CÉSARI^MË «T C|i(l|^TIAiNI&M
Gomme il avait une grande foi et dévotion h Apollonius <jte Tyane, il lui bâtit un temple (120, 873), La guerre fut pour lui mêlée de succès et de revers, :Si7. Macrin, chargé de l'administration civile, estdé^ nonce à Garacalla comme devant être alors sou successeur à Tempire, d'après la prédiction d'un sorcier. Le péril coQ-r duit Macrin au crime : Garacalla est assi^ssiné entre Ëdessa et Garrhes, en Mésopotamie, au moment où il allait en pè-r lerinage, dans un temple fameux de la Lune. Supposons qu6 pareil malheur arrivât à Qenri III, dans une de ses processions^ il eût été considéré comme martyr du devoir religieux et canonisé I Le sénat n'y unanqua pas : ^ la dem^nd^ d^ troupes, si bien payées par lui, Car^c^lla eçt Rii^ i|u r^g des dieux.
Macrin, Numide de race obscure, et pas encore sénateur, est fait Auguste au refus du préfet du prétûirq Advantus, p^r les prétoriens que séduisent ses gnitiSpatiops. Eu môme temps, il fait Gésar son fils, âgé de douze ans, ^t lui doqne le noni d'Antonin. Mais bientôt forcé pi^r Ifi pépufie de rt^ssources, il laisse entrevoir le desseip de rétablir Tantique discipline parmi les soldat^ et de réduire la solde. Inde ir^. Le bruit court que Macrin, plein de mauvaises intaqtiops i, l'endroit du soldat, e^t T^issassin de Ç^racalla : il Q*i|ttend que l'occasion de se venger.
Mort volontaire de Julia Domna, veuve de Sévère* — Tertullien écrit ses traités de la Vonogamie, de la Pudeur et du Jeûne, Dans le premier, il désapprouve lea peeondes noces, autorisées par Tfipôtre Paul, et il est considéré de ce chef comme hérétique. On peut, selon nous, les accorder, en faisant voir qu'autre phose est le principe, et autre chose la pratique. Selon la loi de l'iimoup et du mar riage, Thomme ne peut aimer véritablement qu'une fois; par conséquent, il ne devrait aussi se marier qu'une foiq. Mais il est difficile d'épouser ce que l'on aime, et c'est ce qui fait une nécessité de Ifi tolérance. Tertullien avait plus que Paul le sentiment du vfai mariage; Paul était plus dans la réalité.
D^ns le traité de la Pudeur, Tertullien, entraîné par la logique de son principe, se njoque de Tévêque de Rome qui admettait les fornicateurg et adultères à rabsolutiûQ ecclésiastique. Il prétend qu'à Pieu seul appartient d'absoudre de ces péchés, oomnae de celui d'idolâtrie et d'hérésie, qu'il mettait @ur la même ligne, ta encore, il y a une vérité secrète : c'est que l'homme tombé dans l'habitude de la fornication et de l'adultère se rend incapable du vrai amour et reste esclaye de la seule yolupié ; donc il n'y a que Dieu» c'est-à-dire uqe crise de l'âme ou de la nature, qui le puisse délivrer.
Le livre du Jeûne ne contient que des précepte^ partieu- 11ers surajoutés à ceux de l'Ëglise, qu'il ne jugeait point assez sévères, C'est le pythagorisrae restauré, e'estwà-dire l'art, plus ou moins vrai, de se rendra maître de ses ^ens par l'abstinence et la macération, — Mauvaise pratique ; on ne maîtrisai paP la nature par la violence, pa» plua que Tamoûr,
[Dans ce livre, comme dans le^ autres, il attaque la morale des orthodoxes et leur renvoie toutes les accusations dQnt ils accablaient les gnostiques. Il dit que la promiscuité des agapes, qui (se pratique dans l'Ëglise romaine, est due k la bonne chère ; Adolescentes tui çum sororibu>^ dorv^iuntt oppendice^ mlicef gulfB lasciviq, et luxuric^^
iVinsi, le Christianisme ne marchait point d*un pas assuré dans sa morale, pas plus que dans sa théologie çt se^ç ré'formes. La superstition gagne de jour en jour : yers Cette époque* cette même secte de Montan, à laquelle appartient Tertullien, annonce officiellement la fin du monde pour l'an 300. Que de déceptions depuis /ésus i Mais encore un peu, et l'Église, dite orthodoxe, mettra fin à la mystification en la déclarant hérétique.
Élien, de Préneste, littérateur grec.
4^18. Macrin, défait par Artaban, roi des Parthes, e^t ^ forcé d'acheter la paix. A un chef de prétoriens, suspect de réformisme et accusé d'usurpation, il n'est pas permis d'être vaincu. L'insuccès ouvre la porte aux intrigues : les soldats,
80 GÉSÂRISUE ET CHRISTIANISME.
séduits par Mœsa, sœur de Timpératriee Julie, qui promet de leg rétablir dans leurs solde et privilèges, proclament empereur le jeune Bassien, surnommé Élagabale (créé de Dieu), âgé de dixrsept ans, cru bâtard de Garacalla, et qui exerçait alors les fonctions de prêtre du Soleil k Émèse, en Syrie. Sa mère Soœmias, qui Tavait eu de son commeree impudique, soit prudence, soit superstition, l'avait fait entrer en religion : c'est ainsi qu'au moyen âge et jusqu'à la Révolution française, on faisait abbés ou évêques les cadets de famille princière ou noble. Macrin est abandonné par une partie de ses soldats, qu'entraînent les noms d'Antonin, de Sévère, de Garacalla. Peu de temps après, 6 juin, Macrin est défait en bataille rangée et massacré avec ses enfants par le parti d'Élagabale, qui n'est autre, au fond, que celui de Garacalla, c'est-k-dire du prétoriànisme même.
Ainsi, Tempire, après être sorti avec Néron de la famille de César, puis après avoir été conféré hors de Rome par la proclamation de Yespasien, se donne k des hommes de race étrangère : Élagabale est Syrien; Maximin, Goth; Philippe, Arabe ; Macrin, qui vient de périr, était Numide : la succession k Tempire est une prostitution. G'est un effet de la loi do Garacalla, qui, en donnant le titre de citoyen k tous les sujets de Tempire, leur a donné droit k Tempire même.
219. Divers gouvernements de provinces refusent de reconnaître rélection d'Ëlagabale : les noms d'Antonin et de Sévère triomphent de toutes les résistances; les révoltés sont mis k mort.
Élagabale part d'Asie pour venir k Rome se présenter au peuple. Son voyage est une procession religieuse qui dure quatre mois. Enfin, il fait son entrée dans la ville éternelle, vêtu d'une robe traînante, toute de soie, le visage fardé, les sourcils peints, le front ceint d'une tiare orientale, dans une attitude extatique, et conduisant le char où repose son idole favorite, le dieu Élagabal, une pierre noire (probablement un aérolithe) taillée en cône (Phallus) et enchâssée de pierreries. De jeunes Syriennes célèbrent autour du char des danses lascives; les parfums les plus rares, les vins les plus exquis,
AM 2S0 APRÈè JÉSUS-CHRIST. 81
tout est prodigué pour ce jour de triomphe. — Les vieux Romains s'indignent; le préfet du prétoire, Julien, entreprend de chasser Tinfâme. Mais Theure n*est pas venue; Julien est tué par les soldats.
L'empereur entreprend ensuite de subordonner tous les cultes à celui du dieu d'Émèse : d'abord il se marie avec la Lune, la déesse de Carthage, Astarté : et tous les citoyens sont forcés de contribuer à la dot.
Élagabale persécute les philosophes : cela devait être; et donne le spectacle de la plus prodigieuse impudicité. Sa luxure, qui étonne les Romains, même après celle de Commode et de Néron, était un effet des superstitions de FOrient. La religion seule pouvait inspirer de tels raffinements; il y a quelque chose de sacerdotal dans les infamies de toute espèce qu'il mit dévotement en pratique, et dont le palais impérial devint le théâtre. C'est presque de la gnose, une gnose aphrodisiaque. Le réformateur Mahomet, venu quatre cents ans plus tard, et qui se vanuit lui-même d'avoir une puissance d'action erotique égale k celle de trente honimes ordinaires, reproduit quelque chose de cette 1 asciveté religieuse d'Élagabale.
230. Élagabale crée pour gouverner l'empire un sénat de femmes publiques. 11 viole une vestale, tient académie de prostitution pour les deux sexes; assigne un donativum a ses compagnes d'armes, s'habille en femme, prend le nom de Fimpératrice et confère les hautes dignités de l'État k ses nombreux maris, recrutés du cirque, de l'armée, de la marine et de tous les lupanars pour leurs facultés priapiques. Commode, poursuivant les bêtes du cirque, jouait l'Hercule; Élagabale joue la Vénus, tantôt l'Anadyomène, tantôt la Callipyge, et comme homme, et comme femme, épuise toutes les inventions de la luxure. Sous lui, c'était un moyen de fortune que la possession d'un grand et gros nez. Jamais il ne toucha deux fois la même femme.
Ces folies, d'après ce que l'on sait des mystères de la déesse syrienne, ne permettent pas de douter qu'Élagabaie, né d'une mère impudique, initié de bonne heure au
32 CÉfiAHISNE ET GBRISTIAHISME.
cuUo de Vénus, n'ait agi par esprit de superstition autant que par Texaltation de la débauche. Le délire yénérien était arrivé au paroxysme ; païens, chrétiens, Grecs et barbares ne rêvaient que de voluptés. Les livres ascétiques de TertulUen* la castration d*Orîgène, le rigorisn^e de Montan, les rêveries de certains gnostiques» les débauche^ des agapes peuvent seuls expliquer ce caractère étrange d'Êlagabale, ipcnnapréhensible pour nous, et qui 1^ sera de plus en plus pour la postérité, On chercbe l'idéal de la jouissance» et de désespoir pn se jette dans la macération : Tun eomme Tautre prouvent également Taberration du cœur et de Teaprit.
Héliogabale, comme certains socialistes du ^vn* i^iècle» affirmait la pantpgamie et la confusion çies sexes^ i^iqe volupté omnisexueile et pmnimpde, pt oninianimale. Sa n)è|«e Soœmia£i régnait avec lui, Gpnduîsaqt les chœurs aipQur^vix de la pour, présidant toutes }e^ fêtes, assistant aui^ séances des sénateurs, près dep consuls, et signant avpc eux Ips décrets.
Ainsi Tempire doit exprimer, en la personne dea ORiper reurs, toutes les pensées, toutes les croyancps du mon^e* ^n attendant que Vépispopat chrétien) nipnte à son tour 9Br le trône, ou du moins dirige les conseils des Césaj?} PPtis avons l'exhibition du patriciat, ei) Pompée, dP la plèbe, pn César, de la philosophie, en Ifarc-Aurple, du prétpriep, en Septime-Sévère, Maximin et Caraoalla ; du macbiftvplisq^e» en Auguste et Tibère, de rhéroïsfpp, en Ti*fÛ^n> delà théospphie, en Alexandre Sévère, Adrien, de la superstition aphrodisiaque, eq Ëlagabale. Savpir les eippereurs, c'est savoir rantiquitè, dans son passage de Tétat passionnel à Tétat spirituel ; c'est connaître l'antithèse et la cause par conséquent du Christianisme.
— Visimar, roi des Sarmates, est battu par les Goths.
— - Le rabbin Samuel, fondateur d'une académie juive à Nahardéa, sur l'Euphrate.
d«$i. Ëlagabale, par les conseils de sa mère Soœmias, adopte son cousin Alexandre. Ce qui est curieui, c'est que,
d*après les expressions de Gibbon, il fut conduit k cet acte, afin que, se décbarges^pt sur le jeune César des affaires politiques, il put s'occuper sans contrainte des cbosea de la religion. (Consulter à ce sujet, Dion, Hérodien et VJElistoire augmiine.)
^ julea Africain, écrivain chrétien, eavant historien 8t philologue. 11 était en correspondance aveQ Origène, 9ur )«9 écritures. Il avait composé une chronique universelle, commençant à la création, et allant jusqu'au consulat de GratU9 et SéleuPUs, 221 de J.-C. A cette époque, Africain oQOiptait donc, pour la durée totale du monde, 5723 ans, ce qui donne» pour 1854, 7356 ans, 1498 de plus que }a chronologie d'Usaé** rius (181), Conformément aux idées millénaires, il fixait la fin du monde, attendue par les chrétiens, à 279 anp &u plu9 tard, vers Fan 502.)
292. {léliogabale, jaloux de la popularité du jeune Alexandre, tente de le faire périr : il tombe lui-même sous les coups des prétoriens (10 mars] à Fâge de 22 an9, après 3 ans 9 mois 4 jours de règne. Son nom eat voué parle sénat ^ une infamie éternelle.
Héliogabale est une des apparitiona les plus curieuses de la transition pagano-chrétienne. Il n'est, au fond, ni plus ni moins perverti que tant d'autres ; ce qu'il en faiti en ne saurait assez le redire, est autant Tefiet de rhaUuQip^^ lion religieuae que de l'enivrement des sens.
Ce n'est ni un bambocheur comme Néron, ni un mélan** colique comme Tibère, ni un frénétique con^me Caracalla, Commode ou le fils de Germanicus. C'est tout simplement le fils d'une prétresse de Vénus, un initié de ee euUe hfibylQ-r nien et syriaque, contre lequel tonnaient jadis les prophètes. Pour comprendre Héliogabale, il faut lire, non pas Juvénal ou Pétrone, il faut lire Ëzéchiel, et même Anacréon, dans, sa lamentation sur Adonis : Ais^cotom^ ABcuviv^ 6Kaia{og9iy spioxec, — L'impureté d'Héliogabale ne se signale pas, comme celle de Commode, par la cruauté et Teffusion du sang; il ne persécute point les chrétiens, parmi lesquels il eût pu se distinguer par une chasteté angèlique, si le hasard l'avait
84 GÉSÂRISME Et GÀRISTIAMISME.
fait naître d'une ehrélienne. IL est tout amour, mais une abei:ration monstrueuse de Famour. Hélîogabale est un psychique, — c'est ce que va démontrer le caractère de son successeur.
Alexandre Sévère est proclamé empereur k 17 ans, et règne sous la tutelle de sa mère Mamée et du préfet du prétoire, le célèbre jurisconsulte Ulpien.
Or, qu'est-ce que Mamée ?la sœur de Soœmîas, une Syrienne initiée au culte de Vénus, dans l'exercice duquel elle devint mère du jeuue Alexandre, dont le père est aussi inconnu que celui d'Héliogabale. Qu'est-ce que cet Alexandre lui-même ? un bon jeune homme, une demoiselle très pudique, très doux, très modeste, très obéissant a sa mère et k son ministre Ulpien.
Orné de toutes les vertus dont Héliogabale avait si étrangement exagéré les vices, et comme lui singulièrement religieux et dévot. Ces deux jeunes gens sont vraiment frères, ou pour mieux dire vraiment sœurs ; il n'y a de différence enti:e eux que celle de leur système, de leur éducation peutêtre. Héliogabale fut une fille de joie ; Alexandre Sévère sera une personne rangée. Chez l'un et l'autre, la pudeur et la lubricité procèdent du même tempérament efféminé, du même esprit mystique. Du reste, comme Héliogabale, Alexandre Sévère manque tout à fait au principe de son élection, le prétorianisme, d'abord en faisant ou laissant nommer Auguste sa mère Mamée, comme l'avait été Soœmias ; puis par sa religiosité cosmopolite, son zèle envers tous les dieux, sa protection de tous les cultes, ses inclinations philanthropiques et anticésariennes.
Il se livre tout entier au parti des hommes d'État, représenté alors par Ulpien, Paul, Sabin, Africain, Modestin, Callistrate, Hermogènq, Marcien, peu aimé du soldat; mais il trompe leur politique par la tolérance qu'il accorde au Christianisme, accusé, non sans raison, de troubler et de pervertir la société romaine et de refroidir le courage du soldat.
L'influence de ces hommes graves fit donc maintenir les
édît3 contre les novateurs; mais la faveur d*Alexandre, poussé à l'illuminisme, en paralysa Feifet.
d2d-2d3. Le Perse Artaxerce, fils de Sassan, attaque Artaban» roi. des Parthes. (Cf. Dubeux.)
d33-S35. Règne pieux et honnête d* Alexandre Sévère. Bon jeune homme, studieux, aux inclinations douces et dévotes, mais dont la religion est aussi tempérante et chaste que celle d'Héliogabale avait été fougueuse et obscène. Tous les matins, dit Lampridius, il passait dans son oratoire, faisait sa prière devant les images des héros, des bons princes et des âmes saintes, parmi lesquelles Orphée, Apollonius de Ty^ne, Abraham et Jésus. Il protégea les mathématiciens, les philosophes et les gens d'esprit, ce qui be prouve pas précisément qu'il fût rien de tout cela. Les prétoriens, par allusion k son origine et h ses dévotions toutes syriennes, l'appelaient d'abord par dérision, Archi-Synago gus : plus tard, quand il is'avisa de vouloir les soumettre à la réforme, ils lui donnèrent non moins ironiquement le sobriquet de Sévère : ce fut son arrêt de mort. Ayant épousé, avec la permission de sa mère Mamée, la fille d'un patricien qu*il adorait, sa tendresse conjugale remplit de jalousie le cœur de la vieille auguste, qui vint k bout, par ses intrigues, de perdre la jeune impératrice, sans que le benoît empereur eût la force de protéger sa femme. Il se contenta de la pleurer I...
[Alexandre réduit au 30*" les tributs que payaient les provinces, comme dette de la défaite, et réalisa l'égalité devant l'impôt, conséquence de l'égalité civique accordée par Caracalla (213).
Ce nivellement, qui annulait la différence des vainqueurs et des vaincus et le bénéfice de la victoire, ne dura pas longtemps, et fut une des causes de la perte d'Alexandre. Cet empereur n'était plus romain, il était philantrophe, cosmopolite, universaliste, chrétien.]
Sous lui les chrétiens protégés élevèrent, dit-on, leur premier temple, mais on ne saurait dire si ce fut à l'Être suprême, a Jéhovah ou k Jésus-Christ, dont la divinité n'était
8^ GËSAniSMfl T^'^ CQHI^TUNIfiME.
p^fs encore reconnue. — Origène, appelé h la cour par Marnée, qui paraît avoir prji JuHa Domna (199) pour modèle, jouit de la plus grApcl^ faveur. Saus doute il visita la chapelle de Tempereur; il y vit,^ côté de Jésus, Timage d^ Apollonius dont il n^ i^m\ pf^s ]09 prodiges, se contentant de les attribuer au 4épaQn!„..
[ d Alexf^ndr^ lui-même, selon les chrétiens, aurait été dans rint^nUçin 4e ))frtir un temple k Jésus. » ^ Gela ne prouve qu'une chpse, les préoccupations d'esprit d'Alexandre. ]
^ Suivant TiUemont, c'est sous Alexandre que les chrétiens b^tijssent leurs premières églises. (Cf. 213, »upra,)
I$93^«$3tl»* l>& paix recommence pour les chrétiens, et dure jusqu'au règue de Pèoe, trente-huit ans.
C'est dans cet intervalle qu'ils osent bâtir des églises: jusqu'alors, ils avaient tenu leurs réunions dans de^ maisons particulières, --f ûr, ce fut un fait très grave et décisif, sous plus d'un rapport, que cette construction de temples chré* tiens.
l^f^ secte prenait ainsi une existence publique et quasi officielle ) Le Qieu Christ avait domicile ;
Le pouvoir épiscopal échappait définitivement k Tétreinte démocratique et laïque, invincible, inévitable, tant que les clercs vivraient pèle-môle avec les lalc^, dans la même cuisine!...
îtfZ^f Un évéque chrétien, du nom d^Hippolyte, qui fut f)epuis martyr et mourut, k ce qu'on croit, k Porto, essaie une correction du calendrier, ou plutôt un procédé de calcul pour déterminer la fête de Pâgues.
Il ge servait pour cela d'un cycle de seize ans. Il marque le 14*" delà lune de mars, la première année d^Alexandre, au 13 avrUi ce qui eonvient en effet à Tan SldSI. Il existe, sous 2e nom du même Hippolyte, un traité de VAniéchrist^ que l'on croit apocryphe. '
(Il a paru, en 1853, un livre sur saint Hippoly te; à voir.) — Tremblements de terre et ténèbres k Rome, pendant trais Jours.
J^:$4|-:9;ï$-:K8«fi Défaite 4'Art^bjin par Art^xwe, cqwiqençeinerit d^ la dy^^f^sMe sassiinide.
4rt|ixprcp rétobUt l4 religion des ipages ^t rêve d^ re«toqrer r^npjen empire de Gyrqs. G^tte réaction du oifigisme se fera septir plus tftr4 au mpn4Q chrétien, p^r Ift ppopngation des iflés de M^nès (873),
rr- Haquin. rpi 4eSuôrte, défait Sigus, r-oi d^ Panemark,
T- Diop Çstssius, i^uteurd'upe JSi^tQire rom(^ine.
927^ Les Collas établis gpr le Pon p^enaoent de déborder suri'ewpire,
;$9Sf Révolta des prétPriensi Qpptfe le parti des hommes 4'^tftt., tp préfpt 4h prétoiro, Ulpien, eit maasaefÀ par les soldats, ^pps les yeui^ fl'^leiL^ndre» qui ne trouve pour son ministre que des pleurs, comme il n'avait trouvé que des pleurs pour sa feipme. r-^Çipien et pea eoUèguea étaient conservateurs çt impérialiste^, fiaps nul doute i mais leur idéal se rapprochait plpp Ae c^lui 4es Aptonips que de oelui de Septinie^Sévère, Pour appliquer leura réforme», d'ailleurs, il pat fallu un hPO^u^e pour epqpçreur, PQP un enfant : de plus puissants qu'eui^ y éphouerppt. -^ Daps la même sédition qui cottta la vie ^ Vlpien, faillit ap^si périr Thistorien pion Gassîus.
