‹ Œuvres complétes (volume 3)Chapitre 15 sur 16 · DE LA FORNOCRATIE · texte numérisé non relu

DE LA FORNOCRATIE

Retour à ramour pour l'amour, voluptueux, changeant ;

On passe à Tunion concubinaire ; mais on ne s y arrête pas longtemps ;

Amour papillonnant, polygamique et polyaudrique ;

Communauté, promiscuité, confusion des sexes ;

Dégradation de l'homme qui s'efifémine ; Dégradation de la femme qui se prostitue ; Dissolution du corps social qui tombe en tyrannie et sodomie.

Vous reconnaissez- vous à présent?

Cette déduction finale, je Tai appuyée sur des faits :

J'ai montré par l'exemple des anciens et des modernes, des païens et des chrétiens, par les théories des philosophes et par celles de l'Eglise, que c'est exactement ainsi que les choses se passent;

J'ai dit qu'en ce moment, soixante-douze ans après la Révolution de 89, nous sommes dans la même situation* qu'au "oremier siècle ;

J'ai retrouvé dans les sectes de l'époque, icoriens, humanitaires, saint-simoniens , pha-

lanstériens, dans toute cette bohème artistique et littéraire, les mêmes tendances, le même esprit, la même dépravation que chez les gnostiques.

Poussant l'examen dans^le dernier détail, j'ai démontré, par d'illustres exemples, que la femme qui s'éloigne de son sexe, non-seulement perd les grâces que la nature lui a données, sans acquérir les nôtres, mais retombe à l'état de femelle, bavarde, impudique, paresseuse, sale, perfide, agent de débauche, empoisonneuse publique, une Locuste, une peste pour sa famille et la société.

J'ai dit cela et je le redis : j'ai donc accusé, et j'accuse de la corruption contemporaine, de la décadence française, et d'une partie de l'Europe, entre autres causes, les idées mises en circulation sur la femme.

Le nivellement des sexes aboutit à la dissolution générale.

Sans une disparité radicale d'attribulions,il n'y a ni famille ni mariage.

Sans ménage et sans famille, point de justice, point de société : l'égoïsme pur, la guerre civile, le brigandage.

Le cœur de l'homme doit être plein de la volupté

104 DE LA PORNOCRATÏE

de commander chez lui : sans cela l'hcHnme disparaît.

J'ai fait la critique de saint Paul, et on me dît que je copie saint Paul. — Mauvaise foi. Ce que je reproche à saint Paul c'est de raisonner de l'amour et du mariage, exactement comme M. Enfantin, moins la subordination, que celuici n'admet pas.

Me reprocher d'ignorer tel ou tel fait! — Qu'est-ce que cela fait à ma raison? — C'est comme si vous me reprochiez les fautes de grammaire et de syntaxe qui pullulent dans mon livre : qu'est-ce que cela fait à mon style ?

On dit : plus les femmes ont obtenu de liberté et de respect, plus la société a été développée.

C'est l'inverse qui est le vrai : plus une race d'hommes offre d'intelligence, de capacité, de

DANS LES TEMPS MODERNES. i6»

poésie, plus elle a témoigné de respect pour le

sexe et moins elle lui a donné de liberté

Exemples : races germanique^ grecque et lalinei

On n'intervertit pas les attributions.

On se change pas son sexe.

L'homme qui le fait devient ignoble, misérable, impur.

La femme qui le fait devient laide, folle, catin, guenon, etc.

Vous vous prélondez chaste ; et, par un raisonnement à vous, vous en êtes déjà à prétendre que les fautes que se permet l'homme contre la pureté ne sont pas plus répréhensibil&s chez la fenune.

MM, Lemonnier, Fauvety, Massoî, Guépm,^ Brothier, Renouvier, Antonio Franchi, etc.,' forment le personnel de la Revue philosophique

106 DE LA PORNOCRATIE

et Us &ont VOS amis. J'ai donc ainû raison de 9ttppg$ier que vos opinious sont les leurs ; donc qu'ils parlent ! qu'ils s'expliquent ! Pas d'hypocrisie! Il faut que toutes les opinions viennent au jour; que toutes les doctrines se produisent. Nous sonunes en temps révolutionnaire; punissons VITE !

Si vous âtes aw trois quarts folle* je les en accuscK

Ht

Vous êtes une église de proxénètes et de dévergondées. Voilà mon dernier mot.

Le saint-simonisme, ou la pornocratie, rend haïssable Jusqu'à la femme.

L'influence féminine a été, en 1848, une des

, pertes de la République. G. Sand, femme et

artiste, composant avec J. Favre, autre artiste,

les bulletins fameux, c'était la République tombée

en quenouille.

Oà étail Vhomme, dlans le gouvernement pro^ Yi§oireî

■■'•Vi^-., '

Lamartine, artiste ; Grémieux, artiste ; A. Marast, artiste; Louis Blanc, artiste; je m'arrête. L'élément féminin était ici en majorité. Arago était un homme, je le crois ; mais, à cause de cela, relégué dans la maiine, un instrument, un outil.

Pire espèce des aflFrancliîes : les esprits forts y celles qui se mêlent de philosopher, et qui ajoutent à leur travers la prétention d'une doctrine, l'orgueil d'un parti, l'espoir d'une dépravation de la société.

Signe particulier : Détraquement de la raison^ entraînant l'évanouissement de la pudeur et la perte du sens moral.

Chez lés artistes dramatiques, lyriques, chorégraphiques, l'émancipation vient par les sens et l'imagination. Jésus a parlé à la Madeleine : c'était une artiste. La vraie courtisane, au sens antique du mot, était une artiste, une prêtresse même : les bayadères, les aimées, sont des artistes.

L' esprit fort femelle est encore autre chose.

C'est me ^oule ^ui chante le cog : idée fixe^

it» DE LA PORNOCRATIB

copier, calqiier, et singer ITiomme, à tort et à travers.

Est-on las de nous promener de tyrannie en tyrannie ! — Les enfants à la société, apparemment que les fonctionnaires publics, bonniM et bo7inines, vaudront mieux pour les enfants que leurs auteurs!... C'est de la raison, cela?

Rêve d'utopiste célibataire, et d'émancipée célibataire.

La nature a fait pour nous la meilleure part de la besogne, et nous la contrarions dans ses lois.

Si instruite que soit la femme, tu verras bientôt qu'elle ne sait guère, et que son babil est plus insupportable que le bavardage de l'ignorance.

J'ai vu une femme liaranguer. Son mari avait

l'air tout glorieux. Il avail Tair de dire au public : quel homme je suis! moi oui suis le mari dune femme qui improvise !. . .

Contre les femmes émancipées :

Vous nous déplaisez ainsi; nous vous trouvons laides, bêtes et venimeuses : qu'avez-vous à répliquer à cela? A qui voifs souciez-vous de. plaire? au bouc des sorcières, à Selphégor, à vos Kings-Charles?... Faites-donc; et quand la pudeur sera revenue aux mâles, ils vous noieront avec vos amants dans une mare.

