LE SIXIÈME LIVRE
Bon Conseil.
le noble Roy de France a eu alïaire !Oultre la mer. Fortune fort contraire Luy a esté, dont ne sommes joyeulx, Mais, puys qu'il plaist à Jésus ainsy Prendre en gré fault; ce qui est nécessaire [faire, Nous envoyé en ces terrestres lieux.
S'il fust ycy, il nous en fust de mieulx; Se nous semble, peu vault une province, Qui est sans chef, sans seigneur et sans prince.
L'ESGLISE
Je regrette l'absence du bon Roy;
Car c'est celuy qui observe la loy
De Jhésuscrist, honorant saincte Eglise.
Las, il m'est tart qu'ung tel prince ne voy;
Il fréquente souvent avecques moy ;
Au monde n'est homme qui plus me prise;
Pour m'honorer il a fait entreprinse
3963] Vie Ms S. Loys. 181
Oultre la mer, où a eu maint meschief ; Peu vault pais sans seigneur et sans chief.
Je regrette l'absence de mon maistre, Seigneur et roy, qui me fait en paix estre Durant son temps ; non obstant son absence Très humble et doulx il se donneàcongnoistre; Tout fait trembler dessoubz son royal ceptre Par son povoir et sa magnificence.
Je suys courcé que ne voy sa présence, Car le pays ne peult avoir honneur.
Qui est sans chef, sans prince et sans seigneur. Bon Conseil.
Le Roy ayme juste justice.
L'Eglise.
Aux gens d'église fait des biens.
Le Popullaire.
Et, s'on me fait quelque malice, Il veult qu'on corrige malice Selon droit et par bons moiens.
Bon Conseil.
Plusieurs grans inconveniens Avons, par defïaulte de luy.
L'Eglise.
Il est vray; on voit aujourduy En maintes Juridicions Faire plusieurs exactions, Et les droictz cassez et péris.
Le Popullaire.
De la Prévosté de Paris Qu'en dirons-nous .f^ Je vous afferme
i82 Gringore. [5984
Qu'aujourduy est baillée à ferme, D'ont il s'en enssuit ung grant mal.
Bon Conseil.
Mais que le bon prince loyal Soit revenu, ayez notice Qu'il mettra tout par tout police ; Bien sera cecy amender.
Le Hérault.
Dieu vous vueille de mal garder, Mes seigneurs.
Bon Conseil.
Bien venez, Hérault.
Le Hérault.
Je vous advertis qu'il vous fault Tous préparer pour la venue Du noble Roy, et soit congnue L'espérance qu'en luy avez; Au devant de luy vous trouvez, Ainssy qu'il appartient au cas.
L'Eglise.
Nous avons tous joie et soullas De sa venue.
Bon Conseil.
Il nous fault aller Le recepvoir, à bref parler Comme notre prince et seigneur.
Le Popullaire.
Je suys sy joyeulx en mon cueur Que je ne sçay à qui le dire, Et n'ay garde de contredire
4oo6] Vie Ms S. Loys. 185
Que ne voyse au devant de luy.
Icy vont tous au devant de luy.
Le Roy Loys.
Nous arriverons aujourduy A Paris, s'il plaist à Jhesus, Où je croy que serons reçeus Honnestement et à grant joye.
Vous povez veoir parmy la voye Le PopuUaire qui accourt; Au devant de vous bref il court, Mesmes le Conseil et l'Église.
Les Prelatz.
C'est raison qu'on honore et prise Tel prince, qui est si humain.
Bon Conseil.
Votre noble, triumphant train Soit bien venu en votre ville Capitale.
L'Eglise.
Le lieu tranquille Puissez en paix entretenir.
Le Popullaire.
Sire, bien puissez-vous venir, Votre Chevallerie aussy.
J'ay esté long temps en soucy Pour l'amour de votre personne; Aussi la raison y est bonne; A vous servir je me submetz.
Le Roy Loys.
Dieu vueille que je tienne en paix
184 Gringore. [4029
L'Eglise et tout mon Popullaire, Et que la justice ordinaire Soit gouvernée par raison.
Chevallerie.
De reposer il est saison; Tous sommes traveillez et las.
Le Popullaire.
Chevallerie et les Prelatz Sont toujours avecques le Roy.
