‹ Œuvres complétes (volume 3)Chapitre 13 sur 16 · DE LA PORNOC^TIB · texte numérisé non relu

DE LA PORNOC^TIB

€ puissance représente donc l'intervention de «( la société; elle a pour instrument la monnaie. »

De là, comme tout à l*heure, un droit pergu par la société sur les ventes et achats, droit de circulation, de patente, de licence. Les anciens rois de France allaient jusqu'à prétendre que la monnaie n'étant qu'un signe, ils avaient le droit de donner à une pièce du calibre de 1 frano la valeur de 5 francs, de 10 francs et de 80 francs; ils devenaient jfkux monnoveurs.

Je dis, au contraire, que la monnaie est un* feit de pure convention, une manière d'abréger la multiplicité des trocs ; qu'au fond, les produils s'échangent contre les produits; que la monnaie n'est elle-même qu'un produit, malgré le privilège dont elle jouit; que, comme l'on s'en passait foï'l bien dans les sociétés primitives, on pourrait encore aujourd'hui s'en passer tout à fait ; qu'en tout cas, le commerce est de sa nature gratuit et n'a de droit à payer à personne.

Même chose pour la Banque. Ici, M. Enfantin, en défendant sa synthèse, combat pour son autel» pour son foyer.

Puisque dans le pesage l'intervention d'un troisième terme esf nécessaire^ (ju'il en est dç

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même dans le fait éC échange y il en sera de même encore dans les opérations de crédity qui ne sont autre chose qu'une application plus compliquée de l'emploi de la monnaie et de l'échange. L'intervention d'un troisième terme sera donc encore ici nécessaire ; cette intervention sera celle de la Banque de France, autorisée par l'État, des sociétés de Crédit foncier et mobilier, également autorisées, des agents de change privilégiés, etc., etc. Pour tous ces services, un droit sera perçu, ce sera TescomptCf ou ragioy ou la eammissiony ou Fintérét; tous ces mots exprimant les nuances d'une seule et même chose : le droit d'intervention.

Je dis, au contraire, que rétablissement d'ime Banque sociale n'a nul besoin de l'intervention d'une troisième puissance; que cette troisième puissance est une fiction pure; que TÉtat ne représente ici autre chose que la mutualité des citoyens, laquelle mutualité ne suppose originairement que deux ternies comme la comptabilité elle-même, débit et crédit^ prêteur et emprunteur; que c'est ainsi que s*organise le crédU mutuels dont il y a plusieurs exemples en Belgique; qu'en conséquence, le crédit comme le commerce peut et doit un jour s'exercer sans

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autre redevance que les frais même de Topératîon.

On sait comment, dans ces dernières années»

a opéré Técole saint-simonienne. Ces apôtres, qui devaient abolir le prolétariat et guérir la misère» ayant trouvé, à la suite du 2 Décembre, Toccasien favorable et fait agréer leurs services, ont fait un immense remuement de capitaux, et, comme intermédiaires du crédit, ils ont commencé par s'adjuger avant toute production effective d'énormes profits. L'honneur de l'apostolat exigeait qu'ils enrichissent d'abord la masse, et que leur part fût faite la dernière, comme, dans une retraite le général d'armée se tient au dernier rang ; comme» dans im naufrage, le capitaine quitte son vaisseau le dernier. M. Enfantin et les synthétistes ont tiré leur commission ; ils sont tous i^iillionnaires. La France en est-elle plus riche? Je le demande à la plèbe, dont les salaires n'ont certes pas augmenté en proportion de renchérissement des produits ; je le demande à la petite bourgeoisie, ruinée aux trois quarts. La gratuité des services peut seule aujourd'hui ramener le bien-être, la liberté, l'égalité en France : c'est le principe diamétralement contraire que professe M. Enfantin.

Notez qu'en rappelant ces faits, je ne mets pas en doute le désintéressement de M. Enfantin : une fois pour toutes, madame, je vous déclare que je tiens Jes hommes et les femmes pour beaucoup meilleurs qu'ils ne paraissent.

