DE LA SECONDE SEREINE
O prince heureusement bien-né,
Qui fus beny dés ta naissance Par l’Eternel , qui t’a donné Toutes vertus en abondance;
[C’est toy qui nous estois promis Pour avoir tout seul la victoire ;
C’est toy par qui sera remis
Ton sceptre au plus haut de sa gloire.
C’est toy, Charles, de qui l’honneur, Remparé a’une vertu sainte ,
Emplira France de bonheur Et les rois estrangers de crainte.]
Crois, crois, et d’une majesté Monstre-toy le fils de ton pere ,
Et porte au front la chasteté Qui reluit aux yeux de ta mere.
Car, en estant comme tu es Aux vertus nourri dés jeunesse,
Tu passeras tous les mortels De bon esprit et de prouesse.
La France se peut asseurer De se voir soudain estrenée Des honneurs qu’on doit esperer D’une royauté si bien née.
Et bien qu’on puisse appercevoir Par les rayons de ta lumière L’heureuse fin que doit avoir Un fils nourri de telle mere ,
Si veux-je encor’ pour l’avenir
(Des destins prophètes nous sommes) T’ouvrir ce qui ne peut venir En la cognoissance des hommes.
Non seulement pacifi’ras De tout la France discordante,
Mais plus que jamais la feras De biens et d’honneurs abondante.
Et menant en guerre avec toy Ton frere appuy de tes louanges, Vainqueur des roys, le feras roy De maintes nations estranges.
[Et après avoir achevé De conqueter la terre toute Tu le rendras si eslevé Et si grand qu’on sera en doute.
Lequel sera le plus tenu A l’autre d’amour fraternelle ,
Ou lui pour estre parvenu Par son service si fidelle,
Ou toy monarque sans pareil D’avoir vaincu ton adversaire,
De toutes parts par le conseil Et par la lance de ton frere.
Ainsi te nourrissant parmy Les vertus de ta mere sage ,
Tu auras le ciel pour amy Et la terre pour héritage.]
Sous toy la malice mourra, L’erreur, la fraude et l’impudence,
Et le mensonge ne pourra Résister devant ta prudence.
Puis, ayant vescu comme il faut, Despouilleras le mortel voile,
Et près de ton pere là haut Tu feras une belle estoile.
Et toy, mere, réjouy-toy,
Mere sur toutes vertueuse,
Qui as nourri ce jeune roy Ronsard. IV.
io
Mascarades.
D’une prudence si soigneuse.
Bien tost auras de tes travaux Le loyer que le ciel te donne ,
Quand tu verras tous ses vassaux S’humilier sous sa couronne.
Et toy son frere en qui respand L’astre son heureuse influence.
Ta force et grandeur ne dépend Qu’à luy porter obéissance.
Ton avantage vient du sien ,
Ta gloire sans la sienne est vaine,
Ton bien procédé de son bien ,
Comme un ruisseau de sa fontaine.
Vivez donc amiablement Faisans vos noms par tout espandre, Vivez tous trois heureusement Charles, Catherine, Alexandre («)•