Alliance de Constance avec les rois allemands
Le César Gallus est mandé d'Antioche par Constance pour lui rendre compte de son administration, convaincu d'une multitude de crimes et mis à mort. — Son frère Julien, âgé de 25 ans , qui faisait à Athènes profession de philosophie, est épargné par la protection de l'impératrice Eusébia, qui semble avoir eu pour lui une passion violente. Julien n'avait jamais été chrétien que par force, c'est-k-dire par autorité impériale et paternelle ; k mesure qu*il avançait en âge, que sa raison se formait, la vue des discordes chrétiennes, des intrigues et de Thypocrisie épiscopale, de la stupidité de leur théologie, de la férocité et de la corruption de la cour, lui inspirèrent un profond mépris de cette régénération hypocrite et le rejetèrent vers la philosophie et le système d'Apollonius. Jamais homme ne mérita moins le nom d'apostat, qui lui fut donné; car jamais homme ne sut avec plus de réflexion, de volonté et de constance, se faire ses croyances et ses idées,
Julien, né en 330. Sa famille massacrée (337) par les successeurs de Constantin; son é(jlucation confiée à Eusèbe de Nicomédie, Tarien, son parent du côté maternel. 1
Constance, qui ajourna son baptême à sa dernière heure, fit baptiser d'abord Julien; et après lui avoir procuré cet avantage, le fit entrer dans les ordres. Julien fut lecteur à l'église de Nicomédie. [Outrage sur outrage; il avait certes le droit de protester. Ce fut une victime qui cria vengeance ; malheureusement, ce rôle convenait peu à un empereur.]
Pour comble d'infamie, avant d'avoir pu juger par luimême, il avait été chrétien fervent: dans la candeur de son âme, il avait accepté de confiance tout ce qu'on lui disait!... Cela même rendait Tinjure plus cuisante. Combien d'âmes, dans l'empire, depuis 313, depuis 42 ans, en étaient Ik...
Lui et Gallus, élevés comme deux enfants de chœur : — prières, jeûnes, distributions d'aumônes, offrandes aux tombeaux des martyrs , largesses au clergé ; en récompense de quoi, bénédictions de moines et ermites.
Témoin des disputes scandaleuses des ariens 1...
(Il soutient , et avec raison , que la Trinité n'est ni dans saint Paul, ni dans Moïse.)
Un retour sur lui-même, sur son origine, sur la politique qui le vouait k l'Église après l'avoir rendu orphelin, joint k un penchant littéraire prononcé et un esprit libre, lui eut bientôt ouvert les yeux 1 Et quand il eut ouvert les yeux , il fut libre 1
Le paganisme existait encore : Julien l'apprit, non comme le vulgaire, mais par les platoniciens. Il y vit ce qui n'y était pas, ce qui n'y était plus, ce qui était insuffisant.
Il devint gnostique païen,...
Il crut que si Constantin avait pu donner une telle vogue k l'absurdité de la croix, il était encore plus aisé et plus rationnel de rendre la vie et la vogue au polythéisme , qui avait k la foi« pour lui la possession, l'ancienneté, le peuple, l'État et les philosophes !...
Son système théologique est très voisin de celui des chrétiens eux-mêmes : c'est une gnose qui ne repousserait
point le Christ, 6i le Christ voulait admettre Apollonius et Simon...
Le Lieu suprême avait engendré une série d'esprits inférieurs à lui , et subordonnés les uns aux autres : génies, anges, dieux, dénions, héros, hommes, etc.
355. A vingt ans, Julien né et élevé dans le Christianisme, soumis a la surveillance la plus sévère, toujours épié par ses délateurs et menacé de perdre la vie a la moindre manifestation de ses sentiments. Il lui était défendu de fréquenter les philosophes, notamment Libanius.
En 350, Acdène, proscrit par Constantin (313), donne des leçons à Julien et se fait bientôt remplacer par ses disciples Chrysanthe, Eusèbe et Maxime. Julien est initié aux mystères d'Eleusis ; Ik il se dévoue aux mystères des dieux. — Gibbon est de plus en plus ridicule quand il représente les platoniciens philosophes comme des fourbes qui se renvoient le crédule Julien, et celui-ci a son tour comme un hypocrite. Tout le monde, alors, croyait k la magie; et, au fond, Julien l'Apostat était encore de la même religion que les chrétiens.
A vingt ans, Julien s'était refait une raison, une religion, une politique et tout un système. Sa nomination comme César mit fm à une dissimulation pénible : le pouvoir, chose rare, devint pour lui la liberté.
— Démarches de Libère , en faveur d'Athanase, auprès de Constance. Mission de Lucifer de Cagliari.
355. Les mêmes difficultés ramènent incessamment les mêmes nécessités. La conjuration de Sylvanus, qui se fait empereur, à Cologne ; celle d'Africanus en Pannonie, causées toutes deux par la faiblesse et la tyrannie du gouvernement de Constance, abandonné aux eunuques, obligent l'empereur a créer un nouveau César. A l'instigation de sa femme Eusébia, il choisit Julien , lui fuit épouser sa sœur Héiéna, et le proclame à Milan devant les troupes (5 novembre).
Julien avait passé la plus grande partie de Tannée ii Athènes.
Le premier enfant qu'il eut de la princesse Hélène fut tué par la sage-femme, qui, payée par l'impératrice Eusébie, lui
coupa le nombril trop près i les autres arrivèrent toujours avant terme ; la môme Ëusébie ayant pris soin de faire avorter Hélène, dont elle était jalouse.