Je vueil que soyez avec moy, Bon Conseil; car, sans plus tarder.
Je vueil mon royaulme amender Selon droit et selon justice.
Bon Conseil.
La chose seroit très propice Pour soulager le Popullaire; Notez qu'il a beaucop affaire, Et luy est tout son bien osté, Pour cause qu'en la Prévosté De Paris n'a point de police.
Le Roy.
D'ont vient cella.'*
Bon Conseil.
Par le malice Des fermiers; car elle est baillée A meschans gens à la voilée, Mais qu'ilz ayent fort argent contant.
L'Eglise.
El' est baillée au plus offrant Et au dernier enchérisseur.
4055] Vie Ms s. Loys. 185
Bon Conseil.
Celuy qui en est pocesseur Supporte parens et amys, Et, quant les povres gens sont mis En procès, les riches leur donnent Grant argent, par quoy ils ordonnent Que povres gens perdent leur cause ; Ainsy convient, à peu de pause, Qu'ilz voisent demourer ailleurs.
Et aussy il y a plusieurs Pillars, larrons, brigans de boys, Que les Prévostz ont plusieurs foys Faulcéz par argent qu'ilz leur baillent; Par ainsy le Peupple traveillent En maintez di versez manières.
Je n'entendoye point les matières Ne comme cette chose alloit.
Bon Conseil.
Sire, nui ne vous en parloit Pour doubte de vous courrousser.
Le Roy.
Il fault sur ce cas cy penser Et de bien bref; car aultrement Auroit piteux gouvernement En mon royaulme.
Bon Conseil.
Les Prévostz Font beaucop de maulx ; à brefz motz, Vous sçavez, puis qu'ilz sont fermiers, Qu'il fault recuillir les deniers Qu'à voz Trésoriers ilz délivrent;
i86 Gringore. [4075
Oultre plus, il convient qu'ilz vivent, Leurs gens aussi.
Le Roy.
Je vous diray Que sur ce cas cy je feray; Affm que ce mal soit osté, Je bailleray la Prévosté A quelq'un qui riens n'en paira, Mais, pour le gouverner, aura Bon gaige.
Chevallerie.
Se seroit bien fait Se le Popullaire en effect En est travaillé tous les jours.
Le Popullaire aura secours, Mais que je saiche homme propice Pour bien gouverner ceste office, Sans fraude, faveur ne rapine.
Bon Conseil.
J'en congnoys ung qui est tout digne De l'excerser; car il est saige.
Justicier et bon personnaige ; Vostre cas sera bien et beau.
Le Roy.
Qui est-il.^
Bon Conseil.
Estienne Boyleau.
Le Roy.
Est-il homme de bien .^
Bon Conseil.
En somme
4I0I] Vie Ms S. Loys. 187
On le tient ung très bon preudhomme ; Justice veult entretenir.
Le Roy.
Hérault, faictez lay tost venir; Je vueil parler à sa personne.
Voulenté m'est prins que luy donne La Prévosté.
Le Hérault.
Je m'y en voys.
Long temps y a que le congnoys ; Je sçay son heu et son demeure; Vous le verrez tout à ceste heure, Se Dieu plaist, en place marchande.
Le Popullaire.
Vécy une chose très grande Qu'advenir à Paris je voy; C'est le doulx amyable roy Qui est contend, notez le terme, Que la Prévosté plus à ferme Ne soit baillée, et a conclus Que les fermiers ne l'auront plus.
Oultre, pour la gouverner, donne Bons gaiges; sa raison est bonne; Nul ne doit vendre, par droicture, Office de judicature, Car cella est contre la loy.
Le Hérault.
Estienne Boyleau, le Roy Mande que venez devers luy ; Car il vous veult dire aujourduy Aucune chose.
Gringore. [4124
estienne boyleau.
Sans doubtance Je luy doy foy, obédience; Mais le noble et puissant seigneur Me fait trop de grâce et honneur Me mander devant sa présence.
Le Hérault.
Il fault venir en dilligence; A son palais il vous atend.
ESTIENNE
Mon vouloir, certes, ne prétend Le contredire en nulle guise.
Le Marchant.
J'ay vendu force marchandise Dont j'ay reçeu argent contant; Et toutes foys d'en porter tant Parmy les champs je n'oseroys.
Je fais doubte que je seroys Destroussé. Ung tas de pïllars.