A cela répliquez-vous que nous vous déplaisons aussi? Soit : alors c'est' la guerre. Question de force.

Hc »

Quelle étrange prétention à ces créatures de vouloir que nous les aimions , alors que nous no les trouvons pas aimables !

Que nous les traitions en Vestales, quand nous les savons juste le contraire!

Le christianisme a canonisé trois ou quatre

rO DE LA PORNOCRATIE

femmes galantes: Madeleine, Thaïs, Afra, — mais après leur pénitence ; notez cela. Aujourd'hui on voudrait nous les faire encenser impénitentes !

Faut croire que les fatigues cérébrales agissent sur la matrice à la façon de V agnus-castus ou des cantharides : n'est-ce point assez pour que le père de famille, le înari, Tamant, les interdise à sa fille, à sa femme, à sa fiancée?

J*ai prié un de mes amis de rassembler des notes pour une biographie de nos dames auteurs : j'ai été désespéré dès la première série.

Une femme ne peut plus faire d'enfants, qaand son esprit, son imagination et son cœur se préoccupent des choses de la politique, de la société et de la littérature.

Elles ne suffisent plus à leur tâche, et elles nouspailent d'être juges, médecins, apothicaires» préfets eipréfètes; que sais-je î gendarmes aussi, et dragons !

Notez que les femmes à qui on a enlevé le blanchissage, la boulangerie, le sdn an bétail , ont encore abandonné le iHcotage et la couture. — J'ai vu ma mère faire tout cela. Elle pétrissait, faisait la lessive, repassait, cuisinait, trayait la vache, allait au champ lui chercher de l'herbe ; tricotait pour cinq personnes, et raccommodait son linge.

Rôle de la femme. — I^^ourrice et gestatrice.

D'où, vient que Venfant ressemble à la mare t

L'explication est doimée par les abeilles:

influence de la nourriture. L^ abeilles produis

sent à volonté, avec le même œuf, une reine, un

mâle, une oucrière/

172 DE LA PORNOCRATIE

Quid vero, si la nourriture première du germe est la propre substance d'une femme?

d'un être vivant!

Il n'y a pas d'autres générations que des générations spontanées.

Elle est spontanée dans la cellule de la plante ; elle est spontanée dans la plante zoosporée ; elle est spontanée dans le rotifère ; elle est spontanée dans le polype , ou ne se distingue pas de laccroissement; elle est spontanée dans l'homme^ qui forme, lui, le germe !

Tout cela est grand, sublime et beau.

Je n'ai que faire , moi , de pkrénoïo^ie, H'ana-iomie, de physiologie; c'est l'affaire des curieux investigateurs de la matière, de rechercher dans l'organisme quelle partie correspond à tel acte de la conscience ou de Vesprit. Sans doute, il est intéressant de voir ainsi confirmer par l'observation cranioscopique, physiognomique, les données pures de la raison et de la conscience ; mais le philosophe ne procède pas de la sorte. €omme le genre humain il procède

DANS LLS TEiMFS MubKKNES. i7J

d'intuition, à'à priori^ de Tabondance du cœur et de la plénitude de Tidée.

Possible que Tbomme ne diffère de la femme que par un degré de chaleur de plus, qui produit l'animalcule.

Avec k nature de l'homme et de la femme, le mariage s'ensuit : hors de là, pornocratie.

La raison de la monogamie, la voici :

1° Égalité de nombre des sexes: or, les mâles, égaux entre eux, ont droit à chacun une.

2° Raison de non-voltige : la dignité de Thomme et son individualité. En définitive, la société est pour l'homme autant un moyen qu'une fin.

Le mariage est une constitution natnrelie, indiquée au physique et au moral, par les aptitudes diverses des deux sexes, saisie promp-

174 DE LA PORNOCRATIE

tement par la cx)iiscience des peuples, à l'origine des nations; mais ensuite obscurcie par les préjugés et les passions, et aujourd'hui à peu près incomprise. •

On en est venu à le regarder comme la cause première de toutes les difficultés sociales.

Grande affaire de lui rendre son vrai sensy et ensuite de le rétablir.

Hors de là, mort sociale.

Le mariage, organe naturel et formateur de la justice, est base de la société : il produit la liberté et la République.

La pomocratie, son antagoniste, est le dernier .mot de toute usurpation et tyrannie.

L'homme avant vingt-six ans révolus, la femme avant vingt-un ans révolus, ne peuvent contracter mariage.

Il y a pour cela différents motifs :

Motifs de santé ;

Motifs moraux;

Motifs de philogéniture ;

Motifs d'économie publique ;

Motifs d'économie domestique et d'éducation des enfants ;

Motifs de durée et d'inviolabilité de l'union conjugale.

L'erreur sur la personne, la famille, la qualité, la moralité, la fortune, la santé ; toute tromperie, en un mot, est cause de nullité.

Trois mois au moins de ntinçailles.

Le refus de consommer le mariage est aussi une cause de nullité, de plus passible d'amende.

Il faudrait pouvoir assouvir d*un coup la curiosité, qui demande sans cesse à voir des objets qui ne doivent pas être vus. Ainsi, les détails sur les mystères de la conception, de l'accoucbe-^ ment, etc. Tout cela est fort laid, si ce n'est pour le physiologiste philosophCy qui y voit autre chose.

Pauvre garçon : tu n*as rien à voir là. — Ta raison n'a rien à y apprendre*

Lire dans la botanique de M. de Jussîeu la description de la reproduction; cela suffit, rien de plus.

Voir une fois, dans un traité de raccouchement, le détail des opérations ; — cela fait, on sait tout.

Quant au reste, affaire d'imagination, de volupté, de corruption secrète. Cest toujours le

176 DE LA PORNOCRATIE

même roman qu'on relit, et auquel on demande des excitations défendues.

Eh bien ! cela même, il faut une bonne fois s'en défaire, en le ramenant au réel.

La jeunesse doit être renseignée pleinement sur l'amour, et cela vaut mieux que la fausse et trop précoce expérience qu'elle se donne.

Pas à" illusion sur les femmes.

Mais pas non plus d'adversion ni de mépris.

Leçons au jeune homme :

Même en amour, tu dois être maître.

Si tu prends une maîtresse, souffriras-tu d'en être le jouet, le complaisant ou l'esclave? — C'est impossible. Tout ce qui te dégraderait à tes propres yeux diminue ta volupté.

Si tu vas voir une courtisane, tu la traiteras avec indulgence et politesse : souffrirais-tu qu'elle te manquât? — qu'elle se fît ton égale? — Non, tu diminuerais ta dignité, et par le fait ta jouissance. Dans le mariage, la domination est d'un

DANS LES TEMPS MODERNES. i77

autre ordre : tu adores ta femme, et tu restes le maître.