Défaite des Allemands (ip Illyri^i pf^rMacrin,
^S9« Guerre entre Ârtaxerce et les Mèdes. (Cf« Dubeux.) GrftQds travaui^ d^Origèpe. Ambroise, son disciple et son admirateur» homme riche, çul^Yiept à toutes les dépenses, Qrigène çQpamepce H publier ses Çf^mmeniairf^ Pur i'Éoriture et finit par où depuis plus d'un siècle V^glise fiurait dC^ eommeneer. i'ej^égèse évoque k sqp tribunal la queiitiop chrétienne, non pour la juger, mais popr la qopsftçrer, I^'cpuvre entreprise piir Marpipu çt ûrigéne pe s'accomplira qu'au Xix* siècle.
SérçK^i^n^ historiep grec, §çrit une ff9>^oire des empe-r
;S3<I« Les Églises grecques ètaiept pleines de divisions : pp pe s'eptendait pas ni sur le Christ, ni sur Dieu, ni sur V%lise, ni pur rien, l^e Ghristiapiame qui avait paru ai simple aux apôtres, tout pleins delà parole révolutionnaire de Jésua^
88 ' GÉSARISME £T GHRISTIÂNISIME.
était devenu» grâce aux reculades de Tépiscopat et aux spéttulations delà gnose, une hypothèse inextricable. Origène fut appelé k Athènes, pour y enseigner le Ghristiamisme, le vrai Ghistianisme, et partit d'Alexandrie avec une lettre de recommandation de son évêque Démétrius. En passant par la Palestine, il est ordonné prêtre par les évoques de Césarée et de Jérusalem. Alors commence pour lui une vie de persécution et d'amertume. Démétrius confie le secret, confié k lui seul, de la mutilation volontaire d'Origène; on Favait admiré jusque-la, et ce fut en invoquant un texte judaïque qui défend, et pour cause, aux prêtres de Jéhovah d'être eunuques qu'on le proscrit. 11 dit que son ordination est irrégulière et l'accuse en même temps de nombreuses erreurs contre la foi.
La conduite de Démétrius, qui accuse Origène après l'avoir accrédité, révèle la jalousie épiscopale : il regardait Origène comme sien et trouvait mauvais que Tévêque d'un autre lieu se permît d'ordonner prêtre celui que lui-même avait refusé d'élever à cette dignité. Ce fut une indignité d'évêque, qui fut partout blâmée, mais qui importe k l'histoire.
Quelles étaient les idées d'Origène? c'est ici le lieu de les exposer.
(Article k faire, d'après V Encyclopédie nouvelle.) — Traité irepi O(p^][ov.
Origène pose en principe V inégalité des âmes humaines^ l'inégalité de toutes les choses. C'est de cette philosophie que sortira un jour la féodalité, le mystère de l'inégalité des conditions et des personnes. Certes, ce n'était pas k Tépiscopat (au m'' siècle), bien connu par ses tendances aristocratiques et oligarchiques, k faire tant de bruit de cette idée d'Origène, retenue des théories gnostiques : mais Démétrius 'voulait du scandale, et quelle prise n'ofirait pas kl'anathème un penseur tel qu'Origène, k une époque ou l'Église n'avait pas de profession de foi, où l'orthodoxie était nulle?....
Nous ne défendons pas Origène, au surplus: nous le condamnerions plutôt. Il est un des destructeurs du Christianisme.
Ainsi Paul, ouvrant la voie k Augustin, nie la liberté et fonde la prédestination.
Origène vient k son tour et nie Tégalité, détruit la justice ; car si les âmes sont inégales, elles n^ont pas de mesure commune ; il n'y a pas plus de justice entre elles qu'il n'y en a entre Thomme et le cheval.
Les évêques nient, sous une forme moins abstraite, cette même égalité, en usurpant la souveraineté de TÉglise, le droit de la démocratie, en transigeant avec le Gésarisme, en tolérant l'esclavage, en transportant k Tordre mystique et spirituel Tespoir messianique d'une réforme sociale.
La justice est supplantée par la grâce;
La raison exclut la foi;
La tolérance chassée par l'an athème ;
L'universalisme chrétien détruit par des coalitions de l'épiscopat.
Et depuis dix-huit siècles, Thistoire, complice de cette conspiration contre le Messie de Galilée, applaudit k l'œuvre d'oppression et d'hypocrisie de ces prétendues Églises, devenues des fermes k cheptel, dont l'évêque est l'exploiteur et le peuple des croyants le bétail.
An surplus, rien ne démontre mieux l'absence de philosophie, la nullité originaire de doctrine chez les chrétiens, que les efforts des esprits les plus honnêtes, les plus dévoués, les plus intelligents, pour constituteur une théologie k leur religion nouvelle.
A qui fera-t-on croire que les Tatien, les Valentin, les TertuUien, les Origène devinrent hérétiques de gaîté de cœur, malgré la tradition connue et évidente?
Les malheureux, il ne sont devenus hérétiques que parce que l'épiscopat n'avait véritablement rien kleur offrir, et que dans son infime décision, il était incapable de s'entendre I ....
— Philosophie de Potamon, alexandrin. — (Cf. Buret, Tennemann, J. Simon.)
Sextus Pomponius, disciple de Papinien, jurisconsulte.
d3i. Origène, persécuté, condamné par un concile qu'a réuni Démétrius, se retire k Gésarée en Palestine. Lk, il con-
90 G^âARI^MË ST €19HiSTIANISM£.
tiQue ses tri^vaux ppiir Fl^gliae ingrate; il poursuit ses eoxnmentaires de la Bible, et se fait àe nombreux et illustres disciples, entre autres Grégoire le faiseur de miracles f Ce n'est pas celui-là qui reçoinin^ndera le piieux la philosophie d'Origène.
Ainsi, nul ne sera prêtre que sauf le bon plaisir de son évêque, et nul prêtre n'aura le droit d'epseigner que ce qu'il plaira à Tévêque ; Tordination localisée et 1^ doctrine confisquée, répiscppat re^te maître de la foi et da la doctrine, copiipe du pouvoir I
d3i-«a47. Héraclès, di&ciple d'Origène, succède k Dén)6trius dans FÉglise d'Alexandrie. Il porte le nombre des évéques d'Egypte à vingt; dans un siècle, on les comptera par centaines (322).
S$33, Alexandre Sévère marc)ie contre le roi des Perses, Artaxerce le Sassanide. Entre temps, il s'occupe d'études philosophiques ^t d^ réformes, et compose un livre sous ce titre ; Règles pour bien vivre. Recueil de ses thèmes sans doute ; Brave garçon l Après une campagne mal dirigé^ et sans gloire, il ramène ses troupes mutinées à Antioche.
333. Alexandre n'est pas l'homme qu'il faut aux prétoriens. Le vent de la révolte soufBie de tous côtés : quatre empereurs sont nommés à la fois par les soldats impatients. Le jeune et faible empereur parle mx troupes, casse une légion ; mais cet acte d'autorité produit peu d'effet sur le soldat, qui conserve sa rancune et n'attend que l'oncasion,
Enlèvement d'un "coqvoi de sept cents éléphants et mille huit cents chariots it Artaxerce,
334. Les Germains passent le Rhin et le Danube, ravagent la Gaule et l'IUyrie. Alexandre quitte l'Orient et marche contre eux,
Composition du code hermogénien,
335. Alexandre bat les Germains, ou les paie pour qu'ils se retirent!... C'est alors qu'il est tué avec sa mère Marnée, à l'âge d'environ trente ans. Quoiqu'il fût grand, fort, adroit aux exercices du corps, on peut dire qu'il ne prit jamais la toge virile. Son règne fut aussi funeste à l'empire que celui
Ail) 235 APRÈS J$SUStC|I|1{ST. 91
d'HëUogaba]ç, sop eousin, par rbétérocUsme des idées, Tanomalie du système et Tétrangeté des sujets.
liB, vie 4' Alexandre Sévère, dans YBistoire aMgustine^ semble une imitation de la Cyropédie de Xénopbon.
Alexandre est remplacé par Haximin«
De mêine qu'entre Sévère et Héliogabale, il y avait un contraste de mœurs et de vie, de luôme entre ces deux princes et Maximip^ il y f^ contraste de tempérament — U semble que f èleçtiqn de pe César soil, une représaille des prétoriens, qui, depuis di^-sept ans, trompés par des noms, n'étaient plus conduits par des bommes, Enfin ils se donnaient un mâle; jam^i^ il n'y en eut de pareil à Maximin. Son élection fut électrique ; un jour qu'il passait une revue, il fut salué empereur par les soldats, qui rendirent bientôt l'élection irréyoc^ble en assassinant Alexandre et sa mère.
Mai(imin,né en Tbrace,de sang goth, surnommé le Cyclope et le Pbalaris de rempire« est l'idéal du Clésar, tel que le prétorieu dut le rêver i^près {{éUpgabale et Alexandre Sévère. Sa taille de buit pied^» ^^ force qui égalait e^lle d'un ebeval, son courage, S9i brutalité ^u f^^isaient un type d'empereur prétorien. De même qu'Antonin le Pleu^ marque l'apogée du Gésarisme, de même Maximin est l'apogée du prétorianisme. U associe a l'empire son fils Mai^ime et reprend la politique de Sévère ; avçq }ui çompaence la sii^ièmc pefségution contre les chrétiens,
I^es proscriptions recommencent : depuis longtemps» le soldat n'avait rien a dévorer, de la caste p^itricienne. Maximin est 1% çplère §Q)datesque, qui a'cKbale après dix-rsept ans d^ab^tlnence et d'ennuii Tous les consulaires, les gens lettrés, les gens de loi et d'administration sq voient en butte ii la haine, ^ux mé^anoes d'un prince que tourmente la oonscience de sa grossièreté et de sa baspe priginc« N'est-ce pas s^ussi la réaction militaire qui se fait jour contre ce monde de philosophes, de ps^rlcur^t d'avocats, de prêtres, qui semblaient s'abattre sur l'empire, depuis le patronage de Julia Domnf^i continué par Soopniii^s et Marnée ? Maximin dédaigne de visiter ^ome et l'Italie, mais il sait battre l'ennemi, et il
le refoule dans ses forêts. Les supplices qu'il infligeait étaient ceux d^un sauvage, faisant assommer les condamnés à coups de massue, comme des chiens, ou les livrant aux bêtes féroces revêtus de peaux sanglantes d'animaux. Dans ce mépris de Thumanité, ne reconnaît-on pas le dégoût de rimmonde société qui avait vu Héliogabale et des habitudes molles et casanières du règne d'Alexandre? Maximin pouvait terrasser k la lutte seize athlètes de suite; il broyait les pierres dans ses mains; il consommait en un jour vingt-cinq pintes de vin et quarante livres de viande. Mais on ne dit pas ,qu'il eût un sérail, ni qu'il prostituât son corps à la pédérastie des goujats de son armée : au contraire, sa femme Pauline, pleine de douceur, de sagesse et de bienfaisance, une vraie Pallas mariée k un Titan; preuve que cette nature barbare connaissait, plus que les Romains dégénérés, les vrais sentiments de la nature. Il devait sa fortune à Septime- Sévère, qui se connaissait en hommes, et avait vu en lui autre chose que sa masse, et à son fils Garacalla : celui-ci assassiné, il n'avait pas voulu, par reconnaissance, servir Macrin, et il se serait cru souillé de reconnaître pour son empereur un Héliogabale. Combien de Romains en firent autant!...
Après l'élévation de Sévère, il reparut à l'armée, passa par tous les grades militaires, avec Tapplaudissement des soldats, qui l'appelaient leur Ajax et leur Hercule, obtint le commandement de la i* légion, qui devînt sous lui la plus vaillante et la mieux disciplinée. De tels états de services valaient bien ceux d'Héliogabale et d'Alexandre Sévère luimême. Ce jeune prince n'était pas même éloigné de donner au paysaïi goth sa sœur en mariage ; qui donc ici aurait eu à se plaindre de la mésalliance?... (Cf. les historiens originaux pour le portrait k faire de Maximin.)
— Maximin renouvelle les édits de Sévère contre les chrétiens. En cela, il répond aux désirs de la société païenne et des hommes d'État et philosophes les plus éclairés. Dion Cassius, historien de cette époque, partageait entièrement les sentiments des jurisconsultes de Sévère et d'Alexandre
(198,222); il place dans la bouche de Mécène un discours à Auguste relatif à cette question. (Cf. cet auteur.)
— Alves, roi de Suède, contraint les Russes k lui payer tribut.
— Emile de Pontieu, pape : élection miraculeuse de Fabien.
d30. Les Goths descendent en Mésie et en Thrace.
Pendant la persécution de Maximin, Origène, spécialement désigné k la répression, cesse son enseignement et se cache à Gésarée de Gappadoce. Lk, il écrit son exhortation au martyre et commence sa grande compilation des textes originaux et des versions de la Bible, travail qui l'occupe vingt-huit ans ; condamné par TEglise, il ne cesse de servir TËglise. Mais que servent le dévouement, la charité, le martyre même k un excommunié. J'entendais un jour un prêtre dire, de cet air béat qui soulève la colère et le dégoût : « On désespère du salut de TertuUien; on craint pour Origène! » Qu'attendre d'une Église qui damne de tels hommes ? Vraiment, quand on voit les pauvres monuments qu'a laissés de son génie un Origène abêti par la chrétienté ; quand on voit cette chrétienté même, livrée k ses intrigues, k ses jalousies, a son machiavélisme, on se prend k regretter qu'un Maximin n'ait pas régné trente ans, pour purifier ce monde dépravé. (Gf. Fleury, t. II, 129.)
237. Autant les princes syriens, par leurs qualités et leurs vices contraires, choquaient le caraetère prétorien, autant Maximin par son individualité féroce, rendue plus effrayante encore par la renommée, faisait violence aux habitudes sociales. 11 épouvantait, et quoi qu'il fît, il lui était impossible de guérir les esprits de cette épouvante.
Un des plus grands actes de la tyrannie de Maximin, aux yeux de la multitude, fut d'avoir appliqué au service impérial les revenus particuliers des villes, destinés aux amusements du peuple. Gertes, les raisons ne manqueraient pas pour justifier cet acte : après tout, il fallait faire vivre le soldat, qui défendait les citoyens. Mais on voit ici la scission qui se creuse de plus en plus profonde entre l'armée et i
plèbe, enlre le soldat et le quiritê (pékin). C^est uû caractère essentiel de l'ère prétorienne et une conséquence inévitable du Césarisme. — Maximin ayant ftiit enlever des temples les statues d'or et d'argent des dieux pour les convertir en monnaie; le peuple, en quelques endroits, aima mieux se faire massacrer pour ses autels et ses dieux que de soufifrîr un tel acte d'impiété. Un sénateur, Magnuâ, se révolte dans la Gaule; il est tué, avec 4000 complices, supposés ou convaincus^ sans fbrme de procès.
Quartiiius, dans l^Osroène^se fait proclamer empereur; sa tête est bientôt portée à Maximin. Enfin, une coalition de riches particuliers, que menaçaient les taxes forcées de Maximin se soulèvent, arment leurs esclaves, leurs clients, leurs paysans, et proclament pour empereur le proconsul d*Àfrique, Gprdien, juin 237, et lui associent son fils, son lieu«^ tenant.
Gordien descendait de trajan par sa mère et par son père des Gracques : il pouvait le vanter de la plus haute origine, premier contraste avec Maximin. Le père, vieillard de quatrevingts ans, était un protecteur des lettres et des arts ; agréable au peuple pour les spectacles qu'il lui donnait, et dans lesquels il faisait paraître régulièrement cinq cents couples de gladiateurs, jamais moins de cent cinquante. Qu'étaient en général ces gladiateurs? des conationaux de Maximin. Son fils surpassait son père par Taménité de ses mœurs, sa magnificence, son luxe et ses plaisirs. Il entretenait à la fois vingt*deux concubines, non pour la montre, car il avait dé chacune deux ou trois enfants, et une bibliothèque, qui 8*élevait k sôlxante-deux mille rouleaux. îSes produits littéraires n'étaient pas plus a mépriser, dît un historien^ que ceux de son sérail : quelle satire pour Maximin t
Le sénat, informé des événements d'Afrique, applaudit i l'élection; le préfet du prétoire, connu pour sa fidélité k Maximin, est massacré. Le peuple et les cohortes sont entraînés par des promesses de libéralités ; le reste de l'Italie obéit au mouvement Mais pendant que la révolte se propageait au nord de la Méditerranée, les Gordiens disparais-
• AM 338 APRÈS JÉSUS-CHRIST. g«(
saient, après un règne de 36 jours. Capellianus, gouverneur de Mauritanie» marcha contre eux avec une troupe de vétérans et une multitude de barbares ; Gordien fils est tué, le père se tue.
A cette nouvelle funeste, le bénat compromis, perdu, ne voit d'autre salut que dans la persévérance : à la place de Gordien, il nomme pour empereurs deux anciens consulaires, Balbin et Maxime, le premier cher au peuple pour son administration, le deuxième connu de Tarmèe pour ses cam^ pagnes sur les Sarmates et les Germains, s'efforçant ainsi de concilier le double intérêt civil et militaire. Le sénat et les deux élus montent au Gapitole pour rendre grâces aux dieux : mais le peuple, qu'on a oublié de consulter, se soulève, 11 réclame le droit de ratifier TéleCtion du sénat ; une lutte commence funeste aux deux partis ; enfin, pour donner satisfaction à la plèbe^ on adjoint à Balbin et Maxime un troisième candidat, Gordien le JeVbe, âgé de ia ans : — 9 juillet.
L'antagonisme du patriciat et de la plèbe» doublé de Topposition entre le parti civil et le parti prétorien, subsistait donc et, annulant Tautorité du sénat, empêchait donc tout retour k la république : ce fait nous donne la clé des événements de cette période.
Maximin apprit en Pannonie ces événements. Comme on pouvait s'y attendre, sa fureur éclate et menace jusqu'à sa famille : il maudissait cette lâche civilisation qui, après un Héliogabale, un Alexandre, lui préférait encore des rafiinés, des épicuriens, des enfants I... Il sévit sur tout ce qui l'entoure, et notamment sur les chrétiens, maudissant toutes les superstitions, tous lès dieux anciens et modernes.
ttS&* A la tête de son armée, composée des meilleures légions, victorieuses dans trois campagnes, Maximin se dirige, à la fin de Fhiver, sur l'Italie^ parles Alpes Rhétiques* Il est arrêté un instant par le débordement du Timave (Flsonzo), qu'il parvient à passer sur un pont de futailles, et met le siège devant Aquilée, dont il fait arracher les vignes et brûler les faubourgs. Les habitants se défendent en déses-
96 CÉSARISME ET GHBISTIÂKISME.
pérés, comme on fait contre une bête féroce ; les femmes rivalisent de courage avec les hommes ; la peur, la religion, le mépris surexcitent toutes les âmes contre le barbare. Cependant Farmée assiégeante commence à être travaillée par les émissaires de Rome; le silence et la désolation du pays, la faim, le froid, portent le découragement au cœur des soldats. Le monde proteste contre leur chef, et malgré leur dévouement pour lui, ils tiennent au monde. Enfin un parti de prétoriens, qui tremblaient pour leurs femmes et leurs enfants laissés a Rome, met fin a la crise en massacrant Maximin et le jeune César son fils : leurs têtes, portées sur deux piques, sont le signal de la paix. (mars). Mais c*est en vain que les nouveaux empereurs, Balbin et Maxime, s^efiorcent de cajoler Farmée de Maximin ; ils étaient les élus du sénat et du peuple^ et par cela seul odieux aux soldats. Les temps étaient changés : le S. P, Q. R, écrit sur les enseignes de Farmée n'était plu8iiii{i*un «vaeiaf ihiéroglyphe : le vrai souverain était Farmée. Par leur élection, Maxime et Balbin, bourgeois couronnés, étaient la négation du prétorianisme. Une sourde antipathie régnait entre le civil et le militaire : enfin deux vétérans ayant été tués par les sénateurs dans le temple de la Victoire, les soldats se révoltent ; les empereurs du sénat y comme ils les nommaient par dérision, sont tués {mai)y etFempire reste au jeune Gordien, instrument innocent de réconciliation entre le sénat, Farmée et le peuple. Il n'y avait pas d'autre candidat I... Cette révolution arriva pendant les jeux capitolins : aucun intérêt ne pouvant distraire la plèbe de ses amusements I En six mois, six princes dévorés : c'était presque aussi beau qu'un combat de gladiateurs I
Alliance des Goths et des Perses contre les Romains : Sapor 1", deuxième Sassanide, succède h. Artaxerce.
— En mémoire du dévouement de leurs femmes qui avaient livré leurs cheveux pour en faire des cordes d'arc, lors du siège de Maximin, les habitants élèvent un temple à Vénus la chauve. Il fallait un monument de la défaite du monstre, une patronne, un anniversaire. Quelques siècles
AN 239 APAÈS JÉSUS-CHllIsf. «7
plus tard, on aurait bâti une chapelle k la Vierge : le Christianisme étant en retard, ce fat Vénus que Ton choisit.
— Censorînus, grammairien.
339. Avec le jeune Gordien, le prétorianîsme est retombé en enfance. On dirait une vengeance accordée aux mânes de Maximin. Alors recommence le règne des eunuques, des confidents, des précepteurs, des avocats : alors, sous raison de discipline, la pftiissance prétorienne, incapable d'ailleurs de se soutenir par elle-même, est de nouveau menacée. Le favoritisme recommence de plus belle ; les charges vendues, les commissions, la corruption signalèrent de nouveau Tadministration impériale. Qu'importe? le peuple avait ses distributions, ses jeux, ses temples; Tarislocratie jouissait de son luxe et de ses raffinements ; et les chrétiens pouvaient, sans se trahir, se quereller entre eux. Qui pouvait supporter une vertu comme celle de Maximin, qui n'allait à rien moins qu'à anéantir toutes ces belles choses?...
— Origène sort de sa cachette et paraît k Athènes. Grégoire le Thaumaturge est fait premier évêque de Néocésarée, dans le Pont, ville qui ne comptait que 37 chrétiens. D'un signe de croix, il fait tomber les idoles, mouvoir les presses ; il commande au démon, guérit les malades, ressuscite les morts, dessèche les étangs, arrête les débordements; et ce qui est plus grave, qui importe bien davantage a l'épiscopat, attire à lui toutes les affaires, qu'il décide arbitralement. L'épiscopat enseigne aux citoyens et sujets de l'empire k se séparer de lui, et k se reconstituer sur un plan nouveau de société civile et religieuse. Dans une vision, il apprend, par une révélation surnaturelle, la vraie profession de foi du chrétien : elle est k peu près^ quant k la Trinité, la même que celle de Nicée; mais elle se tait entièrement sur la messianité de Jésus, sur ses rapports avec le Verbe, c'est-k-dire qu'elle est purement gnostique et origéniste, et vraiment pas chrétienne. Aussi, malgré la source respectable d'où elle était émanée, et malgré la haute réputation de Grégoire, n'at-elle pas été adoptée.