Larrons, murtriers, meschans, paillars Sont aujourduy sur les chemins, Qui ne cessent soirs et matins Rober les marchans.
L'OSTE
Je vous voy Tout pensif. Ainsy que je croy, Quelque chose avez sur le cueur.
Le Marchant.
S'ay mon ; mon hoste, soyez seur Que je pensoie à quelque chose Que saurez; car je présuppose
4148] Vie Ms S. Loys. 189
Avoir vostre aide en ceste affaire.
L'OSTE
Ce qui vous sera nécessaire Demandez lay et vous l'aurez.
Le Marchant.
Mon hoste, vous me garderez.
Deux cens escus ; car, par ma foy, Porter ne les oze avec moy ^ Sur les champs a trop grant dangier ; Vous sçavez que suys estrangier Et que n'ay point de compagnye.
L'OSTE
Mon hoste, je vous certiffie Que voulentiers les garderay, Et toutes foys les vous rendray Qu'il vous plaira les demander.
Le Marchant.
Se quelque chose commander Vous plaist, je feray le messaige Pardeîà, et de bon couraige; Icy ne puys plus séjourner.
L'HOSTE
Quant il vous plaira retourner, Céans serez tousjours reçeu.
Le Marchant.
Et je me suys bien aperçeu Que me vouliez du bien beaucop; Adieu, car je demeure trop; Mon quartier est bien loing d'icy.
L'HOSTE
Or adieu. Serrer fault cecy
Plus songneusement que ma robe Affm qu'on ne me le desrobe; Car quoyr II le me fauldroit rendre.
C'est grant chose que d'entreprendre A garder d'argent sy grant somme.
Le Hérault.
Cher sire, j'admaine cest homme Qu'avez mandé.
Le Roy.
Or aprochez.
ESTIENNE
Très excellent prince, saichez Que suis prest vous faire service.
Le Roy.
J'ay entendu que ma justice A jà esté par mainte année Mal régie et mal gouvernée En la Prévosté de Paris Pour ce qu'on la baille à cher pris A ferme. Si ay advisé Ung point qui sera divisé Devant vous. Or ay-je congnu Que vous estez homme entendu Pour saigement vous gouverner En icelle et discerner Le bien du mal.
Estienne.
Très noble prince, Vous avez en ceste province De plus saiges gens que ne suys.
4195] Vie Ms s. Loys. 191
Le Roy.
Par Bon Conseil je me conduys, Qui dit que touchant cest affaire Supporterez le Popullaire; Vélà le cas où je regarde.
De la Prévosté serez garde ; Désormais vous la régirez; Trois cens frans de gaigez aurez Pour vûz peines et vos travaulx ; Gardez les estatus royaulx, Comme sçavez qu'il est propice.
Administrez aussy justice Au petit, au grand et au mendre.
ESTIENNE
Ainssy comme je puys entendre C'est une grande charge, sire ; Mais je n'oseroye contredire A vostre plaisir.
Bon Conseil.
Il suffist; Ne pensez pas tant au prouffict Que vous n'y aiez de l'honneur.
Chevallerie.
c'est Bon Conseil, gentil seigneur, Qui parle à vous.
ESTIENNE
Je l'entends bien.
J"ay espoir de ne faire rien Qui aux bons porte préjudice, Et feray reluyre justice Désormais parmy la cité.
192 Gringore. [4217
Le Roy.
Il est bien de nécessité
De faire aucunes ordonnances.
Les Prelatz.
Sire, à vous en sont les puissances; Contredire ne vous povons.
Le Roy.
Nous voulions cy et ordonnons A noz Prévost, Baillifz, Vicontes, Juges, Eslus, et Gens de comptes, Que leurs offices sans mesprendre Excersent et sans argent prendre De nully en quelque manière.
L'Eglise.
La coustume est seine et entière.
Le Roy.
Se Brévostz, Baillifz, Officiers, Sergens, sont rapteurs, usuriers, Je vueil qu'il perdent leur office.
Bon Conseil.
Sire, c'est bien gardé justice.
Le Roy.
Nous commandons expressément Qu'ilz ne facent villain serment De Dieu, sa mère glorieuse, Et que taverne, soupçonneuse De jeux de déz, soit abollye.
Les Prelatz.