TertuUîen, Exhort. ad casL, cité par Va t tel :

Videtur esse matrimonii et stupri diferentia, sed utroHque est communicatio. — Erffo, in cuis, et primas nuptias damnus? Nec immeritoy qwniam et ipsœ constant ex eo quod est stuprum.

Valtel, en bon protestant, s'indigne de cette assimilation. Mais le protestantisme, qui a rétabli le divorce, a prouvé que le mariage n'était aussi pour lui qu'un moyen de soulager la nature. Le roman de J.-J. Rousseau et ses Confessions expliquent comment le protestantisme entend le mariage ; l'histoire de Sophie de même. On sait que MM. les ministres protestants, quoique mariés, — cultivent la galanterie tout autant que nos prêtres ; et il n'y a rien en général de plus paillard que le mari protestant, en tant qu'il obéit au protestantisme. Luther a fait aussi à cet égard une profession de foi non équivoque ; la consultation en faveur du landgrave le démontre.

Saint Jérôme prétend (Vattel, qui cite ce pas-

178 DE LA PORNOCRATIE

sage, ne dit pas où il Ta pris) : Eanc tan^nm esse diferentiam irUer uxorem et scortum, quod toïeraUUus sit uni esse prostitutam guani plurimis.

C'est clair. Dans tout amour, il y a souillure et prostitution du corps, dit le vrai clirétien. C'est pour cela que la bénédiction nuptiale n*est qu'une absolution préalable.

Le christianisme, en reportant Tamour du clirétien, comme sa pensée, vers le ciel, a orga-. nisé, pour ainsi dire, la dissolution sociale. — Chose qui eût étonné le bon sens antique, dans cette même société où le concubinage et la fornication simple sont réputés délits contre les moaurs ; une loi contre le célibat paraîtrait arbitraire. Ce n'est pas la famille que la loi du chrétien protège, c'est ime continence monacale, anti-sociale. Nous savons pourtant, par la même expérience qui l'avait appris aux anciens, que « les pères de famille sont meilleurs citoyens, plus attachés au bien public que les célibataires. »

DANS LES TEMPS MODERNES, m

Rien n*y fait : chacun, dans notre moude»

travaille à Tenvi à séparer ce que la nature a voulu joindre : TÉgUse multiplie tant qu'elle peut ses couvents ; TÉtat augmente ses armées et ne laisse au mariage que les estropiés et les poitrinaires ; la littérature et les sectes préoonisent Tamour libre. Aussi, la société n*étant plus soutenue par la famille, le droit public par le droit domestique, force nous est de recourir à la force : après avoir institué le suffrage universel, nous nommons un empereur !.,.

Pourquoi n*y aurait-ll pas un diplôme de mariage? — Tout individu du sexe masculin, omnis masculus adaperiens vulvam, comme dit la Bible, qui ne justifierait pas d'une capacité industrielle suffisante, et d'une certaine force musculaire, ne devrait pas être regardé comme apte au mariage. •— La puissance d'engendrer n'est qu^une condition : il y en a plusieurs.

178 DE LA PORNOORATIE

sage, ne dit pas où il Ta pris) : Eanc tantum esse diferentiam inier uxorem et scortum, guod toleraUUus sit uni esse prostitutam qua^ plurimis.

C'est clair. Dans tout amour, il y a souillure et prostitution du corps, dit le vrai chrétien. C'est pour cela que la bénédiction nuptiale n*est qu'une absolution préalable.

Le christianisme, en reportant Tamour du chrétien, comme sa pensée, vers le ciel, a organisé, pour ainsi dire, la dissolution sociale. — Chose qui eût étonné le bon sens antique, dans cette même société où le concubinage et la fornication simple sont réputés délits contre les moaurs ; une loi contre le célibat paraîtrait arbitraire. Ce n'est pas la famille que la loi du chrétien protège, c'est ime continence monacale, antiH9ociale. Nous savons pourtant, par la même expérience qui l'avait appris aux anciens, que « les pères de famille sont meilleurs citoyens, plus attachés au bien public que les célibataires. »

DANS LES TEMPS MODERNES, m

Rien n*y fait : chacun^ dans notre monde, travaille à Tenvi à séparer ce que la nature a voulu joindre ; TÉgUse multiplie tant qu'elle peut ses couvents ; TÉtat augmente ses armées et ne laisse au mariage que les estropiés et les poitrinaires ; la littérature et les seotes préoonisent Tamour libre. Aussi, la société n*étant plus soutenue par la famille, le droit public par le droit domestique, force nous est de recourir à la force : après avoir institué le sufïrago universel, nous nommons un empereur

Pourquoi n*y aurait-il pas un diplôme de mariage? — Tout individu du sexe masculin, omnU masculus adaperiens vulvam, comme dit la Bible, qui ne justifierait pas d'une capacité industrielle suffisante, et d'une certaine force musculaire, ne devrait pas être regardé comme apte au ma* riage. •— La puissance d'engendrer n'est qu^une condition : il y en a plusieurs.

180 DE LA PORNOCRATIB

Tout communisme aboutît à la ruine de la famille.

Toute attaque à la famille aboutit à la tyrannie.

Tout amour libre entraîne raflTaiblissement de la conscience conjugale, et la dissolution de la société.

Si la nature a voulu établfr la société humaine sur les principes de la justice, de l'égalité et de la liberté civique, de la responsabilité des fonctionnaires publics, du contrôle des pouvoirs, et de la libre manifestation de la pensée, elle a dû faire ce que je dis qu'elle a fait. — La femme participante du droit. Là est son égalité.

Si, au contraire elle a voulu établir les principes d'autorité, de communauté, promiscuité ou absolutisme : elle a dû faire les sexes semblables en tout, sauf l'organe de l'amour.

Entre Tambur et la justice, en autres termes entre le mariage et la société ou l'État, il existe un rapport intime, un lien de solidarité, qui a été

reconnu dans tous les temps, en vertu duquel toute atteinte à la justice et à la liberté publique est destructive de la famille, et par suite de l'amour même ; et réciproquoment toute atteinte à l'amour et au mariage est destructive de la société et de TÉtat.

L'homme sain conserve jusqu'à la fin sa puissance génératrice et son génie, bien que la dignité de l'âge lui commande d'user de moins e.n moins de l'une, et de modérer le second.

La femme, à un certain moment, perd la puissance de concevoir, mais non pas toujours la fureur d'aimer ; avec cette faculté de conception, elle perd sa grâce juvénile; elle devient une sorte de métis, ni homme ni femme, dont la psychologie est à étudier, et qui a plus besoin encore d'être contenue que la jeune femme.

Ici l'éducation est toute puissante.

Ht

Certaines femmes, comme Lucrèce, sont capables de mourir plutôt' que de se rendre cou-

184 DE LA PORNOCRATIE

Augmentation à vued*œil an prix des choses.

