SIÈCLE DIT DE CONSTANTIN
L'empire s'en va et la société se dissout : cela est incontestable. Il y a donc décadence, comme l'ont constaté tous les historiens, mais par quelle cause ? c'est ce que l'on n'a pas égalementbien déterminé. On a présenté cette décadence" comme un phénomène normal, inhérent aux sociétés, inévitable. On a présenté les nations comme des êtres susceptibles de croissance et de décroissement; on les a comparées à rhomme, dont la vie (animale) parcourt une courbe ascendante et descendante....
Or, il est visible déjà que les choses ne se passent point ainsi.
D'un côté, la décadence de la société romaine et des nations qu'elle absorbe est le fait exclusif de la tyrannie et des réactions redoutables qu'elle provoque ;
De l'autre, il appert qu'à mesure que cet empire anti-organique se désorganise, la moralité humaine s'élève insensiblement dans le bien et dans le mal.
Les Antonins valent mieux que les Césars; Les empereurs prétoriens sont meilleurs aussi que les Antonins.
Nous allons voir les 'empereurs chrétiens s'élever encore plus, comme hommes, dans cette moralité, en même temps que comme chefs d'État, expression d'un système flétri, ils tombent au-dessous de leurs prédécesseurs. Toutes proportions gardées, Constantin, Théodose, Valentinien et leurs fils valent mieux que Jules César, Marc-Aurèle, Septîme-
158 GÉSARISME ET, CHRISTIANISME,
Sévère, Yalérien et leur postérité. Mais pour la politique, les chrétiens sont les derniers de tous : ce sont d^aveugles démolisseurs, qui, procédant au noni d*un principe soi-disant chrétien, se montrent d*autant plus destructeurs qu'ils sont plus fidèles, et sont pires, pour la civilisation, que les Âlarie, les Genséric et les Attila.
Par un dernier trait de ressemblance, les uns finissent aussi mal que les autres; une mauvaise vie ne peut être couronnée d'une bonne mort, et toute institution mal fondée en vérité et en droit périt dans Tinfamie. On dirait que c'est une loi, ou plutôt une condamnation de Thistoire. Le Gésarisme finit par Domitien, lâche, sanguinaire et bète ;
— L'antonianisme, par Gommode; — le prétorianisme, honoré de tant de beaux caractères, va s'écrouler par l'incapacité de Galérius et les débauches de Maximin Daïa et Maxence.
G'est ainsi que les chrétiens empereurs finiront a leur tour dans l'idiotisme des fils de Théodose.
301. Gonstance Ghlore détruit près de Langres 60,000 Allemands : Galère châtie les révoltés d'Afrique. Nec mora, nec requies.
— Schisme de Mélèce, évèque de Lycopolis, en Ég^iple. — Ge Mélèce, suivant Fleury, qui ne fait que rapporter les allégations des orthodoxes, avait été convaincu de plusieurs crimes, chose fréquente dans Tépiscopat, et notamment d'avoir sacrifié aux idoles, ce qui n'était en vérité pas une affaire.
Déposé dans un concile tenu a Alexandrie, il protesta contre la condamnation, se mit a récriminer contre Pierre et se sépara de lui. Ge schisme eut de grandes suites; et une preuve que ledit Mélèce n'était pas tout à fait un misérable, c'est que le concile de Nicée (325), qui s'occupa de cette affaire, n'osa passévircontreunchef qui comptait vingt-cinq évêques de son parti et entraînait une moitié de l'Egypte. Des évêques, sans doute, ne sont pas des raisons, pas plus que des moines : mais ou ne saurait nier que la force d'une accusation ne diminue avec le nombre des adhérents de l'ac-
€usé:^car il répugne, à la conscience humaine que des hommes adhèrent en masse à Finfamie et au crime, comme aussi qu'ils soient en masse calomniateurs.
30SÎ. Galérius répare sa défaite de 297 : avec 25.000 hommes d'élite, il entre dans l'Arménie, commence une guerre de montagnes, surprend la nuit le camp de Narsès, et fait de son armée un horrible carnage.
— Défaite de Narsès par Galérius : il a pour successeur Hormisdas II. Tout le pays sur le Tigre rentre sous la domination romaine, dont la limite est fixée à l'Aboras. Tiridate est rétabli : l'Ibérie est inféodée de même a Rome, dont les empereurs doivent nommer ses rois. Paix de quarante ans avec les Perses, — (Cf. Gibbon.)