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FIN DE LA PÉRIODE PRÉTORIENNE

Ici commence une période révolutionnaire delà plus haute importance, et qui ne nous semble pas avoir été mieux expliquée par les historiens que celle de la formation chrétienne elle-même. Nous allons essayer d'en retracer la substance. Elle dure de l'an 303 à 325.

Dioclétien vient passer l'hiver à Nicomédie. Galère, victorieux et d autant plus insolent, l'y joint. Enorgueilli de ses succès, de ses lauriers, il s'impatiente du titre de César : Quousque Cœsar ? s'écrie-t-il, d'après Lactance, à la lecture de lettres qui portent cette suscription. 11 aspire à un titre plus élevé qui lui donne la direction des affaires. C'est à son influence que les chrétiens attribuent la résolution qui fut prise de proscrire alors leur religion. Dioclétien y répugnait : il craignait de troubler l'empire, a si grand'peine défendu contre les prétendants et les barbares; toute son intelligence d'homme politique résistait. La persécution n'avait servi de rien a Trajan et Marc-Aurêle, qui même avaient usé detolérance; elle avait servi moins encore à Sévère, à Maximin, à Décius, à Valérien : il était par trop naïf de croire qu'on sauverait l'empire en restaurant, par la force, les religions

décrépites et en exterminant les novateurs. Un. conseil fut tenu dans le palais impérial, les oracles consi^ltès : comme on devait s'y attendre, prêtres et conseillers furent de Tavis du César.

Quels pouvaient être leurs motifs ?

[Les chrétiens, comme les juifs, se faufilaient partout, intriguant, faisant des néophytes : c*était une conspiration de jésuites k robe courte, ' comme en 1825-30. Ainsi, Prisa et Yaléria, femme et fille de Dioclétien, étaient devenues chrétiennes; — Lucien, Dorothée, Gorgonius, André, principaux eunuques du palais, chrétiens ; une foule d^employés de la cour, chrétiens.

Le Christianisme, depuis Commode, assiège le palais des Césars par les femmes, par les histrions, par les eunuques, par les médecins, par les gens de lettres : ainsi on avait vu les juifs bien en cour sous Néron, grâce k la protection de Poppée (62).

— Du reste, on voit par Arnobe (1. III), que païens et chrétiens haïssaient également les philosophes comme des maîtres d'impiété (360), et qu'ils eussent voulu faire proscrire jusqu'aux écrits de Cicéron.

Aussi, peut-on regarder la secte des platoniciens de cette époque, qui s'unirent au parti polythéiste, comme des déserteurs de la philosophie. Est-ce pour cela qu'ils ont obtenu une SI grande faveur en France, au xix* siècle, parmi nos universitaires?

Ainsi, païens et chrétiens se combattaient les uns les autres et s'unissaient contre les philosophes, qui combattaient contre tous.]

Les chrétiens, par leurs sociétés, sodaliiia^ leurs évêques, leurs conciles, leurs Églises, formaient une société k part dans la société romaine, pour parler notre langue, une vaste opposition. C'était une république dans la république, ayant son code, ses lois, son Dieu, sa religion, ses chefs, ses tribunaux, ses juges, son gouvernement; ils faisaient profession ouverte de mépriser les anciennes institutions, d^outrager les dieux ; ils refusaient le service militaire,

qu*il8 considéraient comme une idolâtrie et une impiété ; et en feignant de prier pour les empereurs, ils ruinaient leur autorité et la bernaient. Il est certain que dans aucun pays, dans aucun temps, aucun gouvememevt n^etiipu tolérer une pareille scission ; autant eût valu abdiquer. Que tous les citoyens de Tempire jouissent de la liberté d*opinions et de conscience, c*eût été la moindre chose, qu*aucun empereur ne songea jamais k défendre. Mais attaquer systématiquement la constitution sociale, jeter le mépris sur tout ce qui tenait, non seulement à Tempire (l'empire, comme commandement et autorité, ne répugnait point aux chrétiens), mais k rÉtat romain, k la civilisation, a Tordre, k la justice, aux lois, choses bien supérieures k la puissance impériale ; insulter journellement aux choses les plus inviolables : voilk ce qui ne se pouvait tolérer, k peine de honte et de suicide. Le Christianisme avait dit anathème k la société et Texcommuniait; il détachait d'elle, homme k homme, tous les citoyens, sans distinction d'âge, de condition ni de sexe; était-ce oui ou non une conspiration ? Et la société, l'État, l'empire dévorés par cette conspiration forcenée, pouvaient-ils durer longtemps et vivre ? fallait-il donc céder ou se faire chrétiens? Céder, encore une fois, c'était tendre le dos aux verges, la joue aux soufflets, la pourpre aux crachats. Se faire chrétien ! certes, on pouvait compter, avec la connivence des èvéques, sur un gouvernement aussi absolu, aussi énergique, aussi spoliateur, aussi intolérant, aussi féroce que les plus mauvais jours de Tempire en eussent donné d'exemples. Le temps n'était plus où les chrétiens cgalitaires et libéraux niaient la distinction des fortunes et voulaient abolir tous les pouvoirs. La discipline des évèques les avait singulièrement adoucis, et pourvu qu'on caressât leur superstition, on les trouverait aussi souples, aussi vils, aussi rampants que les vieux citoyens de Rome! Se faire chrétien? le pouvait-on? Qu'était-ce que la secte chrétienne au milieu des populations de l'empire? un vingtième peut-être !... Pouvait-on sacrifier k ce vingtième l'intérêt traditionnel et dès longtemps prescrit des dix-neuf autres. Encore, si lo Christianisme eût été

la Térité, s*il avait été le règne des saints !. . . Se faire chrétien , c'était se couvrir d'un ridicule ineffaçable, et d'ailleurs inutile. Qui ne prévoyait que le jour où les chrétiens seraient les maîtres, plus que jamais divisés, ils mettraient tout en combustion, perdraient tout, infectant de leur ignorance toutes les intelligences et tous les cœurs I...

Les empereurs, ici, n'avaient pas le choix. Il fallait anéantir la secte et la poursuivre à outrance.

On avait trop tardé; mais enfin le mal pouvait n'être pas sans remède, si les empereurs consentaient a agir sans relâche et sans faiblesse.

Ces raisons étaient sans réplique. L'histoire seule et la postérité, jugeant de plus haut que ne le pouvaient faire Galérius et ses conseillers, sont en mesure aujourd'hui d'y répondre, et sans justifier nullement le Christianisme, de prouver que la persécution demandée par les Césars» juste dans la forme, — l'existence de la société chrétienne était en effet incompatible avec celle de l'empire et intolérable, — au fondy était injuste.

De qui donc le Christianisme est-il le fruit, pouvons-nous dire maintenant à Galère, si ce n'est des Césars, si ce n'est de Rome et de sa longue tyrannie? Qui a provoqué les protestations d'Ârminius, de Civilis, de Yindex, de Sabinus, de Tacfarinas, de la Judée sous Vespasien et Adrien? qui a suscité les trente tyrans ?... qui a inspiré Apollonius, Simon le Mage, les druides, tous les philosophes?... Et vous demandez d'où viennent les chrétiens? Vous voulez sévir contre une secte qui est le résumé de toutes les douleurs, de toutes les espérances, de toutes les doctrines qu'a suscitées contre lui le Césarismel... Ah I plutôt,* songez vous-même a vous humilier devant l'humanité que vous avez écrasée, outragée; demandez pardon aux hommes et aux dieux : César, à genoux!...

AN 303 APÏ^ÈS JÉSufe-CHRIST. 163

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