Depuis la liste mifo jusqu'au. /?r^< du troupier; depuis re taux de Tescompte, jusqu'au pain de seigle.

Bjfiminatvm sociale ou pomocratie, phénomène qui se remarque chez toutes les nations.

Tendance générale à faire fortune par des cown Hnaisons tient à la lasciveté générale, au besoin exagéré d'élégance et de bien vivre, sans lequel pas d'amour : iSine Baccho et Oerere friget Venus.

Plus d'horreur encore de la frugalité que du travail : c'est tout simple, l'amollissement du cerveau et du corps réclame une nourriture plu? copieuse.

En résumé, Michelet donne de petites recettes pour cultiver le mariage et la feapne, imitées des auteurs comme Rousseau, Beaumarchais etc.

Il reste esclave de T amour qui n'est dompté que par la conscience ; tout son livre le démontre d'un bout à l'autre.

Il reconnaît à chaque pas l'infériorité de la femme, et cependant il la proclame égale et supérieure à l'homme.

Il me prend beaucoup de choses qu'il s'efforce de raccommoder.

Gomme Rousseau et autres, il peint le ménage très-aisé, sinon riche (10,000 francs de revenu au moins); il ne peut rien pour le ménage de l'ouvrier, à plus forte raison rien pour les ménages inférieurs.

La justice lui a fait peur : il n'en comprend pas la douceur, la bienfaisance, la fécondité, la puissante garantie, les immenses et sérieuses ressources.

Il oublie surtout que la femme, traitée par r&iûour, devient de plus en plus molle, fragile, susceptible ; tandis qu'élevée peu à peu à la

oyjilj

188 DE LA PORNOCRATIE *

La femme mariée ne veut plus d'enfants.

La femme non mariée ne veut plus de mariage.

J'ai recueilli, dans mes promenades autour de Bruxelles, ce mot poignant d'une femme du peuple, restée veuve avec sept enfants. Son mari, simple journalier, gagnant 1 fr. 50 pstr jour, s'était tué par accident. Lui mort, les maisons de secours, les dames de charité, tout le monde s'était occupé d'elle : on avait placé la fille aînée, d'autres s'étaient chargés des deux suivants ; on donnait des secours hebdomadaires à la mère, qui trouvait encore moyen de gagner quelque chose.

Elle se trouvait heureuse ! plus heureuse que dans son ménage.

« Le pauvre homme, disait-elle, parlant du défunt, il fallait bien l'entretenir ; tous les dimanches, laver sa chemise, sa blouse, lui donner cinq sous pour boire deux verres de faro ; lui servir, avec son pain, un peu de pitance ! . . . Que restaitil pour nous?... C'est fini : %n homme coûte plus gu'il ne vmtl »

DANS LES TEMPS MODKUXES. ISJ

Jeune homme, si tu as envie de te marier, sache d'abord que la première condition, pour un homme, est de dominer sa femme eî d'être maître.

Si après avoir arrêté tes regards sur une personne et l'avoir bien considérée, tu ne te sens pas, dans l'ensemble de tes facultés, une fois plus fort au moins que ta femme, ne te marie pas.

Si elle t'apporte de la fortune, et que tu n'en aies pas, il faut être quatre fois plus fort qu'elle.

Si c'est un bel esprit, une femme à talent, etc., il faut que tu sois sept fois plus fort qu'elle ; sinon pas de mariage. Il n'y a pas de repos pour l'homme à se sentir critiqué ; pas de dignité à être contredit ; le danger arrive imminent de cocuage, ce qui est la dernière des hontes et des misères.

Plutôt la fréquentation des courtisanes qu'un mauvais mariage.

Il faut avoir raison le plus possible.

Et comme il est difficile que tu ne te trompes

190 , DE LA PORNOCRATIE

quelquefois, ne jamais souffrir ni reproches, ni rappel à l'ordre.

Si ta femme te résiste en face, il faut l'abattre à tout prix.

Ne pas épouser une artiste, pour trois raisons :

1° Parce qu'elle est au public ;

2^ Parce que si elle a du talent, elle s*attri* buera la supériorité;

3® Parce qu'elle gagnera la vie commune, et qu'elle ne devra rien à son mari.

Il faut laisser aux Talma épouser Cfeor^^s, Mars ou DucM^noU; lui aussi est aupuiïic, et il est plus fort.

n faut redresser le jeune homme de toute sa hauteur ; lui apprendre que rarement, bien rarement, son premier amouri^eul être suivi de mariage, et qu'il est bon pour lui que cela ne soit pas ; qu'il ne doit pas se marier avant vingt-huit à trente-deux ans ; qu'il doit attendre qu'il soit mûr, au moral comme au physique ; que son idéa-

lisme ait passé, qu*il puisse davantage se suffire, vivre en lui, et absorber la femme.

Il faut lui apprendre :

Que tout amour précoce engendre un nivellement fâcheux;

Que la femme veut être domptée et s'en trouve bien;

Qu'elle a tendance à la lasciveté, à la licence, à la graveluf e, aux choses luxurieuses, et qu'un homme fort lui impose davantage ;

Qu'elle est aisée à maîtriser tant que jeune, amoureuse et qu'elle fait des enfents; passé cela, qu'elle devient hommasse, et qu'il importe alors plus que jamais que l'homme conserve la prépondérance, ce qui ne se fait que par l'AerWttùde prise, le pli formé ; chose qui n'empêche pas qu'il y ait de sourds murmures de révoltes ;

Que les enfants y aident encore : la mère se confondant volontiers alors avec eux, se rajeunissant avec ses filles ; ce qui entretient l'autorité paternelle, hors de laquelle ni paix, ni ordre, ni décence, ni honneur, ni salut ; au contraire, tout tourne au grabuge et au scandale ;

Que le chef de famille se doit tout entier aux siens ; que tout égoïsme doit être banni de son cœur, et qu'il en doit multiplier les prémices ;

192 T)K LA PORNOCRATIE

mais, en même temps, qu'il en est le gardien, le pourvoyeur et l'instructeur responsable, et qu'à ce titre il ne doit jamais permettre la moindre infraction à son commandement ;

Que la femme a tendance constante à rabaisser l'homme ; elle le circonvient, l'enlace, veut en faire son compagnon^ son égal : c'est dans sa nature ; elle le fait à son insu, conspirant ainsi naïvement contre la hiérarchie domestique et contre elle-même ;

Mais qu'il faut de temps en temps remonter l'horloge, faire acte de décision, de volonté, etc.; que c'est au mari à voir de quelle manière il doit s'y prendre, dans quelle occasion, sur quel ton, etc. ;

Tenir toujours la dragée très-haute, et se souvenir de cet aphorisme : Que les hommes les plus aimés de leurs femmes sont ceux qui savent le plus se faire respecter, et même un peu craindre ;

' Ne pas oublier que la femme tend à faire sans cesse de son mari son amant ; mais que l'homme doit se garder de cette faiblesse comme d'une dégradation.