355. i" décembre, départ de Julien pour la Gaule ; il passe l'hiver à Lyon : entouré de pions, d'eunuques, sni^ veillé par les affidés de Constance. — Là, il apprend le siège et la délivrance d'Autun.
— Concile de Milan, rassemblé par Constance k la sollicitation du pape Libère. Les Orientaux (ariens) y furent peu nombreux. Les Occidentaux, au contraire, parurent au nombre de plus de 300 : c'est Fleury qui le raconte. Tous cependant condamnèrent Athanase et souscrivirent à la foi arienne, à Texception de trois ou quatre: Eusèbe de Verceil, Lucifer de Cagliari , Denys de Milan , et un diacre nommé Hilaire.
[A cette époque, s'il faut en croire Hilaire de Poitiers, il n'aurait pas encore entendu parler de la foi de Nicée I]
Croira qui voudra que 300 évêques furent violentés par l'empereur et souscrivirent lâchement une profession de foi impie et sacrilège. Pour nous, nous poserons, en présence de ces interminables et scandaleuses intrigues épiscopales, ce dilemme.
En ce moment, l'Occident et l'Orient se prononcent en majorité contre la foi de Nîcée et son auteur, Athanase. Ou bien ils ont reconnu que cette foi était idolâtrique et outrepassait la foi chrétienne, et alors, ce sont les empereurs qui étaient les vrais chrétiens; c'est l'Église catholique qui a été depuis apostate et qui a méconnu sa tradition ; ou bien répiscopat chrétien, en masse, a l'exception de cinq ou six individus, n'était qu'un ramassis d'intrigants , d'ambitieux, d'hypocrites et de lâches ; des chefs de parti luttant entre eux pour le pouvoir et l'influence, prompts à la livrer au despotisme impérial, dignes de tous les mépris des peuples et des sévérités de l'histoire. A ce dilemme, nous ne voyons qu'une issue : c'est de dire que l'une et l'autre alternative sont vraies ensemble et tout à la fois.
[Ce dilemme est reprochable et ne présente pas les faits
dans leur sincérité. La question n*est pas seulement celle qui s'accuse, a savoir la vraie foi ; c'est encore celle qui ne s'accuse pas, la prépotence du Christ sur César.
D'une part, la vraie foi semble avoir été du côté de Constance et d'Arius, et la majorité des évéques ne le sentait que trop : — mais d'autre part , en reconnaissant Terreur de Nicée, ils livraient l'Église k la merci de l'empereur, ce qui était pour le Christianisme le suicide, et ce que ne pouvaient faire les évéques. De là cet affreux tiraillement qui dura près de soixante ans.
L'Orient a toujours incliné à la fois, et vers Arius, et vers l'empereur : cela se voit encore aujourd'hui par la Russie et la prépotence religieuse du tsar ! Le dilemme ci-joint n'a donc de vérité qu'à l'égard du dogme.]
Constance, fort de l'immense majorité du concile de Milan, exige que tous les évéques rétractaires, et en premier celui de Rome, Libère, signent la profession de foi ; sur leur refus, il les envoie en exil.
— Le pape Libère est enlevé de nuit, et clandestinement. L'intrus Félix abandonné de tout le monde. Une députation de femmes va réclamer sa liberté à l'empereur, qui peut juger alors que la vraie puissance est dans l'épiscopat
356. Constance défend les frontières de la Rbétie et de riUyrie contre les barbares.
Première campagne de Julien. — Il s'établit à Reims, et en faisant son apprentissage contre les Allemands perd deux légions^ qui sont taillées en pièces. — Dans une deuxième seconde action il est plus heureux , mais rien de décisif. 11 s'avance jusqu'à Cologne, et revient prendre ses quartiers d'hiver à Sens, où il est suivi par les Germains.
Brouille avec Marcellus, commandant de la cavalerie; — remplacé par Sévère.
— Diminution d'impôts. La cote par tête était de 26 pièces d'or; Julien la réduit à 7, c'est-à-dire de deux tiers; la tête étant prise pour plusieurs citoyens, quand ils étaient pauvres.
— Tyrannie de Macédonius, évéque de Constantinople. La
persécution de cet évêque fit périr plus de monde que celle de Galérius : églises démolies, baptême et eucharistie admi^ nistrés de vive force; citoyens frappés, meurtris, marqués du fer rouge ; femmes qui ont les mamelles coupées et brûlées . condamnations à mort : en revanche , 4,000 légionnaires, envoyés par Macédonius contre ceux de Paphlagonie, sont massacrés,
Représailles de Macédonius; des villages entiers et des villes saccagés.
— En attendant , persécution contre les païens. Défense, sous peine de la vie, d'offrir des sacrifices aux idoles, de les adorer; de consulter les aruspices, mathématiciens, devins, magiciens, enchanteurs, etc. — Restriction des combats de gladiateurs.
— Mort d'Antoine, a 405 ans { 251-356). — Depuis 80 ans, il menait la vie de solitaire ; et plus on le cherchait, plus il fuyait, ce qui était le moyen de se faire chercher davantage. — Il avait conservé la vue , ses dents, qui seulement s'étaient usées^ et une santé excellente. Les diables ne lui ' avaient pas fait grand mal. Né sousTempire de Dèce, il avait traversé la période des 30 tyrans, celle de Dioclétien et ses collègues, les luttes de TËglise, tout le règne de Constantin et de ses enfants.
Exil d'Athanase : séditions et troubles a Alexandrie. Toute cette année est remplie par l'agitation de la chrétienté, qui ne sait si elle sera monothéiste ou trithéiste, spiritualiste ou anthropomorphiste, arienne ou athanasienne. Constance d'Athanase. Il écrit apologies sur apologies k l'empereur, excite ses partisans, souffie la discorde : la confusion règne partout dans les Gaules, l'Italie, en Egypte, a Constantinople; l'histoire ecclésiastique de Fleury n'est remplie que de détails personnels aux évéques orthodoxes et à la persécution de Constance.
