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naissez», vous en niez la réalité collective, parce que votre intçllect ne saisit pas les existences collectives ; et vous faites de ce couple une mécanique amoureuse.
Vous repoussez Tindissolubilité du mariage, c'est tout simple. Le mariage, exprimant, selon moi, la charte primitive de la conscience, doit être indissoluble, parce que la conscience est immuable. Les vœux sont une symbolique du mariage, Thomme, se saisissant lui-même,' n'a plus que faire du symbole. Selon vous, au contraire, la justice n'est qu'un rapport variable ; elle est subordonnée à Tidéal, lequel lui-même est variable; d'autre part, le mariage, ou plus simplement l'union des sexes, est l'organe de l'amour, l'idéal par excellence et le plus puissant, mais toujours variable, susceptible de plus et de moins. Comment accorderiez-vous cette indissolubilité? — A ce propos, vous faites cet étrange raisonnement : l'État a aboli les vœux perpétuels . Or, le mariage indissoluble est un vœu perpétuel, que chacun peut faire à sa guise, mais que l'État ne doit plus recevoir. Et vous ne voyez pas que les vœux perpétuels, en religion, ont été institués à l'exemple du mariage, qui est perpétuel !
Vous rejetez la famille c'est tout simple encore.
Les époux ne s'unissanl pas, sous la loi du dévouement, pour la pratique, la réalisation et la propagation du droit, ils ne forment pas une création. juridique, qui s'accroîtra delà naissance des enfa^ts et plus tard de leurs mariages. C'est une société d'amour, dominée par une troisième puissance, qui s'entremet entre l'époux et l'épouse , à laquelle peut être momentanément confiée réducation des enfants qu'elle produit, maia qui n'a aucun droit de justice ni de propriété sur lesdits enfants, lesquels relèvent de la troisième puissance encore plus que de leurs parents.
. Vous repoussez l'hérédité : c'est naturel, puisque vous ne reconnaissez ni la valeur juridique du mariage, ni celle de la famille, ni celle des enfants, ni celle de la paternité et de la filiation , et que toute propriété, tout travail, toute ricliesse, relèvent, selon vous, d'une troisième puissance, antérieure et supérieure à l'homme, au citoyen, au travailleur, au propriétaire. Moi, qui tends à éliminer de plus en plus l'action du gouvernement, je trouve logique, naturel, moral, que les biens se transmettent des pères aux enfants, sans autre forme de procès; j'aime mieux m'exposer aux erreurs de la nature qu'à l'arbitraire d'une administration. Vous, au contraire, qui envisagez tout
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de haut, en vertu de la maxime, à chacun selon êH capacité^ vous faîtes intervenir sans cesse Tauto* rite publique ou sacerdotale, juge de la capacité et des œuvres.
De ce que Thomme et la femme, représentant en prédominance, l'un la force, l'autre la beauté, sont, au for intérieur, équivalents» vous les proclamez égaux au for extérieur, et vous revendiquez en conséquence pour la femme similitude de fonctions, de travaux, d'industries, d'attribu^ tiens.— C'est une confusion évidente : mais c'est logique, et de plus nécessaire. La famille étant niée, l'homme découronné, la femme ravalée au niveau de la concubine, le mariage réduit à l'amour, l'éducation des enfants un mandat de l'autorité publique, la vie privée, par conséquent réduite il rien, il faut bien que la femme devienne fonctionnaire public, à peine de n'être plus rien. Alors, en dépit de la nature et du bon sens, vous êtes forcée de chercher à la femme des attributions en dehors de son sexe ; de lui créer de plus gros muscles, un plus large cerveau, des nerfs plus forts; vous la rendez homme, vous la dénaturez, l'enlaidissez, en un mot vous Viman-' cipez : je vous répète que c'est logique ; la confusion jusqu'au bout*
DANS LES tEMPS MODEtlNES. m
Admettant cela possible, c^est le désordre; plus de famille, plus de justice, plus dé vertu, plus d'amour. La justice n'est plus uUé religion.
