‹ Œuvres complétes (volume 2)Chapitre 30 sur 59 · AU XIX# SIÈCLE. — H. VERNET · texte numérisé non relu

AU XIX# SIÈCLE. — H. VERNET

la justice, il faut l'espérer, a pour jamais fait rentrer dans le néant. Certes, la cause qui détermina la prise d'Alger par les Français était juste, et j'aime à croire que, dans une mesure que j'ignore, la conquête de son territoire et la soumission des tribus qui l'habitaient en étaient la conséquence. Mais, devant le tableau de M. Horace Yernet, je me demande si vraiment nous avions raison ou prétexte de confondre les Arabes avec les Turcs; ce que nous ont fait les indigènes; ce que nous avons la prétention de faire d'eux et de leur pays; pourquoi, après avoir exterminé tant de tribus différentes, nous sommes allés ensuite attaquer les Kabyles; quel progrès nos mœurs, notre religion, nos idées, notre industrie, nos arts, ont fait sur cette terre, que nous ne pouvons ou ne savons coloniser, et qui nous dévore. Les trente-trois années de l'occupation algérienne sont une honte pour la France, honte dont le tableau de M. Horace Vernet ne peut avoir d'autre objet que d'éterniser la mémoire. Trente-trois années de dévastation et d'ineptie! Ne voilà-t-il pas un beau sujet d'illustration, une belle occasion d'exciter notre chauvinisme?... Oh! j'ai osé faire la critique -du Serment du Jeu de paume de David, du Boissy (TAnglas d'Eugène Delacroix; je me suis moqué du frontispice du Panthéon et de la Marseillaise de l'Arc de triomphe; mais, en me rappelant la Smala de M. Horace Vernet, peu s'en faut que je ne regrette mes paroles. Otez-moi

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cette peinture : pour le vulgaire qui l'admire, elle est d'un détestable exemple; -pour les honnêtes gens qui savent à quels sentiments die répond, elle est un sujet de remords. L!auteur ,a été payé, je srçJpose : je demande que cette toile soit enlevée, ratissée, dégraissée, puis vendue comme filasse au chiffonnier.

L'artiste ne peut dans aucun cas rester indifférent à la scène qu'il représente» ni par conséquent laisser le spectateur dans le doute. Comme on ne saurait admettre que l'art puisse jamais servir à célébrer les exploits des Cartouche et des Messaline, l'artiste doit sur toute chose, et poia1 l'honneur de son pinceau, et pour sa considération personnelle, éviter dans ses compositions d'ambre d'une équivoque. Il faut qu'une œuvre soit telle, dans son ensemble et dans ses détails, que la justification ou la condamnation de la scène en ressorte immédiatement L'événement est-il lui-même douteux, ainsi que je l'ai observé à propos du Serment du Jeu de paume et de l'insurrection du 1er prairial : ahstenez-vous alors, à moins que votre but ne soit précisément d'ajouter à l'horreur et à la pitié en faisant naître le doute.

M. Horace Vernet est hors d'état de comprendre ces choses-là. Pourvu que ses soldats aient du chic , que leur élan soit superbe* que le Bédouin soit battu, consterné, il .est, content Ltoniforane, voilà sa partie. Que lui importe le reste? Est.ce à lui d'apprécier les causes

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