‹ Œuvres complétes (volume 2)Chapitre 28 sur 59 · HORACE VERNET · texte numérisé non relu

HORACE VERNET

Un fait qui atteste la vérité de nos principes est l'immense popularité de M. Horace Vernet. De tous les peintres du siècle, il est celui que les masses ont le mieux compris, et qui peut se flatter d'avoir été le plus de son temps, ce qui, du reste, ne lui a pas coûté un grand effort de génie. S'emparant, avec d'autant plus de bonheur qu'il le trouvait en lui-même, d un trait de notre caractère national, la crânerie ou le chic soldatesque, M. Horace Vernet s'est fait de la peinture militaire une sorte de spécialité, et de l'armée française tout entière, de son histoire, de ses gloires, un patrimoine. Sous ce rapport, du moins, on peut dire de lui qu'il est le peintre national, comme on a dit de Béran-

1. Il existe de M. Millet un tableau des Moissonneurs, supérieur, m'a-t-on assuré, à celui de L. Robert, et tout à fait dans la vérité rustique. Je n'ai pu voir ce bel ouvrage, non plus que le Jardinier greffeur du môme, et n'en puis par conséquent rien dire. On les cite comme appartenant à la nouvelle école, mal à propos appelée réaliste, dont je parlerai plus bas.

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ger qu'il était le poète national, de M. Tbiers l'historien national. Est-ce donc là le régénérateur qu'appelle notre détresse, l'artiste de génie, philosophe, qui doit nous relever de notre décadence en unissant par un pacte indissoluble la vérité, la morale et l'art; l'homme prédestiné, enfin, à substituer aux écoles symboliques, idolâtriques, spiritualistes et fantaisistes du passé, écoles maintenant épuisées et jugées, l'école impérissable, toujours jeune et toujours féconde, rationnelle et concrète autant qu'idéale, de l'éducation de l'humanité? Quelle folie J Horace Vernet, le plus superficiel des peintres, ce qui explique son incroyable productivité, devenu spécialiste par indifférence pour toute idée; Horace Vernet, Pillustrateur en titre de notre brave armée, le portraitiste préféré des camps, qui de son art a fait une dépendance de l'école militaire, Horace Vernet, le chef de la rénovation esthétique, le promoteur de l'art nouveau, humain, sans héros comme sans idoles !... Jtisum teneatisl Pourquoi pas plutôt M. Emile Marco Saint-Hilaire?

M. Horace Vernet dit de lui-même :

oc J'ai joué mon rôle : il faut songer à fermer boutique. Je sais ce qui manque à mes ouvrages, quant à Vidée et quant à l'exécution. Que voulezvous? Il faut m'avaler comme je suis ; je n'ai qu'un robinet, mais il a bien coulé, et quiconque après moi s'avisera de l'ouvrir n'en verra sortir rien de bon. J'ai

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immensément travaillé ; j'ai gagné des millions qui ont passé je ne sais où; j'ai fort bien 'vécu. J'ai longtemps parcouru le monde, comme dit la chanson*, j'ai vu beaucoup de «choses, trop de choses pour ma tête, qui n'est pas forte.. .

*c Je ne me suis pas seulement déroué à la glorification des armées françaises, je leur aï -encore rendu en personne quelques services. Demandez à IngFes et aux autres peintres s'ils o«ft ^payé de leur corps à Ma façon. Tel ou tel malheur *ne Ait peut-être pas arrivé pendant la guerre d'Afrique «si le colonel, le général, le maréchal eussent écouté mes avis. Aussi les officiers de terre et de mer me rendent justice. Gomment donc s'appelle l'amiral qui, pour faciliter l'exécutio» de mon tableau, la Prise 4e Lisbonne, et feine en 4840 unhranle-bas de comfbat à bord de son vaisseau?— Ah! Tamiral Lalande, un charmant homme. Deux pauvres eanonriiers perdirent la vie dans cet exercice;,. — Et le commandant qui tirait des salves en mon honneur... Charles ! son nom ? -*- M. Montagnac, — un brave \

« Je n'ai ni parti pris ni système; je rends le plus exactement possible ce que je vois, sans chercher midi à quatorze heures, et je me conforme aux événements. Voilà tout. y> (Les Artistes français, par Th. S*ït

TESTEE. 7

Le biographe à q& Remprunte ees '(Stations ajoute : « Chacun a vu en Europe, *n Asie, en Afrique *eet

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improvisateur, incapable de recueillement, croquant au vol chaque pays, flairant à peine les mœurs, et reparaissant après quelques mois d'absence, comme un acteur, sous divers costumes... La gravité, la réflexion M vont comme le silence ^t la solennité convieraient à la pie et à l'écureuil. Ken n'agite son esprit; les magiques changements de scfteils et de rivages, Fétonnante «variété des tempéraments, des caractères et desîais-, la pénétrante série 'des formes, des couleurs, des mélodies, des parfums exotiques, 'beautés qui s'amassent en trésors de poésie et de savoir dans une intéffigence attentive et délicate, ont passé sur ses yeux comme les reflets du feu cassent sur un Titrage. &n dirait qu'a a vu seulement «par la fenêtre d'un wagon le mutée valser autour de lui et disparaître dans une lumière poudroyante... L'esprit de suite lui est impossible^ tout raisonnement l'impatiente; il feut le laisser battre te campagne en toute 'liberté.