Pourquoi, demandez- vous, Thommé et la femme ne seraient-ils pas, au fbt extérieur, équivalents comme ils le sont à l^îûtérieur, s^il est vrai que force et beauté soient équivalents ? — A quoi j'ai répondu que la force et k beauté étaient choses incommensurables; que les services de l'une pouvaient se Vendre ; Tau Ire, non. C'est l'application du principe même de l'esthétique, qui met hors le commerce la vérité, la beauté et la justice, et les déclare non vénaies, à la différence des deuvres de l'industrie, qui seuls tombent dans l'échange. Mais vous, qui opérez tout à Taide du troisième terme, vous n'êtes pas de cet avis ; vous dites : Fntre la force et la haute ity a compensation; ce qui veut dire que Tune peut très-bien payer l'autre, et ce qtii constitue par conséquent la vénalité de la femme. La force, c'est l'argent ; — la beauté, c'est le corps ; — la troisième puissance, c'est le lupanar. Et vous n*en sortirez pas, tant quô vous ferez Vamour pour T amour y que vous chercherez Vidéat pour Vidéaî que vous ne reconnaîtrez que des vérités relài'.ves, des droits relatifs, et que vous afflr-
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merez, commesolution, votre synthèse : rautorilé. — Pour une idéaliste (je m'étonne que vous ne compreniez pas cela), c'est une des choses qui relèvent le plus votre sexe.
Si, répondez-vous, j'en sortirai : je rendrai la femme productrice, aussi bien que l'homme. — Alors ils échangeront produit pour produit, et
amour pour amour.
Bon, si la femme travaille réellement ! mais si elle ne travaille pas, comme en Amérique ? Extrémité : on échange les rôles.
Vous parlez légalité. — Il faut dissiper cette équivoque.
Vous ne voulez pas d'égalité, vous êtes une aristocrate. Il vous faut des crèches ^ des asiles ^ pour occuper vos maîtresses, vos présidentes, vos juges, etc.
Chez vous, les deux sexes, en tant que sexes, et en tant que personnes, sont égaux ou équivalents, c'est vrai ; mais il ne s'ensuit pas, pour cela, que tous les individus, mâles et femelles, soient égaux entre eux ; au contraire. La hiérarchie saint-simonienne repose sur la non équivalence.
On trompe les imbéciles avec cela. M. un tel se dit égalitaire, parce qu'il tend à l'égalité entre
tous les hommes ; nous le sommes bien davai^tage, nous qui tendons à l'égalité entre les hommes et les femmes*
Mon avis à moi est différent.
Tous les individus, les hommes de même race, sont égaux devant la loi, et le but de l'éducation est de les rendre équivalents par la science, l'industrie, l'art et le travail.
L'homme et la femme sont égaux au for intérieur, comme personne; mais, attendu la difiFérence de leurs facultés, l'homme reste supérieur dans le travail et la vie de relation ; — la femme ne recouvre sa dignité que par le mariage et l'accomplissement des devoirs qu'il lui impose. Toute autre égalité est fausse.
— Vous dites : la force, l'intelligence, le talent, chez l'homme comme chez la femme, varient à l'infini. Qui sait si, par un changement de régime, on ne parviendra pas à tout égaliser entre les deux sexes? Qui sait si la femme ne peut pas être rendue aussi vigoureuse, aussi fegile, aussi capable de science, que l'homme? Qui sait si l'homme ne peut pas acquérir la beauté, la grâce, la tendresse de la femme?
C'est ainsi que raisonne l'impuissance obstinée. Elle s'attache à des petit-êlre. Ce peut-être
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tient encore à la confusion de vos idées. C*est comme si vous disiez ; Tout est relatif dans mon entendement, tout varie, tout change, et tout danse. Qui sait s'il n'en est pas de même dans la nature? Qui sait si le chêne n*est pas en train de devenir roseau, la colombe hérisson, et réciproquement? Qui sait si la terre, après avoir pirouetté cent mille ans autour du soleil, ne tombera pas dedans?...
Raîsonnez-donc avec des gens qui vous répondent par des peut-être. Faites des lois en prévision de la fin du monde!,.. Négation de la fixité des lois et des types dans la nature : signe de maladie mentale. — Nous la retrouvons chez M°^® Jenny d'H***.
Qu'est-ce donc que le progrès? objectez-vous (p. 81). — « La femelle du gorille ou du gibbon « n'est guère moins forte que le mâle, et celui- « ci n*est guère moins beau que sa compagne.
« Entre Adam et Eve, la difiérence n'est pas plus « grande. » Là-dessus vous citez des vers d^ Voltaire.
C'est vous, madame, qui avez écrit cela ; et
qui témoignez de votre peu de respect pour vos
ancêtres. Ce qui ne vous empêche pas de me
revrochoT ailleurs, très -mal à |)ropos, d'avçif
comparé la femme (la femme émancipée sans doute) à la guenon.