Un des tours les plus singuliers de cet évêque fut la con-
98 ÇÉSARISHE ET CHRISTIANISME.
sécration d*un évêque de Gomane, nommé Alexandre, qui avait été charbonnier, et que Grégoire distingua, sous la suie qui le couvrait, comme le plus digne de représenter l'Église de Gomane. Il faut aujourd'hui quatre ans de séminaire pour faire un prêtre : en un clin d'oeil, par la seule imposition des mains, Grégoire fit d'un charbonnier un évêque. Il est vrai que ce charbonnier avoua qu'il avait étur dié! ce qui surprit encore plus les bonnes gens de Gomane.
2^40• Sabinianus se révolte en Afrique : la révolte est comprimée. ~ Philosophie d*Ammonîus Saccas. ^ (Gonsulter Tennemann, ou autres.) Bérylle, évêque de Bosra, en Arabie, soutient que le Ghrist n'existait pas avant rincarna* tion, et anéantit ainsi le Verbe éternel. Get évêque retenait ainsi la tradition vulgaire et judaïque. Origène lui fit voir que depuis deux siècles l'idée avait marché, et le bon évêque se convertit.
d4i* Le jeune Gordien part pour la Perse, et laisse le gouvernement à Misithée, professeur d'éloquence, dont il avait épousé la fille. Les historiens, généralement défavorables au parti militaire, font l'éloge de ce Misithée, de son excellente administration, et, ce qui dit tout, de son zèle pour le rétablissement de la discipline. La discipline était pour le soldat ce qu'eût été pour le peuple la république^ la subalternisation, l'exploitation, la servitude. En dehors de cette question, qui, à cette époque, est la question d'État, il est difficile d'admettre que Misithée ait pu, sans ambition, souffrir ou favoriser les amours de son élève, un jeune homme de seize ans, avec sa fille, et de la lui faire ensuite épouser. Gette bucolique accuse a la fois Misithée, le régime civil et l'empire.
Ligue des Francs contre l'empire : Aurélien en défait un parti considérable près de Mayence ; c'est la première fois que ce nom, qui désigne, non un peuple, mais une confédération, paraît dans l'histoire.
S42» Gordien se rend a Antioche, reprend Nisibe, Garrhes, et poursuit les Perses, réunis aux Goths, aux Alains et aux Sarmates.
«MI34 Misithée, beau-père de Gordien, et nommé par lui préfet du prétoire, meurt de dysenterie ou, selon d'autres, du poison de Philippe, Arabe, qui, devenu chef des prétoriens, est bientôt proclamé par eux empereur, et règne conjointement avec Gordien, — î L'élévation de Philippe eut pour base le mécontentemont des soldats, que Misithée, infatué de ses idées philosophiques et classiques, voulait soumettre à sa politique de réforme et de discipline. Depuis Septime-Sévère, qui a inauguré le despotiaipe militaire, le conflit est 1^. Les jurisconsultes ont cru faire un coup habile, en proala>^ roant (198) Fomnipotence de l'empereur, pensant que cet empereur ne serait que l'exécuteur des volontés du sénat : ils n'ont réussi qu'a subordonner le civil au^n(iilitaire et à renverser l'ordre naturel des choses, qui, passé en force d'institution, ne peut plus se rétablir.
<344l« Gordien se plaint aux troupes de l'insolejoce de son collègue, espérant le faire casser : il ne réussit point, ^t bientôt Tinfortuné, convaincu de n'être point l'ami du soldat, est mis k mort. On ne lui permet pas même de rentrer dans cette vie privée, qui ht l'honneur de ses aïeux. Il fut tué sur l'Ëuphrate, au confluent de l'Aboras. Ainsi Philippe-Gordien, de même que Maximin-Sévère, et peut-être aussi Caracalla-Géta, c'est toujours le ynême antagonisme qui durera jusqu'à ce que Dioclétien trouve le secret de dénouer le nœud. Comme Maximin, Philippe est le représentant du prétorianisme, maladroitement attaqué par les hommes d'État, qui lui avaient tout livré (198-201).
Philippe se hâte de faire ensuite la paix avec Sapor, confie la Syrie à son frère et part pour Rome, où il doit se faire reconnaître.
Philippe passait pour chrétien : à ce sujet, on raconte de lui et de Babylas, évêque d'Antiocbe, une aventure toute semblable à celle de Théodose et Âmbroise, évêque de Milan. Quoi qu'il en soit, cet empereur protégea les chrétiens, avec lesquels son origine orientale lui donnait plus d'une sympathie; Origène lui dédia plusieurs ouvrages.
Ainsi va, parallèlement à l'empire, le Christianisme, odieux
à l'un, accueilli de l'autre, suivant les incidents du pouvoir, et prévoyant déjkle jour où un coup de fortune revêtira Fun des siens de la pourpre impériale.
— Le temple de Diane, k Éphèse, est pillé parles Goths.
245. Plotin, philosophe, disciple d*Ammonias, qui avait suivi le jeune Gordien dans son expédition d'Orient, espérant y étudier la philosophie orientale, vient à Rome, âgé de quarante ans, et y enseigne la philosophie pendant vingtsix ans. Plotin menait une vie tout ascétique, et qui se rapprochait de Fidéal chrétien d'alors. Plein de modestie, fidèle à la règle pythagorique, possédant toutes les connaissances de son siècle en géométrie, mécanique, arithmétique, musique, etc., il faisait un amalgame des idées de Pythagore, de Platon, d'Âristote et des stoïciens. Il avait, comme Socrate, un démon familier, évoquait les esprits et rivalisait avec les thaumaturges chrétiens. Il obtint a Rome, parmi les sénateurs et les riches, un succès immense, mais resta inconnu au peuple. (Cf. J. Simon, Vacherot, Tennemann, etc.)
246* Les arabiens enseignent que Pâme et le corps naissent, croissent, meurent et doivent ressusciter ensemble. Ils s'étaient fait remarquer dès Tan 207 : vers le milieu du II* siècle, il fut tenu contreeux un concileauquel assista Origène, qui les convainquit, dit Eusèbe, de leur erreur. Cette hérésie arabique, qui rappelle la conversion de l'évêque de Borra (240) par le même Origène, montre la persistance des idées contemporaines de Jésus dans les parties reculées de la chrétienté et prouve, entre autres, que ladistinction de l'âme immortelle d'avec le corps mortel était toute nouvelle dans la race sémitique, et si peu intelligible, qu'ils ne la pouvaient entendre qu'à l'aide d'expressions métaphoriques, telles que, par exemple, la résurrection des cadavres'.
Concile en Afrique de quatre-vingt-dix évoques, où Privât, évêque, convaincu de plusieurs crimes, et notamment de complicité avec les idolâtres, est condamné et déposé. — (Voir les lettres du pape Fabien et de Donat, évêque de Carthagé, k ce sujet.)
Les causes de division k cette époque sont, d'une part, la tyrannie et la corruption épiscopales ;* de l'autre la résistance des évoques à la juridiction des conciles, seul recours contre ces chefs de sociétés religieuses. — (A étudier.)
ét^Ly. Gyprien, nouveau converti, au grand scandale des honnêtes gens d'Afrique, est fait èvêque de Carthage. Suivant la coutume, il fait don de ses biens à son Église : le zèle de ses amis, ou des fidèles, les lui rendit.
Cyprien apparaît à la fois comme un réformateur et un conciliateur. Les mœurs des chrétiens k cette époque étaient pires encore que celles des idolâtres; Car, aux vices innés et quasi reçus du paganisme, ils ajoutaient l'hypocrisie, qui, k elle seule, vaut tous les autres. Jusque dans le martyre, les chrétiens portaient l'adultère, la dissolution, l'intempérance et tous les abus. Il faut voir, dans les lettres de Cyprien, cet étrange alliage de zélotisme chrétien avec la plus complète dépravation. Après deux siècles, le sens de la mission du Christ est tellement oublié, qu'on ne comprend même plus sa morale : on n'a retenu des apôtres que le millènarisme et les rêveries messiaques. En prêchant de nouveau la morale évangélique, Cyprien fut aussi neuf pour son siècle, aussi odieux aux évêques ses collègues, que Jésus avait paru original sous Pilate, et s'était attiré de haine des prêtres et des pharisiens.
[Cf. Leclerc, Bibliothèque universelle^ t. XII, vie de saint Cyprien.
Le juste milieu de Cyprien y est très bien apprécié. — 11 consiste en ce que Cyprien niait la suprématie de l'évêque de Rome, reconnaissait l'autorité législative et suprême du concile, mais affirmait l'indépendance absolue du pasteur sur son troupeauy et le droit vis-k-vis de ses ouailles k une entière obéissance.]
En même temps que Cyprien, Denys, ami d'Origène, est fait évêque d'Alexandrie. Ces deux hommes sont les vrais représentants de l'Église k cette époque, et même de l'épiscopat, pouvoir déjk excessif, et aussi redoutable aux chrétiens qu'aux empereurs. La politique de Cyprien et de Denys,
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102 GtSARISME ET CHRISTIANISME.
comme celle de piémeni d'Alexandrie, est un tepipérament aage dans la doctrine, la discipline et les mœurs.
— Homélies d'Orîgène. Il lea prononçait 4'abopdapce, les vendredis et les dimançl^es, et elles étaient recueillies par des rténogrî^phes.
Gomme Cyprien,il attaque vivement les mauvaises mœurs de9 chrétiens, le» intrigues et les scandales des prêtres et des évêques ; il se plaint surtout de Tindifférence des chrétiens pour les saints offices, auxquels ils assistent sans attention, parlant de leurs affaires, à la porte de Téglise, tandis que les prêtres célèbrent les sacrés mystères. Cela rappelle les paysans de nos jours, qui, le dimanche, vont tuer le temps à la messe et s'y comportent fibsolument de même.
Le Cl^ristianisme, on peut le dire, n'est plus qu'une affaire de sacerdoce, qui passionnera de temps à autre les masses, mai^ qu'on peut déclarer hardiment une entreprise manquée.
9419. Célébration des jeux séculaires (31 avril), l'an iOOO cle Rpipe. Ils durèrent trois jours et trois nuits. Ce furent les peuvièmes et derniers. Les jeux séculaires sont le jubilé des Romains, et peut-être cette tradition, plus que celle des juifs, a-t-elle contribué h. l'institution du jubilé chrétien, sous BonifaceVIIMls avaient été restaurés par Auguste, puis célébrés sous Claude, Domitien et Sévère, ce qui prouve que l'on n'observait point à leur égard les intervalles.
Sacrifices de nuit sur le Tibre, danses et fanfares aux flam- )>eaux ; vingt-sept jeunes gens (trois fois neuf ou le cube de trpis) et autant de jeunes filles, chantant des hymnes en chœur : les étrangers et les esclaves écartés de la fête nationale. L*e$fet cle cette cérémonie, à laquelle les chrétiens rer prochaient h l'empereur Philippe d'avoir assisté, fut immense. Mais les dieux n'entendirent point les supplications de Rome prosieruée lAureshabent et non audientî.^. On peut dire que les jeux séculaires de Philippe furent le signal des 'c^awités qui, pendant vingt ans, désolèrent l'empire et réduisirent la population de moitié. Qu'était devenu le peuple rçmain ? Sa voulant dévorer l'univers, il s'était lui-méfioe
AN â48 APRÈS JÉSUB-GHillST. 103
éparpillé; son aristocratie détruite par les proscriptions, la société romaine, corps et âme» avait disparu. Plus de patriciat, plus de peuple; les tribus mêlées; Tempire sortit bientôt de la famille de César, donné tour à tour à des Syriens, des Goths, des Arabes.
— Origène compose son dernier ouvrage, la réfutation de Gelse^ qui, depuis près de quatre-vingts ans, resti^it pans réponse. C'était prendre ses avantages : Origène n'avait point ]i craindre de réplique : ajoutons que le plus fort argument qui ait été porté à Celse a été de détruire son livre. A cette époque, Origène avouait, le premier, qu'il était rare de trouver un Égyptien qui eût abandonné le culte antique des animaux sacrés.
Au reste le livre de Celse, pas plus que l£| réfutation d'Origène, ne saurait être aujourd'hui d^uq bien grand intérêt; il est évident que Tun pas plus que Fautre n'a compris le mouvement dont il était acteur et témoin. Si la divinité de Jésus paraît aujourd'hui à la philosophie une aberration de la raison humaine, comment s'intéresser k deux auteurs dont l'un réfute sérieusement cette divinité, et dont Tautre, non moins sérieusement, dans une certaine mesure, TaSirmç. Celse avoue les miracles de Jésus, sur quel témoignage? celui des Évangiles : quelle critique ! — mais il les fittribue aux démons : c'est précisément ce que lui réplique Origène, ^ propos des miracles d'Apollonius. Celse attaque les mœurs des chrétiens, et il ne manquait pas de bonnes raisons pour cela; Origène les défend, la belle merveille 1 et tombe à son tour sur les païens qui ne valaient guère! Celse se moque des juifs, ancêtres du Christianisme, ce qui est peu philosophique ; Origène, abandonnant la cause du peuple, s'attache à celle de ses livres, de ses prophètes, de son Dieu, qu'il en sépare : ce qui Test encore moins.
La critique de Celse n'avait eu d'efiet que sur quelques amateurs érudits, assez riches pour se procurer des livres et assez instruits pour les lire ; -^ la réfutation d'Origène, lue peut-être davantage, k cause des réunions pbrétiennes, oCi se faisaient ces lectures, n'ajouta pas ^n atome k la foi et ne
104 GÉSÂRISME ET CHRISTIANISME.
.fit pas plus de conversions que l'autre n'en empêcha. Le cours des choses venait de plus haut et de plus loin : le torrent emportait où, et ni Orîgène, ni personne n'eût su dire où, comment, ni pourquoi.
— Une sédition éclate à Alexandrie contre les chrétiens. Le peuple fait périr un vieillard, nommé Métras, et une vieille fille, nommée Apolline, et d'autres; on se jette dans les maisons des chrétiens, on les pille, on les dévaste : la persécution ne s'arrête que lorsque la guerre civile ravage l'empire et désole la ville d'Alexandrie.
Z4B. Le règne de Philippe fut troublé par plusieurs révoltes des soldats: Jotapien, en Asie; Marin, en Mésie, en furent les principaux chefs. Cette désaffection des armées fut causée par la politique équivoque de Philippe, qui, organe du parti militaire, mais étranger k la société romaine, semblait les trahir tous deux par son indifférentisme et sa tolérance envers les chrétiens. Décius, de l'ancienne famille des Décius si chère au peuple, envoyé par lui en Pannonie, pour apaiser une de ces révoltes, à peine arrivé au camp, fut salué empereur par les légions. En la personne de Décius, le prétorianîsme se pose avec un redoublement d'énergie : Dèce est le continuateur de Septime-Sévère,deCaracalla, de Maximin, de Philippe lui-même, aujourd'hui défectionnaire ; il sera continué par Valérien, Gallien et Aurélien, dernier représentant du prétorianisme.
Dèce, obéissant k la fortune qu'il n'avait point sollicitée, marche aussitôt sur l'Italie, défait Philippe, qui est tué avec sou fils près de Vérone. Le vainqueur fait aussitôt proclamer César deux de ses fils, Etruscus et Hostilien. Tout se rallie autour de Dèce, qui s'occupe aussitôt de réformer l'État et de remédier aux maux de l'empire.
Dèce fut ce que nous appellerions un homme de la vieille roche, également étranger aux corruptions du siècle et aux spéculations philosophiques et religieuses; un homme tel qu'il le fallait aux hommes d'État de Septime-Sévère, au peuple et aux soldats. Il rétablit la censure abolie par Auguste (2Sl av.) et nomme à cette magistrature un vieux
AN â49 APRÈS JÉSUS-GHRIST. 105
guerrier, son frère d'armes, et, comme lui, considéré pour ses mœurs antiques, Valérien :
a Va, lui dit-il, et réforme les mœurs du genre humain. Épure le sénat; rétablis Tordre équestre; partage, en classes régulières, la multitude confuse des citoyens...» L'exemple de Dèce, celui d*Aurélien, est une preuve de plus que la persécution faite aux chrétiens était une des mesures du plan général de réforme conçu par Septime-Sévère, pour la régénération de l'État et de la société. Dans les idées, du temps, qui sont encore les nôtres, Itf décadence ne pouvait être arrêtée que par le retour aux anciennes institutions, et le moyen d'opérer ce retour était la dictature prétorienne. Chose étonnante! le Christianisme qui, dans son origine, n'est autre chose que la réforme même de la société, est devenu une de ses plaies, au point que Décius, un caractère antique, un des plus grands et des plus nobles caractères qui revêtirent la pourpre, ne trouve de remède contre lui que la répression la plus sévère. Vers ce temps, après la paix de trente-huit ans qui précède Tempire de Décius, l'Église de Rome compte 46 prêtres, 7 diacres, 7 sous-diacres, 42 acolytes, 50 lecteurs et portiers, 3,500 veuves malades et pauvres soutenues par aumônes. Or si celle d'Antioche en 386, temps de prospérité, comptait, pour 100,000 fidèles, 3,000 pauvres, on peut évaluer k 25 a 30,000 le nombre des fidèles de Rome. Dans toute société de bienfaisance, le nombre des personnes à secourir est en raison de l'état plus ou moins prospère de la communauté. Sur un million d'habitants, 3 p. 100.
— Guerre de Décius contre Cniva, roi des Goths. Le barbare passe le Danube avec 50,000 Goths et Sarmates et se met à ravager la Mésie. Dèce les rencontre au siège de Nicopolis, sur le Latrus ; k son approche, ils se retirent, se rabattent sur la Thrace, et vont mettre le siège devant Philippopolis, au pied du mont Hémus l Décius essaie de leur couper le passage ; mais il est battu, son camp pillé, et la ville, privée de secours, succombe : 100,000 personnes périssent dans le massacre. Priscus, père de l'empereur Philippe, croit l'occasion favorable pour prendre la pourpre : chaque bataille
106 GÉSARISME ET G^RUTUN^SME.
perdue par Tune des tendances qui divisent l'empire devient pour l'autre un prétexte de s'emparer de la. pourpre. Décius ne se décourage point : il songe à enfermer les barbares; il leur coupe toutes communications, et s'apprête èi frapper un grand coup, si les dieui^ le permettent 1
[Il est remarquable que plus la persécution contre les chrétiens devient sérieuse, plus le zèle du martyre diminue . (f. 103*150); ce sera pis encore en 303, sous Galérius.]
« Gomme le demandaient les platoniciens, devenus les théologiens du polythéisme, Décius ordonna que tous les citoyens remplissent les cérémonies de la religion publique. On assigna des termes aux suspects, on y joignit des pronoesses et des menaces, bientôt ]a torture et les supplices. Les chrétiens, amollis dans quelques provinces par un repos de quatre-vingt-dix ans, n'eurent plus ce courage, cette foi qui avaient animé leurs pères. Ceux des classes élevées donnèrent de fortes sommes aux magistrats pour être portés sur la liste de ceui^ qui avaient satisfait k Tédit; d'autres achetèrent de faux certificats do paganisme; d'autres coururent aux temples offrir de Tencens ou des victimes; un grand nombre prirent ]a fuite, Gyprien, Grégoire le Thaumaturge, Denys d'Alexandrie, panégyristes du martyre, furent de ce nombre. Les évêques de Rome, d'Antîoche et de Jérusalem moururent à leur poste : mais ces héroïques exemples n'arrêtèrent ppint les abjurations. » (Matter.) Que répond Gyprien à ses détracteurs, évêques et laïcs? « Le relâchement des mœurs* est universel (toujours le présent est accusé au profit du passé). Les évêques ne sont point dévoués à la religion ; au lieu d'exhorter les autres II la vertu et de donner l'exemple, ils se chargent d'affaires temporelles, quittent leurs chaires, parcourent les provinces pour assister aux foires et s'enrichir par le trafic, ils ne secourent pas leurs frères, mourants de faim; ils veulent de ' l'argent en abondance, accaparent les terres, tirent profit de l'usure. Nous sommes pleins d'orgueil, de jalousies, de divisions, etc. Quant aux fidèles, ils sont dignes en tout de leurs évêques. »
AN 251 APRÈS JÉSUS-GHRIST. i07
Evidemment le plus pressé n'était pas de mourir; c'était de se réformer et de vivre.
[Ceux de Rome reprochent k Gyprien de n'être pas mort k son poste, comme le pape Fabien. Toujours les sectaires se soDtfait un titre de la répression dont ils sont Tobjet, et ont traité de faux frères ceux qui ne sont pas morts. — Rien de pire que l'orgueil du martyre; après le rôle de persécuteur, rien de plus insupportable. ]
[Du 20 janvier 250 au 4 juin 251, intérim dans Tévèché de Rome, k cause de la persécution. Lès chrétiens se moquent de Fempereur et disent qu'il souffrirait plus aisément un compétiteur qu'un évêque.]
Correspondance entre les Églises de Rome, de Garthage, d'Alexandrie. (Fleury, 187-207.) Gelle de Rome 8*arroge un droit de surveillance générale.
Billets de pardon des martyrs : commerce de grâces et indulgences.
Grande mission dans la Gaule (223) ; fondation des évéchés de Toulouse, Narbonne, Arles, Tours, Paris, Glermont et Limoges; — martyre de Denys, k Montmartre.
Un jeune chrétien, nommé Paul, fort instruit dans les lettres grecques et égyptiennes, est dénoncé par son beau-frère, qui voulait s'approprier sa fortune ; il se retire dans le désert de la Thébaïde, où il vit solitaire jusqu'k quatre-vingt-dix ans. C'est le plus ancien exemple parmi les chrétiens de la vie érémitique.
— Justin, abréviateur de Trogue-Pompée.