9 Février, — Athanase est enlevé la nuit de son église par une force de 5,000 hommes; la ville d'Alexandrie occupée par les légions. Protestation du peuple, meurtres, pillages : Athanase au désert, sa tête mise à prix.
T. II. la
— De nouvelles lois sont rendues contre les prêtres de Dieu et les devins; les divisions de la chrétienté n'arrêtent point la réaction.
35*7. 28 avril. Constance va k Rome, qu'il n'avait jamais vue, en admire les monuments et lui fait don d'un obélisque. Il conserve les privilèges des vestales; accorde des ^nds pour les sacrifices; nomme aux dignités sacerdotales, etc.
Ce fut un spectacle tout nouveau pour le peuple de voir un empereur.
Le peuple crie dans le cirque: un Dieu, un Christ^ un évêque. — Députation des femmes à l'empereur.
De nouvelles incursions des barbares , et surtout des Quades, l'appellent bientôt au delà du Danube, où il refoule les envahisseurs. Il rétablit les Sarmates en corps de nation, amie et alliée de la République.
Odius et Libère, le président de Nicée et le pape, signent la profession de Sirmium, c'est-à-dire adhèrent aux idées d'Arius et abjurent celles de Nicée.
— A la rentrée de Libérius, les partisans de Félix, son concurrent, sont massacrés dans les rues, les bains et les églises : comme au temps de Marins et de Sylla.
— Athanase écrit un pamphlet contre l'empereur Constance , et se pose tout à fait en sujet rebelle. {Cf. Fleury, III, 472.)
— Déposition de Cyrille, évêque de Jérusalem. — Lettre des évêques des Gaules à Hilaire de Poitiers, exilé. Ils adhèrent à la foi de Nicée ; c'est plutôt une affaire de personnes et de parti que de doctrine.
35*7. Sédition à Constantinople, à propos de la translation du corps de Constantin ; il y eut un tel massacre que, d'après Fleury, le puits situé en face de l'église fut rempli par le sang qui coulait de tous côtés.
Constance sévit alors ; il punit les meurtriers d'Hermogène (342), parmi lesquels deux ecclésiastiques, que les Grecs honorèrent depuis comme martyrs. Mot d'Animien
Marcellîn : Bullas infestas hominibus bestias , ut sunt sibi furales plerique christianorum. /
— Campagnes et administration de Julien dans les Gaules. (Cf. Gibbon, I, p. 428434.)
Deuxième campagne, plus heureuse. — Arrivée de Barbation, aveq 30,000 hommes ; il n'agit point, laisse échapper l'ennemi, brûle ses bateaux et ses provisions, et fait tout pour détruire Julien. — Cette deuxième campagne est perdue.
Bataille de Strasbourg (octobre), où Julien avec 13,000 hommes défait le roi Chnodomare,qui en cnonduisait. 35,000. — Il tue 6,000 hommes a Tennemi ; lui-même en perd 250.
— Décembre. — Julien attaque et enlève 600 guerriers francs, retirés dans deux châteaux sur la Meuse.
358. Débordement de barbares dans Tlllyrie et là Gaule. — Les Juthunges sont défaits par Barbation; les Quades forcés de se replier jusqu'à Fembouchure du Rhin ; les Chamaves et Salions contenus par Julien, qui porte la guerre au centre de la Germanie. II. rétablit, par le Rhin, le commerce avec la Grande-Bretagne. Il semble, par la marche de ces incursions des barbares, qu'en ce moment les peuples de la Germanie soient aussi affaiblis que l'empire.
— Julien écrit ses commentaires,
— Sapor et Constance échangent des ambassadeurs, dont les négociations n'aboutissent a rien. Le premier réclame le royaume de Cyrus, le deuxième les limites de l'empire romain I
— Les anoméens^ avo[JLoTot, négateurs de la consubstantialité, à Antioche.
— Basile dans le désert : famille de saints. (Cf. {"leury, 478, 488.)
— Concile d'Ancyre, tenu par les semi-ariens* (id. 489 et suiv.) — Ils envoient des députés à Sirmium. — Retour de Libère k Rome.
24 août. — La ville de Nicomédie est renversée par un tremfilement de terre qui renverse 460 villes, et est dévorée
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à56 CÉSARISME ET CHRISTIANISME.
par un incendie qui dure 60 jours. — La secousse se fait sentir dans toute TÂsie Mineure et la Macédoine.
359. Après une trêve de dix mois, Julien passe de nouveau le Rhin , surprend les Allemands, les taille en pièces, et les force à demander la paix. — Il délivre 20,000 captifs.
Julien répare les villes et les forteresses, surveille Vafiministration et la justice, donne l'exemple du travail, de la sobriété et du courage. Il ramène la paix et la sécurité; il arrête Tavidité des officiers du fisc : les mariages, le travail, Tagriculture recommencent. — Julien prend, de son côté , une haute estime de la rustîctié et de la vertu gauloise.
On le célèbre comme un autre César, et un autre Marius.
— La nation des Limigantes, qui avait trahi Fempereur, après avoir sollicité son alliance, est anéantie par Constance.
En Perse, Sapor marche de nouveau contre les Romains; mais contre Tavis de ses généraux, il s*acharne à la prise d'Amida, qu'il enlève après un siège de 73 jours, et une perte de 30.000 soldats. La ville est rasée, et tous les habitants massacrés; mais Sapor forcé de battre en retraite. — En se retirant, il s'empare des places fortes de Singara et de Bezabde et enlève cinq légions, de celles que Constantin avait réduites à moitié.
