DE 313 A 381. — THÈME DE CETTE PÉRIODE
L'histoire de Tempire, depuis sa conversion , est l'histoire de son agonie , ou plutôt de son suicide. Les coups qu'il se porte à lui-même k Andrinople, Gallipoli, Chalcédoine (324), k Mursa (351), k Aquilée (393), achèvent de l'épuiser et amènent bientôt (410) l'invasion.
L'Église se signale par Finconscience qu'elle a d'ellemême. Sa dispute théologique.— Trois grands mouvements: Tarianisme en Orient, le pélagianisme en Occident, les monophysites en Orient.
— A cette heure, d'après un calcul statistique cité par Matter , la totalité de la population chrétienne ne dépassait pas cinq millions.
314. Le plan de Dioctétien , heureusement suivi jusqu'à son abdication, avait été de diviser le gouvernement en conservant Tunité de l'empire ; on pouvait s'attendre que les
deux beaux-frères, d'accord pour la destruction des tyrans, d'accord pour la tolérance à donner aux chrétiens, s'entendraient également pour l'administration du nouvel ordre de choses. Il n'en fut rien. Quel fut l'auteur de la rupture? tout le monde et personne. Elle sortit de la situation même.
Constantin, en faisant épouser sa sœur Gonstantia à Licinîus , avait donné l'autre à Bassianus , homme de haute intelligence, qu'il se proposait de faire César. Ce Bassianus ayant eu des intelligences avec Licinius, Constantin se défit de l'un et déclara la guerre à Tautre. Or, sur quoi pouvait rouler la correspondance secrète entre Licinius et Bassianus ? La vie entière de l^icinius et l'état des choses le montrent assez: Licinius, dans la part de l'empire qui lui était échue, se montra moins favorable k la révolution opérée par Constantin ; il devint le chef et le représentant de la vieille société.
Licinius (313) n'était que* tolérant et déiste : Constantin inclinait à faire du Christianisme la religion de l'État.
Le premier était plus dans la pensée officielle , le second plus dans la logique des événements. Licinius voulait enrayer, Constantin- lâchait les rênes.
Il défend la convocation des synodes et renvoie ses officiers chrétiens.
— Affaire de Félix d'Aptonge et d'ingentius.
— Conciles d'Arles, contre les donatistes; d'Ancyre, de Néocésarée.
Les donatistes ne s'étaient pas soumis k la décision du concile de Rome. Personne , ni parmi les orthodoxes , ni parmi les schismatiques , n'avait obéi aux invitations de Constantin. Le feu de la discorde flambait de plus belle I...
Donc, l'empereur ordonne k Vérin us, lieutenant du préfet d'Afrique, de lui faire un rapport sur l'affaire. Enquête le lo février 314. Cf. le procès-verbal de l'interrogatoire plus ou moins intègre, mais où Félix d'Aptonge ne joue pas un beau rôle.
!•' axmt. — Concile d'Arles. Suivant Ado, six cents évoques au concile d'Arles :
%Ù6 CÉSARÏSME ET CHRISTIANISME.'
Il esquive les informations, auxquelles d'ailleurs les anciens officiers deTempire appelés en témoignagne n*ainiaient point à se prêter; il maintient les ordinations des donatistes et les renvoie.
Constantin s'est imaginé qu'il régenterait la chrétienté par les évéques et les conciles : il doit s'apercevoir déjà que celte matière chrétienne n'est point aussi malléable qu'on le lui avait annoncé (304, 31i).
Le concile d'Arles n'eut pas plus de succès a l'égard des donatistes que celui de Rome tenu en 313. — L'année suivante, un autre à Milan.
Le concile d'Arles règle d'autres points : 1* célébration de la Pâque, le même jour; f 2* Obligation de résider pour les clercs;
3* Défense aux mêmes de pratiquer l'usure (cf. ans 100 et 196);
i" Obligation du service militaire, et excommunication prononcée contre les déserteurs (198);
5* Obligation à tout fonctionnaire public de se munir de certificat de communion avec son évêque. Voilà bien le droit de lier et délier.
Pour le moment, tout cela allait assez bien ; mais quels principes Constantin laisse s'introduire I
— Appel des donatistes.
315. Le 8 octobre 314, bataille perdue par Licinius près de Cibale, en Pannonie , contre Constantin , 20.000 tués du côté de Licinius (Licinius 35é000, Constantin 20.000).