250-SS65. Pendant seize ans, la peste parcourt l'empire ; visite chaque province, chaque cité, chaque famille, et sévit de compte a tiers avec la famine et la guerre.
d5i. 27 octobre. Bataille livrée par Dèce aux Goths, sur les bords du Danube, dans la Mèsie. Après un immense carnage de barbares, l'armée romaine, enfoncée dans un marais, et ne pouvait plus se mouvoir, est massacrée presque sans résistance. Son désastre rapppelle celui de Varus, accompli (10 av.) dans les mêmes circonstances, et par l'effet des mêmes causes. L'empereur, avec trois de ses fils, y est tué :
108 CÉSABISME ET CHRISTIANISME.
on ne put même retrouver son cadavre. On soupçonna le gendre de Décîus, Gallus, qui fut son successeur, de Tavoir conduit perfidement dans celte fondrière : ce qui est certain, c*est que, nommé empereur par le sénat (décembre), conjointement avec le jeune Hostilîen» dernier fils de Décius, il s'empressa d'acheter la paix par un tribut annuel payé aux barbares, qu'il se donna un deuxième César, en la personne de Yolusien, son fils, et qu'on l'accusa encore de la mort d'Hostilien, enlevé, selon d'autres, par la peste.
Sous un régime exclusivement militaire, la défaite amène infailliblement la révolte : Licinionus Perpenna veut se faire empereur ; il est tué. Autant en arrive à Julius Yalens, tué peu après.
Le traité de Gallus ne lui sert de rien» et la honte lui reste. Les barbares, après avoir pris l'argent, s'emparent de la Mésie, de la Thrace et de la Macédoine. Les chrétiens, à la vue de ces maux, prennent leur revanche; on les accusait d*étre, par leur impiété, la cause de l'abaissement de l'empire; ils accusent à leur tour les païens d'être cause, par leur persécution, du désastre de Décius. Lactance appelle cet empereur, dans son style cicéronien, exécrabile animal.
Vers le mois de juin de cette année. Corneille avait été élu pape à Rome, k la place de Fabien, martyr. Uno avulso non déficit aller. Le prêtre Novatien proteste contre cette élection. Pourquoi? 11 accusait Corneille d'avoir pris un billet du magistrat pour échapper à la persécution, et en conséquence il l'accusait de tiédeur. Qu'étaitril lui-même? Un tiède, qui s'efforçait de faire oublier sa lâcheté par un excès de rigorisme. On lui reprochait, en outre, d'avoir été philosophe, rhéteur, possédé du démon, baptisé dans son lit par infusion, et enfin ordonné prêtre avant d'avoir reçu la confirmation!... Ayant fait venir d'Afrique trois évêques, il commença par les griser, puis se fit ordonner par eux, moyennant argent, évêque de Rome, h la place de Fabien, et en concurrence de Corneille. On peut juger, par cet échantillon, des îqtrigues ecclésiastiques et des mœurs du clergé, sous cet exécrable animal de Décius !
AN â51 APÀÈS JÉ^US-GHRIST. 10.9
Tel est du moins le récit des orthodoxes au sujet de Fantipape Novatien, chef des nouveaux puritains, ou cathares^ et qui soutenaient entre autres qu'il ne devait Jamais y avoir de pardon pour ceux qui étaient une fois tombés. Comme ils avaient dans leur parti un grand nombre de confesseurs, dont Tautorité à celte époque était immense, ils troublèrent toutes les Églises, surtout celles d'Afrique.
Contre ces rigoristes qui n'accordaient pas le pardon a ceux qui se dérobaient par la fuite k la persécution, Cyprien prêcha de parole et d'exemple. 11 ne faisait que suivre l'exemple de l'Évangile qui dit : Si Von vous poursuit dans une ville, fuyez dans Vautre, Mais il serait possible que ce conseil de salut eût été attribué, comme tant d'autres, à Jésus par les fabricateurs des Évangiles. Les novatiens semblaient le croire du moins. Aussi la calomnie ne cessa de poursuivre Tévêque de Carthage et d'empoisonner son existence jusqu'au jour où il fut arrêté et mis k mort, invitus invitum.
[Sous le règne de Dèce, l'Église de Carthage fournit d*un seul coup iOO.OOO sesterces (environ 25.000 fr.) pour le rachat des esclaves enlevés par les Arabes du désert.]
A Carthage, un prêtre du nom de Novat faisait précisément k Cyprien, son évêque, le reproche tout contraire k celui que Novatien adressait a Corneille. (Cf. Mosheim, Hist. de VÉglise^ n« siècle, p. 497-52.)
Ce Novat, s'il faut en croire Cyprien et Corneille, c'est -kdîre le parti des orthodoxes, était un esprit inquiet, amateur de nouveautés, présomptueux, avare, flatteur, séditieux. 11 avait dépouillé des pupilles et des veuves et détourné les deniers de l'Église. Il avait laissé son père mourir de faim, fait avorter sa femme d'un coup de pîed, et s'était joint k Félicissime, l'antagoniste de Cyprien, et accusé d'adultère et de plusieurs autres crimes. De leur côté, Novat, Félicissime et Novatien n'étaient pas en reste d'accusation vis-k-vis de leurs évêques : en sorte que Thistorien impartial, mettant dos k dos les parties, attendu qu'une moitié des pièces a été supprimée, est forcé de conclurei contre les uns et les au-
T. II. t
^iÇ^ , CÉgARISMfi ET ÇfliftISTUNISME.
trw, PU bien à we çorruplion cQipmune, ou bieçi ^ une QaloKmiç réciproque, et dans toug le§ çaç ^ une bypQçriwe générale.
Ce qu'il inaporte le plus de noter est que Novat, Novatien, Félicissin^e protestaient contre le juste milieu de Cyprien, protestaient en faveur de Tancienne constitution démocratique, altérée par les empiétements de Tépiscopat, etc.. Hélas I Us avaient raison, mais il n'est pas moins vrai que la démocratie ét^it alors comme toujours, inhabile à se diriger, et cûpséquemment à la merci des aristocrates, Novat, Novatien, Félicissime forment un parti parmi les montagnards; ils entraînent ^ leur suite bon nombre de ces évêques rustiques, gens Mmple^, qui prenaient l^ Gbristianisme par soh côté le plus sérieuse, celui de la réforme sociale, et n'entendaient rien a la politique des évéques gens raffinés et pleins de transaction avec le monde; un ne peut s'^mpôcher 4e reconnaître en eux l'esprit de TertuUien et Montan, qui, répandu sur l'Afrique, crée une Église régionale, qui disparaîtra avec le Christianisme après la conquête des Vandales et des mahométans.
252. Les désordres de Tépiscppat ne sont qqe l'image das déchirements de Veropire. Les prétendants à l'empire ne cessent de se décbftînerî le désespoir, plus quQ Vambitian, les pousse,
Conciles de Carthage, 15 mqi, tenus par Cyprien, où les schiamatiques Privât, Fortnnat, etc., sont condamnés.
Autant les 4pu^ évêques de Rome et de Gartbage s'en-» tendent pour le niaintien de leur autorité, autant les schiSîip^tiques, qui ne sont autres que les représentants de la dé^ mocratie chrétienne, sont fermes dans leur résolution; les premiers ont pour eux la ville, les autres la campagne»
— Progrès de l'aristocratie et tendances monarchiques dans l'Ëglise.
Dans tonte ^sseniblée, l'éloquence et le savoir gouvernent la multitude des fliuets; mais ce n'eçt pas tout, à cette influence naturelle, mais flottante, vint s'adjoindre une dis-, tinction, cpmme de plein droit, en faveur de l'évéque du
AH âSS ABliÈS JÉSlJS>CHfttST. lit
chef-ii$u, quif bi^Otftt iècoté du titre pempeiix de primat et d^ m^iropçlUainj usurpa sur le concile provincial la même autorité quo chaque évéque avait usurpée sur ses ex-collègues du presbytérat. Cyprien préside par sa qualité (i*évéque de Garthage le concile d'Afrique et le gouverne par son éloquence. A cç poQipte, on peut prévoir que les évéques d'^l^xàn^riç, Hopa, ^t plus tard Çonstantinople, seront las chefs ^e la phrétjantél... Un jour rnéme nous aurons un évéque ewppr^up.
Après )a retraite da GaUus et sa paix honteuse, (e geuvefr ueur da UhWt ÉUlilifini remporte une victoire sur les Goths etl^s rejette aU delà du Danube, réparant ainsi, autant qu41 ét^ît en luii U défaite de Décius^ Bes soldats le proclament iiliisîtftt empereur ; il marche avec eux sur ritalle. -r. Mais )es peuples du Weser se liguent contre les Romains, les Perses désolent la Syrie, la Gilicie et la Gappadoce. Gallus, iDQUCLOë du ciel et de la terre, renouvelle les édits de Déeius, oviQnw dee propitiations par tout Fempire et la punition dee réfraetaires, Le peuple de Garthage crie i Cyprien aux lions; mais te prudent èvêque échappe pour )a seeonde fois auii ^qurreauSi et de sa retraite prêche la résistance. Les p^pes Corneille et Lueius sont successivement exilés, Yévéque tlippolyte mis h mert.
— Traités de Cyprien d0 l'uniU de VÉ^lise et De £apf>.
L'occasion du premier traité est la résistance de Novat et de Novatien àPauturité solidaire de Cyprien et de Gorneille. L'Africain ne dit pas que le gouvernement de TËg lise soit monarchique : il en est bien loin. Il reconnaît seulement k r^glise de Rome, à PierrCj une certaine préséance d'ordre et d'association, marque de Tunité. Tout vient de Tunité, dit-il; par conséquent, TËglise chrétienne est établie sur l'unité, et quoique tous les apôtres soient ce qu'est Pierre, cependant il ne sont qu'autant qu'ils s'accordent avec lui.;. C'est fort embrouillé; mais la tendance est claire; et la pensée de Gyprien, très logique daiileurs, est qu'il n'y a pas de sftreié pour l'épiseopat en dehors de l'unité.
£n effet, que chaque évéqu^ soit indépendant^ et du pape^
llir GÉSÂRISMË ET CHRISTIANISME.
et du concile, cooimeat réfutera-t-il le schisme et Thérésie?...
Que fait donc ici TËglise, sous ces grands mots d'unité, de troupeau, de prééminence de Pierre, etc.?— Elle fait son apprentissage du pouvoir, son apprentissage du Césarisme, de la chose même qu'elle détruit.
En revanche, Cyprien insiste sur l'autorité épiscopale, qu'il complique d'une façon qui n'a plus rien de démocratique... L'unité et le pouvoir de l'Église sont représentés dans \ office épiscopal, dont chaque membre possède une portion égale et indivisible! — « Que les princes et les magistrats vantent leurs droits k un domaine terrestre et passager, l'autorité épiscopale seule est dérivée de Dieu; elle s'étend sur ce monde et sur l'autre. Les évêques sont les vice-gérants de Jésus-Christ, les successeurs dés apôtres et les substituts du grand prêtre de la loi mosaïque (92-iOO, 196).
Dans le traité De lapsis, Gyprien exagère tant qu'il peut le crime d'apostasie; il raconte des miracles à ce sujet et tonne contre les tombés. Mais tout cela n'est qu'une précaution oratoire pour arriver a condamner les novatiens et monlanistes, qui refusaient d'admettre les tombés k la pénitence et traitaient leur crime d'irrémissible. Cette querelle eut un grand retentissement et divisa la chrétienté. De quoi s'agissait-il? Au fond d'une chose fort simple, de savoir si un homme admis dans une communauté peut, après l'avoir trahie et désavouée, y être admis de nouveau. En pratique, c'est imprudent, c'est même impossible. L'homme que la justice criminelle a flétri ne se réhabillite jamais, quand même tout le monde le voudrait. — Dans la forme, il s'agît presque d'autre chose : est-on mauvais chrétien, est-on judas, parjure, traître, délateur et apostat pour avoir laissé tomber un grain d'encens dans un réchaud placé devant la statue de Jupiter? Ici, la faute est au concile de Jérusalem (56), et c'est ce que sentait Cyprien. La révolution, en effet, n'était pas Ik.
[On appelait libellitiqiies ceux qui se procuraient des libelles ou certificats de sacrijlcatioru Pourquoi aurait-il été
défendu à de simples particuliers d'acheter de ces libelles, lorsque du! temps de Septime-Sévère (199) la chose avait été pratiquée par les Églises elles-mêmes? A la décharge des lapsis^ des libellilici^ etc., on peut dire encore que le martyre était très suspect d'ostentation, d'ambition et d'hypocrisie. Parmi ceux qui bravaient la vindicte des empereurs, il y avait force pauvres et gens perdus de dettes qui spéculaient sur les aumônes que l'admiration des fidèles leur vaudrait. Nous connaissons aussi depuis soixante ans cette espèce de spéculation sur le martyre, autant que la calomnie qui s'acharne contre ceux qui la repoussent. Échelle parmi les tombés i
Si on a cédé a la première sommation, ou après la prison, ou après la torture, etc.
Tout une casuistique.
S53. Gailus et Ëmilien s'avancent l'un contre l'autre : les légions du premier passent du côté du vainqueur des Goths. Gailus et son fils Vôlusien sont mis à mort (Triai) par leurs soldats. L'élection d'Émilien est ratifiée par le sénat; mais dans le même temps Valérien accourt de la Gaule au secours de Gailus ; son caractère de censeur, sa vieille renommée imposent aux soldats : comme ils s^Uaient défaits de Gailus, ils se défont d'Emilien. Le bon plaisir des légions fait tous les frais de ces changements : il n'y eut de sang répandu que celui des empereurs. Émilien tué par ses soldats à Spolète, Valérien est proclamé empereur et s'associe aussitôt son fils Gallien (août).
— Au commencement de son empire, Valérien se montre très indulgent pour les chrétiens : l'Église jouit d'un repos de trois années. Tout dévoué, comme Décius, à l'ancienne société, le vénérable empereur, comme le nomme Bossuet, hésite devant le déluge des calamités qui fondent sur l'empire. Le prétorianisme n'a plus confiance en lui-même, il est perdu.
Gallien s'établit a Trêves, avec son fils, pour protéger la Gaule contre les barbares.
— Concile de Carthage, de soixante évoques, tenu par
U4 .CÉSAIUSME ET CHRISTIANISME.
Gypt*iéf! ; on ]f dééidb que les efifillllfi p^ûVélit éti-é bâfltisêâ dès Ift naissailcet âttfehdti que ce âë sont ^M lëui*s pèehëâ, mais eeux des outres qui leur sotit rëlliiâ. Dftnb le prificit)^) le baptême efiaçait les péchés cohinils psr le baptisé dès sfl naissance ; peti à pelt le dogtne de la chute origifaelle s*êtâblissant^ il fut réservé spécialement pour réxpiàiioîi de cette chute. Les paroles de Gyprieu motitrefit qUe de son temps, les idée^ n'étaient pas encore fiiiêes éiit lë dogme;
Un évoque ayant été battu par un de ses prêtres porta gâ plainte au concllei qui le félicita de ne s*être pas fait justice lui-même^ bien qu'il en eût le droit. Le concile dit k CeUë occasion : J.-C. a institué les apôtres, c'éët-«ft-dire les évêqiiës ; et les apôti^es ont institué les diacréë : proposition qui, dans le sens du concile, est un flagraiit (netiSohge.
:d53-254. Campagnes de Gallien COHti'e les Gei'thdinâ et les Francs; Succès de Posthumius. Les médailles et panégyriques parlent de vitîtoireb femportéës VëfS celte éj^ôque, mais en termes ôbscufs et sans prétisioil;
dft4. L'évêque de Garlhage, Cypriëfl, ôe signale entre tous par son xêle pour la disciplîtie, §6il éhërgië côi^tre lë schisme) ses correspondances aved Rortlë et lëè éVêqUes dé tous les pays. Il tient concile sur ëdriëilë ëdntfê leë hoVàtiens; il décide que les comédiens hé ^ëUVëhl êti^ë àdttlis dans l'Église, que les religieuses ne dUifeht pâfe coucher dans le même lit que les diacres ! Cdntrilirëmëiit ft là doctrine admise depuis dans l'Église ) il âUUtiëht, àVëë l^éfèque d'Alexandrie, Denys, que le baptême dônhê pàf les hérétiques est nul, et que les chrétiens qui ont t'eçii cette ihltiation doivent être retiaptiséB : le pape Étietine fejetfë là théorie deCyprien, la quet*ëlle s'aigrit^ et ehibi^ftse toute rAfbique et Rome.
Ëxprimerons-noUs une opinion dur ëétte misérable dispute? GypHën part du principe de l'unité de l'Église, etpuiS^ que le baptême est une cérémonie d'initiation, il dèélfeifé ttè pas comprendre comment un chrétleh initié par uli helvétique peut se croire orthodoxe : ce qui est parfAitërilëilt logique et irréfutable. Mais à Rotfte, la 6Upët*^titioU allait plus
AN 256 APkÊS JÉSUS-CHRlST. Hh
Vite (lUe cela '/le baptême, donné aii nom du Pëfe^ du Fils et de rE§pHt, possédait de soi, pal* la yéHû de la fôi'male et indépendatnlïitînt de la volonté du baptiseur, Une telle efficacité, que le baptisé était fait enfant du Christ et ôbleliait d'emblée la rémission de ses péchés. Ainsi, k t^aVefs tout ce tapage de conciles, d'excommunications récipfoqbes, le Cliristianisme ti'est déjà plus, de son aveu, une société de réfortnés, unis de cœur et d'espHt dans Id voie de là liberté et de la justice : c'est tout simplement un Wte, oà, par la vertu de paroles sacrametilelles, Thomme est délivré du démon, garanti enfant de Dieu, se nourrit du torps du Christ, obtient la remise de ses crimes, etc., etc.
2bMtWf. iSucôèd d'ÀUréllen dans les Gaules et \A Thrace. Il marche contfG leô Goths, en même temps que Probus est envoyé eoritre les Sarmates et les Quades.
SdOi Bapof, roi de Perse, chasse Tiridate de FArménie etle^emplaôe par Artabarde.
GypHeti réUtiit Un concile a Garthage, de quatfe-vingt«ciD({ évêqueâ) aVëc leâ prêtres, les diacres, et une grande partie du peuple; parmi ces évêquesi quinie avaient confessé la foi, et étaient par conséquent réputés savants et prévue infaillibles. Il s'agissait du pape Etienne, qui admettait le bftptêmê donné par les hérétiques comme valide, et c{ui, pouf ce fait, excommuniait Cyprien. N'êst^'ll pas étrange que dans une société^ celui qui prêche Tunion soit eMu comme sciësionnaire par celui qui prêcha la di8kofdë?.ii Cyprien pose eu principe que tout évêque a. dafiSson évêcliê, ubë pleine liberté et une pleine puissance; qu'il ne peut être Jugé par un autre, comme aussi, il ne peut le juger; qu'aucun il'a le droit de se dire évêque des étêques; comme affectaient de le faire ceux de Rome^ et de i^êduire les autres sou^ leur tyrannie» Puis venant kla question de la rebaptisation, il prend les avis du conclln^ qui, a l'unanimité, prononce que nul ne peut entrer dans l'Ëglise par l'initiation de rhérêsie Cette décision est confirmée par tiH êvèque de Césarée, Firmilien, qui se prononce avec indighatldn ct)t)tfe TèvêqUe de Rome, accuse dette Église d^aydir
ne CÉSARISME ET CHRISTIANISME.
varié sur un' grand nombre de points et de ne pas retenir les traditions, et rappelle que la question a été vidée depuis longtemps à Iconium, dans un concile d'évèques rassemblés de Phrygie, Galatie et Cilicie.
[Voir la lettre de Firmilien, Apud Cyprian, épit. 75. — Ainsi Cyprien, après avoir prêché Tunité de TËglise, après ^ avoir reconnu en termes vagues, il est vrai, la préséance de Pierre, primus inter pares, s*aperçoit qu'il est peut-être allé trop loin ; il forme une croisade contre Tévêque de Rome et travaille à lui opposer, comme on fera k Bâle, le concile et la tradition.]
La réponse d'Etienne consiste à dire, comme nous Tavons relevé plus haut (254), que le baptême n'est point un acte de la volonté de l'homme, mais une opération de la grâce, dont rhomme n'est que l'instrument, etc.... Le système de Cyprien est tout humain, tout social, par conséquent seul conforme au vrai Christianisme fraternitaire et révolutionnaire; le système d'Etienne est, au contraire, purement théurgique et transcendantal : le premier procède de la raison, le second du miracle : c'était celui-ci qui devait l'emporter !
Quand les empereurs, le sénat, les généraux et toutes les forces de l'empire étaient occupés à repousser l'invasion des barbares, voilà de quoi disputaient les chrétiens I n'estce pas à soulever l'indignation?...
257. Sur les instances de Macrien, préfet du prétoire, qui était fort adonné aux superstitions égyptiennes et à la théurgie orientale, et qu'on surnommait le Mage, Valérien remet en vigueur les édits deDécius et ordonne de nouvelles poursuites contre les chrétiens. Cette persécution est comptée comme la huitième. Rien de plus aisé que d^expliquer au point de vue de la police générale cet acte d'intolérance superstitieuse, indépendamment des causes de rivalité entre les cultes. — Les Perses, conduits par un traître nommé Cyriadès, qui depuis régna comme iyran^ venaient de prendre Antioche : l'empire, attaqué de toutes parts, épuisé d'hommes et d'argent, tombait en lambeaux. C'était alors que les
chrétiens donnaient le spectacle de leurs fureurs et de leurs querelles; qu'une multitude d'évêques, dépositaires des dons des fidèles^ étalaient un luxe insolent ; que ceux de Rome* Carthage, Césarée, au lieu de prêcher le dévouement à la patrie et de placer au premier rang des devoirs le service de rÉtat, se disputaient entre eux, jusqu*à Texcommunication mutuelle, sur la meilleure manière d'embaucher les sujets de l'empire, et de les détourner du service impérial.
Toutefois, si rien n'était plus logique que la rigueur de Valérien, rien aussi, au point de vue des causes, n'était plus reprochable. D'où venait le Christianisme? où prenait sa source le courant d'idées funestes qui semblaient s'entendre avec les barbares, pour assassiner l'État au dedans, pendant qu'ils le harcelaient au dehors? C'était dans le Césarisme même, dans cette tyrannie épouvantable qui comptait alors trois siècles de durée, et qu'avaient illustrée tant de fois des monstres à figure humaine, d'autant plus chers au soldat et à la plèbe, qu'ils étaient plus dépourvus de sens humain.
