avril. Martyre de Polycarpe, évêque de Smyrne
' . AN 168 AP-RÊS JÉSUS-ClïJltST. 23
C'était un vieillard, alors âgé de quatre-vingt-six ans, qui avait vu Tapôtre Jean, et qu'on pouvait regarder alors comme le doyen de tous les chrétiens, c'est-à-dire le plus âgé dans la religion. De semblables exécutions, faites avec fanatisme et un grand éclat, ne pouvaient que nuire au Césarisme et servir la cause cbrétienne. Il reste de lui une Éjâtre aux Philippiens; on a vu (71, 92, 108) que la coutume s'était répandue parmi les évèques d'écrire, il Texempie des apôtres, aux Églises voisines, soit pour entretenir la communion, soit pouf leur donner des conseils. La lettre de Polycarpe est importante pour rbistoire de l'épiscopat : on y voit que Tévêque de Smyrne, à l'exemple de son collègue Ignace d'Antioche (107), appuyait la doctrine de Clément (92) sur la hiérarchie ecclésiastique. — (Voir si, dans cette lettre, les passages de l'Évangile sur la primauté de Pierre sont rapportés?)
« Ce qui est remarquable, dit Strauss, c'est que non seulement Polycarpe ne cite point l'Ëvangile de Jean, qu'il a connu, ni celui d'aucun autre; mais c'est qu'Irénée, disciple de Polycarpe, qui eut èi soutenir l'authenticité du 4' Évangile, n'invoque nulle part en témoignage Tautorité de l'homme apostolique. »
— Athénagore, apologiste, réfute, au nom des chrétiens, les reproches d'athéisme, de promiscuité et de cannibalisme qn*on leur adressait. Il professe, en termes k peu près orthodoxes, mais qu'avait réfutés Justin, la foi k une trinité : mais cette trinité est prise de la gnose, rien n'y trahit l'autorité des Évangiles, que l'auteur semble n'avoir aucunement connus.
Bergier place cette apologie d' Athénagore a l'an 177. — Quid?
(Voir cette apologie, qui existe encore tout entière, et dont le silence h l'endroit des quatre Évangiles serait décisif, comme celui de Polycarpe et de Justin.)
168. Les barbares s'avancent en masse le long du Danube, jusqu'à Aquilée, et s'apprêtent k faire irruption en Italie.
Victoires des Romains sur les peuples confédérés de la
24 CÉSARÎSME ET CHRISTIANISME.
Germanie : Marcomans, Quades, Uermunduresi Narisquas^ Buriena, Bastarnes, Pénéniens, GaAloboques, Suèves» Yictophalea, Vandales, laayges« Roxolansi Alains, eto. Discours de Tatieu contre les Grecs.
— C'est une attaque en forme eontre le culte des dieux, la mythologie et tout le système polythéiste. Jusqu'ici les chrétiens s'étaient tenus sur la défensive et s'étaient bornée à faire l'apologie de leurs croyances et de leurs mœurs« Tatien, le premier (?), porte la guerre dans le camp ennemi et rompt en yisière au paganisme, comme avaient fait les apôtres* Son discoiirs est une diffamation en règle des dieuX) de leur culte et de leurs prêtres. Tatien était disciple de lustin, à qui il rend hommage : nous le retrouverons plus tard (171), chef des encratiteti
[Dans ce discours de Tatien ^ Tuntea de Dieu le Père et de Dieu le Fils est exposée^ nioitié d'après les idées del^laton, moitié d'après eelle des gnestiques; la théorie de l'émanation eêi ia base de son systèmot Pas un mot de YÉv€M§iiê du Jean«]
— Denys, évoque de Corinthe, écrit différentes épîtres au» Romains, aux Laeédémoniensi aux Athéniens, aux Nieomédiens et aux Cretois (467) ; le pape, Soteri P/nitus^ évoque d« Crètei faisaient de méffie< Ces lettres étaient lues dans les églises) comme cellee des apôtresi"** Denys atait exhorté Pytii" tus k se montrer moins sévère èr l'endroit de la eontinenâet Pinytus lui reproche è son tour d'être un retardatairei et lui recommande de prêcher h. ses ouailles une morale plus forte.
169. La guerre continue contre les Marcomans et lee Quadesr Lueitts Yérus est frappé d'apoplexie i M aro^Aurèle, resté seul empereuff revient a Romer
Publication de la troisième eollectio» des livres sibyllins t on y trouve 6ur Jésus et le Christianisme des prédictions qui prouvent JusqU'oà allaiti ehex les ohfétiens âe ce temp^i rinsolence des fraudes pieuses.