« M. Borate <Vemet a traite de tophis petite àla-plus vaste dimension tou6 les genres connus, -voltigeant d'un -sujet à l'autre , lbartrotent dans le ruisseau ou grimpant sur le Parnasse. 1}uel goût dans la série de ses compositions ! Judith et Jldtopherne, Lancier plumant tm poulet; — Abraham et Agar, Bragxm fourrageur; — la Madeleine au désert, îtëcontiKatnm de pocharâs; — le Christ au roseau, Botl champêtre de tourhurgus; — tes Adieux de Fontainebleau, la Forna-

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rina; — Invalide à jambe de bois, la belle Edith au col de cygne; — Portrait du pape Grégoire XVI, Hussard lutinant la fille de P auberge de la Grâce de Dieu; — Intronisation de Léon X, Soldats jouant à la drogue; — Raphaël et Michel- Ange au Vatican, le Rendez-vous de Jean- Jean, qui s'effraye en chemin des affiches du docteur Albert; — Louis XIV et La Vallière, et une multitude d'autres choses de même acabit, entremêlées de sièges, de batailles, de revues, de bivouacs, de corps de garde et de cuisine. »

Il suffit d'une pareille énumération pour savoir à quoi s'en tenir sur la valeur d'un artiste. Le succès prodigieux d'Horace Vernet accuse toute une époque, toute une nation. Combien pensez-vous que sont les classiques et les romantiques dans la masse du peuple français? Un peut-être sur cent mille. Horace Vernet représente tout le monde; il est compris, applaudi par tout le monde. Sommes-nous, donc un peuple d'artistes, comme nous nous plaisons à le dire, ou un peuple de grimaciers et de polissons? Cbez nous tout dégénère, tout dégringole, on peut dire à l'unisson : quelle musique, quels airs, quels cbants que ceux qui, chaque année renouvelés, font les délices de la multitude) Nous n'avons plus de danse nationale; le menuet et autres danses, dites de caractère, sont oubliés. La polka et la mazurka, de même que la contredanse et la valse, ne sont pour nous qu'un prétexte

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au cancan. Ouvrez un bal public : danseurs et danseuses ne seront satisfaits que si la police leur permet d'entremêler aux figures les postures et les gestes les plus cyniques. Pendant cent cinquante ans, de Corneille à Beaumarchais, la tragédie et la comédie, renouvelées des Grecs, il est vrai, fleurirent dans notre pays, regardé alors comme la patrie des I bonnes lettres et du goût. Puis, le romantisme ayant manqué sa réforme, nous sommes tombés dans la dramaturgie obscène, à tableaux vivants ; dansla littérature pornocratique des Mogador, des Rigolboche, etc. ; dans les exhibitions d'histoire et les évolutions militaires en cinquante tableaux. Les Victoires et Conquêtes, la prise de Constantine, de Malakof, de Puebla, etc., voilà ce qui, avec les scènes et maximes de la vie de lorette, a fini par obtenir la vogue. Je me demande comment l'idée n'est jamais venue au gouvernement, protecteur de Fart et de la morale, dont la censure se permet tant de choses, d'interdire de pareils spectacles. Nous ressemblons trait pour trait aux Romains de la décadence, qui, dégoûtés de Plaute, Térence et Sénèque, n'avaient plus de goût que pour les boucheries du cirque! Nous venons de donner la mesure de notre talent architectural dans ces bâtisses à cinq étages dont se compose le nouveau Paris, où la population est empilée par chambrées : constructions uniformes, incommodes, dont le prototype est la caserne, et l'hôtel

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garai le 'Chef-d'œuvre. Nous mom importé d'outi'e- Manche nos squares et nos jardins publics.; mais nous avons eu soin de laisser aux Allais leur vieux système d'habitation distinctes, fw chaque famille, à la ville comme à k icampagne, eûûHpe., autant que faire se peut, une maison à elle seule. Nous ne fierons Ae longtemps ni assez riches, m assez libres, hors n'a^aos fis» assez de <re»padt de n&oisrffliômes pour de .telles mœurs. Ouï bétonnerait, daus ce gâohia, de .voir la peinture et .la stalvaûe tomber consiaflûmedûtdans le chauvinisme, la charge et l'obscénité?

Sopaas justes pour tout le monde : Horace Yâraet n'est pas plus jrcépréhenathte <en ioui ceci quêtes deux ittufitoes chefs derécDleclaasiqueetde.récôle r<araajBtiquep AfM. Delacroix et fagares. Ne ;sonNils jaas*jar ta série de ieuistceu»res et de îebok des sujets, tout autaMârratiDnaete quejlm? Tons toods ne sont-ils pas de la même Académie? La&erie différence qui existe entre eux, «est que H. Beiacarak et M. Ingnes se pireon ûônl au séciaux, tandis qu'Horace Vennet avoue franchement -quUl ne «ccoit pas à :sa ipnepm «peinture.

<« 4e rends le plus esaotemeni; possible fce que je vois, dit-il, sans cberofeer .midi À fluatorae heupea. ttonro!bBiet:a>lÂenc(mlé9i'Ai^aesé.àâs intttioas; jte bien «écu, f ai joué monjpeAt Tôte!...»— ITout idée eu délit, dit un froorarbe, jmm&nUà*ànesn& : toute démaralisataoB dbme sftcjfté a pour ca^ge l'imbécillité

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