Le mal était désormais sans remède, l'empire ne pouvait ni rétrograder ni se réformer, ni prendre la direction des esprits; et le Christianisme perverti par la superstition, par la tyrannie épiscopale, par les disputes théologiques ne pouvait non plus ni recommencer sa carrière, ni se réconcilier avec le prince.
A la publication de l'édit, Cyprien annonce l'approche de rantéchrist; par ce seul mot, il souffle la rébellion au cœur des chrétiens ; l'Église sonne la charge contre l'empire, et crie : hurrah les barbares!
— Le premier que frappa la persécution fut le pape Etienne : il fut mis a mort et remplacé par Sixte. Un autre confesseur non moins illustre fut Denys d'Alexandrie, que le préfet d'Egypte exila en Libye. La persécution fit prendre une nouvelle tournure à la question du baptême donné par les hérétiques : sous les coups de l'ennemi, on ne songea plus de toutes parts qu'à s'unir; Denys fut le premier à se ranger à
Hé GËSAhiSMË Et cHttlStlÀÎIÎSME.
VïhWè d^ÉUeMttë et H ël&ifilé$r ëëdi d'Afrittùé et de dâlàlië : qii^nd tOliS étaient ëdhfôHdùs dàhâ là ttlènië fé^Pessîôd, ^Ôd- Vbiétit-ilé âë diVisei" dâdà ribitiâtibH f Cfpthti f)ërdit ^a ëftUBei et il ne lui t^m plus qu'à nibdHf à sôd toUr,cdhihië Ëlientiei
9ftt»S6&; Les Scythes Mvagëdt leé t^i^oVinee^i d'Âèié, le PdtltellaGàt^tJadoiie; Ge tiesbfiit^ldâëeuléinedt lé^GéhitiàitiS, les CotliSi les smve'8 et les t*ânhes cJUl se jeitëhl §dr renipi^e ; voici les Cosaques du Don, de la mer Noire et de TAral ; Ifes TatafB de la Sibérie et de rAllàï, Gbg et Mdgog. Les Gbthé se mettétit k traverser le Bbsphbre et viehdetit àttft^uéh U ëôte d'Afeie qui s'étend de \k t'i^ôpontidé àii Caucase : ils sbht la pr^emlêfe fois t-epbUSSéë.
La eiviliëàtibn grèco^fômaihë m menabèë de ISL même de8t^uction tjde tieilë d'àésyriëi d'ËgJrpte, de là Bdcti»iàbe et
delaûhlneu. *")•
La eetitralisàtibh idipèmie, qui sediblalt dêvbir ëti ébneënirei* les fbi-cesi k-epôussér les bàl-bsit-ës èl les dlsctt$lltiër euk-Mêtties aî)t*ès lés àVôir isoumié, eeilë centt>àlisaiioii est devenue, par la ruine de l'esprit public, du patriotistiie et des liatibttalitës et pâk^ rittsuMectlbfa chtêtleniië, lA cause même de leur^ sUbëês.
— Les chrétiens, ëti ëë ttlbttieht, lie Sdtigfent qu'k fe^uttil* la hature des choses ëët plUë puiâsatitë que lëut* Vdlbbté; Ils n'btit pàë de thèolbgié, p^s de dëëtHtie fthrètëe, pas dé pi'dfession de foi; il est impossible d'empêcher Vt^pHt es *btf/flefGît il vëdt, quatid il tt'y â î^ieii qui le difigé; Uû prêtre de la PeAtàpblë^ SilbëlliUs, ëroit faille Uhë ëhdse Utile de t'édUihô le dogme dd I^èirt, dU Filé et de VÈsjpHîi qUi tetlftlt beaucoup de chrétiens en suspens, k %k plU» simple ekptessibb$ ëh ûMwi que ëës mets dësigbëhl bdU des personnes i*éëllë9i mais les différentes facultés de DieUt Lorsque 1 Être ihlitii, disait-il» décide ëd lui-même de çfëer le mutide pour sa gloire et rhumauité pour son culte^ il est Père; Idmqu^il ^e i^èvêle au& hommes par la parole et rinearnatied) il est t^ils; Ibrsqréâfin il purifie l'âme du pêehëut* jpftf sa gfftcei il eut Saibt>B8t)Ht«
An âSB APRES JlîfiUB^-GHRIBT. 119
^ réUit élàir eomnie eau de roche, facile h retenir; nrt était accoutumé à cela, par tout ce que Ton avait eu Thabitude de dire des dieux et de leurs attributions. Ce n'était aUtr^ chose, au fond, que Funitéisme^ dans sa forme la plus énergique» unitéisnie que Praxéas et Noétus avaietit en<>séignê au siècle précédent, que Mahomet simplifiera encore et qui reparaîtra au xix« siècle dans TunitaHisme protestant.
La Trinité^ ainsi expliquée, n'est qu'une série d'aBstrftctionâ. A peine eut-il fait connaître son sentiment^ Sabelliùs se rit désavoué par Denys d'Alexandrie, dénoncé^ combattu, ânalettient mis au rang des hérétiques! Qu'en pouvait-il? Dans les labgues sémitiques, la trinité^ telle qu'elle sortit d'Alexandrie et fut saluée à Nicée^ était impodsiblC) attendu qu elle est inexprimable : aussi ce dogme n'a jamais pu t)asser dans la race de Sem) il est resté Indo'germanique ! (319).
958. Valérien part pour l'Asie, où l'appellent les ravages des Perses. U peL&se par Bysance, et de là se dirige sur Antioche.
Là persécution continue : l'ahnée d'auparavant, on s'étttit contenté en général d envoyer les évèques, les prêtres^ etCi, en exil ou au mines; de nouveaux ordres prescrivent de les faille périr. Martyre du pape Sixte, du diacre Laurent^ dels évèques Cyprien, Fructueux^ de Tarragone» Denys (de Paris)» Félicien de Noies, Saturnin de Toulouse, etc.
— Cette t)ersêcuiion, qui Atteignit surtout les évèques el les prêtres^ eut un résultât diamétralement contraire k celui (}u'()n en attendait L'épiscopàt, affaibli pat* ses divisions et qui déjà se rendait suspect au peuple par ses prétentions ambitieuses, ac(}uit une autorité immense par ses martyrs, dhactue exécution fut pour lui une victoire; on avait cru lo pêi*dre, on le relt-empa.
[Martyre deCyprien :
tt Que Thaâsius Cyprianus soit immédiatement dééapité, édihtnis ennenii des dieux de Rume et chef d'une assaciàiion crïtHilieUe) qull b «htratnfte danà und résisianoe sa-
crilège aux lois des très sacrés empereurs Valérien et Gailien. »
C*étaît vrai — Ab uno disce omnes : telle était la position des chrétiens, que leurs évéques et apologistes eurent constamment la mauvaise grâce de dissimuler. Ceux qui, comme Polyeucte, défiaient et provoquaient les païens, péchaient peut-être contre la prudence, mais ils étaient plus dans la sincérité de leur foi.]
259. Valérien, cerné et affamé dans son camp près d'Ëdesse, accepte une entrevue avec Sapor,qui le retient prisonnier. Cyriadès est nommé empereur par le Persan, qu'il conduit au cœur de Tempire. Sac d*Antioche, Césarée, Ëmèse, etc. Le plan de Sapor n'était nullement de s'emparer de la Syrie, et d'étendre son empire par la conquête sur les provinces qu'avait autrefois possédées le grand roi : il ne voulait que piller, détruire ce qu'il ne pouvait enlever, et faire par la dévastation le vide entre l'empire et ses propres États.
Valérien, comme Décius, Claude, Tacite et Probus, fit paraître sous la pourpre, en des temps déplorables, les antiques vertus de Rome. On peut lui reprocher, comme à Marc- Àurèle, quelque faiblesse pour son fils Gallien, qu'il associe a l'empire, dès 253; mais outre que cet usage était commun à tous les empereurs, on peut dire encore que si Gallien déshonora l'empire par ses mœurs voluptueuses, il n'en était pas moins brave capitaine et expérimenté, et doué des plus heureux talents. Le culte de la volupté chez lui vint du scepticisme presque autant que des sens, et fut tout autre chose que ce qu'on avait vu dans un Tibère, un Domitien, un Commode, un Héliogabale. C'est un insouciant, formé à l'école d'Horace, qui dit, comme Louis XV : Cela durera bien autant que moi 1 et use de l'empire pour la plus grande gloire de la philosophie épicurienne. Il ne fit rien pour délivrer son père; qu'eût-il pu au milieu du déchaînement universel? « Je savais, dit-il en apprenant la captivité de Valérien que mon père était homme, et puisqu'il s'est conduit avec courage, je suis satisfait» » Poète, orateur et bel esprit,
il ne crut k rien et au destin de Rome moins qu'à toute «lutre chose. Il laisse tomber la persécution contre les chrétiens, — elle avait duré le nombre apocalyptique de quarantedeux mois, — non par amour de la secte, mais parce quMÏ n*a pas plus la foi des mœurs antiques, que représentait son père, que celle des réformateurs modernes, dont il connaît la bigoterie et les misères. Quand il ne peut battre les barbares, il traite avec eux; et malgré le préjugé romain, il épouse la fille d'un roi marcoman, nommée Pipa, dont la beauté sauvage ravive ses sens émoussés. Jardinier habile, cuisinier raffiné, curieux de philosophie, de magie et de mystère, il songeait, quand il mourut, à donner une ville rainée de la Campanie au philosophe Plotin, pour y fonder une république k la mode de Platon. Comme tous les dé« bauchés de la vieille Rome, la cruauté lui est un assaison-. nement du plaisir : les vers suivants, tirés d*un de ses épithalames, forment un étrange contraste avec les ordres de sang qu'il donnait^ contre les citoyens qu'il soupçonnait, k cette époque d'anarchie universelle, de ne lui avoir pas été favorables :
Ite, ait, ô Juvenes, pariter sudate meduUis Omnibus, inter vos : non murmura vostra columbae, Brachia non luderse, non vincant oscula combse.
11 écrivait, après la défaite d'Ingennus :
« Il ne suflBt pas d'exterminer ceux qui ont porté les armes : le hasard de la guerre aurait pu m'être aussi utile. Que tous les mâles, sans respect pour l'âge, périssent, pourvu que dans l'exécution des enfants et des vieillards vous sauviez notre réputation.
« Plongez le fer vengeur dans le sein de celui qui a laissé échapper une expression, qui s'est permis une pensée contre moi, le fils de Valérien, le frère et le père de tant de princes.
« Songez qu'Ingennus fut empereur, déchirez, tuez, mettez
If2 CÉ8ARISMË ET CHRISTIANISME.
en pièces, lé tous écris de illa propre main ) je foiidruis tous ilispirer mes propres seoliments. »
N^est'il pas vrai i(u0 Tempire est une grande ergiei èù le sting répandu est un aecotapagnement obligé de là luxure t (Gf. Gypriert, Ad mari^reg.]
Des fêles sanglantes de Gallieti, reportoné nos yeux dans les prisons qui renferment les martyrs aux itiembred disloqués) brûlés, kneurtkns : que trouvons-nous encofe? De dévotes visiteuses, qui viennent jeuii^ des cdt^esses ideffables des confesseurs, et la volupté assise sur les échafauds et les chevalets. ;a
[Modifier cette appréciation de Gallien« très vraie quant à rhomme, mais qui prend un caractère plus grave, de la situation de Tempife, et de Toeuvre de transformation commencée.
Gallien est infidèle à la tradition oïlverte depuis plus de soixante ans par PeHinuXi Septime-Sévère, et ses succe8>éeurs Alexandre, Philippe^ Dèce et Valérien : il n'a pas le sentiment révolutionnaire; il est sceptique, il empoisotlne tout« la dissolution en est la suite.
L'anarchie des trente prétendants est la démonstration de la nullité, comme idée, de Gallien ; de la nécessîlé împé<rieuse de marcher, a peihe de mort.
Le Gésarisme est devenu une institution : eh bien! il faut qu'il se développe comme institution !...
— Gallien marque son scepticisme par ses édits de tolérance en faveur des chrétiens : il est remarquable que depuis Tan 70} ce sont les plus mauvais empereurs qui les soutieunent le plus i Commode» Garaoalla, Héliogabale et Alexandre, Philippe et Gallien.
Gallien écrit auit évéques : « i'ai ordonné que Veffet de ma grâce s'étendît par tout le monde; en sorte que Ton se retire des lieulL consacrés à la religion, et que personne tie se trouble plus« » Par un autre» il leur fait rendre leurs cimetières.]
Cependant les barbares, attirés par le butin, pénètrent de tous c6tés dans Tettlpirci Les Baritiates fendent sur rillyriei
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AN 860 APtlËS JÉfiUS-eilHrST. * 123
les Sejrthds enrahissenl la PfttiriDtiié et (bnt des courses jusqu'en Orède | les Allemands et les Francs, poussés par le.s Vandaiesi tombent sur la Gaule ai s'établhsent entre le Rhin et TElbe. Chaque provihce est forcée de s'armer pour sa défense : le sadte-qui-peut devient général.
Ghose étrange, avec Gallien cbmmence pour le Ghristia-nlstne une période de paix de Quarante-quatre ans^ presque cërtiplète. Pendant les dévastations des barbares et les guer* res civiles des prétendants, quand la peste, la famine et h guerre dêvof^nt lës populations^ les chrétiens se multiplient en silenëe; de S59 à 303, leur hl$>toire n'offre pas d*èvéne^ ttiérits* Les évéques travaillent k la constitution de leur pouvoir et achèvent la transformation de l'Évangile : ils fbnt si bien, qu*en 303-313 la persécution de Dioelétien n'aura plus de sens \ ce sera^ comme Constantin le verra tite^ un anachronisme. L'épiscopat^ en un mot, pendant les quarante-quatre andées qui commef^cent k la captivité de Valérien, en adoUolssAnt et polissant le vient Christianisme, ae rend lui-même possible i il sent que le Césarisme ne peut éehapper a sa direction, à son influenôe. Après le soldat^ le l^fétré; le jurisconsulte etrhomme d'Ëtat^ le philosophe et I*éii0h0rtilste derotit escamotés !
aOO-aB6. Époque ënarchique des 30 tyrans. On n'en tfduve i^éëlierhent qué 19 : le nombre de 30 semble avoir été pHs eélDme une réminiscence des 30 tyrans d'Athèfles, Alâtgré le défâdt d'abalogie des circonstances et des causes.
Aàfis le péril UniVefSel et le tnanqUé absolu de secours de la pàft de rettipereur, la loi dé conservation soulève les villes et les provinces; d'accord avec les légions qu'elles possèdent, elles se donnent chacune pour empereur le général qui les commande, AuréoluS OH Rhétie, lUgénnus en Ptttttiôhié, Émilien eh Egypte. Macried, le conseiller de Valêfien, àyiltlt recueilli les débris de l'armée, se fait proclatiler ttVëO ses déut enfants ; Valebs en fait autant en Achaïé, et PtëoA) envoyé pour le combattre^ Huit par en faire butâbt •fi Tbissiàlie, où il le retire» U gouvei^ûeinefit étant tout
uigmzea Dy ^OOglC
124 XÉSARÏSME ET CHRISTIANISME.
militaire, et les communications coupées ou insuffisantes, partout où il y a une armée, il existe de fait et de droit un empereur, d'autant plus que hors de Tempire, on ne comprend, on n'imagine plus rien!
Pendant ces promotions, une bande de Francs ose traverser les Gaules, l'Espagne et va s'établir en Afrique, frayant la route aux Vandales (428). Les Goths et les Scythes reviennent à la charge (257) a travers la mer Noire, s'emparent de Trébizonde par surprise, massacrent les habitants, et menacent Chalcédoine et Nicée. Le temple de Diane, àÉphèse, célèbre comme une des sept merveilles du monde, tout plein des ouvrages des grands statuaires de la Grèce, est pillé et livré aux flammes.
L'Italie, comme la Syrie, est ravagée par les barbares : le sénat et le peuple romain se joignent à une poignée de soldats du prétoire, marchent contre eux jusqu'auprès d'Aquilée et les obligent à battre en retraite. Cette expédition laite sans ordre supérieur effraye Gallien : il croit voir l'ombre de la république se relever de son tombeau ; et plus inquiet des dispositions du sénat que de la furie germanique, il interdit aux sénateurs l'usage de l'épée et les fonctions militaires. Jamais despote n'aima les gardes nationales. Un des principaux de Palmyre , nommé Odénat, écrit à Sapor et lui envoie de riches présents pour l'engager k retirer ses troupes : il n'en reçoit qu'insulte. Forcé de combattre , Odénat, avec quelques partisans, se met k harceler les Perses et les force k repasser l'Euphrate.
261* La révolte et la guerre amènent le pillage ; le pillage produit la famine, et la famine engendre la peste. Elle sévit surtout k Alexandrie et k Rome, où on la vit enlever en un seul jour depuis 5 jusqu'k 7.000 personnes. Plusieurs villes furent entièrement dépeuplées.
La multiplicité des prétendants, au lieu d'amener la généralité de la défense, ne produisit qu'une extermination mutuelle. Posthumius, dans la Gaule, fait périr un fils de Gallien, déclaré César, et se maintient pendant sept ans (267). — Gallien, de son côté, défait Ingennus et le tue; son général,
Théodote» envoyé en Egypte contre Émilîen, en fait autant de celui-ci. Macrîen est défait par Auréolus et mis k mort; à cette nouvelle, Odénat en fait autant de Quietus, fils de Macrien, laissé en Asie avec le titre de César, et de Raliste son général. Un autre, Régillien, est proclamé en Mésie et bientôt occis. Saturnin, dans le Pont, est proclamé malgré lui par ses soldats : « Vous avez perdu, leur^dit-il dans sa harangue, un commandant utile, et vous avez fait un malheureux empereur ! »
Les voleurs désolent la Sicile, si nombreux qu*il faut envoyer contre eux une armée. C'étaient des paysans et des esclaves, las de la servitude, et qui, à rapproche des barbares, prenant le devant, se révoltaient contre leurs propriétaires. Ils n'étaient pas plus à craindre que les prétoriens.
Arrivés par le Pont-Euxin, les barbares pillent et saccagent Chalcédoine, Nicomédie, Nicée, Frase, Apaniêe, Cios, et s'arrêtent devant Cyzique. Un vaste incendie éclaire toute la côte asiatique du Pont-Euxin. — Prise de Carrhes et Nisîbe, sur les Perses, par Odénat, qui met le siège devant Ctésiphon. Par compensation, prise de Césarée en Cappadoce par Sapor. Tous les habitants massacrés.
Dans cette tourmente, Alexandrie, qui formait comme une province k part dans TÉgypte, riche par Findûstrie et le commerce, comptant une population de 600.000 âmes, fameuse par ses manufactures de papier, de verre et de lin, est dévastée par la sédition, autant que par la famine et la peste.
Les rues sont coupées; les édifices publics changés en forteresses; d'après les lettres de Denys, évêque de cette ville, la population de cette malheureuse cité, après douze ans quu durèrent les troubles, avait diminué de moitié.
Durant ces calamités, les chrétiens ne semblent avoir pris parti pour aucun prétendant : leur charité envers les malades de la peste excite plus d'une fois Tadmiration des païens, mais les disputes n'en allaient pas moins leur train ordinaire.
Denys d'Alexandrie essaye de réfuter Sabellius (857-259)
126 césa'hismk èt christianisme.
et de Redresser sen idpihien sur la THnité, et tombe luimême darts rhérééiei Déntjncê au p&pe Deny* qui le fëjétte, il s'explique et emploie le premier, en parlant du Yëfbê^ le mi)t eofisUbstantieL li ^é^ute ensuite Topinion des ftiilléhftlre^ et déclare qu'il ne comprend riëb à VApocali/pse^ et qu6 i>ët écrit n'est pas de Tapôtre Jeaû, mais d'un anonyme^ qui, par admiration pour lui, avdit pris son nofh»
Qn cite aussi Une lettre de Grégoire le Thaumaturge, évéque de Néocésarée, qui nous apprend que les chrétiens de la province, Il r^rrivée dés Goths, s'étftiebt mis à pillef H tUer avee les barbaresi arfêtant leë fuyards, et les mettant en captivité ou les assommant k coups de bâton!. ..a ChUsiëi h nainrél^ il revient au galop!
26d« De même que la fofce engendre radartâhlfet de môme elle ramène àTunité. DestrUclion suècëssive d6 ISâtbrnin, Ëmilien, Celse^ prétendants k l'empire;
Les Perses sont vaincus par Odénat : les SeyiheS Bbrftnà n'en continuent pas moins leurs ravËl^es dans l'Achaïë et l'Asie mineure;
•^ Vers ce temps^ Zéhoble, femme d'Odénat, turieUse dé religion, veut se faire instruire dabs le Christianisme» fille s'adresse k Paul^ éVèque de SamoSkte, sorte d'épiôurifeh ttiitrév homme k large conscience et â foi commode^ Paul UN range le GhriStlAnisme sur les idées de Zénobie. C'est dU moins ce que lui reprochent ses dollègues en ëpiscapËit : comme si^ après toutfleddgme chétiën^k celte époque^ n'avait pas été ad libitum.
Longin^ rhéteur^ maître de Zénobie^ qu'elle récompensa de la plus noire ingratitudes
Porphire vient a Rome étudier sdus Pldlin. ^ (Cf. Buret, an 278.)
SI63* Posthumius est défaitpar Gallien, qui échoue néanmoins au siège d'AUtun : parties égalesi — Posthumius alors se donne un Gésar) Victorîn, et défait Lélien, autre prétendant) kMayence»
Odénat, devenu le bouclier de l'empire en Orient, n^hésite plus k se faire proclamer empereur.
AN â64 APRÈS JÉ8U8-CHRI8T. iti
-^ Gélébralieti^ àeé décennales à Rome par Gallieri; Quoi q» il advienne; le peuplé de Rome né pévû pas un seul spectJiele) pas une fête< pas une jouissance. Il ressemble à ses maîtres : du sang et des yolU|)té9, la peste elTorgie, les barbares à la frontière et dans le cirque!.;.» Oh! celle époque est restée incon^prlsé; il y a tout à faire encore pour les historienst
804^ Gallien se décide à reconnaître pour son collègue à Tetnpire Odénat : le sénat et le peuple applaudissent a cette reconnaissance) Tacte le plus populaire de tout le règne de Gallien. Odénat justifie son titre en faisafit perdre aux Perse» tous leurs avantages.