M. Enfantin est fortement convaincu de la nécessité d'un principe d'autorité. Il croit à la prépotence de rÉtat et à la hiérarchie sociale. Il croit que la puissance sociale, cette puissance synthétique qui fait le fond de sa métaphysique, est antérieure et supérieure aux termes qu'elle unit; que, par conséquent, cette existence est sacrée, et qu'elle passe avant tout. En conséquence, comme il ne désespère pas de devenir le pontife suprême et de convertir le monde à ses doctrines, il s'est dit que, pour constituer le nouveau sacerdoce, l'argent était indispensable ; qu'avec l'argent viendrait le pouvoir, et il s'est empressé, lui et les siens, de faire fortune. Il y trouvait d'autant moins de scrupules que la manière dont lui et ses amis ont fait fortune était une application de sa métaphysique ; en principe et en pratique, il s'est jugé irréproehable. Oh! je connais mon père Enfantin ; entre nous, pas de calomnie, pas d'envie, pas d'injure; seulement, une guerre à mort !

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On voit en quoi consiste la philosophie de M. Enfantin ; cela s'appelle, en logique, réaliser n ne abstraction, une convention ; créer en conséquence un entremettage, qui n'est autre chose, en politique, que ce que Ton appelait autrefois droit divin ; en morale, sacerdoce. Aussi M, Enfantin est-il essentiellement gouvernemental et sacerdotal; en dépit de la révolution de 89, qui a changé radicalement l'ancien droit, et réfuté d'avance la synthèse enfantinienne.

D'après les principes de 89, l'homme est à lui-mêmç son propre maître, son propre initiateur, son propre prince, son propre juge, son propre prêtre; j'ai expliqué autrefois, par la théorie du travail, de l'échange et du crédit, comment, par la miitualité, il était son propre prêteur, son propre commanditaire, son propre patron, son propre ouvrier, son propre serviteur.

M. Enfantin ne Ventend pas ainsi : dans tous ces cas, il fait paraître un intermédiaire, une troisième puissance, qui détruit la liberté, l'égalité et l'autonomie ; bien entendu que le droit à payer pour cette perpétuelle entremise n'est jamais oublié. — Qu'est-ce que le juge selon lui? un intermédiaire supérieur qui dit le droit des

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parties, interprète leurs conventions ; et qui pour celarecevait autrefois des épices. Je dis moi, que le juge tient ses pouvoirs des parties qui rappellent, que tout homme est justicier, et que la fonction du magistrat est, au fond, celle â*un témoin ; pas davantage.

L'Angleterre, TAmérique, la Belgique, la Suisse, etc., afl&rment le self-government, et prouvent leur dire par la plus heureuse application. La loi, disent ces nations, est l'expression de la volonté générale : elle n'a besoin, pour se manifester, que d'un débat contradictoire, d'un vote ; après quoi, elle est mise à exécution par le ministère. Il n'est nul besoin là d'aucune autorité intermédiaire, — La Révolution de 89 a dit la même chose : c'est pourquoi les diverses constitutions dites monarchiques, qui en sont sorties, ont voulu que le roi, directeur ou président, ne fût autre chose que le chargé d'exécution de la loi, à cette fin sollicité de former le ministère, mais non son auteur, son révélateur! — Certains partis, inspirés des anciens souvenirs, ont essayé d'augmenter le pouvoir personnel du roi, la prérogative de la couronne, de refaire, en un mot, du roi constitutionnel un intermédiaire à la fagon de M. Enfantin et de l'ancien régime.

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Mais cette tentative a depuis été déjouée; inutile d'en rappeler les raisons. On a dit que la fiction de l'irresponsabilité, celle du prince, ne prenait pas en France ; sans doute, si le prince sort de ses attributions. Mais on n'a pas encore eu d'exemple d'un gouvernement qui se renfermât dans ses attributions légales ; tous veulent faire la loi ; tous se font autorités. On voit que M. Enfantin et son école ne sont pas précisément des libéraux.

Dans le travail, toujours même méthode.

M. Enfantin explique ainsi la maxime saint-simonienne : A cliacun selon sa capacité, à chaque capacité selon ses œuvres, — Qui jugera, dit-il, la capacité? qui jugera l'œuvre? — Ce n'est pas l'individu capable ; ce n'est pas le producteur, intéressé à exagérer son mérite ; ce n'est pas celui qui le paie, intéressé à le rabaisser. — Il faut donc une troisièim puissance, interprète et organe de la loi générale, qui distribue les fonctions et les rémunérations, qui assigne les rangs et les aptitudes. Ainsi se passaient les choses à Ménilmontant?