[ La perte d*Amida fut TefiFet du gouvernement des eunuques, qui enlevaient les meilleurs généraux, tels qu'Ursînien à Tarmée, et mettaient à leur place de lâches intrigants (gouvernement d'eunuques et de prêtres].]
Partout la destruction, le ravage et la morL
Cependant, que fait la chrétienté ?
Un concile est tenu en Orient à Séleucie (12 septembre), en Isaurie ; — un autre en Occident à Rimini.
[Juin, — Concile de Rimini, 400 évêques de Gaule, Afrique, Italie, Espagne, nicéens, 80 supposés ariens. D'abord les 400 nicéens, munis de Vhomoousion^ procèdent brutalement et sans discussion, déposent les ariens !... Mais Constance défend au concile de se séparer; la discussion s*entame;
enfin ïhomoousion est rejeté par 380 nicéens : 20 restent pour protester. Alors l'univers, suivant rexpressioti de Jérôme, s'étonna d'être arien! La ressemblance est adoptée, la consubstantialité est proscrite. Quelle victoire !]
Une assemblée a également lieu k Nice ou Nicée, près d^Andrinople. A ce moment, Hilaire de Poitiers, exilé en Phrygie, écrivant aux évéques, témoigne que, dans les dix provinces d'Asie, tous les évéques, a Texception d'un seul, rejetaient la foi de Nicée. Il subtilise fort sur Yhomaiousios et Vhomoïoîisios, croit que Tun peut se prendre pour Tautre, et exhorte ses collègues à ne se montrer point trop rigides. 11 déplore la multitude des confessions de foi et de symboles, les incertitudes de l'Église, le va-et-vient des évéques, qui tantôt se prononcent pour, et tantôt contre, et semble pronostiquer la ruine de la foi chrétienne.
A Rimini, les nicéens se sentent en force, ne veulent rien céder, et condamnent les ariens, qui vont à Nicée prendre leur revanche. A Séleucie, rassemblée se trouve divisée en ariens, nicéens et acaciens; ceux-ci rejetant Vomoousion et présentant à sa place Vomoiousion. Si Ton fût allé aux voix, ils étaient 105 contre 42. Mais on se querella et Ton ne conclut rien.
Du fond de son exil, Athanase résume les débats des deux assemblées en publiant une Relation pleine d'accusations contre les ariens et propre à entretenir la discorde.
[Athanase rentre secrètement à Alexandrie ; il y vit, tantôt dans une citerne, tantôt chez une vierge : de là, il lance des pamphlets, fomente la discorde parmi les ariens, soutient le parti de Nicée ; incognito, aux conciles de Séleucie et de Rimini; attaque sans relâche l'empereur Constance, le dénoncelcomme un tyran et un antéchrist; et par ses pamphlets colportés de main en main, lui fait une guerre plus dangereuse que celle de Magnence et de Yétranion ; Hilaire de Poitiers et Lucifer de Gagliari en faisaient autant de leur côtél...]
— Des évéques sont déposés par leurs collègues ;
— Aétius condamné par Constance comme impie et
athée I... Déjli rarianisme n'est plus qu'au juste milieu!...
— Transport de deux obélisques a Rome.{Cf. Champollion.)
360* Julien est proclamé empereur par son armée, que le jaloux Constance avait mandée pour la guerre contre les Perses.
Julien tourné en ridicule a la cour de Constance : velu, myope, parleur et écrivassier ; il prêtait le flanc.
Constance envoie un tribun à Julien, avec ordre k celui-ci de remettre et faire partir sur le champ quatre légions, et l'élite du reste. — Cet ordre violait la promesse faite aux soldats, qu'on ne les enverrait pas au delà des Alpes : les populations de la Gaule s'alarment : Julien se met en mesure d'obéir; il est proclamé empereur (mars). Constance désapprouve d'abord cette élection et menace Julien ; mais les manifestations de l'armée des Gaules le contraignent à la résignation.
Julien^ comme Constantin, a une apparition. — C'est la mode. Le génie de l'empire s'offre à lui.
Il écrit à Constance, très humblement et donne des explications.
Puis il fait une expédition contre les Attuaires, et enlève Vadomaire, prince allemand. Progrès de Julien contre les Allemands.
Constance est forcé d'abandonner en octobre le siège de Bezabde. Progrès de Sapor contre l'empire.
— Mort d'Hélène dans son dernier avortement.
— La réaction du paganisme se montre à découvert avec Julien.
Réaction causée par le Christianisme. — Il est clair que les chrétiens n'étant pas sûrs de leur Dieu, il faut revenir à Jupiter. L'ancienne société avait beau jeu. La chrétienté n'avait point de Dieu. Pour ajouter à la négation d'Arius, Macédonius enseignait, vers ce même temps, que l'esprit, le Pneumay de même que le Logos^ était une créature, ce qui rentrait tout à fait dans la doctrine de Tunité de Dieu et des émanations subalternes.
Que penser donc de la religion chrétienne, puisqu'elle ne
savait que croire d'elle-même? Les ariens comprenaient, aussi bien que les nicéens, le vide qui venait de se faire par la paix de 313 ; c'est ce qui explique la multitude de professions de foi, dans lesquelles ils élèvent successivement, tant qu'ils peuvent, la dignité du Christos, mais sans oser jamais aller jusqu'à le déclarer Dieu, égala Dieu, de même substance et dignité que Dieu. Leur conscience aposto-r lique et gnostique s'y refusait...