Les idées de Paul de Samosaie, ses mœurs et peut-être aussi ses succès de cour» excitent contre lui Tanimadversion de ses collègues, qui se réunissent en concile à Antioche, pour le juger, et le somtnenl de comparaître. On raccUsalt : d'enseigner que J.-G. était un pur homme, qui s'étant sancitiflé par la vef tu^ était devenu Dieu» ce qui est le propre sens de Jean (80); — de se laisser appeler lui-même, en vertu du même principe, an^e dé Dieu, expression dont Tadteur des Aeleé âef apéîrêâ^yi, 45, se sert il l'égard d'Etienne; — d'être arrivé pauvre a Tépiscopat) et d'y avoir acquis de grandes richesses; — qui le faisaient comparera un receveur géhéral, a deux cenià sestef-ces d'appointements (40.000 frahcsj ; — de souffrir que ses prêtres et ses diacres s'enHchissent comme lai'} — de jouir de sa fortune avec magnificence; — d'admettre dans sa société des jolies femmes; — de siéger siir un fauteuil élevéj à l'église; -^d'avoir un cabinet parliéuliei* de consultation; — de lire ses lettres en marchant, elc;
Cette eurieuse accusation) où éclatent a chaque ligne la 8uperslitien,la^u8se piété et l'envie, nous révèle deux choses que nous avons déjci eu l'océasion de toucher : la pi^emière est la dissolution désespérée de mœtirs qui possédait la société satlë distîncliôn de chrétiens ni de païens; — la vérité est que la prêtrise et Tépiscopat, attirant à eux les affaires des chrétiens) étaient une source de richesse pèuf les litdlâifës.
Paul de BamosatC) en f)renant au {lied de là lettre léis accu-
cations du concile^ représenterait le Christianisme épicurien, élégant et sceptique, alliant la dévotion k la volupté, et mettant la simplicité dans la foi et le raffinement dans la vie, au rebours des pieux ascètes qui subtilisaient à perte de vue sur la théologie et laissaient tomber leur existence dans la crasse et la nudité. Il avait su, à ce qu'il paraît, faire ses affaires, en soignant celles de ses administrés; le cabinet particulier qu'on lui reprochait et la correspondance qu'il entretenait prouvent quel épiscopat était, k cette époque, un emploi plus ou moins lucratif, selon l'habileté de répiscopus et l'importance de la clientèle.
[Il y a beaucoup d'envie dans les reproches qu'on lui adresse. Les évêques, naturellement suspects, font ici, aux dépens d'un confrère, acte de rigorisme. Cela devait plaire k la multitude. ]
Le concile, pour la première fois, avertit Paul, qui promît de changer de vie et de doctrine, et comme de juste n'en fit rien et se moqua de l'avertissement. En attendant, il fut reçu a la communion provisoire.
Ainsi répiscopat se glisse insensiblement k la cour des princes : nous l'avons vu chez Alexandre Sévère, Philippe, Valérien : le voila auprès de Zénobie ; encore un peu, il siégera dans les conseils de l'empereur.
Quand les tribuns approchent du pouvoir, la plèbe est bien près d'être sacrifiée. (V. Théodore, passim.)
265* Odénat entre en Perse, et continue la guerre avec succès.
Révolte des Isaures, en Asie mineure, excitée par Trébel- . Hanus, qui se fait proclamer empereur.
Ce prétendant ne fit que paraître : après sa mort, ses partisans se retirent dans les gorges inaccessibles du Taurus* s'y rendent indépendants, et s'emparent même de la Cilicie occidentale. C'était dans ces mêmes lieux que se retirèrent autrefois (67 av.) les pirates qui furent ^détruits par Pompée.
266. Les Goths et les Hérules, divisés en plusieurs bandes, pillent l'Asie et la Grèce, et s'emparent d*Atbènes. On
dit qu'ils respectèrent les bibliothèques, dans 1» pensée perfide que les Grecs, s'adonnant aux livres, ne seraient jamais capables de faire la guerre.
— Auréolus se révolte dans la Rhéiie ; Gallien, forcé de le ménager, fait la paix avec lui et marche ensuite contre Posthumius.
367. Posthumius périt assassiné. Victorin, qu'il avait fait César, le remplace, et bientôt, malgré les plus brillantes qualités, se fait tuer pour son incontinence. Sa mère Victoria, que les soldats avaient surnommée la mère des camps, est nommée auguste, et lait donner la pourpre a Marins ou Marion, simple soldat et armurier, qui périt au bout de trois jours assassiné. A Marion succède Tétric, sénateur et intrigant, qui parvient à se maintenir jusqu'en 272, où il livra la Gaule a Aurélien. Avec un peu de patriotisme et de génie, Posthumius, Viclorin, ou Tétric pouvaient rendre la liberté aux Gaulois; de 261 k 272, le pays resta séparé de Rome : mais, après trois siècles de tyrannie, la nation, à l'exception des paysans ou bagaudeSy semblait avoir oublié sa nationalité. On ne comprenait que l'empire : Posthumius, Yictorin, Tétric, voulaient être césars; dès lors ils n'avaient plus de raison d'èlre. Quant aux évêques, déjà nombreux et puissants, on a vu par l'exemple de Cyprien, de Paul de Samosate, etc., quelle était leur politique; il craignaient déjà moins les Césars que les bagaudes.
Ainsi, ce qui devait hâter la chute du Césarisme, le Christianisme et répiscopat, sous un autre point de vue, le protège. Enfin la Gaule, excitée par le vieux druidisme^ s'agite : les bagaudes ne sont pas appuyés : on se méfie du peuple, de ce côté de la Méditerranée comme au pied de l'Atlas; on ne se risquera pas à un entraînement populaire...
— Les Hérules ravagent Cyzique et la Mésie.
— Auréolus se prononce de nouveau contre Gallien, descend en Italie et s'empare de Milan. Gallien marche à sa rencontre, le défait à Pontirole et l'assiège dans Milan.
— Odénat périt assassiné... Sa femme, Zénobie, ose prendre sa succession, et se fait proclamer reine d'Orient. Des*
eendantd ilas Ptdiémées, oélèbpe pap sa beauté, sa chasteté, son esprit, ses études ; parlant grec, latin, ég^pptien, syriaque; une vraie amazone, supérieure à la prospérité, mais qui ne sut pas aussi bien porter Tinfortune. Repoussée par les Césars, elle s'allie aux Perses et défait Héraclien, envoyé contre eux. La Gaule indépendante, l'Orient séparé, TËgypte enlevée, Tempire pouvait être attaqué avec avantage. Mattresse des greniers de TËgypte, Zénobie tenait Rome a sa merci.
— La suite prouve que le gouvernement de Zénobie fût dû prinoipalement aux conseils virils de Longin, et d^autres auxquels il est juste de dire que cette reine, amoureuse de gloire, ne demandait qu^à obéir. Quels furent donc ces Gon« seils? Les faits et la vengeance qu'en tira Aurélien le révèlent. Ce n'était pas une simple association à Tempire que pousuivait la politique du gouvernement de Palmyre, c'était un retour a Pindépondanee, c'était la résurrection des natie^ nalités, par conséquent la ruine de l'empire même. Le moment était aussi bien choisi que celui de la révolte de Judée sous Néron (65-69)^ les Palmyriens n'étaient pas moins ar-^ dents pour la cause de lindépendance que les juifs^ et leur royauté bien supérieure pour la direction aux factions de Jérusalem. Mal secondés par les autres provinces, leur courage eut le même sort i tant était puissant le grand corps façonné par la vieille politique du sénat romain; tant les généraux de la république et les Césars avaient su anéantir toute forée de pensée et d'action chei les nations vaincues...
Victoire de Cléodamus et Atbénéus, généraux de Gallien, sur les Scythes ou Goths^ qui étaient entrés jusque dans le Péloponèse : les barbares, en se retirant, brûlent, saccagent les villes grecques, ThèbeSi Argos, Sparte, Corinthe.
Continuation de la guerre avec les Quades, les Sarmates et les Hérules.
SdO@. 20 mars. Oallien, détesté pour sa Vie nonchalante et épicurienne, est assassiné au siège de Milan, avec son fils, par ses propres officiers, qu'a gagnés Auréolus. Il désigne avant de mourir, pour son successeur, Glaudiusj qui défait Au-
.AN â6Q APRÈS JÉSUS^GHtdST. 131
réolus e| fei^poFte une grande vietoira sur les Allemands, près du lac do Gardf^. Il envoie aussitôt Àurélien contre les Qçtbs.
I^'avèQement de Claude, quoique tenant son pouvoir de 1^ désignation de GfiUien, est une antithèse au règne du dernier empereur. Après la vietoire remportée sur Auréolus, Claude harangue ses soldats et leur ^ait comprendre que le pillage des provinces, en mettant les populations à la misère, arrêta la production des soldats, en sorte que les armées se détruisent ellearmêmes par Texercice du droit de conquête que depuis Jules César elles se sont arrogé. C'est un suppliant qui adresse au nom des peuples opprimés une humble ramontrance au souverain. Pouf appuyer les bonnes intentions de Claude, le Sénat voue k Tinfamie la mémoire de Gallien et condamne sas amis k être précipités du Capitole. Le peuple, a^^alté p^r ces démonstrations, le voue aux dieux infernaui. L'empereur seoonde de son exemple ces bonnes dispositions : une vieille femme vient lui réclamer publiquement son héritage, que lui, Claude, a reçu comme part de butin 4es confiscations du dernier règne. Il restitue sans mot dire Théritage demandé 1...
&00. Mort de Valérien, prisonnier de Saper. Claude défait 320.000 Goths, près de Nissa^ en Mésie, et leur coule plus de 9.000 barques, d'autres disent 6.000. 11 est surnommé le Gothique, Là lettre qu*il adresse au sénat avant de livrer bataille est d'une mélancolie héroïque et qui rappelle celle du général Bonaparte au Directoire, la veille de la bataille d'Arcole : « Pères eonscrits, sachez que 320.000 Goths ont envahi les domaines de Rome. Si je les défais, votre gratitude eera la récompense de mes services; si je succombe, n'oubliez pas que je suis le successeur de Gallien. Nous avons à ooaibattpe après Valérien^ après Ingennus, Régillianus, Lollian us, Celsus, Posthumius et mille autres, qu'un j uste mépris pour Gallien avait forcés k se révolter. Nous manquons d6 dards, dépiques et de boualiers. Les provinces les plus belliqueuses de Tempire, la Gaule et rEspagne^ sont ent^e les mains de TQtrious; et nous rougissons d'avouer que les
132 GÉSARISME £T CHRISTIANISME.
archers d'Orient appartiennent a Zènobie. Quoi que nous fassions, pères conscrits, ce sera assez grandi »
La mémoire de Décius fut vengée par Claude : mais ce succès se trouve compensé d'autre part : Zénobie soumet la Syrie, TÉiTypte, l'Arménie, et mérite de plus en plus le titre de reine d'Orient. Cette femme, ou plutôt son conseiller Longin, est le seul homme qui voie clair à celte heure dans les affaires ; seul, au lieu de combattre pour l'empire, comme les prétendants vulgaires, il comprend qu'il faut combattre contre Tempire, ou retomber sous une tyrannie sans fin. Le changement des Césars ne change rien au Césarisme, et Claude, Aurélien, de même que Valérien et Décius, accusent Rome tout autant que Commode, Caracalla, Héliogabale et Gallien. Au lieu d'un vain titre, il sent qu'il faut chercher la LIBERTE ! Si Claude succombe a Nissa, comme Décius sur le Danube (en SI50), si la Gaule et TEspagne agissent, Rome est perdue et l'univers délivré. Que faisait a cette heure le lâche Tétric, l'empereur de Bordeaux? il refoule l'insurrection des paysans qui, sous le nom de Bagaudes^ commandés par Arnaud et Elian, essayaient de secouer le joug et chassaient les receveurs impériaux, et garde la Gaule pour la remettre à Aurélien, quand les autres ennemis de Rome auront été vaincus.
— Un nouveau concile s'assemble contre Paul de Samo* sate, qui cette fois est déposé.
[A ce concile, qui eut a se prononcer sur le dogme de rincarnation du Verbe, le mot de consuhstantiely o{j/>ou9toc, fut rejeté par le concile, ou comme exprimant un non-sens, ou comme impliquant hérésie.]
Un prêtre d'Antioche, nommé Melchion, directeur des écoles, se porta accusateur de Paul de Samosate et parla seul contre lui. Paul, sommé de s'expliquer sur ses opinions, fut convaincu, thèse facile en un temps où il n'existait pas de profession de foi, où tout esprit supérieur était taxé d'hérésie, d'idées contraires à celles généralement reçues dans l'épiscopat, et dénoncé à toute l'Église comme un épicurien et un impie. Par malheur, il est trop certain que son crime
fut la favear dont il jouissait auprès de Zénobie; on craignait que par la protection de cette reine, il ne devint primat d*Orient; de plus, en le frappant, Tépiscopat chrétien faisait acte de fidélité à l'empire et de courtisanerie à César. Nolumus hanc regnare supemoSy semblaient-ils dire comme les pharisiens a Pilate.
Anatolius, directeur de Tècole chrétienne d'Alexandrie. Partisan dévoué de Tempire, il avait contribué singulièrement à conserver la ville aux Romains, et avait profité de son crédit auprès des habitants et du général romain pour sauver la vie k une foule de chrétiens et d'idolâtres. Il assista au concile qui prononça la déposition de Paul.
Ainsi répiscopat appuie dans la Gaule, en Egypte et en Syrie, la cause impériale et trahit celle de Jésus-Christ.
S70* Octobre. Claude meurt de la peste à Sirmium, à quarante-sept ans, après deux ans et demi de règne. En mourant, il recommande Aurélien pour son successeur. — Depuis Antonin le Pieux (161), on n'avait pas vu d'empereur mourir de maladie; et pendant toute la période césarienne en Occident, sur environ cent Augustes et Césars, y compris les dix-neuf prétendants sous Gallien, il n'y en a que quatorze qui finissent d'une manière naturelle.
Celui qui tient Vépée périt par fépée, dit l'Evangile. Toute la destinée du Césarisme est là.
Aurélien était fils d*un simple paysan de Sirmium, fermier d'Aurélius, sénateur. Par une rencontre heureuse, il fut proclamé au lieu de sa naissance. 11 avait pris du service dans les légions comme simple soldat, et avait été tour k tour centurion, préfet de légion, inspecteur des camps, gérai de frontière, commandant en chef de la cavalerie, consul sous Yalérien ; il était entré, par mariage, dans la famille de Trajan. Dans les batailles où il s'était trouvé, il avait tué mille hommes de sa propre main; aussi les soldats le célébraient dans leurs chansons :
Mille, mille, mille, occidit.
Sa mère avait été sacristaine dans une chapelle dédiée au
t. IL 8
Sgleil; Aurélien gar4^ cette infla^pce taate «H \i^ et eut toujours ^ne grande 4évotiQp au SqI^U.
(Régulièrement éiu par l'^rmèe, sur 1^ désignfitiûB de Claude, il se ^ébs^rras^e à'a][)ord de Quintiliu^, frère de son prédécesseur, qu*avait pial à propos reconnu le sénat Puis, à l'exemple d'Adrien (117), il divise sa tache, aeçopde la paix aux Scythes et aux Çoths, reqQnce à la Dacie çt se tourne cpQtr^ les 4U^i^&nds. Un grand nombre sont massacrés sur le h^ut ûaQuhe» I0 long de la forêt Hercynienne; le reste, cerné, est contraint de demander la paix. Mais bientôt las vaincus forcent le p^s^age» r^broussept chemin et se montrent aux environs de Hila».
97t. h^ péril devient extrême; le i|énat ordonne de consulter les uracles sibyllins : Tempereur lui-môme propose d'immoler tous les prisonniers de guerre. Des processions sont célébrées et faites partout pour apaiser les dieux; on commenoe à entourer Rome de murailles. Aurélien excite sans cesse le sénat et provoque des résolations énergiques : m On vous prendrait, lui dit-il, pour une assemblée de chrétiens ! » L'efiet de ces conjurations retentit dans Tarmée des barbares ; dans pes processions de prêtres, de jeunes garçons et déjeunes filles, ils croient voir des légions de spectres combattant avec Aurélien.
Battu d'abord à Plaisance, l'empereur extermine Tenaerni dans deux combats, à ft'ano et à Paviej etPempire est eneore une fois sauvé I
Tant de périls et tant d'efforts exigeaient partout des réi- Cormes sévères : Aurélien en fut le héros. Désormais la discipline est à Tordre du jour dans Farmée, et la tempérance commandée au peuple. Aux soldats, Aurélien défend le jeu, rivrognerie, la maraude et le libertinage, a Ce que TËtat leur donne, dit-il, doit leur suffire pour subsister. Qu'ils enlèvent les dépouilles deTennemi; leurs richesses ne doivent pas être trempées des larmes des citoyens. » Il fit écarteler un soldat qui atait séduit la femme de son hôte : il y a loin des règlements d' Aurélien à la licence d'Antoine et de Jules César! Au peuple, il fait entendre qu'il faut songer à tra-
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vailler et île plus Wfflptef sut Ifefe distribUtiôftâ : à Aîttiâble peuple, dit-it de \A multitude fôtnaine, le pldë dlmàblë du monde quand il est bien nourri ! » Ce mot peint là situation. Le Césarlsmef 8*aVdue Vaincu, dans soli sjrstèm.è d'extorsion a la fois soldatesque et populaire. La plèbe commence à être pHse en niépfis parles CHeft militaires; le pouvoir Impérial se eoneentre daiis Tarmêe^ et délaisse tout à fait lé Foruhii devenu ud fbyer de pàt^asitismë aussi odieux âUi soldats qu'aux prdvinceis; Les Gésat*s sôtit loin encore de se faire chrétiens, et déjà îl& ne sôrtt plds que des agents révô* lutiotinaihe^ !
L'empii-e pourrait doiié êtfë isauVê. Si la conversion cbtftmencée par Décius et Yalérien, reprise pai^ Cllâddé et sbtl âi« gne successeur, cobtinuêe bientôt par Tacite, Pi'obus, Carbs, peut se soutenir, si elle est effitacénierlt séccindêë par lés magistratures cifiles et le détouélheht deS peuples, la réforme^ Tflguémêdt presëentië par les Césars, entrevue par les Antonitls, peut s'accomplir sur deë dohnées nouvelles, supérieUreà Mk Vâins pàlliàUfs des Gràcqbeà. liais là plaie est horrible) la âlAlâdië est deVëriUé cbnslltutidtiîlëllë et chàctue jour éclâtîî ëïi des symplôttieô plus alarmàfits. Déuî rtibnstres ttoUteàUXj tlés des pi-ofbhdeurs duChrisllàhisme, pires que les prostitiltidtiô deë agapes et l'anarchie épifecopale, se préparent à fohdre fetîr Tempire: c'est Màhès, le théoricien du péché originel; c'est AntoinCi le fobdâleur de là Vie cënobiti^
Îuej et quii eh hdihe de la tiatUrë côrrddipuë ^ué Idl déribrice adèS) be fkit ra^saâëid Systèriiàti^ue dd côrps, de l'ànie et de l'esprit darisThumaiiitê; (Cf; dhéh Mànès, et Antoine, Varios Fleury, t: I(. — (Peihdre le personnage.)
Le commuiiiétiië primitif s'eât réfuté lui-hiéhiè et réduit à rabslîfde : btt l'abandonhë, tton pas qti'oti le cohdàihhe, mais parce que c'est une vie ti*op parfaite, qui ne cottViènt qtiMUx saints et aux anges !... Le§ moineHes serbht les muséë§ et ftbhéëfvatdlrës chrétiens, dCiroh montrera on spectacle l'idéal de là vie fraternelle et cbmdie un échàtitilloti dé la béatitude de l'atiti'e Vie!...
Aitisi, le ChHstiani^ihe déVie dé plhs éh plU^ de Sa lighe ; la
136 CÉ8ARISME ET CHRISTFANISME.
courbe qu'il parcourt Ta déjk presque tourné contre sa première direction. A force de chercher la spiritualité, il abou* ' tit au suicide I...
— Mort de Sapor, assassiné : Hormisdas, son fils, lui suc* cède.
d7<$. Aurélien commence par se débarrasser de Tétric, qui, fatigué de la pourpre ou sentant son impuissance, appelle lui-même son rival et trahit ses propres soldats. Bataille de Châlons, en Champagne, où Tarmée rebelle, abandonnée par son chef, est taillée en pièces par Aurélien. — Reprise de Lyon et Autun : la Gaule, vendue et pacifiée, se rattache de nouveau à Tempire. — Les druides n'étaient plus, et qu'importait aux évéques ?. . .
Aurélien part ensuite pour l'Asie et soumet, chemin faisant, les Goths et autres barbares.
d73. Campagne d'Aurélien contre Zénobie : elle fut un chef-d'œuvre de prudence et de rapidité. Battue d'abord dans deux batailles consécutives, k Antioche et a Ëmèse, Zénobie n'était pas vaincue ; il fallait la forcer dans sa capitale, située comme une oasis au milieu d'un désert de sable, à quinze journées de marche de la côte de Syrie. Il commence par faire reprendre l'Egypte par Probus, et concentrant toutes les forces de l'ennemi dans Palmyre, il assure la marche de ses convois. Une armée entière remplissait ce travail, pen* dant que l'autre, sans cesse harcelée par les Arabes, vaquait aux travaux du siège. Le génie de Rome l'emporte sur celui de l'Orient; Zénobie, forcée de fuir, est arrêtée par un détachement d'Aurélien et amenée au vainqueur, qui pardonne à la ville, y met garnison, et retourne en Europe. A Byzance, Aurélien apprend tout à coup que les Palmyréniens ont massacré la garnison et ont proclamé leur indépendance : c'est la seconde fois que, maître de l'ennemi par la supériorité de la stratégie et des armes (269), il le laisse échapper. L'empereur irrité revient aussitôt sur ses pas; Palmyre, bientôt forcée, est détruite de fond en comble et mise en Pétat où les voyageurs la voient encore aujourd'hui Tout est massacré : ni le sexe ni l'âge ne purent servir d'excuse au vain-
queur. Le souvenir des révoltes des juifs et des Arabes, sous Trajan et Adrien, pesa encore sur ceux de Palmyre. La royauté de rOrîent passa comme une ombre; mais la victoire d'Âurélien, provoquée par les plus détestables conseils, coûta cher à la civilisation. Palmyre, ville d'entrepôt entre rinde et l'Europe, une fois anéantie, les communications avec le haut Orient, par terre et par le golfe Persique, furent supprimées. Elles n'ont pas encore été rouvertes.
