‹ Œuvres complétes (volume 3)Chapitre 10 sur 16 · CUITE DES NOTIONS ABOUTIT A L\ PROMISCUITÉ · texte numérisé non relu

CUITE DES NOTIONS ABOUTIT A L\ PROMISCUITÉ

IKBS AMOURS, et vicâ versa, — Là est le caractère de notre époque, dont tous les écrivains de quelque valeur s'accordent à signaler Tanalogie avec celle qui marqua la fin de la civilisation païenne, et que signale l'avènement du christianisme.

Vous avez suivi un méchant guide : M. Enfantin, abandonné depuis vingt ans par tout ce que l'école saint-simonienne comptait d'esprits vigoureux et de consciences lucides, et dont la police correctionnelle a parfaitement apprécié, selon moi, la doctrine, bien qu^il soit regrettable qu'elle n'ait pas laissé à la morale étemelle, par lui niée, non pas abrogée, le soin de se trouver des défenseurs. M. Enfantin est un de ces hommes à mémoire facile, à imagination complaisante, et qui, ne produisant pas d^idées par eux-mêmes, ont le talent de gâter tout ce qu'ils touchent. Depuis quelques années, son habitude est de se tenir derrière le rideau ; il me semble que le moment serait venu au contraire,

pour Im, de s'affirmer hautement» sans le secours de femmelettes, et de dire : Me voilà!...

J'examinerai votre livre, madame, froidement, sérieusement, et, comme vous le désires sans doute, doctrinalement. A l'exemple des théologiens, laissant de côté tout Taccessoire, je me bornerai à extraire les propositions qui forment la charpente de vos idées et sans lesquelles il n'y aurait pas d'idées enfantiniennes^ et bientôt plus de femmes libres. Un peu de patience : ce nesera pas long,

I. — A propos de mon dernier ouvrage sur la JustioSi vous avez trouvé piquant de dire que mon est un nouveau voyage à la recherche de L Moi, qui suis aussi connu aujourd'hui pour la guerre que je fais à Vàbsolu^ que je Faî été. autrefois pour mes attaques à la propriété, être convaincu de chercher Tabsolu sous un aiutre nom, c'était, en effet, bien malheureux. Aussi, à propos de cet absolu dont je me suis infatué, ne manquez-vous pas dem'accuser hautement de désapprendre au peuple la justice.

L%a»isation est grave : si je suis convaincu d'absolutisme, me voilà suspect; je ne mérite pîhis d'être en rien écouté; je n'ai pas le droit,

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entre autres, de parler du mariage ni de la femme. Celait inquiétant en vérité. #

Examinant là-dessus, non pas ma conscience, qui en fait d*absolu ne me reproche rien, mais la vôtre, je me suis demandé si vous saviez vousmême ce que vous disiez quand vous parlez de justice et d*absolu. Et voici ce que j*ai trouvé ; c'est assez curieux, et, pour votre grand-prêtre, c'est très-grave :

Si par ABSOLU on entend le certain^ alors cer* tainement je crois à l'absolu et je l'affirme, puifr* que je crois à des idées certaines, à des idées d'une certitude absolue, telles que les vérités mathématiques, la loi de série, la succession du temps, le rapport de causalité, la notion d'équilibre, etc. Si par absolu on entend encore Yuniversely je réponds encore que je suis partisan de l'absolu, puisque je crois à des idées universelles^ puisque j'admets, comme l'on dit, des universaux et des catégories, auxquelles j'attribue une vérité également objective et subjective; et que de toutes ces idées universelles ou cat^ories, la plus universelle à mes yeux est la justice.

Mais jamais, à ma connaissance, on n'a consî* déré ces termes : l'universel, le certain et l'absolu, comme synonymes, si ce n'est peut-être lorsqu'on

les accouple de celle manière : cela est d'une absolue certitude, absolu devient alors un adjectif qui s'applique à toutes sortes d'idées et d'objets, pour en marquer la plus haute puissance, idéalité ou réalité.

Quand jç repousse l'absolu, j'entends, avec tous les logiciens, ce me semble, une essence ou entité qui réunirait en elle à la fois, et dans un degré infini, toute puissance, toute vie, toute beauté, toute vérité, toute justice, etc. L'absolu se prend alors dans une acception logique, ontologique, esthétique, juridique : rien de plus clair que tout cela.

D'après cette explication, il est clair que la Justice, que je prends pour base de ma philosophie, n'est point l'absolu, bien qu'elle soit pour moi d'une réalité et d'une certitude absolues. La preuve, c'est que, si de la notion de Justice je puis déduire toute la législation humaine et toute la morale, cependant je ne puis, avec cette même notion, donner l'être à une mouche ; je ne découvrirai pas le système du monde; je ne ferai pas une statue comme celle du gladiateur, je n'inventerai pas l'algèbre. Je n'improvisorai même pas, avec cette seule notion du droit, une constitution politique, puisque, pour appliqîioi

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1% droit» il faut conn^f^^ à fond d'autres rapports <{ui Qj9 rdèvent pas &ectement du droit : rapporta politiques» économiques, géographiques, historiques, etc. ; ce qui n'empêche nullement la JuaUce d'être absolument certaine de sa nature, dans tous les temps et dans tous s^s décrets; absolument comme la science arithmétique est certaine dans toute son étendue, qu'on la limite à la formation des nombres ou qu onrétende jusq;u'aiix logarithmes.

Vous, madame au contraire, et votre patron, M. Enfantin, ce n'est pas ainsi que vous entendez ni la justice, ni l'absolu, ni l'universel, ni la certitude.

Poui vous,, rien n'est certain , rien n'est universel, rien n'est de soi juste. Tout est relatif, chan^ioMy variable, la justice, la beauté, la dignité» comme les flots. Soutenir le contraire, c'est-à-dire admettre des idées certaines, des notions universelles, des principes de justice immuable, c'est chercher l'absolu, c'est dépraver la morale; la sagesse consiste à prendre les choses selon les circonstances et sous le point de vue qui semble le plus profitable. Aujourd'hui répubUque, demain monarchie ; jadis mariage et famille, plus tard libre amour; tantôt démocratie

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socialiste, tantôl féodalité, industrielle et propriétaire ; chrétien au moyea âge, protestant avec Luther, déiste avec Rousseau, malthuséen, agioteur au XIX" siècle. Osez donc parler clairement, si toutefois vous y voyez clair; dites ce que vous avez sur le cœur y et qu'ion vous juge. Ce que vous qualifiez et découvrez en moi à'absolu, madame, est la raison» la vérité» la réalité» la justice, la certitude, toute la morale, toute loi de nature et de société; — et votre reléUif, à vous, c'est le pyrrhonisme, la destruction de toute raison, de toute science et de touie morale» de toute liberté. Pour vous, pour M. Enfantin» il l'a prouvé, ainsi que ses disciples, depuis dix ans,, la société, c'est l'arbitraire dans le pouvoir, Tagjiotageen économie» le concubinat» je me sers du terme le plus honnête, dans la famille» la. prostitution des consciences» partout l'exploitation de la crédulité, de la cupidité et de tous les mauvais instincts de l'homme. Oh! votre brochure de 196 pages, que peu de gens ont lue^ est un signe de l'époque : elle nous montre que la corruption est descendue, par l'esprit, par le coeur» par les sens, jusqu'aux femmes ; demain, elle sera descendue aux enfants.

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