Voici maintenant le bouquet,

Le catholicisme, religion du droit divin, qui affirme la nécessité d'un sacerdoce, qui fait du

prêtre un intermédiaire entre la conscience de Thomme et sa liberté; du juge, un intermédiaire entre les parties ; du banquier, un intermédiaire du commerce; du prince, un intermédiaire de tous les rapports sociaux et politiques ; le catholicisme n'était jamais allé jusqu'à supposer, dans le mariage, l'existence d'aucun intermédiaire. Le prêtre donnait la bénédiction aux conjoints, mais il leur laissait la liberté de se choisir eux-mêmes ; il ne paraissait point dans l'union. Il en est de mèîne de l'officier municipal chargé du mariage civil : il reçoit la déclaration des époux et l'enregistre, afin que tout le monde sache que tel et telle sont mari et femme.

M. Enfantin n'a pas la même réserve. L'homme et la femme, vous dit-il, sont les deux premiers termes de l'équation. Mais où est la troisièràie puissance qui les unira? Cette puissance, c'est encore la société, vous dit-il, c'est-à-dire le prince ou pontife, dépositaire de ses pouvoirs. Non-seulement, donc, cet intermédiaire constate Tunion, mais il la forme : c'est lui qui, dans la théorie enfantinienne, juge de Y aptitude des époux, de leur convenance mutuelle ; c'est lui, en un mot, qui distribue aux hommes leurs épouses,

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aux femmes leurs époux, selon la science cerlaine qu'il 3. de leurs sympathies et de leurs antipathies ; c*est lui, ensuite, qui prononce leur séparation, quand leur mutuel amour est épuisé; qui les engage en de nouveaux liens ; c'est le prêtre androgyne, en un mot, qui fait et défait les unions amoureuses, détermine leur durée.

Car tout est relatif; car Vidéal change, ne Fou- Wons pas; car. enfin, l'amour est ubrb.

Or, si Ton suppose qu'ici, comme dans la banque, comme dans TiT polîtiqtie', etc., VtfUre^ nk$ttenr a droit à une taxe, je laisse à penser ce que peut devenir un pareil entreraettage ? Jusqu'à présent, nous avons été dans la pornocratie; maintenant quel nom donnerez-vous au princepontife chargé de la pourvoyance des femmes et des maris? Que dites-vous de cette synthèse?

Elle a un nom dans la langue de la prostitution,

Je m arrête : j'en ai dit assez pour faire comprendre à quiconque lira ces pages que votre métaphysique, que la métaphysique de M. Enfantin n'est autre chose que confusion, gâchis, chaotisme, réalisation d'abstractions et négation de réalités ; que vous no comprenez pas le sens des mots ; abstrait y concret, absolu ^ relatif , cer^

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tituâey véritéy universel, loi^ thèse^ antithèse et synthèse; idéal, justice, progrès; que toute votre philosophie se réduit à une promiscuité de notions, et que la promiscuité des notions vous conduit à la fantaisie pure, dans le droit, la science, Vart et les m<$urs; à l'arbitraire dans le gouvernement, à Pagiotage dans les affaires, à la concussion dans la justice; à la prostitution et au proxénétisme dans l'amour; pour tout dire d*un mot, à la pornogratie.

Qu*ai-je besoin, après cela, de répondre à vos critiques sur ma théorie du mariage? Vos objections sont la conséquence du gâchis intellectuel qui vous distingue; est-ce que je puis répondre à une personne qui ne se comprend point, et qui fait profession de gâchis?

Vous niez que le couple conjugal soit l'organe juridique, l'élément primitif de la société humaine donné et constitué originairement par la nature : cela se comprend ; vous ne reconnaissez pas de justice; ce n'est pour vous qu'une idée variable, qui n'a pas sa vie dans la conscience de l'individu, et qui, pour devenir quelque chose, a besoin d'une troisième puissance, Dieu, prince, ou pontife, qui la fasse prévaloir.

Qr.'^nt au couple conjugal, que vous recou-

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