Il est bon pour l'homme qu'une femme trouve dans le mariage son premier amour ; c'est dans

DANS LES TEMPS MODERNES. m

cette vue qu'autant que possible il doit la prendre vierge. En supposant que son cœur ait déjà soupiré autre part, la plaie se fermera. La femme s'attache toujours à celui qui lui a donné la première façon.

Accorder hedMCQVîç, non par forme de transaction, mais de libéralité. L'homme est maître, il doit être généreux, non un échangiste.

Confiance doit être absolue de la part de la femme envers le mari ; celui-ci doit l'exiger ; elle ne peut être que limitée envers la femme. Tout homme a des secrets qu'il peut confier à un ami, et qu'il ne dit pas à sa femme.

Beaucoup d'indulgence, parce que la femme est faible.

Jamais de pardon pour les fautes graves : elle mépriserait d'autant son mari.

Un mari trompé par sa femme peut la garder afin d'éviter le scandale ; mais il doit s'en séparer de corps et de cœur; s'il agit autrement, il s'avilit et se perd.

C'est le triomphe de l'épouse de ramener à elle un époux adultère ;

C'est la dégradation du mari de reprendre une infidèle.

Il n'est point mal d'user de vigueur au be-

m DE LA POUNOCRATÎK

soin; vigueur de paroles, de volonté, d'actiont même de gestes... •« L*homme a la force, c'est pour en user ; sans la force, la femme le méprise, et c'est encore une manière de lui plaire, de la fasciner, de la séduire, que de lui ftire sentir qu'on est fort.

La femme disputeuse, chicanière, épiant les occasions, heureuse de faire mentir la raison maritale. -— > Répondre peu ou point du tout, s'arranger de manière à avoir la raison pour soi, et vouLom. — Volonté f c'est souveraineté, c'est plus que raison.

Enfin, bien méditer que la femme a été donnée à l'homme pour sa félicité et pour le développement de sa dignité et de sa justice, pour la joie intime de son cœrnr ; mais à la condition qu'il se rendra maître absolu d'elle, la soumettra à sa raison ; qu'elle vivra de sa vie, se confondra avec lui, tout en lui servant d'auxiliaire, de partenaire et d'interlocutrice.

— Je ne dis rien de la galanterie et de ses formes. — Là où elle est reçue, c'est une manière, comme de savoir danser, saluer, mardier, etc. Il est reçu, dans le monde le plus raffiné, que la galanterie ne tire pas plus à conséqu^ice pour la domination de la fomme que pour ses

faveurs. C'est une fonnule de politesse, rien de plus« Au total, les femmes d*élite préfèrent la franchise, Thonnéteté simple et bienveillante à toutes les grâces de la galanterie.

: Dans les relations avec les femmes, un trèsgrand respect t une profonde déférence, mais exprimés de telle sorte que la femme s'aper^ive <iu'une part, la plus grande, s'adresse à son mari.

Les hommes entre eux se doivent cela; les femmes s*y prêtent ; la plus grande insulte envers une femme, c'est de lui laisser voir de la mésestime pour son mari.

En principe, se souvienne le jeune homme, que tous nous sommes appelés à Tamour et à l'union conjugale ;

Que l'abstention volontaire n'est pas impossible, et peut devenir éminemment louable, comme tout sacrifice, lorsqu'elle est commandée par un devoir, par le travail;

Que, hors de là, se laisser consumer de désirs est d'une haute indécence et qui pousse à Tin^ lignite.

Sur les relations amoureuses :

Que les rapports avec la Vénus vulgaire, non

r. 6 DE LA PORNOCRATIB

buivis de débauche, sont chose vénielle, mais peu digne, et qui ne se supporte pas chez un républicain, ami des masses. Signe de misère et d'exploitation. .

La courtisane ou lorette, puits de débauche.

Le concubinage, ou relation libre, si la personne a du mérite, se transforme en un mariage ; par conséquent ne peut se tolérer, ou plutôt s'excuser que dans des cas exceptionnels.

Donc au mariage faut en venir.

Talents : danseuse, musicienne, femme de lettres. Si c'est métier, soit. Chose dangereuse, mais acceptée, comme modiste, couturière, etc.

Dans ce cas, l'homme qui, dans sa femme, a tout à la fois une épouse, plus un associé de commerce, est dans une position complexe^

Garde-toi des vierges folles, des bonnes filles. On dit volontiers, pour leur trouver quelque atténuation, qu'elles ont bon cœur : Oui, elles vous mangent , vous lèchent, Yo*s délectent ; elles sont gentilles aulit; obligeantes, compatissantes ; s'imposent, par enthousiasme, par sacrifices ; ont

de la charité, mettront leur bijoux en gage, etc. Mais, dans tout cela, point de solidité, point de constance. Ces qualités, dont on les loue, et qui comptent à peine chez la femme sérieuse, attachée à ses devoirs, sont sujettes chez elles à de tristes défaillances.

Au ménage, ces femmes là sont bonnes à rien, s'y ennuient vite, ont du courage une fois par semaine ; leur propreté est équivoque, elles haïssent la cuisine, envoient leurs maris vivre au restaurant, se fatiguent promptement de la sévérité domestique. Elles ont besoin d'être remontées sans cesse par des récréations, visites, soirées, promenades, spectacles. Le concubinat est leur lot, à moins qu'elles ne compensent leur médiocrité comme ménagères par Texercice lucratif d'un métier, auquel cas il leur faut, chose dangereuse, une remplaçante à la maison.

Cœur de vierge, cœur de marbre.

Rien de plus impertinent que la petite fille ; rien de plus suspect, de plus fragile, de plus faux que la fille adulte.

198 DS LA POENOCRATIE

La jeune fille ne rêve, sous couleur de mariage, que de tomber dans les bras d'un homme.

Et le plus tôt possible. Point de fiançailles : temps divin, dit Grûnn.

Une fois son homme repu, elle grosse et défaite, sa vie est finie, à moins qu'elle ne fasse un amant!...

Hegel dit que la dignité de la jeune fille est de se laisser donner par son père.

Fénelon, dans le Télémaque, de même.

Depuis Rousseau et son Héloïse, nous avons changé tout cela.

D'où vient la grandeur et la sublimité du mariage ?

C'est qu'il est tout sacrifice et dévouement. On ne se marie pas pour faire Vamour.

L'amour pour l'amour, l'amour pour le plaisir. Toute femme qui l'entend ainsi est une catin.

DANS LES TEMPS MODERNES. lÔD

Jeune fille, je n'ai qu'un seul conseil à te donner.