170* Tandis que les Gothsy desoinduS de la iuèâe, prennent la Germanie, les Scythes du Don se jettent sur lé
Bosphore el les Maures sur la Bétique. Les Roniains font face de tous côtés et repoussent les barbares.
Cependant les chrétiens, haïsseurs de Rome et de Tempire) haïsseurs de la philosophie et des arts, se livrent en toute sûreté a leurs agapes, ou repas d'amour. Pour mieux représenter rinnocence et la fraternité primitives, un grand nombre parmi eux, tels que les aniiiactes, les phibionites,\eê barbéiions, les adamites où prodicieiUf mettaient ou feignaient de mettre tout en commun, rejetaient le mariagei faisaient un dogme de Tamour libre et de la communauté des femmes, et célébraient leurs fêtes érotico-bachiques dans des salles parfaitement closes et chauffées^ où les deux sexes communiaient nus.
[Le Christianisme, ne pouvant réaliser son objet, à savoir la révolution sociale, ne sachant donner la raison philoso-^ phique de sa morale, rejetant, en conséquence, les espé*» rances qu'il avait fait naître dans un monde supérieur, la corruption commence aussitôt, elle se raisonne, se systéma* tise ; elle atteint son apogée dans la deuxième moitié du 11' siècle, un siècle a peine après la prédication apostolique^ Les philosophes les premiers la dénoncent, les empereurs la répriment par le supplice*^ en(in,répisoopat la eombai par l'excommunication.
Rétrogradation sur l'idée sociale.
Rétrogradation sur le culte.
Corruption des mœurs.
Voilà, après un siècle; où en est le Christianisme* 11 péri* rait bientôt s'il devait répondre de Tambition de ses chefs, de rimpuissance de ses docteurs et des hallHcinations de seel ignorants sectaires; mais il reste avec le problème quUl a posé; il porte en soi un germe indestruetible i il ne cessera que par la manifestation de la véritéi]
Les antit actes avaient pdui* principe de prendre pour loi le contrepied de tout oe qui était prescrit dans TAncien Testament (155, 141), prétendant que les précep^s ^ui y sont contenus sont l'œuvre du déme». Préoiséméâl parée qu'il nous défend la fornication, disaient-ils, nous devons forni-
26 CÉSARtSME ET CHRISTIANISME.
quer : Quia dixity non mœchaberisy nos mœnheviu^. — Les borboriens ou barbétionSy adorateurs d'un éon femelle, nommé Barbelo, allaient dans leurs mystères bien plus loin que les antitactes : c'étaient tout k la fois la fornication, Finceste,romnigamîe, Tamourunisexuel et par toutes les parttes du corps.
— Les phibioniteSy comme les barbétions, avaient pris naissance en Egypte ; leur nom copie indique un raffinement de volupté dont Épiphane n'ose donner la traduction. Les adamites et prodiciens, autres singes de la gnose, aimaient aussi à se mettre nus, comme Adam et Eve dans le paradis terrestre. Ils avaient quelques livres : Y Évangile de la perfection ^ poème ; les Interrogations de Marie, les Révélations d'Adam^ Eve et Seth; Y Évangile d'Eve et celui de Philippe, etc. Voici une de leurs inscriptions : « La communauté de tous les biens et celle des femmes est la source de la justice divine, et un bonheur parfait pour les purs et les élus, qui, suivant Zarades et Pythagore, chefs des hiérophantes, doivent vivre en commun. »
Où donc prenait sa source ce sensualisme révoltant, dans lequel faillit s'asphyxier au n* siècle le Christianisme? Il ne faut pas craindre de l'avouer : dans la prédication socialiste et communautaire de Jésus, prédication déjà délaissée par Paul, qui recula devant les conséquences, et qui, dépourvue de science économique et aidée des théories panthéistiques, dualistes et quiétistes de la gnose, poussait invinciblement, par diverses routes, des natures encore grossières et impatientes de réaliser les prédictions millénaires, vers les hallucinations des sens et du cœur et se chargeaient elles-mêmes d'accomplir ce que, dans leur imagination égarée, le Christ n'avait fait que promettre. Chose étrange, et pourtant vraie, ces abominations, que réprouvait déjà cinquante ans auparavant Y Apocalypse, et que condamnait Tévêque Jude (403, 117), ne provenaient pas tant de libertinage et de corruption que du fanatisme et de la superstition, et des fausses interprétations de la gnose.
Ainsi la prédication messiaque aboutissait au néant : le
principe d'égalité prêché par Jésus menait la société à Fanarchie étala dissolution; le principe de fraternité, à la destructioii de la famille et à la promiscuité ; le principe de la résurrection ou de la distinction des substances, à Tindifférence des bonnes œuvres. La raison démocratique proclamée et glorifiée par le maître niait a la fois la morale, la liberté individuelle et Tordre. Le Christianisme était jugé par ses fruits; allait-il périr?...