A ce défaut capital de la théorie chrétienne ^se joignait le spectacle de ses divisions, de ses hypocrisies, de sa corruption profonde et précoce. Le dégoût s'emparait des esprits sérieux, que n'entraînaient pas, avec la masse, les vaines promesses d'égalité et de bonheur messiaque, et qui, réforme pour réforme, comparant le plan synthétique d'Apollonius et sa haute tolérance, avec le judaïsme furieux et étroit des chrétiens, trouvaient de beaucoup le premier supérieur au deuxième.
[Prouver, par l'exemple de Julien, que ce qui eût été bien et faisable par Marc-Aurèle, ne se pouvait plus deux siècles après.]
La politique de restauration suivie par Julien, quelques prétextes que lui fournit la discorde des chrétiens, n'en fut pas moins une perturbation nouvelle, ajoutée à celles de Galérius, de Constantin et de Constance.
L'histoire prouve qu'en politique on ne peut guérir les mauvaises institutions qu'en les épuisant, c*est-à-dire en avançant sur elles, non en retournant aux anciennes, ou en introduisant des utopies. Ici, cette loi se manifeste dans tout son jour. Que devait donc faire Julien ? Le mal était immense à son avènement. 11 fallait s'emparer du rôle de médiateur, et non pas faire de la bascule, mais tenir la balance égale, en observant de quel côté devait aller le mouvement. Ce que Constantin aurait dû faire entre les païens et les chrétiens, en 313, il fallait le faire en 360, entre les partis chrétiens de Nicée, d'Arius et d' Afrique, puis entre la chrétienté et le paganisme ; mais revenir au polythéisme, reprendre les errements de Galérius, après quarante-cinq
ans de révolution, c'est d'une pauvreté de génie et de politique impardonnable.
360. Julien fut Torgane de ce parti d'esprits àla fois conservateurs etprogressites, éclairés et honnêtes. Les historiens nous ont appris à ne voir en lui qu'un idolâtre superstitieux ; d'autres un philosophe incrédule. La vérité est que Julien n'était que le continuateur de la pensée qu'avaient exprimée avec mollesse Auguste, Vespasien, Adrien, les Antonins, Septîme Sévère, Aurélien et Constance. C'était de procéder à la réforme, de prendre en main la cause de la révolution par la fusion des cultes, l'égalité des charges, l'organisation du travail, et la cessation de l'exploitation romaine.
Julien fit donc en faveur des polythéistes ce que Constantin, 47 ans auparavant, avait fait en faveur des chrétiens ; il publia un édit de tolérance qui se changea rapidement, par l'entraînement des choses, en opposition et répression pour le Christianisme. Les temples des dieux furent rouverts; les sacrifices recommencèrent; le labarum ôté des enseignes des légions — trop tard.
Deux nouveaux conciles tenus cette année continuent la contradiction : celui de Constantinople pour Arius ; celui de Paris pour Nicée. Hilaire de Poitiers, après avoir obtenu par ses prières la mort de sa fille et de sa femme, et les avoir envoyées devant lui dans le ciel, écrit un pamphlet contre Constance où il le traite de tyran et d'antéchrist. Lucifer de Caglîari en fait autant de son côté, pendant qu'Athanase prend la défense du Saint-Esprit.
361. Nouveau concile d'Antioche^ où est proposée la seizième profession de foi arienne : — les ariens y sont les maîtres.
Ces variations dans la profession de foi de la part des ariens ne portaient que sur des mots, et avaient pour but de ramener avec adresse les nicéens, qui généralement ne consentirent jamais à changer un mot au symbole de Nicée. Elles prouvent le zèle et les ménagements des premiers : mais elles tournèrent contre eux. On y vit une hésitation dans la foi, qui nuisit à la cause. Au surplus, ce qui a
perdu, dans la chrétienté, la cause de Tarianisme, c'est qu*en réalité le monde était encore trop idolâtre pour embrasser la foi à un seul Dieu, non incarné. — Depuis, le mahomér tisme, le socinianîsme, et la philosophie moderne ont am* plement donné raison à Arius.
— Correspondance de Constance et Julien. Constance exige Tabdication; Julien refuse.
361. 6 janvier. — Julien célèbre, avec les chrétiens, la fête de TEpiphanie.
— Février. — Il renonce au Christianisme publiquement: mais depuis dix ans, il ne Tétait plus. Cette dissimulation prouve que le Christianisme, k cette heure, était devenu pleinement la religion officielle; et que le paganisme était décidément abrogé.
[Apostasie. C'est une injure des Pères grecs.
Apostat de quoi? L*apostat est le chrétien qui, par ambition, avarice ou amour de la vie, abandonne une croyance à laquelle dans son fort intérieur il n'a pas cessé d'adhérer.
Julien a-t-llcru jamais, avec liberté, réflexion et connaissance de cause? — Le contraire est avoué : élevé dans le Christianisme, entouré de prêtres, vivant comme Ëliacin dans le sanctuaire, il n'a eu connaissance de l'histoire, de la littérature grecque, etc., qu'k la dérobée; et à vingt ans, malgré le manque de ressources, par la seule puissance de sa pensée, il avait défait l'édifice de sa foi et s'était refait, seul, la croyance que réclamait son âme.
Apostat de quoi? — Baptisé et élevé par un arien; puis entouré de nicéens; puis témoin de leurs défaites sous Constance, a-t-il jamais été sûr de l'orthodoxie? Qu'il s'attachât au concile de Nicée, les ariens qui l'avaient baptisé le traitaient d'apostat; qu'il restât fidèle à Arius, il était hérétique et apostat I...]