D'abord, ne te marie pas de bonne heure; garde ta jeunesse et ta virginité pour toi, si tu le peux, jusqu'à vingt-quatre ans. Alors, si tu trouves un homme plus âgé que toi de dix ans, fort, intelligent, travailleur, courageux, volontaire, et qui se propose, prends-le vite, ne fût-il ni beau, ni disert, ni artiste. Tu seras avec lui honorée et aussi heureuse qu'une femme de bon sens le peut être. Souviens-toi que le plus galant et le plus passionné des amoureux est le pire des maris, un être ridicule, qui te dégoûtera vite et dont tu risques fort de faire un sot, alors môme quetu n'en aurais pas envie. ♦

Toute femme fait son mari cocu, bien moins parce qu'elle a cessé de l'aimer, que parce qu'elle le trouve sot, ou faible, ou ridicule; parce qu'à force de jouer le jeu d'amour avec elle, il a perdu à ses yeux le respect.

2W DB LA PORNOCRATIE

L'homme qui ne plaisante pas et qui aura la force, ne sera jamais ridicule et rarement cocu.

Chaque femme a dans sa vie quelques beaux moments ; cela la fait rechercher, cela suffit pour griser quelque malheureux qui s'enchaîne à sa destinée et qui ne sait ce qu'il a fait.

Or, supprimez le vœu de mariage, réduisezvous au concubinat, la femme est perdue.

Quand on se dévoue, on s'offre à servir la personne ou le Dieu à qui Ton se dévoue, selon ses facultés et selon les besoins ou la loi de cette personne ou Dieu.

Une femme qui se dévoue à un homme promet de le suivre et de lui obéir en tout, et de le soigner, comme plus faible, comme suivante.

Un homme qui se dévoue à une femme, promet de la protéger, nourrir, défendre, etc., comme plus fort, et elle plus faible !

Le dévouement n'est pas chose arbitraire; donc, il suppose des conditions naturelles données à priori, — Il exclut le caprice, ainsi que serait un prétendu mariage où l'homme admettrait la femme comme sa pareille, et ferait échange avec elle de fonctions, de droits et de devoirs.

Mais pM si la femme nie ce rapport, et prétend à \^ parité et à Vénalité?

Eh bien! garde-toi de Fépouser alors. Laisse cette bête féroce à elle-même, à l'imbécile qui en voudra : — que si le lien est consommé, si des enfants sont venus, si ton malheur est irrévocable : oh alors ! n'hésite pas. Par raison ou par force, il faut qu'elle plie.

Ne dis pas : Je la quitterai. — C'est d'une âme faible. — Il faut qu'elle sôit, dès le premier jour, convaincue d'une chose, que tu ne la quitteras pas, et qu'elle pliera.

Un homme intelligent et résolu possède en lui ce qu'il faut pour dompter cette révoltée. Il n'y a qu'un péril, c'est la conspiration de la société contre le droit marital.

Facilité des tribunaux à admettre la plainte des mauvaises femmes, à s'ingérer dans la famille, à intervenir dans le droit domestique : usurpation d'autorité et d'attributions.

202 DE LA PORNOCRATIE

Quel(jues-uns se sont fait de leurs fonctions un moyen de libertinage. — Ce sont des hommes à assommer comme des chiens.

Faut alors tourner la difficulté. — Regarder la justice établie comme l'ennemie du repos domestique, et le soutien de Timmoralité et de la révolte féminine.

Complicité sociale : des lâches, toujours prêts à recueillir les débauchées et les adultères. Le monde en est plein.

Il faut agir sur l'opinion, et par celle-ci sur la justice et la législation, afin que le père de famille soit rétabli dans sa juridiction domestique, dans ses honneurs et son autorité. Si les femmes ne se sentent pas contenues au for extérieur, comme dans le foyer domestique, il y a trahison dans les pouvoirs de l'État : ce serait le cas de dire, que Tin^urrectipu des citovens est Vin revoir.

L'homme dans la famille, magistrat; la femme, prêtresse et idole.

Contradiction apparente : obéir pour régner.

La femme qui commande humilie son mari, et tôt ou tard elle le coiffe. La femme qui, dans le mariage, cherche le plaisir, ne vaut pas mieux : C'est une petite catin, paresseuse, gourmande, bavarde, dépensière, à qui son mari ne suffit pas longtemps.

Donc, courtisane xm ménagère; j'ai eu raison de le dire, et n'en démords pas. Plutôt la réclusion que l'émancipation ; — Lucrèce, Gornélie, Virginie diraient : Plutôt la mort !

Cas où le mari peut tuer sa femme, selon la rigueur de la justice paternelle : 1® adultère; 2^ impudicité; 3^ trahison; 4^ ivrognerie et débauche ; 5^ dilapidation et vol ; 6<^ inçoupussioi) obstinée, impérieuse^ méprisante^

204 DE LA PORNOCRATIE

L'homme, époux, a droit de justice sur sa femjne ; la femme n'a pas droit de justice sur le mari. Cette réciprocité est incompatible avec la subordination matrimoniale ; elle implique contradiction. La femme maltraitée, outragée, a son recours dans le conseil de famille, et par l'entremise de celui-ci, dans la justice publique.

Tout ménage composé d'un mari et de sa femme, avec ou sans enfants, ou de l'un des conjoints veuf et des enfants, ou des enfants seulement, orphelins de père et de mère, se compose naturellement des père et mère, oncles et tantes, frères et beaux-frères, cousins et cousines, beaux-pères et belles-mères, enfants et petits-enfanls majeurs, réunis au nombre de quatre personnes au moins : à défaut de parenté, des personnes légalement désignées : le maire ou adjoint, le juge de paix, le patron^ chef d'atelier ou chef de bureau, V associé, collègue ou confrère; le capitaine de la compagnie, si le maire fait partie de la garde nationale ou de l'armée; le médecin de la famille, les amis et connaissances.

Le conseil de famille existe de plein droit pour tout le monde. Il est convoqué de plein droit, à la requête de la partie plaignante, par

celui des membres qui en est président naturel, selon l'ordre de parenté, ou de dignité civique.

C'est une honte pour notre société , une marque de déchéance, que la femme puisse demander le divorce pour incompatibilUé à! humeur ou violences du mari. Tant qu'il n'y a pas haine de celui-ci, immoralité, incapacité, de vices graves et sans motifs, la femme qui se plaint doit être présumée coupable et renvoyée à son ménage. Au conseil de famille seul appartient de formuler, pour elle, la demande de séparation.

Le mari a la faculté de répudiation ab libitum, — L'obligation, à celui qui a l'autorité, de vivre malgré lui avec une épouse, implique contradiction. Seulement, le conseil de famille, et les tribunaux après lui, s'il y a lieu, jugeront des restitutions et indemnités.

bi l'homme a reçu la supériorité d'intelligence et de caractère sur la femme, c'est pour en user. Intelligence et caractère obligent. S'il a reçu la supériorité de force, c'est aussi pour en exercer les droits. Force a droit, force oblige.

