et logeoit Par les citez la crainte de justice.
Or tout ainsi, comme il estoit parfait,
Tel comme luy son peuple s’estoit fait :
Vertu regnoit par toute sa contrée,
Qui d’un chacun le rendoit honoré ,
Et bref c’étoit le bel âge doré Où fleurissoit Saturne avec Astrée.
Pour faire honneur à un siecle si beau ,
Qui ressembloit à ce monde nouveau ,
Quand nos ayeuls n’estoient tels que nous sommes, Apparoissoient les nymphes et les dieux ,
Et, sans avoir un voile sur les yeux ,
Ne desdaignoient la presence des hommes.
Par les forests les Sylvains habitoient ,
Faunes et Pans aux boccages chantoient,
Et sur les monts dansoient les Oreades;
La mer avoit son Glauque et son Neptun ,
Dessur les bords venoit jouer Portun ,
Et les ruisseaux abondoient de Naiades.
Mais quand le Ciel, qui ne se peut fléchir Par nos souspirs , se voulut enrichir,
O Ciel cruel ! de la mort d’un tel prince ,
Le monde fut despouillé de bon-heur,
Fut dévestu d’ornement et d’honneur,
Et la vertu laissa nostre province.
En lieu de paix, d’amour et de bonté,
Vint la malice au visage éhonté ,
Haines, discords et factions de villes;
Désir de sang les hommes fit armer,
L’ambition après vint allumer Le grand brazier des querelles civilles.
Mascarades.
Le peuple adonc, transporté d’appetit,
Tout insensé d’armes se revestit;
Lors la raison dessous les pieds fut mise;
Bref, le François par sa desloyauté De son pays arracha la beauté,
Comme un jardin saccagé de la bise.
Alors les Dieux, d’un tel fait desplaisans, Voyans la royne (1) et ses fils en bas ans De tous costez tourmentez de la guerre,
Pour ne souiller leurs yeux en regardant Le sang versé dessous le fer ardant ,
Par grand despit se cachèrent sous terre.
L’un s’enferma dans le creux d’un rocher, L’autre s’alla dans un arbre cacher,
L’autre en un antre, et l’autre sous les ondes, Ainsi que nous, qui depuis ce temps-là ,
Que le malheur d’icy nous exila,
N’avions au Ciel monstré nos tresses blondes, Sinon ce jour de longtemps attendu,
Où Charles (2), roy, de Henry descendu,
Vray heritier des vertus de son pere ,
Dessur son peuple a maintenant pouvoir ;
Et c’est pourquoy nous venons îcy voir Ce jeune prince en qui la France espere.
Nous venons donc , ô roy, selon raison ,
Te saluer en la belle maison,
Que ta largesse à ton frere a donnée ,
Où, s’il te plaist, pour te rendre plus seur De l’avenir, oy les vers de ma Sœur,
Qui va chanter toute ta destinée.