— Après avoir terminé la guerre avec les Allemands, Julien se dispose alors a attaquer Constance ; rassemble son armée, la divise par colonnes; et se dirige par Bâle et la Forêt-Noire, du côté du Danube, sur lequel l'armée s'embarque k Vienne et Ratisbonne.
é62 ' CÉSARISMK ET CHRISTIANISME.
En onze jours arrivée k Bononia à 700 milles (230 lieues.] ^ Attaque de Sirmium; — occupation des passages de IHémns.
11 écrit à Athènes et Rome» au peuple et au sénat, pour expliquer sa conduite. — On applaudit, mais avec réserve; on blâme les déclamations contre Constance. — Autoritas reverentium rogamus, disent les sénateurs romains. — Il ordonne de rouvrir les temples des dieux. — Constance, après avoir imposé la paix à Sapor, revient sur ses pas et annonce son intention de châtier Julien. Il commence par faire intercepter en Egypte les approvisionnements de Rome: en même temps deux légions qui d'abord s'étaient données à Julien, envoyées par lui en Gaule, se révoltent, reviennent a Constance et se retranchent dans Aquilée. A ce moment le péril pour Julien est extrême. La fortune le sert à propos, Constance meurt (3 novembre) d'une fièvre maligne près de Tharsus, en Cilicie.
Aussitôt Tarmée entière de Constance, au mépris des évoques et des eunuques, se donne à Julien, qui est maître seul de l'empire.
— Entrée de Julien à Constantinople (décembre).
— Tous les exilés pour cause de religion rappelés;
— Les philosophes en faveur. Restauration de l'hellénisme,
36SS. 1" janvier. — Julien reçoit avec honneur les consuls à Constantinople. — Réaction de Julien. — Les chrétiens le reçoivent avec des railleries, les païens montrent de Tindifférence. Si le monde n'est pas encore tout entier au Christ, il n'est plus aux dieux I...
(Cf. Mater, Gibbon, Fleury, — pour les détails.)
Le bœuf Apis retrouvé en Egypte.
L'autel de la victoire à Rome.
Réaction furieuse des païens en Syrie; elle rappelle les excès des juifs de Cyrène (115) : prêtres et vierges chrétiens traînés dans les rues, rôtis, éventrés, etc.
— A Alexandrie, le peuple païen se soulève contre Georges, évêque arien, rival d'Athanase, voleur public, monopoleur,
APr 36« APRÈS JÉSUS-CHRIST. 263
concussionnaire, persécuteur. Il avait été fournisseur des armées, s était enrichi par toutes sortes de rapines, et pour' jouir plus tranquillement s'était fait théologien et prêtre. U méritait au moins la corde : la populace Tassomma; et les deux partis qui divisaient la chrétienté, ariens et nicéens, s'unissant contre Julien, en firent un martyr. C'est le patrop de TAngleterre. Il a été rejeté par d^autres; et transformé en un prince de Gappadoce qui souffrit le martyre sous Dioclétien, après avoir soutenu un combat contre le magicien Athanasiusj en présence de la reine Alexandria,
— Émeute à Edesse, les ariens oppriment les valentiniens; Julien fait confisquer leur église.
Des émeutes k Pessinunte et à Gésarée éclatent sous les yeux de Tempereur, renversent les autels et détruisent les temples.
— k Naziance, Tofficier qui veut s'emparer de TÉglise, est forcé de renoncer a son entreprise, par crainte du peuple.
— Juillet — Arrivée de Julien k Antioche. Les antiodiiens se moquent de Tempereur et de sa barbe!...
-~ Fable des Césars. (Cf. Gibbon, 543.)
Julien travaille beaucoup, vit sobrement, garde une continence inviolable : chez un homme après tout médiocre, cette vertu augmente singulièrement sa force. — Son lit, dit un de ses panégyristes, était plus pur que celui des vestales.
Il écrit les Césars^ le misopogon^ et son ouvrage contre les chrétiens pendant cet hiver et le suivant
U abolit une infinité de charges inutiles créées par le luxe des empereurs : mille charges de barbiers, mille chefs de gobelets, mille ci îsiniers et des eunuques sans nombre.
Julien par sa vie fait la satire de ses prédécesseurs : le peuple le tourne en ridicule. Inviso teniel principe vel bene vel maie facia premunL
Il rejette les parures et le faste asiatique: fHsure, fard, etc. — Malheureusement on Taccuse d'avoir donné dans Tautre extrême, le cyniime.
11 ordonne de rechercher tous les criminels de concussion,
264 GÉSARISME ET CHRISTIANISME.
fraude, etc., etc., et les fait punir. — Chambre ardente. Il y eut des coupables atteints ; des innocents punis. — Jusqu'à quel point, en principe, est-il moral à un gouvernement de rechercher judiciairement les agents du gouvernement déchu 7... D'autres procès furent si mal menés que les cou- . pables parurent innocents. C'était inévitable.
— Conspiration contre la vie de Julien par des soldats.
— Révolte de Marcellus, qui affecte Tempire. — Mis à mort.
— Julien répare les villes grecques et les comble de bienfaits.
Il travaille avec ardeur k la réforme du polythéisme. Il impose des conditions de bonnes mœurs et d'instruction aux prêtres païens ; il écrit, en sa qualité de souverain pontife, des encycliques pastorales; et il perd son temps à se faire plagiaire des chrétiens. — En quoi Grégoire de Nazianze a eu raison de se lïioquer de lui.
Il récompense la vertu, le désintéressement, la chasteté.
Il enrichit les philosophes, ses maîtres, ce qui scandalise le peuple, comme si les philosophes n'avaient pas en Texemple des évéques. — Les légions, alléchées par la viande des sacrifices et les distributions pécuniaires , embrassent en masse la religion de Julien ; une foule de chrétiens, convertis sous Constantin et Constance, se reconvertissent sous Julien.