C'est en ce moment que le philosophe Celse publie ses livres contre les chrétiens. La philosophie voit le péril. Après avoir fait, d'après les rapsodies qui circulaient parmi eux, une histoire ridicule de leur fondateur, Celse raconte leurs infâmes mystères et les livre au mépris et a l'indignation des peuples...
Le livre de Celse parut vers celte année. Il ne cite point les QUATRE, bien qu'il parle des histoires de Mathieu et de la ^ généalogie de Luc, ce qui ne prouve rien.
Telum imbelle sine ictui Le philosophe aurait dû mettre en tète de son livre cette épigraphe. Le Christianisme ne pouvait être guéri par la raison. A cette heure, il n'y a contre lui qu'un remède; c'est qu'il arrive au pouvoir à son tour, et qu'après les César, les Alexandre, les Cyrus, etc., il fasse à son tour acte d'impuissance. Quand une utopie s'est emparée des masses, la contradiction ne sert qu'à Tirriter : le seul remède est Texpérience.
Celse reproche aux chrétiens d'être sans cesse occupés h, faire et refaire leurs livres.
Le Christianisme périra-t-il donc parce que le problème posé par lui sur la société, la morale et le bonheur, il n'a pu ni su le résoudre?... Non, le Christianisme ne périra pas, parce que Thumanité ne peut pas rétrograder, parce que le Césarisme est condamné sans retour, parce que la réflexion s'eniparant des nations parvenues au plus haut point de leur spontanéité passionnelle, elles tendent désormais à se constituer selon un ordre moral, rationnel et parfait. Il faut donc qu'elles avancent toujours a travers le Césarisme corrupteur et tyrannique, h travers le Christianisme lui-même,
128 CÉSÀRISME J^l CHRISTIANISME.
impuissant et. corrompu, mais subsistant néanmoins non plus comme solution, mais comme pasition du problème.
La communion chrétienne n*est donc plus qu'un symbole d'avenir, que l'Église placera dans le ciel.
Le règne du Christ, toujours attendu, sera indéfiniment ajourné.
Çependantjles évoques gouverneront l'anarchie chrétienne et conduiront le peuple à la félicité éternelle, par les lois d'une morale et d'une discipline sévères.
Quant k la gnose, dont les plus magnifiques efforts ont avorté, 00 se bornera à recueillir en un syncrétisme, le plus simple possible, le plus approchant de la lettre des Écritures, toutes ses spéculations sur le Verbe, les hypostases divines, la création, Torigine du mal, la rédemption et la résurrection.
/ Ce sera l'œuvre des évoques et des conciles,,.
Les apologies se multiplient. Cette même année, Méliton deSardçs adresse une requête a Marc-Aurèle, dans laquelle il attribue aux chrétiens la prospérité dont jouit .l'empire depuis Auguste; dit que Néron et Donfiitien, seuls parmi les empereurs, ont méconnu les adorateurs du Christ et ne leur ont pas rendu justice, et rend témoignage a la tolérance des autres. — Ici nous sortons tout à fait de la tradition apostolique. Le Christianisme était l'amour du Christ et de son règne, en haine des empereurs ; et voici que l'on avoue la prospérité de l'empire, et qu'on en fait honneur aux chrétieris!... L'empereur n'est donc pas Vantéchrist, Rome n'est pas la bête. Le règne de mille ans n'a nulle raison d'être, etc.
[Il est bon de remarquer que Méliton était eunuque, ce qui ne l'empêchait pas de passer pour prophète, 11 a dressé un catalogue des livres de l'Ancien Testament; mais il ne parle pas de ceux du Nouveau. A cette occasion, il remarque que plusieurs Églises n'avaient pas (T Écritures!,,,]
Un autre, Apollinaire d'Hiéraple, homme très érudit, écrivit aussi une apologie, qui ne nous est point parvenue.
La propagande n'en était pas moins suivie. Depuis l'an 103,
AN 17t APR|$ JÉf DStCHniST. •&
le Christianisme s'était répandu ap Parlhie* Médi#» Per««i Bactriape, Arabie, peut-être aux Indes, 11 l'étftit propagé dans toutes les parties de l'Egypte, d^nji l'AfriqUQ propre, la Mauritanie, la Numidie, la Belgique, rEsp^gue; il débordait Tâmpire lui-même. Sur la demande d'un roi de la GraDda-Bre*lagne, nommé Lucien, le pape Éleutbère envoie daof ea pays des missionnaires.