La génération actuelle n'est pas à la hau-

ÎOe DE LA PORNOCRATIE

leur du mariage ; la société est menacée d'une rechute en concubinat. Dans cette prévision, il importe que l'homme, qui, au lieu de femme, prendra maîtresse, sache se conduire.

Les relations libres n'ont d'autre objet que Tamour : partons de ce principe, n'y mêlons rien autre. Dès que vous y mettez de l'amitié, des affaires d'intérêt, l'éducation de vos enfants, amants, vous passez insensiblement au mariage. Ne marchandez pas alors : mariez-vous.

Donc, pas de domicile commun entre amant et amante, pas de ménage commun ; et le moins de nuits communes que possible. -^ L'assiduité, la cohabitioti, affadit l'amour ; la dignité conjugale comporte seule la vie commune. « Chacun chez soi, à ses affaires •. l'amour, la volupté y gagneront, les mœurs également. Que si vous êtes entraîné à vous réunir, ne marchandez pas, mariez-vous ! Vous êtes époux, moins l'engagement officiel : il est inutile de faire oppositionii la coutume, et d'offenser par une espèce de gageure l'institution. Tous deux vous vous en trouveriez mal; le fait cessant d'être rare, le paradoxe devenu général n'étant plus paradoxe, votre concubinat ne serait qu'un mariage, privé de ses garanties légales, ce qui est absurde.

DANS LES TEMPS MODîiUNES. Î07

Un amant ne doit jamais présenter sa maîtresse à ses amis, les conduire chez elle, la produire en société. — Les honneurs et prérogatives de l'épouse ne sont point faits pour elle, et c'est la nature des choses qui s'y oppose.

Il n*y a que deux espèces d*amours qui s*afflchent : l'amour conjugal et l'amour prostitué. Ce sont les deux extrêmes, l'antithèse. — L'amour concubinaire se voile, le secret est sa loi et sa règle.

La concubine qui s'affiche, n'étant pas épouse^ est une prostituée. — L'honneur matrimonial ne la couvrant pas, elle est effrontée, elle est courtisane, impudigtce.

On doit des égards à la maîtresse, à Tamant, qui s'effacent et se dissimulent ; on ne doit que du mépris, et, au besoin, des affronts à celle qui se montre.

Un galant doit à sa maîtresse affection, protection, secours; mais rien de plus. Comme il n'assume pas la responsabilité de sa conduit^, il n'a pas autorité sur elle; il n*a poînl à en attendre soumission, sacrifice; réciproquement il ne lui doit aucun sacrifice ; il a tort s'il compromet en rien pour elle, ses projets, son avenir^ sou ambition, *a fortune, son existence.

208 DE LA PORNOCRATIE

La servitude concubinaire est plus rude que la servitude conjugale, car les servitudes de la première proviennent de la chair, ce sont servitudes d'amour et de volupté ; tandis que le mariage a pour but, en donnant l'amour, de TafiFranchir de ses servitudes charnelles et voluptueuses, et de ne lui imposer que des servitudes de raison, d'honneur et de droit.

L'amour libre est un tyran ; c'est ce tyran que tous les poètes ont chanté, souvenez-vous-en! Homme, tu ne donneras la liberté à la femme qu'aux dépens de la tienne; femme, tu n'accorderas de licence à ton amant qu'aux dépens de ton honneur et de ta félicité.

Ne confie point tes secrets ni tes affaires à ta maîtresse : elle abusera de ta confidence.

Ne lui demande pas de services ; elle s'en prévaudra pour te tyranniner.

Ne donne jamais à une femme libre, ta maîtresse, aucune prise sur toi; pas d'engagements, pas de promesses, pas de gages. — Tiens-là à distance, garde le large ; agis avec elle, en tout temps, comme si vous deviez être brouillés le lendemain.

Un homme qui se respecte peut poignarder son, épouse infidèle. Je n'oserais décider qu'ij

lui soit permis de donner une chiquenaude à sa maîtresse infidèle. Elle est libre; tu l'as voulue libre ; la liberté est le caractère du concubinat. Sous ce rapport, la maîtresse libre partage le sort de la courtisane, qui est la femme libre par excellence : elle n*a pas droit au coup de poignard.

La jalousie est la compagne de Tamour libre : elle est inconnue entre époux. Ici l'infidélité offense, attriste, endolorit, mais c'est tout. Là, elle crée la cuisson de jalousie, les colères de la rivalité; elle ronge, elle rend furieux, elle pousse à l'assassinat. Dans le concubinat, c'est Tamour-propre, la vanité, l'orgueil, qui sont atteints par l'infidélité. Dans le mariage, c'est le droit. C'est pourquoi l'infidélité de la maîtresse est presque une réserve sous-entendue par le contrat de libre amour, infidélité que l'amant n'a pas le droit de venger; — tandis que le meurtre de l'épouse infidèle est un acte de justice maritale..

L'amour conjugal est exclusif, unique, sacré ; c'est pourquoi sa violation est im crime, punissable de mort. — L'amour libre n'est nullement incompatible avec la multiplicité, ainsi que l'a vu Fourier , et que l'ont compris les

ta

t|« DE LA PORNOCRATIE

Orientaux polygames : c'est pourquoi la prcH miNiae d« fidélité entre amant et maîtresse est nulle de soi; c'est le billet de La Châtre. Et e-est pour cela que la seule vengeance permise an eoneubinaire trompé est la séparation et le éédaia.

Le dévouement est supérieur à Tamour ; la loi eenjugale est plutôt juridique qu*érotique.

De môme que la civilisation doit nous guérir de l'esclavage, du prolétariat, de la polygamie, de la prostitution, elle doit nous guérir encore de la copfusion des sexes, en donnant ^ l'homme upe éducation de plus en plus mâle, et à la femme une éducation plus féminine.

jLf ooncuhinat ne saurait être reconnu^ en d^ocratia, comme une forme légale d'uniw

entre ITiomme et la femme. Il appartient essentiellement aux mœurs aristocratiques.

Toutefois, les relations intimes, non accompagnées de tromperie^ continuées de bonne foi, créent en faveur de la femme et de ses enfants certains droits, et donnent lieu à une action contre le mâle. Secours» reconnaissance» etc.

Amour : il est éteint; plus de chaleur : des mWf du sang.

De r amour en mariage. — Tout le monde le souhaite, dit que c*e8t chose désirable, et pas un moraliste, pas un poète n*a encore avisé que Tamour est chose assurée, mais seulement entre gens honnêtes et raisonnables.

On en ftiit juge les petites filles et les garçons de vingt ans !