Tous ces efforts» nous Pavons déjà remarqué plus d'une fois, arrivaient trop tard et devaient rester infructueux. Si Julien, qui fut dans son temps une espèce de Chateaubriand du paganisme, au lieu de suivre son imagination, avait écouté la politique et la philosophie, au li'^u de reprendre en sous œuvre un projet désormais avorté, il se fût élevé tout d'un coup au-dessus des questions religieuses et aurait posé largement Vindifférentisme de VÉtat.
Il aurait sifflé les dieux avec Lucien, et les chrétiens avec Celse, Porphyre et Hieroclès; — il aurait abandonné ces sectes à elles-mêmes, en se bornant à exiger de toutes l'obéissance à la loi, et le respect de la paix publique; — mais
il aurait donné un nouvel essor à la philosophie sceptique, aux sciences; il aurait suivi Marc-Aurèle pour la morale, Papinien pour la législation, etc., etc. — Et le Christianisme, tombant aussitôt dans le mépris, serait mort, en même temps que les superstitions païennes.
Le grand tort de Julien, comme de Constance il, comme de Constantin, comme de Galérius, fut d'avoir voulu faire servir la puissance impériale au triomphe de sa religion particulière. H devait garder une neutralité sévère, inaugurer purement et simplement le Numen supremum^ y accoutumer les peuples peu à peu, et du reste se moquer des i^icéens, des ariens, des manichéens, des donatistes, des platoniciens, des aruspices, tout en les protégeant et les surveillant I Ce fut un utopiste.
[Pour FindifiFérence, le pouvoir peut tout; pour une religion, une opinion, rien !...]
— Ce qu'il y a de meilleur, en Julien, a tout prendre, c'est le CÔTÉ MORAL, c'est Vhomme.
Du côté de Tintelligence, surtout de celle qui fait l'homme d'État, il est pauvre. Pas de génie ; pas de spontanéité.
Cest un écolier qui a bien fait ses études, qui connaît ses auteurs, qui est intelligent et docile, comme Alexandre Sévère, mais qui ne sait rien d'ailleurs.
Julien n'a ni l'instinct, ni l'intelligence de sa position. — Il ne comprend pas le Christianisme qu'il rejette, et pas plus le paganisme, qu'il rappelle. — 11 aie désir de la philosophie; mais la philosophie qu'il lui faut, il ne la devine pas. Il éprouve vite que la religion n'est point œuvre impériale. Lacmïé, scientifiquement démontrée, peut s'imposer; — la/ot, jamais. C'est ad libitum vulgi. Julien échoue comme Constantin et Constance.
Système de Julien, d'après Gibbon, I, 520. — Julien le Platonicien ou le Philosophe (Cf. les Césars et note de Spinhème ; — le Discours à Salluste, la solem Regem ; — et les fragments conservés par Cyrille.
« Le Dieu suprême a engendré la chaîne graduelle des esprits subordonnés les uns aux autres, des dieux, des
iSB GÉSARIBME ET aHRISTIANISME.
démons/des héros et des hommes; et chacun des êtres, tirant ' son existence immédiate de la première cause, a reçu Timmortalité. — Afin, disait Julien, que des êtres indignes ne partagent point un si précieux ouvrage, le Créateur a confié à l'habileté et à la puissance des dieux inférieurs le soin de former le corps de Thomme, et de disposer Tharmonie des règnes; il a délégué à ses ministres divins le gouvernement temporel de notre monde sublunaire ; mais leur administration imparfaite n'est pas exempte de discorde et d*erreur. Tant qu'une prison mortelle renferme nos âmes, il est de notre intérêt et de notre devoir de solliciter la faveur de conjurer la colère des puissances du ciel, que notre hom* mage réjouit et dont il est permis de croire que la partie la plus grossière de leur être se nourrira de la fumée des sacrifices (c'est l'opinion des anciens juifs, concernant Jéhovah), Les dieux daignent quelquefois manifester leur présence dans les statues et les temples. » — Autant en pensent les chrétiens; et sans aller jusquà la présence réelle, les images parlantes ou remuant les yeux le prouvent).
Le soleil est l'image du Logos (Gibbon qui a tait cette analyse, est absurde dans les réflexions qu'elle lui suggère.)
— Affaires de l'Église : (Cf. Julien, t. iv, 1-87); Agitation des donatistes en Afrique ;
Sédition d'Alexandrie, en Afrique ; l'évéque George, tué. «- Rentrée d'Athanase.
Concile d'Alexandrie : amnistie habilement décrétée par Athanase en faveur des évêques qui avaient souscrit aux formules de Rimini.
— Athanase chassé. Persécution maladroite de Julien contre cet évêque : il eût voulu, en sa personne, étoufîer (?) tout le poison des galiléens.
— Deux évêques à Antioche : après l'hérésie, le schisme.
— Décembre. — Julien fixe le prix des grains, et fait vendre à vil prix du hlé... que les monopoleurs achètent ; et la disette continue. — Aux saturnales, le peuple le chansonne.
Janvier. — Autorisation de reconstruire le temple
AN 364 âPR£S JÉSUS-CHRIST. 267
de Jérusalem. — Lieu de pèlerinage; on montrait le tiMnbeau, la croix^ les clous« la couronne d'épines, le poteau, etc. Grand commerce pour la ville : lieu de plaisir et de débauche. Suivant Grégoire de Nysse qui condamne ces pèlerinages, les Jérosolymitaios adonnés au vol, à Tadultère, à Torgie, a Fempoisonnement. C'est le portrait de la Rome papale.