Eh bien! madame, vous confondez deux choses : le progrès et Téchelle des races. Tous les peuples, aujourd'hui civilisés, ont passé par des degrés divers de civilisation : sauvagerie, barbarie, patriarcal, etc., mais chacun d'eux est resté fidèle à lui-même : le Germain, le Grec et le Celte ne furent jamais des Niam-Niam; THindou et l'Arien jamais ne furent à comparer aux Patagons et aux Esquimaux; pas plus de comparaison à faire entre un Sémite et le naturel de la Nouvelle-Hollande. Jamais la Vénus hottentote n'enfanta les amours. Les races fortes et belles absorberont ou élimineront les autres : c'est fatal ; et vous vous prévalez d'une fausse apparence, qui témoigne bien de l'obscurcissement de voire esprit.
Vous invoquez l'histoire, et vous dites : L'hu» manité se perfectionne à mesure que la femme, devenue plus libre, acquiert plus d'influenoe Sans la société. — Que voulez-vous dire par-là? La liberté de la femme est-elle la cause ou Tefifet du perfectionnement général, ou n'en est-elle qu un TRAIT particulier ? Vous ne distinguez rieUt çt chaque parole ^ui sort de yotre bouclée est yx%
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torrent de fumée. Eh bien! madame, voici ce que riiîstoire nous apprend : Au commencement, les unions étaient fortuites, passagères; hommes et femmes n'en étaient pas plus libertins, n'y mettaient ni raffinement, ni malice. Puis les couples se formèrent : polygamie et concubinat. Enfin, le mariage fut institué ; facia est sanctificatio ejus. Privilège du patriciat, il fut reconnu ensuite à la plèbe ; — le christianisme en fit à son tour un sacrement. Nous en sommes là.
Trouvez-Tous que le progrès soit à Tamour libre?... Plus d'une fois, les mœurs de famille ont faibli parmi les nations ; elles sont retombées dans la promiscuité, et elles en sont mortes ; Que pensez-vous de ce symptôme ? Quant aux embarras domestiques, tant reprochés au mariage, il est clair qu'ils viennent du système économique, de cette mauvaise organisation du travail et du capital, que vous prétendez consacrer et développer encore par votre fameuse synthèse; il est par trop outrageux d'accuser le mariage du mal que lui font précisément ses ennemis.
Vous niez, avec de grands éclats de rire, le droit de la force.
Sans doute, madame, la personne humaine seule a des droits, car seule elle est libre, morale
et respectable. Cela ne nous empêche pas de dire, en classant les droits de l'homme selon ses facultés, qu'il y a un droit de l'intelligence, un droit du travail; vous reconnaissez vous-même,' en faveur de la femme, un droit de la beauté. Pourquoi n'y aurait-il pas aussi un droit de la force? Ne répétez donc pas, comme un enfant sans discernement, vos fables de La Fontaine : La raison du plus fort est toujours la meilleure! Quand on a dit cela, on croit avoir tout dit. Non, vous répondrai-je, la raison du plus fort n'est pas toujours la meilleure; mais elle l'est quelquefois, souvenez-vous-en.
Je n'ai pas vis-à-vis de vous le droit de la force, madame : s'il en était autrement, vous pouvez être convaincue que de votre vie vous n'eussiez touché une plume. Mais j'ai le droit de la critique, et j'en use sans miséricorde. Votre brochure est une attaque, très-peu voilée, mais profondément hypocrite, au mariage et à la famille. Pour la faire passer, vous vous êtes attaquée à l'homme que la police correctionnelle, par des motifs que je rie veux point discuter, venait de condamner comme coupable d'attaque à la morale publique et religieuse ; vous avez cherché à intéresser à votre cause toutes les femmes, en
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mettantmon ouvrage en lambeaux, et présentant, comûie si elles s*adJressaient à toutes les femmes, des parolCi^ qui ne tombaient que sur vous et sur vos pareilles. — Vous vous êtes entourée d'équivoques, vous avez couvert vos pensées d'expressions pudiques, vous avez parlé du mariage avec une affectation de respect, comme si vous l'eussiez Vengé d*une absurde théorie. Vous avez préconisé le parfait amour, si doux au cœur des femmes ; vous avez chercbé à éblouir vos lecteurs, tantôt par la plaisanterie et le sarcasme, tantôt par une affectation de métaphysique qui ne pouvait manquer d'imposer aux niais.
mmm
fch.. V ..