Comme à la comédie. Là, c*est le caprice (le mot se dit : Cet homme fait mon caprice), c'est Tinstinct, la folie qui régnent I

9it DE LA PORNOGRATIE

Or» les priQcipes des unions heureuses sont les suivants :

lo Qu'une bonne éducation et une raison suffisantes font disparaittre dans les sujets les mauvaises habitudes, les tics désagréables» les exorbitances du tempérament, les écarts des passions» etc.» et créent un état moyen qui, nécessairement» est susceptible de s'accomoder à tout. — Ainsi Ton diminue les incompatibilités d'humeur» les antipathies de caractères» etc.» qui tous dénotent chez les sujets des natures mal dégauchies.

2^ Que l'homme raisonnable et libre» averti par l'expérience universelle» doit vaincre en lui la lasciveté et l'incontinence» surveiller son cœur» se méfier de son imagination» se tenir en garde contre les inclinations iustitutives» dont on fait des révélations du ciel» des pressentiments mystérieux» et qui ne sont le plus souvent que bestialité ; — tenir pour certain qu*entre honnête homme et honnête fenmie l'amour est assuré et du meilleur aloi. — Les époux se choisiront sans se regarder» pour ainsi dire» que des yeux de l'esprit» l'homme se disant que sa femme sera digne de lui, et précieuse si elle réunit les qualités suivantes :

DANS LES TEMPS MODERNES. 2lS

Saine, raisonnable, laborieuse, chaste, propre, intelligente dans les travaux du ménage, aimant la retraite et le silence.

La femme se disant, de son côté, qu*un homme sera digne de tout son amour, s'il est :

Sain et vigoureux, raisonnable, travailleur, rangé, exempt de vices excessifs, tels que luxure, ivrognerie, colère, — studieux, sévère, maître de ses opinions et de ses habitudes; — point flâneur.. ••

De tels époux s'aimeront fort sans 8*ètre jamais vus, ils seront dévoués Tun à Tautre, et leur amour paraîtra calme et frais comme une soirée de juin.

La femme propre et ménagère n*est pas celle qui touche Tôrdure du bout des doigts; qui, pour faire son ménage, a un petit costume coquet, ou qui, traînant ses sandales sous prétexte de nettoyage, reste couverte de loques et de haillons immondes. C'est celle qui, serrée dans ses vêtements, court-vêtue, succineta^ habillée de robe simple, grossière même, mais propre, diaussée solidement, le tablier devant elle, la

m DB LA PORNOORATIl

tête couverte d'un boûûet serré) ne oraiiit pas de plonger tes maine et ses bras dans les ordureSi remue le fumier, se sert du balai et ftdt sa cui« sine biU'diment.

ft e

Il ftiut absolument qu*nn mari impose le peot à sa femme, et pour cela tous les moyens lui sont donnés : il a la force, la prévoyanosi le travail, Findustrie. En aucune de ces choses» la femme ne saurait l'égaler. H faut, de plus» qu*U ait et qa*il fasse preuve de courage» de volonté» de justice, de charité ; qu'il soit bon» dévoué à ses amis et à la chose publique. Sur ces deux derniers points, la femme est si loin, par nature, d'égaler l'homme, qu'elle fera plutôt un crime à son mari de sa vertu qu'elle ne l'en louera. La vertu de la femme a pour mesure son intérieur» elle n'a pas d^expansion au dehors* Ce qu'un homme fera pour ses amis et pour la république elle le réclamera pour elh^^-méme et pour ses enfants; beau prétexte d'égoTsme» auquel un homme «ne doit Jamais prendre la peine de répondre. On lui dirait fort bien qu'il n'a pas le droit de sacrifler aux autres» i des étrangers» ni

DANS LES TEMPS MODERNES. ttl

ses entants, ni sa femme, ni son bien*4tre, Hl lui-même. C'est ici qu'il faut bien comprendre ce que dit Jésus-Christ î Que Itt main gauche ne doit pas savoir le bien que fait la main droite. La main gauche, c'est la femme 1 Un vérilable homme ne lui demandera pas permission de faife le bien qu'il se propose ; maid il ne lui en fera pas non plus confidence. Là langue de la femme est calomniatrice de la vertu virile, dèe ^e celle-ci franchit la porte de la maison.

Mieux vaut une femme estropiée à la maison qu'une coquette ingambe à la promenade.

Je n*estime de volupté que celle qui iê nrisonne et me laissé libre ; qui, pour être ee&tit, exige simplement du cœur, de la fipftUchieey 4e la conscience et de l'éducation du goût.

Hors de là, il y a excès, corruption, débauche.

Intelligence, goût, probité, liberté ; telles sont les quatre conditions essentielles du bonbeuT^

110 DB LA PORNOCRATIB

telle est la possession d'une fenune honnête» modeste et laborieuse.

Pour être heureux avec une femme» il faut :

1* la respecter; 2^ Taimer» non de passion, mais de tendresse ; 3^ lui être supérieur» autant que possible, par la fortune, le génie, Tindustrie, le courage, la force, le dévouement ; en un mot, il faut qu'elle reconnaisse que vous pouvez plus qu'elle, et qu'à tous les points de vue elle est votre redevable,

La passion amoureuse n'est ici de rien.

Douceur et sacrifice sont tout.

Un romancier, je ne sais lequel, a publié un roman intitulé : la Femme de Trente ans; un autre : la Femme de QuarafUe ans. II eût pu faire une œuvre utile s'il n'avait pris justement au sérieux les passions et travers d'esprit qui saisissent la femme, lorsqu'elle approche de la quarantaine.

Dans les mariages ordinaires, moyens, les choses vont également bien pendant les dix ou douze premières années, quelquefois quinze ou vingts

Puis, tout à coup» quand les enfants sont venus, qu'ils grandissent, la femme est prise d'une mélancolie particulière à son sexe et qui est la plus grande crise de son existence morale. Elle réfléchit sur sa vie, sur la condition faite à la femme dans la famille et dans la société, et elle se dit qu'elle est une créature sacrifiée, dont la destinée est subalterne, et qui n'a ni valeur ni existence par elle-même, ni pour elle-même.

Son orgueil se révolte, elle tourne à l'aigre et tombe dans la misanthropie, l'hypocondrie ; elle a des délaissements, des ennuis de cœur sans motifs, des larmes sans peine. Elle affecte l'égalité, elle plaisante sur son maître. Si son mari sort, elle prend la même licence, etc. ; il faut réprimer cela ; ne souffrir aucune insurgence.

Quelle est sa signification sur la terre f Je suppose que son sort ait été le plus heureux, à faire envie à toutes ; que la nature et l'éducation l'aient douée et comblée ; que, née sans fortune» elle ait Ué distinguée, aimée par un homme de bien, loyal, généreux, selon son cœur à elle^ et qui l'aura épousée. Je '^uppose qu'elle ait joui de toutes les fêtes de Famour, de toutes les voluptés de la fortune, de toutes les distinctions sociales, de tous les respects domestiques , de toutes les

Page 1