Deuxième bataille à Ms^rdie, en Thrace, perdue par Licinius. Il est forcé d'acheter la paix (décembre) moyennant un nouveau partage de l'empire, par lequel les domaines de Constantin s'accroissent de la Pannonie, de la Dacie, de la Macédoine et de la Grèce; Licinius conserve la Thrace, l'Asie mineure, la Syrie et l'Egypte. En remplacement des deux Césars Bassien et Valens, qu'ils avaient créés, trois autres sont nommés et mutuellement reconnus : Crispus et Constantin jeune par Constantin, et Licinien par Licinius. — Continuation de la tétrarchie inventée par Dioclétien ! elle est
seulement rendue hérédilaire. — Fausse réconciliation, fausse paix qui ne pouvait durer, comme les faits do cette . année même le prouvent.
Ëdits de Constantin en faveur de TÉglise. (Cf. Fleury, a. III, 59.)
Commencement de la persécution de Licinius. (/J., 35.) Constantin était donc Tespoir de tous les chrétiens qui vivaient sous la loi de Licinius ; Licinius, en revanche, était le chef de tous les conservateurs, païens^ etc., qui obéissaient à Constantin. Chaque empereur avait un pied chezTautre, position qui est celle de deux duellistes ou lutteurs : Enlèventoi donCf ou je t'enlèverai / H [a avaeip^ eyci) xe,
— Schisme des donatistes. (Cf. Gibbon, t* I, p. 46^ et Fleury, t. 111, 61.)
— La politique de Constantin visa-vis de rËglise se borne d'abord à une pleine et entière ioléraiice; puis elle devient rapidement de la faveur, de la prédilection ; — et Tantagonisme se posant de plus en plus entre lui et Licinius, celte faveur devient de Tëxclusion. C'est ce qu'il est facile de suivre dans la succession des édits.
316. Constantin donne la liberté aux esclaves qui se font chrétiens.
La condition mise à la liberté prouve combien le Christianisme était déjà loin de sa pensée première!
Le Christianisme, c'est le droit primitif et inaliénable de la liberté, l'organisation de la justice.
Et voici que le Christianisme est autre chose que la liberté, autre cliose que la justice, autre chose que Tanticésarisme 1 (Cf.-?..)
— Concile de Milan, où les donatistes appelants sont condamnés de nouveau par Constantin (10 novembre;.
Le parti de Cécilien triomphe par la volonté de Constan* tin, comme on devait s'y attendre. Les églises et leurs revenus, donnés aux orthodoxes, partisans de l'autorité ; les donatistes, partisans de la liberté apostolique, dépossédés et envoyés en exil. Ils protestent, excommunient leurs adversaires et crient plus que jamais à la corruption.
208 GÉSARISMÈ ET CHRISTIANISME.
3iT. Loi de réforme de Constantin. — Cf. Gibbon, I, 261-262, et passim,
— Loi qui interdit Texposition des enfants et ordonne de secourir les parents qui ne pourraient les nourrir! G*est bon k citer dans un panégyrique. Aux yeux d'un économiste, cette loi demeura sans effet, ou ne servit qu'a développer la misère publique.
— Loi contre la séduction des mineures; le séducteur puni de mort; la fille qui avoue sa complicité, idem; les parents qui auraient essayé de réparer la faute par un mariage, exilés et leurs biens confisqués. — Le Christianisme a passé par là I... Tombée immédiatement en désuétude I
Grande faveur de Lactance, Eusèbe et Osius à la cour de Constantin; il est assiégé d'évêques, il met à leur disposition les chevaux de poste de Tempire et les défraie de tout I...
318. Ëlablissement de la juridiction épiscopale, par Constantin. Cf. Du Rozoir (23* partie, 139 et suiv.).
319. Victoires du jeune Crispus, César, sur les Francs. Les 40 martyrs. (Cf. an 303-311 — il y en adeux fois 40II...) L'arianisme. (Cf. Encyclopédie; Fleury, 70 et suite. —
Gibbon, 467-672, etc. Exposition à faire.)
— Les victoires du Christianisme aveuglent Tépiscopat. Dans sa joie, il se fait païen. A côté des donatistes surgit donc la protestation d'Arius, laquelle retient davantage l'ancienne foi, et, par les semi-ariens, forme le dernier terme moyen entre Jésus le prophète et Jésus le Dieu !
(Extraire de l'article Arianisme^ de V Encyclopédie nouvelle^ par P. Leroux, plusieurs passages pour l'exposé de la théorie d'Arius; puis montrer que cette théorie, comme toutes celles des gnostiques, de Platon, etc., sur le même sujet, de même que la Trinité, se réduit k une pure détermination métaphysique, c'est-à-dire logique et grammaticale.)
Ce qui explique d'ailleurs le triomphe d'Athanase^ c'est qu'il était moins métaphysique, plus anthropomorphique, plus dans les convenances des peliples idolâtres qu'il s'agissait de convertir.
AN 321 APRÈS JÉSUS-CHRIST. â09
Ajoutons, la nécessité pour TÉglise d'offrir une religion au monde révolutionné et de remplacer les dieux abattus.