L'ordonnance est belle et jollye.
Le Roy.
A noz Officiers deffendons
4241] Vie Ms S. Loys. 195
Qu'ilz n'achattent pocessions Ne rentes en leurs Bailliaiges Ou Prévostéz, et mariaiges Hz ne facent de leurs enfans Aux lieux où ilz sont Lieutenans Ou Juges.
L'Eglise.
C'est bien advisé ; Sire, vous en serez prisé De chascun.
Le Roy.
Nous achèverons Le surplus, puys les baillerons Par escript, affm qu'on les voie.
Les Prelatz.
Le Roy honnestement pourvoie A son Estât entretenir.
Le POPULLAIRE.
Dieu le vueille en sancté tenir Par sa saincte miséricorde.
La Mère.
Toutes les foiz que me recorde Des maulx que tu me fais, mon filz, Mes membres sont tous desconfis ; Tout le mien despens, somme toute.
Tu ne sçays pas qu'à gaigner couste; Tu metz toute ton estudie A suyvre folle compagnye; Cuyde-tu qu'il t'en prenne bien.?
Le Filz.
Paix, paix, vous n'y entendez rien.
Gringore II. , ,
194 Gringore. [4266
Voullez-vous que bigot je soye, Et que le monde point ne voie ?
Pour Dieu, vous me la baillez belle.
Tenir me vouliez en tutelle Pour ce que vous estez ma mère.
La Mère.
Tu as jà la part de ton père Mengée. Je croy, pour abréger, Que tu veulx encoire menger Tout ce que j'ay. Je te supplie Que ne maines plus telle vie.
Tu hantes ruffiens, pillars, Pypeurs et joueurs de bazars, Où il n'y a sens ne raison.
Je t'ay rachetté de prison Plusieurs foys.
Le Filz.
Le Dyable y ait part.
Tousjours me tensez fort et tart, Ainssy qu'on feroit d'un novice.
La Mère.
Se tu es reprins de Justice, Je mourray de dueil, par mon âme.
Le Filz.
Maugré en ait bien de la femme, Tant el'a de babil.
La Mère.
Beau sire, Ton bien et ton honneur désire, Et aurons dueil, que tu l'entendez, Si tu faisoies, avec les bendes Que hantes, quelque tour villain.
4289] Vie Ms s. Loys.
Le Filz.
Et le Prévost est mon parrain ; Cela me met hors de soucy.
La Mère.
C'est ton parrin, il est ainssy, Mais tu ne faiz pas comme luy.
Le Filz.
Comment .? Vous ne cessastes huy De me rompre l'entendement.
La Mère.
De très mauvais gouvernement Tu es, me despendant le mien; Mais cuydez-tu avoir du bien En ce faisant.? Ha, nenny, certes.
Tu scays que j'ay eu plusieurs pertes Depuis la mort de ton bon père, Et qu'ay peur d'avoir vitupère De toy, mon filz.
Le Filz.
Vous abusez.
Je hanteray les gens rusez Et ceulx qui sçayvent des finesses.
Me reprendre, ce sont simplesses; Assez suys grant pour me conduyre.
La Mère.
Helas, et tu me veulx destruire, Et je t'ayme tant mon enfant.
Le Filz.
Taisez-vous ; je suys assez grant Pour sçavoir ce que j'ay affaire. Je m'en voys. Vous avez beau braire.
196 Gringore. [4317
Je feray comme je l'entends.
Pourquoy ne passeray-je temps Comme les autres? Je m'en voys.
Icy s'en va.
La Mère.
A ce que je voy et congnoys Je n'auray de fuy aultre chose, Car je voy bien qu'il se dispose A faire tout vice et oultraige.
Las, il est de sy bon lignaige, Et, sy tout son ognon destruit, C'est par la compagnye qu'il suyt; Je ne sçay pas que j'en feray.
Par devers le Prévost iray, Mon compère Estienne Boyleau; Car j'a}^ espoir que bien et beau Le corrigera de parolle.
Je l'ayme tant que j'en suys folle; Aussy c'est mon seul filz.
L'OSTE
Je pense, A tout par moy, et contrepense Au Marchant, qui si me lessa Deux cens escus Tan qui passa.
Par Dieu, s'il ne revenoyt point, Hz me viendroient très bien à point, Et encor, quant il reviendra.