Zénobie, par une flatterie adroite, sut fléchir Aurélien, qui lui rendit une existence honorable et en fit, ainsi que de Tétricus, un des personnages les plus considérables de Rome. Les filles de Zénobie devinrent de grandes dames romaines : on cite même un évêque de Florence, au iv* siècle, Zénobius, descendu, à ce que Ton croit, de cette reine. Le sceptre d'Orient tombé de quenouille en crosse 1 Quelle destinée! — Mais Aurélien sévit contre Longin et les autres amis de Zénobie, qu'elle livra, préférant à la mort l'ingratitude et la honte.
Probus achève la pacification de l'Egypte. Un Firmus avait essayé de se faire reconnaître, dit-on, empereur pendant l'expédition de Palmyre; il s'était emparé d'Alexandrie, avait rassemblé une armée, battu monnaie, etc. C'était un efiet des combinaisons de Zénobie. Pris par Aurélien, il est mis à mort.
— Ici nous retrouvons un nouvel exemple du méchant esprit qui anime les Églises chrétiennes. Paul de Samosate, qui, malgré la condamnation du concile, s'était maintenu dans son Église, maintenant privé de sa protectrice, est dénoncé à Aurélien par ses accusateurs. Plus heureux ou plus prudent que le philosophe Longinus, il ne fut point mis à mort comme complice de la révolte de Palmyre. Aurélien se contenta d'ordonner que la ville d'Antioche reconnaîtrait pour évéque celui k qui Tévêque de Rome adresserait ses lettres. C'était dire assez clairement que les chrétiens seraient tolérés s'ils étaient amis de l'empereur I Fleury n'a pas l'air de le comprendre. Il ne voit là qu'une preuve de la prééminence du pape. « Tant il est vrai, s'écrie-t-il, que la T. n. 8.
438 CÉSÂtetSME ET CHfeiSTIÂNtSME.
manque du vrâî chrélifen, aux yeux des païens eut-tnêhles, était la communion avec Tévêque de Rome. »
Cest pendant cette guerre qu*Aurélieh, passant a Tyâhê et fésolu de saccager la ville, eut une vision dans laquelle 1ë sage Apollonius lui apparUt, ensuite de quoi renit)efteUr épargna la ville et bâtit un temple au philosophe. La visidn de Constantin allant contre Maxence a donc ici tin iJréeédent tout trouvé. Les saiiiis vont prendre insenslblëhlent là place des dieux i c'est la le véritable câl-adtère du Christianisme. L'historien Vopiscus, eh rapportant ce trait de la vie d'Aurélien,dit: « Qu'y a-t-il parmi les hommes de plus grand, de plus saint, de plus divin que ce personnagfef II a ressuscité des morts; il a fait et dit une multitude de choses qui surpassent Thumanité. Ceux qui voudront connaître sa vie peuvent lire les livres grecs qui ont été composés à ce sujet. » Vopiscus se promet ensuite de facontet* à son tour cette édifiante histoire : et quelle face prendrait celle des emperélil's et de rÉglise, si nous savions ce qui s'est passé du i^^ àu VI* siècle, en dehors dii mouvement cht-étiett, pour la réforine de la société et le progrès de la civilisation gëhêrale!...
3T4, Triomphe d'Aurélien : le premier il t)araît en public le front ceint du diadème. Derrière sort thar figurait Tétric, le Judas gaulois, et la fameuse reine d'Orient, si chargée de pierreries, qu'elle ne pouvait marcher qu'appuyée sur deuk de sestémme's; riials Jules César faisait, après son triomphe, égorger Vei-clngêtoHx; Aurélifeh rendait biens et honrieurs a Tétric él Zénobie. Les Césars saveht séparer l'honime de l'idée : ce n'est ni la fehiiîiO d*Odênat, ni le successeur de Victorin que Ton poursuit, t'est la pensée d'indépendance, de nationalité.
Défaite des Allemands par Constance el deô t'rancfe par Probus.
Aurélien bâtit un temple au Soleil; le culte mithriaqile est admis comme religion de l'empire ; jeux et cérémonies à cette occasion. (Cf. sur le même fait un savant mémoire cité quelque part par Matter, Hist. de VÈgL^ t. K)
' àfl 816 A^llÈS JÉèUS-ÔHftIàî. îâ9
Utië sédiliôft fuHeudë éclate & Rohié, k l^occasidh d*Uhë féforttle déS hiënHaieë. Le ]^etlt)lë et lèÀ {)ME'tôftëti8 éii Vientiertl aux ftiaiflé : il ^ përit 7.000 des rtiëilleUi^s soldafe d*ÀUféiien, qui étoH&ë Ifek fêvolte datl§ deë tôrrëttts de sang. Los càdsës dé cette ihàUrfètitidii sotit peu bohhués; lëâ historiens' l'àttHbueRt k là MSfôhfné thonétairé, ée qUë bîbbbn démontre êtte àbsùrdé; 11 y â plutôt liëU de croire qii'elle eut sa stJUi-Cë t)hërbBdë dfttié rôppôëllibri entré là plèbe et l'armée, autrefois conforidùèà daiiëletii^s intérêts fetmainleriant divisées, par sUité de la pr'êpôndél-dhce des soldats et du mépris dé^ empel*eaH.
Des hôhimëé influents reicilêreht en secret et mirent pér ëëttë gtierré intestine sêHéUsëttient en question le pbUvoir militaire. Aurélien, dégoûté, s'empresse de quitter Rome : Il sentait (Ibë son èamp était Sa vraie CapîtKle. (Cf. f?)
^ L'a soie ëSt apportée de Tlndë en Èut^dpe par déS rëliglëttic, (îUi établifesèttt pouf dette fabHéàlloll des rtlahufkct\il^s. (Cf....)
;$¥&. Adrélien se dispose k nlafdief cônthe les Pëfsës. PtJUf se rendfe lés diéli*, c'est-k-dirë la cDiiscienëe pbbliquë, fdvot*able^.il frehd un édlt dônlre les éhfétiëns : C'est là neuvième petsêcutîoiî, qui n*eUt qUe peu de rtsultats : l*èdit de remperëur, diaprés le témoignage de LàëlaUce iUî-tnôliië, tt*étartt pâS même parvenu aux prÔVinCëfe IbrsquMl lUl tUé (avril) k COBndphl'uriUm,ett îhracë, par ses propres ôfflélëhs, kUprèâ desquels il avait été câldniniê.
À la mort d^ÀUfélien^ le pi^iôfianisrtie est au désespoir. Il se sent frappé k mort. Sous cet empereui^ et soUs ClâUde, Tëmpire avait triomphé de tous ses enneitiis les plUâ redoutables ; les légions étaient victorieuses, lëUr i'ègne Sembldit assuré, autant que leur gloire. Aurélien mort, Téléhieht mllilaite Sent qùll faë rêtrouvet-a pas ufl représentant kussi énergique, et tlue le peuplé se retirant, c'est fait des prétbriëns. La douléuf du soldat est si grande (^ue pendant six tnoisil refuse de nommer un ëtapereur; pendant six mbis, par un phénomène qui a bien aussi sa valeur, Temptlrè i^ëèté •and maître, aaHi UiBUrpatétti>, éàbl riVciltâ I c*itftit àinai
qu*après la mort de Romulus, assassiné comme Aurélien par une influence civile ou patricienne» il y avait eu une vacance de douze mois : le peuple ne voulant pas d'autre que son cher Romulus. Choisissez vous-mêmes, disent les «soldats au sénat : et le sénat, par une politique égoïste et maladroite, leur donne Tacite» un vieillard de soixante-quinze ans, de la famille de Tillustre historien, mais étranger à Tarmée, et dont Tâge ne pouvait supporter le poids des destinées, de plus en plus difficiles, de Fempire.
Devant Thistoire, Tacite> nommé malgré lui, mérite tous éloges : mais son élection n*en fut pas moins une faute, qui révélant Topposition faîte au prétorianisme, devait amener par le mécontentement du soldat de nouvelles catastrophes.
Il fallait, dans cette circonstance délicate, aller au but par une voie plus détournée, ne rien imposer k Tarmée et attendre tout de ses chefs, des empereurs eux-mêmes. Dèce, Valérien et Claude avaient manifesté les meilleures dispositions, tout en demeurant chers aux soldats. La joie des sénateurs éclata avec scandale; d'après Vopiscus, ravènement de Tacite fut célébré par des hécatombes. « Sors de ton indolence, écrivait un sénateur à un de ses amis, arrache-toi k la retraite de Baïes et de Pouzzoles. Livre-toi k la ville, au sénat. Rome renaît : la république fleurit. Rendons mille actions de grâce k Farmée romaine, k une armée vraiment romaine. Notre juste autorité est enfin rétablie. Nous recevons les appels, nous nommons les proconsuls, nous créons les empereurs I »
Paroles indiscrètes, que devait démentir trop tôt une tyrannie plus rude encore que celle d'Âurélien et de Sévère I
Les Francs, les Bourguignons, les Vandales saluent l'avènement de Tacite par une invasion dans la Gaule ; les Scythes débouchent par le Caucase et se répandent jusqu'en Cilicie ; Tacite se hâte d'envoyer Probus pour rétablir les affaires d'Orient.
d7B. Tacite se rend au camp de Thrace, fait aux soldats
des distributions considérables, soumet les Âlains et les Scythes d'Asie et meurt, 12 avril, de fatigue, de vieillesse et du chagrin que lui cause la licence des soldats. L*armée avait supporté, en'grondant, Tacite, par respect pour ses cheveux blancs et par égard pour le sénat, à qui elle avait re i is le soin périlleux de Télection ; elle n*entendait pas pour cela se meUre sous la main du pouvoir civil.
Florien, frère de Tacite, essaie de prendre la pourpre et tient bon trois mois : il est tué a Rome par ses soldats ; la foudre frappe ses statues et celles de Tacite son frère. A cette occasion, une prophétie court parmi le peuple : qu'après mille ans révolus, un autre empereur du sang de Tacite viendrait soumettre les Parthes, imposer les lois de Rome aux Francs, aux Allemands et aux Sarmates, conquérir la Bretagne et Ceylan ; puis qu'il rétablirait le sénat suivant les anciennes lois, vivrait cent vingt ans et mourrait sans héritier. Cette prédiction ressemble trop aux rêveries messianiques pour n'en être pas une contrefaçon ou une caricature. Quand les peuples sont à Tagonie, ils font des châteaux en Espagne!...
Probus est élu k la place de Florien par les soldats et confirmé par le sénat, malgré sa répugnance très sincère. Gomme Tacite et Claude, 11 voyait les misères sans gloire de Fempire et repoussait ce calice d'amertume. Ainsi les honnêtes gens n'ont plus foi k Tempire : il n'y a plus réellement que des scélérats ou des imbéciles qui l'ambitionnent (280).
Probus, originaire d'Illyrie, compatriote d'Aurélien, de Claude et deDèce,âgé de quarante-quatre ans, est le symbole de la réconciliation des deux pouvoirs civil et militaire : son élection annonce la fin prochaine du prètorianisme. Représentant d'une idée, qu'il servit avec trop de zèle, il en sera le martyr. Peut-être devait-il plus k un régime qui, tout affreux qu'il fût pour les peuples, avait aussi sa justice : voici l'état de services de Probus.
Tribun à vingt-six ans, décoré par Valérien d'une multitude de bracelets, de colliers, de drapeaux, d'épées d'hon-
142 CÉSARISME ET CHRIStïANISME.
neur et de couronnes civiques; colonel de la 3* légion) puis de la 10*; il avait fait campagne en Afrique, dans le Pont, sur le Rhin, le Danube» le Nil et l'Euphratet conquérant et pacificîiteur de l'Egypte. Proclamé pur les soldats, il soumet son élection à la ratification du sénat — qui se montre vivement touché de celte déférence. Le nouvel empereur lui permet de diriger Tadministralion civile et semble se t'egardçr comme son général. Mais le temps n'est pas véttu encore de tenter cette division^ périlleuse des pouvoirs, et quand Probus mérite tous les éloges des gens de bienj il déplaît à l'armée, de moins en moins civique, et qui ne sait ce que c'est que la liberté.
Sous Probe, servent une foule de généraux qui presque tous arriveront à l'empire; Carus,Dioclétien, Maximin, Constance, Asclépiodole, Galérius, Licinius, etc.
Probus punit les meurtriers d'Aurélien, fait Un traité de paix avec les Francs et leur permet de s'établir datis la Gaule. Il emploie, dans les temps de paix, le soldat à des travaux d'utilité publique, circonstauée qui prouve coilibien vaines étaient les prétendues colonies; il fait planter la vigne sûr les coteaux du Rhin et de la Moselle, et rend partolit libre cette culture prohibée par Donii tien.
8'^T. Probus purge la Gaule des barbares qui Tinfestaient, ramassis de Francs, Lygiens, Bourguignons, Ariens» Vandales. La race entière des Lygiens est anéantie. Puis li passe le Rhin, trioiliphe des Germains révoltés, exige la reddition de tous les prisonniers qu'ils avaient enlevés, et songe môme a désarmer entièrement la nation.
Un corps de Francs, que Probus avait transporté sur le Pont-Euxin, dotine un exemple étonnant d'audace : il s'empare de quelques vaisseaux dans les ports, part de la mer Noire, desceud l'Archipel et s'en revient en Frattiidnie pdi* le détroit de Gibraltar, pillant toute la Côte sur son passage;
Déjà ou les avait vus (260) pirtis de leur pays, traterseb la Gaule et l'Espagne et tomber sui* l'Afrique.
Apiclds, gaslt'Driottie, êdrit sdi* la cuisine. ■— Cet hortiifae est un sarcashie.
AN 381 APRÈS iÉSUS-CHKlST. 443 ~
e"»®. Pacification delaRhétie, derillyrieetdelaThrace ; expulsion des Goths par Probus. Il élève un mur de pierre, flanqué de tours, de 200 milles de longueur, depuis Régensbourg, sur le Danube, jusqu'au Rhin. Ce mur fut détruit peu d'années après.
Les paysans de Souabe, qui en contemplent encore les ruines, attribuent cet ouvrage au démon.
dVO. Nouvelle expédition de Probus en Illyrie, Thrace, Asie et Ethiopie. Partout il est heureux. Il avait conçu le projet de rendre la vie aux frontières en les peuplant de colonies de barbares : quelquefois il réussit» plus souvent ses espérances sont trompées.
9^0. Proculus, d'Albenga, côte de Gênes, commandant en Gaule, veut se faire empereur et profite de son éloignement : il est bientôt défait, livré par les siens et tué. C'est ce Proculus qui, d'après VHistoire augiisline, ayant capturé cent jeunes filles sarmates, se vantait de les avoir dépucelées toutes en quinze jours: Ex his una nocte decem inivi; omnes iamen, quod in me eraf, mulieres intra dies quindecim reddidû Quel titre à la dignité impériale! — Bonose, Espagnol, se révolte sur un autre point de la Gaule et est bientôt forcé de s'étrangler. Celui-ci avait un talent d'une autre espèce, qui était déboire sans s'enivrer. L'indignation saisit à la vue de pareils prétendants. Les sommités sociales commencent à s'affranchir de l'orgie césarienne : le siècle des prétoriens rivalise avec les plus beaux temps de la république pour la vertu des empereurs; mais la dissolution descend encore : elle atteint aux régions inférieures, tout est perdu. Déjà, auparavant, Saturnin, Maure ou Gaulois, avait pris la pourpre en Egypte, comme il était arrivé déjà à son homonyme sous Gallien (261). C'était un rhéteur de quelque mérite, quand il obéissait à autrui, mais sans jugement. II est bientôt défait et tué.
Guerre de Probus contre les Perses : la Perse est le passetemps des empereurs, quand les autres parties de l'empire les laissent en repos. Probus les contraint à la paix. S8i. Probus, vainqueur de tous les ennemis de l'empire
144 GÉSARISME £T GURISTIANiSME.
audedaoset au dehors Jouit du triomphe. Aux maguifi-' cences de cette solennité, on vit au milieu du cirque une forêt transportée k bras d'hommes, peuplée de 1.000 daims, 1.000 cerfs, 1.000 autruches, 1.000 sangliers, qui furent abandonnés à la multitude. Le lendemain parurent, pour lesj combats, 100 lions, 100 lionnes, 200 léopards, 300 ours elj 600 gladiateurs. 80 de ceux-ci se jettent a Timproviste suij leurs gardiens, les tuent, se répandent dans la ville, qu'ils remplissent de meurtres et d'épouvante, comme si toutes les^ bêtes s'étaient échappées de l'arène : ils ne succombent que devant des troupes régulières, en vendant chèrement leur vie.
Ainsi, depuis quatre siècles, tandis que les classes supérieures, travaillées par les idées, subissaient une transformation incessante, passant du sensualisme désespéré de LucuUus et de Sylia k la frugalité d'un Probus, d'un Garus, d'un Dioclétien, la plèbe ne changeait pas : comme les animaux dont elle repaissait sa curiosité stupide, elle gardait sa sauvagerie, obligeant ses empereurs k la flatter et lu faire leur cour.
Z^Z. Probus s'empare de Ctésiphon, de l'autre côté de l'Euphrate.
De vetour en Illyrie (août), il est assassiné a Sirmium, sa patrie, autant pour sa politique de réforme, que pour la rigidité de la discipline et les travaux qu'il imposait aux soldats.
Dans son zèle de réformateur et d'économiste, Probus avait laissé trop voir aux soldats l'esprit nouveau qui l'animait, esprit qui dépassait le Christianisme lui-même de douze siècles. Il lui était échappé de dire qu'un temps viendrait où Vampire n'aurait plus besoin ni de soldats ni de tributs î..^
Aurélien, jetant le sarcasme a l'aménité du peuple romain, aimable quand il était soûl, n'avait exprimé qu'une moitié de la vérité : Probus la disait tout entière ; il ne pouvait être pardonné. — La destinée, longtemps outragée» s'acharne sur les empereurs. Le crime des Césars est inexpiable : les Antonins n'ont pu obtenir grâce ; après eux, Pertiuat, Dé«
cius,ValérieB, Claude, Aurélien, Tacite, Probus apparaissaient successivement comme de nobles victimes. Ni le courage, ni la vertu ne les peuvent soutenir; la pourpre prétorienne les brûle comme la robe de Déjanire.
A peine le crime est commis que les soldats pleurent leur empereur et lui élèvent un tombeau avec cette inscription : Hic Probus^ et vere Probus^ situs est victor gentium barbararum, Victor etiam tyrannorum.
Probus est remplacé par Garus,qui nomme aussitôt Césars ses deux iils, Carin et Numérien, et marche ensuite contre Jes Perses.
[ — De Tempire de Carus au sixième consulat d'Honorius
1(404}, 1^0 ans, les consuls furent constamment absents de
ilome au 1" janvier.]
Carus, homme de valeur, du caractère de Probus : élu par
I soldat, il n'eut pas, dit-on, pour le sénat les mêmes égards
|ue son prédécesseur. C'était impossible. L'événement qui
li donnait la pourpre était une contradiction aux tendances
le Probe, déjà si funestes à Maxime, a Balbin» aux trois Gor-
liens, etc. Tout principe faux ou vrai passé à Tétat d*insli-
|ulion ne peut se détruire qu'en s'épuisant.
9S3. Carus reçoit une ambassade des Perses dans la Isimplicité antique d'Agésilas. 11 était assis sur le gazon, fvètu d'une vieille casaque rouge qui lui servait de manteau impérial et soupant d'un plat de pois au lard. 11 dit aux Perses, en ôtant son bonnet et montrantsa tête chauve, que s'ils ne satisfont au peuple romain, il rendra leur pays aussi dégarni d'arbres que sa tète l'est de cheveux. Et il était en train de tenir parole; déjà il avait pris Solemieet Ctésiphon et passé le Tigre, quand il fut tué, le 25 décembre, d'un coup de foudre suivant les uns, assassiné dans sa tente suivant les autres, ambiguïté qui lui est commune avec Romulus. Carus donnait aussi de belles espérances : la superstition du soldat, qui croit à une menace des dieux, force Numérien à I rétrograder et fait la ruine des enfants de Carus.
284. Numérien est assassiné àChalcédoine huit mois après la mort de son père, par Apes, son beau- père, commandant
14^ CÉSARISME ET CHRISTUNISME.
des prétoriens, qui aspirait a la pourpre. Le traître ne jouit pas du fruit de son crime : accusé par les soldats et traduit en conseil de guerre, il est poignardé en plein tribunal par Dioclétien, général de Farralée d'Illyrie, qui est aussitôt proclamé.
Célébration des jeux a Rome, par Carin, fils de Carus. Ils surpassent par leur magnificence ceux (îe Philippe, d'Aurélien et de Probe. Le poète Calpurnius, ûatteur de Garîn, les célèbre dans ses églogues, où il compare son héros à Mars et Apollon, Et Martis vultus et Apollinis esse putavù Cet Apollon avait, en quelques mois, épousé et répudié neuf femmes, sans compter une multitude de concubines ; et par son impudence, ses prodigalités, il rappelait les jours d'Héliogabale et de Commode. Autres temps, autres mœurs. Le Césarisme n'est plus à ce diapason; aussi, malgré les applaudissements de la plèbe de Rome, Carin, indigne de l'héritage paternel qu'il déshonore, Carin est condamné.
Dioclétien nomme Tiridate, fils de Khosroès, roi d'Arménie, reçoit des ambassadeurs venus de la Chine et s'avance contre Carin.
— Publication du Thalmoud. — (Cf. Buret et Munk.)
Stobée, auteur grec; — Némérien et Calpurnius, poètes bucoliques : ils comprennent bien leur siècle 1...
Silence profond dans l'Église : à Nicomédîe, les chrétiens bâtissent un temple dont la magnificence éclipse celle des palais impériaux.
