AU XIX# SIÈCLE. — DAVID
une action dont l'artiste n'a pas été, témoin, dont il n'est pas même contemporain, et que la masse de son public ignore, est une, fantasmagorie, et, au point de vue de la haute mission de l'art, un non-sens. J'aime, je l'avoue, les belles gravures de l'histoire d'Alexandre d'après les tableaux de Lebrun; mais c'est affaire pour moi de curiosité, et jusqu'à certain point d'archéologie ; o'est que de pareilles estampes, quand elles sont faites avec soin et.intelligence, sont, comme les Antiquités de Montfaucon, un moyen d'intéresser l'enfance à l'histoire «t aux usages des anciens peuples; c'est que l'homme, parvenu à sa maturité, aime, en revoyant les leçons de ses premières années, à se réjouir dans les admirations de sa jeunesse. Hors de là, je déclare que ni Lebrun, ni David, ni aucun autre du même genre, ne saurait m'iutéresser, et que je ne me dérangerais pas plus pour un Passage du Rubicon que pour un Tête-à-tête de Paris et d'Hélène.
David n'a pas seulement fait des tableaux d'histoire ancienne, il en a fait aussi d'histoire moderne. Citons, entre autres, le Premier Consul gravissant le Saint-Bernard; le Serment du Jeu de paume; Marat expirant.
Le premier de ces tableaux est une flatterie qui trahit les habitudes d'esprit emphatico-allégoriques de l'artiste, et qui fait mal à voir quand on se rappelle ses antécédents républicains. Quoi ! c'est David le maraliste, le terroriste, qui donne à la France consulaire cet
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exemple d'adulation, et qui lait de l'usurpateur de brumaire, du vainqueur plus heureux qu'habile de Marengo, une espèce d'archange, monté sur un coursier divin, et franchissant d'un bond les Alpes, pour le salut et la liberté de te patrie f Dans le tableau de David, Bonaparte est représenté, selon l'expression du peintre, calme sur un cheval fougueux; le vent soulève son manteau, comme si Ja Fortune le portait elle-même; il est seul; seul il remplit le tableau, comme si dans la destinée de ce personnage providentiel se fût résumée, celle de la nation. Devant l'immensité de cet homme, l'Alpe semble s'abaisser et se réduire à la dimension d'une taupinée. On le voit, David a fait tout ce qu'il a pu pour idéaliser son héros; il' n'y manque même pas un certain romantisme. La vérité, d'après M. Thiers, est que te général Bonaparte passa les Alpes à l'arrière-garde de son armée, monté sur un mulet de montagne, dont le pied était beaucoup plus sûr que celui d'un étalon des écuries consulaires, enveloppé de la vulgaire redingote grise, et dévoré de soucis à la nouvelle qu'il venait de recevoir que l'armée était arrêtée à la descente des Alpes, dans «ne gorge étroite, par une forteresse imprenahle qui lui barrait le chemin. Le fait était demeuré assez peu connu jusqu'à la publication de l'histoire de M. Thiers. Mais il faut avouer que de la part d'un général en chef, qui depuis six mois feisait ses préparatifs,' qui avait