Par mon âme, il ne fauldra Que dire : « Je n'ay riens à luy. »
Car je congnoys bien aujourduy, Q ui ne mesle avecques le sien L'autruy, il n'aura jamais rien.
4344] Vie Ms S. Loys. 197
Je luy retiendray ceste somme Et en deviendray ung riche homme; C'est assez pour m'entretenir.
Mais, s'il me faisoit convenir Devant le Juge, il me fauldroit Le nyer; alors m'absouldroit Et me feroit ma cause clère; Car pourquoy? Il est mon compère, Mon famillier et mon amy.
Le Marchant.
Toute ceste nuyt ne dormy, Tant ay eu de pensées vrayment.
Je suys bien esbahi comment Je trouble ainsi mes esperitz; Car je trouveray à Paris Deux cens escus, que je.baillay A mon hoste, quant m'en allay, Pour les garder. En sa maison Vueil entrer ; car il est saison Que je face ma marchandise.
Je viens bien à point, car j'advise Mon hoste à son huys. Dieu vous gard.
L'OSTE
Mon amy, vous venez trop tart Pour estre logé; tout est plain.
Le Marchant.
Mon hoste, je n'ay pas grant train ; Je suys seul. Recongnoissez-moy.
L'OSTE
Oncquez ne vous vy, par ma foy, Et bref je ne sçay qui vous estez.
Le Marchant.
Vous mocqués vous ?
L'OSTE
Tant or requestez !
Céans meshuy ne logerez.
Le Marchant.
S'il vous plaist, vous me baillerez L'argent que vous baillé ycy, Quant je parti.
L'OSTE
Touchant cecy Je ne sçay que vouliez dire.
Le Marchant.
Et, par Dieu, sy faictez, beau sire ; Mais je croy que tout ce débat Faictez par manière d'esbat Pour veoir se seray pacient.
L'OSTE
Je vous dis à bon essient ; Le corps bieu, je n'ay riens à vous.
Qu'esse-cy.^ A qui sommes nous?
Videz dehors de ma maison.
Le Marchant.
Si en auray-je la raison, Ou la Justice me fauldra.
L'OSTE
Je n'ay pas peur. Qui m'assauldra Je me séray très bien deffendre.
La MÈRE.
Très humblement je me viens rendre
Par devant vous, mon bon compère.
ESTIENNE
Qu'esse qu'il y a, ma commère ?
Vous me semblez toute courcée.
La Mère.
Mon seigneur, suys presque inscencée Quant ainsy destruire me voy.
Je pers tous mes biens.
ESTIENNE
Comme quoy.?
La Mère.
Vostre filleul me despent tout.
Et ne séroye venir à bout De luy, pour chose que je luy die.
ESTIENNE
Certes, ma commère, m'amye.
Se n'est que par vostre simplesse.
Vous l'avez, durant sa jeunesse Mal corrigé, et maintenant Qu'il est beau filz, puissant et grant, Endurer ne veult chastiment.
La MÈRE.
Je vous promectz certainement Que sans cause je ne m'en trouble; Car je n'auray vaillant ung double, S'il fait encor ung an ainssy.
ESTIENNE
Or n'en soiez plus en soucy; Envoyez lay par devers moy.
Et je vous piomectz, par ma foy.
Commère, je feray si bien
Qu'il ne vous robera plus rien.
Je luy remonstreray son cas.
La Mère.
Je vous supplie, n'y faillez pas.
ESTIENNE
Ne doubtez; mais qu'on me l'envoyé, Se selon son cas ne pourvoye, La reproche en atends, commère.
La MÈRE.
A Dieu vous commands, mon compère.
ESTIENNE
A Dieu soyez.
Le Filz.
Le Dyable y ait part Aux ribaudes et au hazart; Tout ce qu'avoye est despendu, Mais je n'en suys guère esperdu, Car ma mère m/en baillera.
V ueille ou non, elle foussera Aubert à ma proue; il le fault.
Tantost luy donneray l'assault ; Car d or et d'argent je n'ay point.
La Mère.
Mon filz est venu tout à point Pour l'envoyer vers mon compère.
Le Filz.
Il me fault de l'argent, ma mère, Et bien tost; car j'en ay affaire.
La Mère.
De l'argent .f* Vray Dieu debonaire,