SÎ85. Julianus Sabinus, proclamé empereur en Italie, est d'abord tué par Carin, qui défait ensuite Dioclétien à Margus, en Illyrie, et tombe assassiné par uu tribun dont il avait violé la femme. Ce meurtre, plus que la perte de la bataille, prouve que les empereurs de l'espèce de Carin étaient devenus impossibles.
Ici commencel'époque des partages : il importe d'en marquer la transition. Ce que les fils de Sévère n'osèrent entreprendre et qui coûta la vie à Géta; ce qui servit longtemps de raison à l'apparent népotisme des empereurs, qu'on voit si fréquemment, et avec si peu de fruit, associer leurs fils à
-. AN «85 i^PRÈS JÉSUS-CHRIST. 147
Tempire, afin d'éviter un partage odieux en se donnant un collègue fidèle : le partage du commandement, et, par suite, de l'État même, Dioclétien va le tenter, et avec un remarquable succès.
Il choisit pour César un compagnon d'armes, aimé du soldat. Maximien.
Celui-ci rappelait par son caractère autant que par son nom Tancien empereur Maximin, qui, regardé comme un tyran par le sénat et le peuple, n'en fut pas moins aimé du soldat. Que l'un de nous tienne les légions, se dit Dioclétien, pendant que l'autre tiendra le sénat : que l'un soit la tête et l'autre le bras : celui-ci homme d'État et celui-là troupier, et l'empire est sauvé ! .. .
Telle fut d'abordlaséparationimaginée par Dioclétien. Elle n'excluait cependant, chez l'un ni chez l'autre, pas plus l'action militaire que l'influence civile : c'était une vraie société, en nom collectif, dont les gérants, avec des facultés différentes, réunissaient cependant chacun tous les pouvoirs et servaient un intérêt unique.
C'était un premier pas : il est clair que les choses n'en resteraient pas la. Ce qui fait honneur îi Dioclétien et k Maximien, c'est que leur amitié fut inaltérable et leur dévouement à la chose publique égal.
Dioclétien donne à son collègue le surnom d'Herculius, pendant que lui-même prend celui de Jovius. 11 envoie Maximien contre les chefs des bagaudes, Amand et Elien, qui venaient eux-mêmes de se faire empereurs!... Misérables, qui ne comprenaient pas que pour combattre et vaincre l'empire, il faut, comme Zénobie, afiirmer le principe contraire, la nationalité !...
Dioclétien va de son côté combattre les Perses.
SÎ85-305. Système de Dioclétien, C'est une réaction énergique contre les tendances des derniers empereurs, Dèce, Yalérien, Claude, Tacite et Probe.
Les prétentions du sénat avaient été éveillées sous ces empereurs et surexcitées : les proscriptions de Maximien Hercule firent rentrer ce corps dans le néant.
148 GÉSARISME ET C^HRISTIANISME;
Les prétoriens, de leur côté, semblaient s'unir au sénat pour défendre Tantique majesté de Rome. Insensiblement, Dioclétien diminua leur nombre, abolit leurs privilèges et finit par leur substituer deux légions sûres, les Joviens et les Herculiens, ainsi nommés des prénoms qu^il s'était donnés à lui et a son collègue.
Le peuple avait l'habitude de regarder les empereurs comme ses premiers magistrats et de converser familièrement avec eux; cette familiarité déplut. — Les empereurs cessant d'habiter Rome, les vieux titres de magistrature tombèrent en désuétude; en même temps, la dignité impériale prit le caractère des monarchies orientales. Dioclétien porta le diadème, prit le nom de Dominus, Majesté^ etc., etc., et fut vraiment roi. 11 eut ce qu'on appelle une cour, des eunuques, etc. •— Du reste le pouvoir indivis; les édits signés en commun.
Ainsi Dioclétien marque la transition' de Timpérialisme ou prétorianisme à la monarchie proprement dite : il ne faut pas se le dissimuler, c'était un progrès.
Son système fut donc suivi par ses successeurs, mais seulement en ce qui touchait la prérogative monarchique et l'orgueil du commandement ; pour le surplus, il fut altéré par Galérius et Constantin.
Tout cela entraîne augmentation de dépenses, de taxes, etc. Sans doute ; mais c'était forcé. C'est la loi et la condamnation de tout système vicieux qu'il coûte plus qu'il ne rapporte; suivant le proverbe vulgaire, on peut dire a cette heure de l'eropire romain que le jeu rCen vaut plus la chandelle,
«Î8G. Les bagaudes étaient vaincus d'avance, aussi bien trahis par leurs simulacres d'empereurs, Âmand et Elien, que par Tétric, le traître qui avait fait tuer ses soldats pat* Âurélien : Maximien paraît, et la révolte est écrasée.
Incursion des Saxons, des Juthes, des Varnes, des Angles, riverains de la Baltique. Carauàius, envoyé pour les réprimer et accusé de péculat^ se soustrait à l'infamie en prenant aussi la pourpre; il s'établit dans la Grande-Bretagne, se crée une marine et se soutient Jusqu'en 294.
Il y a tendance générale dans Tempire, depuis Gallien, au démembrement. Les victoires d'Aurélien et de Probe n'ont fait que suspendre un moment la dissolution : elle est avouée par le dualisme même de Dioclétien et Maximîen.
'éèSy. Carausius est reconnu par les Francs, il s'unit à eux contre Fempire; en même temps, il est appuyé par une irruption de Bourguignons, d'Allemands et d'Hérules en lllyrîe.
Au nord, les Scandinaves se jettent sur Tlrlande.
— C'est à cette année qu'on place le prétendu martyre de la légion thébaine, massacrée, dît -on, tout entière par Maximien au passage des Alpes, pour avoir refusé de sévir contre les chrétiens. Fleury, qui rapporte au long cette légende, se dément lui-même en faisant observer que B|ioclétien et Maximien furent longtemps favorables aux chrétiens et ne rendirent d'édits contre eux qu'à la fin de leur règne. L'histoire de l'empire étant vide k cette époque, les légendaires ont imaginé de massacrer ad majorem Dei gloriam. Or, si l'imposture a pu faire passer ce martyre de toute une légion (6,500 hommes), que dire des histoires de martyrs, dont on garde le souvenir en France à chaque clocher?...
«S88. Maximîen passe le Rhin, chasse les Bourguignons et les Allemands et contraint les Francs a la paix.
Oscar, fils d'Ossian, gagne une bataille sur Carausius.
SÎ89. Dioclétien entre à son tour en Germanie, revient en Illyrie, bat les Sarmates et les Daces et retourne en Orient 11 donne l'investiture du royaume d'Arménie à Tiridate contre les Perses.
Maximien, ne pouvant forcer Carausius, est réduit à traiter de la paix avec lui.
Oscar, petit-fils de Fingal, est tué par Caïzbar, chef des Belges d'Irlande, ou Furbolos.
SÎ90. Dioclétien parcourt, toujours en armes, l'Egypte, la Syrie, la Pannonie et la Gaule cisalpine... De Milan, il envoie Maximien Hercule dans la Gaule. L'empire, en présence de la révolte et de l'invasion universelles, est comme une im •
menae et perpétuelle patrouille : quel métier et quels hommes I..,
éàOf. Achilléus se fait reconnaîlre empereur en Egypte et ?'y maintient cinq ans. Traité do Maximien avec les Francs : il leur donne des terres létiques, à charge par eux du service militaire; il en use de même avec des Bataves, des Teutons, des Suèves et tous qeux qui demandent des étahlissements.
Les empereurs songent sérieusement à cette chose sans laquelle ils s'aperçoivent que Tempire ne sera bientôt rien : créer des cultivateurs, afin d'avoir des soldats!
Victoire de Dioclétien sur les Burgondes, les Alains, les Vandales, les Gépides.
édOZm Dioclétien reçoit les honneurs divins, conformément k rétiquette impériale. Il prend le nom de Jovius et donne à son collègue Maximien celui d^Herculius^ ce qui fait dire aux flatteurs que Jupiter ordonne et qu'Hercule exécute. 11 y avait, en effet, une intention marquée dans le choix de ces épithètes, qui marquaient assez, bien le rapport d'attributions des deux empereurs et la différence de leurs caractères. Pour le moment, cette distinction, qui était d'ailleurs plus dans les mots que dans les choses, suffisait
Mais Jupiter, mais Hercule ne pouvaient déjà plus suffire a la besogne. Comme le Père éternel des gnostiques, qui crée par émanation de son être des dieux égaux et inféférieurs à lui-même, Dioclétien et Maximien conviennent de se donner chacun un César, qu'ils adoptent comme fils et s'allient comme gendres ; ce furent Galérius et Constance. Galère, un soldat de la race et de la trempe de Maximien, fut pris par Dioclétien ; Constance, au contraire, caractère 'doux et de bon conseil, par Maximien. Chacun choisit ainsi le pair de son ami et son contraire; deux amis, assistés de leurs deux fils et de leurs deux gendres, telle fut l'association qu'imagina Dioclétien, pour multiplier sur tous les points l'autorité impériale, en conservant l'unité. Cette tétrarchie est motivée sur les révoltes* perpétuelles qui éclatent de toutes parts^ annonçant la fin de l'empire, et sur les attaques simultanées, sur un frontière de 1200 lieues, des barba-
res. L*empereur ne pouirant être partout en même temps, et tout général victorieux étant de droit comme de fait Impérator^ le plus court, pour éviter Tanarchie funeste de Gallien (260*268), était de créer une quaternité tellement liée qu'elle n'entraînât jamais ni guerre civile ni partage ; et il est juste de dire que si cette* combinaison de Dioclétien décelait le péril et la faiblesse de Tempire, du moins, tant qu'il en fut rftme, elle produisit de bons résultats.
Ainsi la tétrarchie fractionne Tadministration, mais laisse subsister l'unité de loi et l'intégrité du territoire; Tempereur^ comme un dieu présent sous ses quatre hypostases, peut faire face partout et vaincre Tennemi. Galère est envoyé en Orient, Constance contre les Bretons ; Maximien tient^ l'Afrique; Dioclétien reste à Rome,
d93. Garausius, assiégé par Constance dans Boulogne, est mis à mort par Allectus, son associé, qui se fait à son tour empereur et tient encore trois ans contre Constance. Dans rintervalle, celui-ci vainc les Francs et les transporte de la Batavie sur la Somme et la Marne ; fondateur sans le savoir de la plus grande monarchie de la chrétienté et véritable initiateur de la civilisation chez les barbares. Ainsi la défaite profite aux peuples agresseurs de Rome épuisée autant que le succès : victorieux ou vaincus, il faut également compter avec eux, leur donner des terres, trop heureux qu'ils se décident h les cultiver...
ttWkm Les Garpiens, peuples sarmates, également soumis, obtiennent des terres dans la Pannonie. — Où donc est maintenant la conquête? où est la pensée de César ? qu'est-ce que l'empire ? qu'est devenu le peuple romain ? En violant la liberté des nations et en constituant le despotisme. César, Antoine, Auguste, Tibère ont organisé la mort de Rome, l'anéantissement de la société latine, de la race de Romulus et Numa. Encore si, au lieu de cette extermination permanente des peuples barbares, qui commence aussitôt après la bataille de Philippes, pour aboutir, après une série de triomphes, k la cession de la Mésie, de laDacie, de l'Arménie, de la Babylonie, delà Belgique, etc., et à l'introduction systé-
matique des barbares dans les provinces si longtemps disputées ; — encore si Fempire avait été un instrument de civilisation; s'il n'avait voulu que convertir les peuples, extirper les superstitions, porter la lumière chez les sauvages!... Vaine supposition ! L'empire, c'était le pillage, la servitude, l'affront, le vol : il est aujourd'hui confondu et n'a plus la moindre eiLcuse. Tous les empereurs prétoriens déposeront au jour du jugement contre César, et sa politique, et sa tradition corruptrice, et sa hideuse dynastie.
SÎ95. Après de longues dissensions, Marsès est reconnu roi des Perses: il tourne aussitôt ses armes contre l'Arménie, qu'il rétablit sous son obéissance, chasse Tiridate et médite la conquête de l'Orient. Il déclare la guerre aux Romains.
— Autun, ruinée par les bagaudes, est rétablie par Constance et ses écoles, alors célèbres, rouvertes.
996. Siège et prise d'Alexandrie par Dioclétien (291). Il fait raser les villes de Busiris et Coptos et abandonne aux Nubiens une portion de l'empire, qu'il ne peut plus défendre. Chaque victoire consacre une reculade de l'empire. Gloire k César I... L'Egypte est livrée aux proscriptions.
Constance, de son côté, défait Allectus et, maître d'une flotte, se prépare k replacer la Grande-Bretagne sous la loi des empereurs : mais à quel prix? k la condition que désormais l'empereur ne quittera plus la Gaule et la Bretagne, ce qui mène droit au partage, au rétablissement des nationalités. L'unité n'est pas dans le principe césarien : il est convaincu de faux; il fléchit sans cesse.
Dioclétien rend un édit contre les manichéens et les mages. Fleury, d'après Eutrope, en rapporte le texte. « Il n'est pas permis, dit Dioclétien, de résister à ce que les dieux ont ordonné et qui a été établi par le conseil des sages. Mais les superstitions vaines et honteuses, fruit de l'oisiveté et de la corruption, doivent être bannies et réprimées. Nous avons appris que les manichéens sont comme de nouveaux monstres, venus depuis peu de temps dans le monde, de chez les
Perses, nos ennemis, et qu'ils commettent quantité de crimes, introduisent chez les Romains les coutumes exécrables et les lois infâmes des Perses.Nous ordonnons, etc.» On voit que les accusations contre les sectateurs de Manès sont identiquement les mêmes que celles qu*on faisait cent cinquante ans auparavant contre les chrétiens et tout aussi peu fondées. L*édit de Dioclétien conduisait droit k la répression du Christianisme; mais ce qui est curieux, c'est qu'il ne fut pas abrogé, avec ceux de Galérius et Maxence ; au contraire, il fut invoqué comme loi de l'État, contre les manichéens, par les empereurs convertis!...
d90-S&98. A cette époque, la sécurité est si profonde dans rËglise que le relâchement, la discorde, les intrigues, etc., si effrayantes déjà il y a une cinquantaine d'ajinées, éclatent de toutes parts. Tandis que la société païenne, sous ses généreux chefs, gagne sans cesse et s'améliore, la chrétienté dégénère. Faute d'annales honorables, on n'y trouve plus que quelques historiettes de martyrs impudemment controuvées et fort peu édifiantes. C'est à cette année que les chrétiens placent la mort d'un jeune homme de vingt et un ans, nommé Maximilîen, pour refus du service militaire, sous prétexte qu'il était chrétien. — Un centurion, nommé Marcel, jette tout à coup son ceinturon et sa canne de sarment, marque de son grade, et dit qu'il est chrétien et ne veut plus servir. Traduit pour ce fait en conseil de guerre, il est condamné à mort; mais voilà que le greffier^ nommé Cassien, brise sa plume et refuse à son tour d'enregistrer la sentence, la traitant d'injuste. Dans la Norique, quarante soldats sont également mis à mort pour refus de service et infraction à la discipline.
En supposant ces histoires vraies, TÉglise n'avait rien de mieux à faire que de les ensevelir dans l'oubli : où donc est l'État qui tolère la rébellion des soldats, sous prétexte de délicatesse religieuse?... Le premier devoir est le service de la patrie; il n'y a pas de religion qui puisse prévaloir contre cela. Ici, le Christianisme trahit sa méchante nature : ce n*est plus Taffirmation de l'égalité des hommes et de la mo-
raie conservatrice des sociétés; c'est un mélange de misanthropie, de révolte et de sacrilège contre toutes les lois et les devoirs de l'homme et du citoyen.
— Hiérax, de Léonte, en Egypte, très savant dans les lettres grecques et égyptiennes, d'une pureté de mœurs et d'une chasteté de vie admirables, en vénération à toute l'Egypte, nie la résurrection de la chair et l'explique comme une figure de la régénération spirituelle. Pour cela et pour d'autres opinions sur le Saint-Esprit, il est déclaré hérétique. N'est-il pas malheureux que les hérétiques, les excommuniés, les damnés parmi les chrétiens soient constamment les plus savants, les plus éclairés, les plus vertueux, les plus dévoués, les plus modestes, les plus saints? Un Basilide, un Valentin, un Saturnin, un Marcion, un Montan, un Tertullien, un Origène?...
Sans le martyre qui termine leur vie, il faudrait ajouter, un Clémenf d'Alexandrie, un Cyprien de Carthage, etc., — que sont donc les orthodoxes^? Cherchez bien et vous trouverez, néant 1 — L'orthodoxie, c'est la médiocrité ignorante, incapable et envieuse ; c'est Robespierre.
297. La guerre contre les Maures est menée à bonne fin par Maximien flercule : Galérius est d'abord moins heureux contre les Perses ; il éprouve une grande défaite dans les mêmes plaines où avait été défait Crassus (53 av.) et perd toute son infanterie. Dioclétien vient à son secours, s'avance jusqu'à Nisibe et impose d'abord à l'ennemi. La même année. Constance se rend maître de toute la Bretagne, où Allectus est défait, près de Londres, par Asclépiodote.
— Hiéroclès, gouverneur d'Alexandrie et philosophe, écrit contre les chrétiens un livre intitulé Philaléthès, ou l'ami de lavérité, Lactance et Arnobe lui ont répliqué de leur mieux : leurs livres ont été conservés, celui d'Hiéroclès a péri. Mais on peut juger par la réfutation de la valeur de l'attaque, et nous n'avons pas à en dire autre chose que ce que nous avons dit de Celse, à l'occasion du livre d'Origène (248). Un point à noter seulement sur le livre d'Hiéroclès : il prétendait que Jésus, s^étant formé une bande de 900 hom-
AN 298 APRÈS JÉSUS-CHRIST. iftS
mes, avait battu le pays, pillant et dévastant. Ce témoignage, un peu tardif, est un de^ éléments qui ont fait dire à un écrivain moderne, Ângellini, que Jésus avait été un des zélateurs et que le Christianisme, à l'origine, ne se distinguait point du zélotisme ; système qui nous paraît avoir été imaginé, comme celui de Strauss, en vue d'expliquer historiquement le rôle de Jésus et la formation chrétienne.
Dans son ouvrage, Hiéroclës met en parallèle Jésus et Apollonius et élève celui-ci au-dessus de l'autre, u Cet Apollonius, dit Hiéroclès, qui fit tant de choses étonnantes, nous ne rhonorons pas comme un dieu^ mais comme un homme chéri des dieu^r, tandis que les chétiens croient Jésus dieu^ lui qui ne se signale que par quelques misérables escamotages. » Ainsi les vices, les superstitions, le mauvais esprit des chrétiens, déteignant sur leur auteur, lui attiraient les imprécations des philosophes!...
Un autre philosophe, cité par Lactance, mais dont le nom est resté inconnu, écrit aussi trois livres contrôles chrétiens : comme il n'en reste rien et qu'on n'en connaît que ce qu'il a plu aux apologistes chrétiens d'en dire, les historiens modernes ont carte blanche pour médire à leur aise du livre et , de l'auteur.
998. Les quatre empereurs font élever des forteresses par tout l'empire, afin d'appuyer les légions, fâcheux symptôme !... Constance Chlore remporte une victoire sur les Allemands.
— Arnobe publie sept livres de disputes contre les gentils. Ce sont des déclamations contre le polythéisme, ou plutôt une série à' insultes personnelles contre les dieux.
Pauvre critiqde, philosophie nulle; apologie insignifiante : tel est l'ouvrage d' Arnobe. Il n'est pas écolier de notre temps qui, sur la mythologie, l'histoire des religions et la symbolique des cultes, montrât aussi peu de savoir et de sens. On consulte cependant le livre d'Arnobe pour certains détails de théogonie, etc., plus utiles à l'érudition qu'à la philosophiaet klafoi. Quant k son orthodoxie, elle est comme sa
156 CÉSARISME ET eHRlSTIANISME.
critique extrêmement précaire, eu égard à ce que Ton appela 1,000 ans après lui de ce nom. Fieury et les autres Teucensent, en disant qu'il était mal instruit^ quand il se mêla d'écrire : c'était pourtant un professeur de rhétorique, le maître de Lactance !...
édOO. Défaites des Marcomans par les Romains. Silence dans l'Église. Aussi les légendes de martyrs abondent, SS. Donatien et Rogatien, Grépin et Grépînien, Quentin, Piat, Just, Ferréol et Julien, Victor, ces trois derniers condamnés pour refus du service militaire, et plusieurs autres : tous, soi-disant martyrisés dans la Gaule. S'il faut en croire les actes sincères de ces martyrs, il faut croire aussi qu'à cette époque un vaste complot existait parmi les chrétiens pour ruiner l'empire par le refus du service militaire, Tembauchage et la désertion des soldats. En tous pays, de tels faits seraient poursuivis comme crimes de haute trahison et punis de mort.
L'esprit général des Églises, le livre de Tertullîen, De corona militis (198), Tapprobation donnée au refus de serment des soldats, les honneurs rendus aux martyrs vrais ou supposés qui souffrirent pour cette détestable cause, semblent attester hautement la vérité de ces histoires. Cependant, la politique de circonspection des évêques, leur tolérance envers les tombés^ les mille moyens qu'ils employaient pour échapper à la persécution et satisfaire aux exigences des magistrats, sans paraître apostasier, l'immoralité incontestable d'une doctrine qui, sous prétexte de religion, ne tendait à rien de moins qu'à priver l'empire de ses armées et à le livrer sans défense aux barbares, nous tiennent en défiance et nous interdisent d'admettre l'authenticité de cette partie du martyrologe.
300. Les Francs, comme les Germains et les Gaulois, prennent aussi du service dans les armées impériales. Attendez un peu, et les barbares feront des empereurs destinés à les vaincre I Dérision.
— Cette année avait été fixée par quelques millénaristes pour la fin du monde. Le monde allant toujours, l'échéance
AN 300 APRÈS JÉSUS-CflRI3T. 157
est reportée à 500 ou 502, et de la ce sera en Tan 1000. 11 semble qu'après tant de mécomptes, le millénarisme eût dû être, de toutes les fausses opinions qu'a produites le Christianisme et dont il a rejeté plusieurs, la mieux démentie : . il n'en fut rien. Il y a tant de manières de calculer cette millième année qu'on n'y a jamais tout kfait renoncé et qu'on l'attend encore !...