Henri U
Ronsard. — IV. a
Eclogue I.
Qui d’une main barbare emportoit pour butin Gras et maigre troupeau , et pasteurs et mâtin.
Les Faunes et les Pans, et les Nymphes compagnes, Se cachèrent d’effroy sous le creux des montagnes , Abominans le sang et les glaives trenchans,
Et nulle Déité n’habitoit plus aux champs.
La honte de mal-faire estoit morte, et les armes , Et les harnois craquans sur le dos des gensdarmes, Luisoient de tous costez; bref, il n’y avoit lieux, Tant fussent eslongnez , soit des pieds, soit des yeux, Il n’y avoit montagne, ou pendante vallée,
Ou forest, tant fust elle à l’escart reculée,
Ou rocher si secret, qui ne sentist la main Et la barbare voix de l’avare Germain (•).
Les herbes commençoient à croistre par les rues , Oisives par les champs se rouilloient les charrues;
Car la terre, irritée et dolente de voir Ses fils s’entre-tuer, leur nioit son devoir,
Et en lieu de donner des moissons abondantes ,
Ne poussoit que chardons et qu’espines mordantes.
Voire, et si du haut ciel quelque bon Dieu n’eust mis Un remors vergongneux au cœur des ennemis ,
C’estoit fait que de France (a), et sa terre, couverte De tant de gras troupeaux, fust maintenant deserte , Et, bannis de nos champs, eussions esté contraints Aller en autre part implorer autres saints.
Mais un prince bien né (?) qui prend son origine (b)
a. Var. :
La France estoit perdue ,
b. Var. :
Mais un Bourbon qui prend sa celeste origine