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BREVE EXPOSITION DE QUELCIUES PASSAGES

DU PREMIER LIVRE DES OdES DE PlERRE DE RoNSARD

par I. M. P. ï

Lecteur, j'ai bien voulu ^ dépandre quelques heures oisives, pour te déclarer une douzaine de passages, à mon jugement les plus difficiles du premier livre des Odes de Ronsard : m'assurant que telle diligence ne te pourroit apporter qu'un grand soulage- 5 ment, & à moi plaisir, de t'avoir fait entandre ce que l'auteur épris d'une trop vergongneuse honte, vouloit à ton dam, & au sien, tenir sous silence, sans le te communicquer.

Or pour venir au point, je commencerai premièrement à te

déclarer sa devise, ou autrement, anagrammatisme, qui est,

10 Swç b TspTiavSûOç 3, invention, non de l'auteur, mais de Jan

Éditions. — Quatre premiers livres des Odes (un), 1550, 1553. — ^^P" primée en 1555. — Reproduite dans l'éd. lyonnaise de 1592, Œuvres, t. II, p. 5-126, sous forme de notes discontinues à la fin de chaque ode correspondante, sans signature ni indication d'origine. — Signalée par Marty-Laveaux dans l'Appendice de la Pléiade française, 1. 1, p. 31, et t. II, p. 423, d'après L. FrogQr, Premières poésies de Ronsard, p. 17, note, et40-42. — Réimprimée par nous dans la R. H. L., 1903, p. 268-273.

1. Ces initiales désignent, croyons-nous, Jean Martin Parisien, le poète architecte auquel Ronsard adressa en 1550 l'ode xiii du livre I et dont il écrivit Tépitaphe en 1553. Ainsi pensait G. Colletet (Vie de Ronsard, publiée par Blanchemain en tète des Œuvres inédites de Ronsard, Paris, Aubry, 1855, F- 73> ^^ ^^^ ^'^ /• Martin, fragment publié par A. de Rochambeau dans \^ Famille de Ronsart, Paris, Franck, Bibl. elzévir., 1868, p. 236). Notre opinion se fonde en outre sur ce fait que J. Martin avait déjà écrit et inséré à la fin de sa traduction de VArcadia (1544) une « Exposition de plusieurs motz contenus en ce livre, dont l'intelligence n'est commune ». Cf. R. H. L., 1903, p. 267, et Ronsard p. lyr., p. 66-67.

2. C.-à-d. : J'ai tenu à. . . Cf. Du Bellay, Deffence, éd. Chamard, p. 53, n. 2, et 275; Ronsard, Suravertissement des Oi«dei55o, dans mon édition, p. 58, 1. 31 et 37.

3. Cette devise ouvre et clôt les Odes de 1550. Au titre du recueil, elle est suivie d'un distique grec de Dorât, qui signifie : Pierre de Ron-

Daurat Limosin, homme de singulier jugement, 8c de parfaite érudition, qui en l'une & l'autre langue ne doit par raison céder à nul de nostre siècle, lequel Daurat en démellant les plus désespérés passages de l'obscur Lycophron, que nul de nostre âge

15 n'avoit encores osé dénouer ', montra publicquement la faconde remettre en usage les anagrammatismes, & s'en servir comme Lycophron faisoit en la court du Roi Ptolémée, aiant gaiges de I lui, non pour autre raison ^. Tu dois entandre, lecteur, que [15c Terpandre fut jadis (ainsi que disent Pollux, & Suide, en leurs

20 vocabuléres 5) neveu d'Hésiode, & selon aucuns, d'Homère, qui façonna premièrement la lire à sept cordes, & le premier composa les accords, & les tons propres à elle, bien que quelques uns assurent que ce fut Philamon + : voulant Jan Daurat figurer par cela, que Terpandre est vivant & resucité par Ronsard, ana-

25 grammatisant nérpoç 'PtovaapBoç par Swç 6 TspTïavEpoç, les deus lettres pp se joignans & unians en une, ce qui est mêmes concédé en nos inversions Françoises 5.

25-26. On lit la seuUe lettre p servant deus fois (corr, aux errata)

sard est pour moi un nom de bon augure, car c'est Terpandre vivant avec sa lyre qui charme les hommes. — La devise et le distique sont reproduits au titre de la 2* éd. des Quatre premiers livres des Odes (iSS3)» mais disparaissent de la 5^ éd. (15 5 5) et des éd. collectives.

1. Cf. l'ode pindarique A Jan D'Orat (Odes de 1550, I, xi, 15-28).

2. Cf. Du Bellay, De;ffence, II, xviii (éd. Chamard, p. 275-277) ; Tabourot des Accords, Bigarrures, chap. ix (des Anagrammes), éd. de 1588, f° 102 v°. Tous deux rappellent ce talent de Lycophron, d'après le témoignage du grammairien byzantin Tzetzès. Au reste, Dorât en composant des anagrammes et en préconisant ce jeu d'esprit, ainsi que l'acrostiche, ramenait inconsciemment ses élèves à l'école des Rhétoriqueurs : Jehan Bouchet n'avait-il pas extrait de son nom l'anagramme Ha bien

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