— Au commencement de l'année, travaux pour la reconstruction du temple juif à Jérusalem. Conception absurde, et que l'histoire doit blâmer sévèrement, non par faveur pour les chrétiens, ni par haine pour les juifs, mais par pure philosophie. Exhumer un cuite mort, quand Tempire est déjà travaillé par l'anarchie religieuse, c'est de la démence.
— Un météore effraye les ouvriers...
— Défense aux chrétiens d'enseigner et d'apprendre la grammaire et la hétorique. — Absurde.
— Desiitutions d'emploi, etc. — Partialité.
-r- Ordre de restituer aux païens les temples et terres confisqués et adjugés aux chrétiens. — Juste.
— Martyre de Marc, évéque d'Aréthuse. — Odieux.
— Temple de Daphné, près d'Antioche. — Dévotion de l'empereur. — Exhumations, etc. — Le temple brûle : Enquêtes contre les chrétiens; martyre de Théodore.— Confiscation de la cathédrale.
^ Julien, s'il fût revenu vainqueur des Perses, était sur la pente de la persécution, li allait recommencer Galérius et Maximin Daîal Surcroit de mal.
363. Guerre de Julien contre les Perses. Sa mort, 26 juin. Jovien fait la paix avec les Perses et bat en retraite. «- Le Christianisme rétabli: réaction nouvelle. Le /a6arum rétabli.
— Yalentinien envoyé contre les Allemands.
— Prodiges du temple de Jérusalem. — Agitation arienne. — Concile d'Antioche.
364U Février, Mort de Jovien. Yalentinien est élu par les troupes k Nicée, et associe a l'empire son frère Yalens. Nouveau partage de l'empire : il ne peut plus exister que partagé. Contradiction manifeste.
â68 GÉSARISME ET GURISTUNISHE.
Caractères de Valentînien et Valens. (Cf. Gibbon, I, 581.) Controverses d'Hilaire» de Poitiers. — Fleury.
365. Révolte de Procope, parent de Julien, que les deux empereurs voulaient mettre à mort, quoique inoffensif. — Raison d*Etat et de religion. (Cf. Gibbon, 97-378.) — Les Joviens et les Hereuliens embrassent sa cause. — Épuration et destitutions. (Gibbon, 577.)
Révolte générale des barbares Allemands, Pietés, Écossais, Saxons, Quades, Sarmates, ainsi que des Âsturiens et des Maures.
Lois contre les magiciens. (Gibbon, 580.) — Persécution atroce contre eux.
Valens se déclare contre les nicéens et les persécute. (Fleury, II, et Gibbon, 2585.) — Concile de Lampsaque ; députation des Orientaux en Occident.
— Philosophie de Thémistocle. (Cf. Buret.) — Para, roi d'Arménie (Gibbon, 602).— Le Danube (Gibbon, 603.)
— Tremblement de terre (Gibbon, 609); il ébranle tout le globe.
366. Dixième bataille gagnée par le Christ. Défaite de Procope et sa mort. Valens se tourne aussitôt contre les Goths. — Défaite des Allemands par Valentînien.
— Basile et Grégoire de Nazianze résistent à Tarianisme et soutiennent Toeuvre d'Athanase. — Le pape Damase ; schisme d'Ursin. (Fleury et Gibbon, 588.) — Concile de Tyane (Date à vérifier). — Ce concile exclut l'Apocalypse du canon des Ecritures ; en sorte que ce sont les mêmes k qui elle avait été adressée qui la méconnaissaient ! Ce fut fait en haine du millénarisme auquel tout le monde avait cru, auquel plus personne ne voulait croire.
367. La guerre est dans l'empire et dans l'Eglise. Pillage de Mayence par les Allemands. — Le comte Théodore repousse les Pietés et les Écossais. (Cf. 597.)
24 août. «- Valentînien fait césar son fils Gratien, k Amiens. 11 épouse Justine, veuve de Magnence. Concile de Laodicée. — Hilarion.
36d Valentînien passe le Rhin, et remporte sur les AUe-
'AN 37l' APRÈS JÉSUS-CHRIST. 26&
mands, Bourguignons et Saxons plusieurs victoires. — Les Francs ravagent la Gaule.
Yalens pousse la guerre contre les Goths; cependant les Perses s'emparent de l'Arménie.
369. Athanaric, roi des Goths, est défait par Valons et contraint a la paix.
Sapor poursuit ses entreprises, fait périr Arsace, roi d'Arménie, chasse Sauroniace de Tlbérie et le remplace par Aspacure. (?)
— Basile résiste k Valens (Fleury).
370. Défaites des Saxons et Allemands par Yalentinien, et de Sapor par Valens. Trêve en Orient
— Conciles de Rome, d'ïllyrie et d'Antioche.
Écrits de Basile et d'Athanase. (Cf. Fleury.)
On sent ici combien fut regrettable la politique de Julien, qui par opposition k celle de Constantin ne sut que se jeter dans une réaction impuissante. Depuis, les empereurs prennent tous parti pour une secte et se font persécuteurs; tandis qu'ils devaient seulement protéger la liberté des opinions et empêcher les luttes, les violences, ils donnent l'exemple de la polémique et éternisent l'agitation.
11 faut le dire, Julien, avec la plus belle situation, ne sut rien créer, rien fonder.
Loi de Valentinien contre Tavarice et l'incontinence des prêtres chrétiens. (Fleury, II, U2.) — Opulence du clergé à cette époque, mot de Prétextât k Damase. (Gibbon, 585.)
— Ammien Marcellin, historien.
371* Cette année est belle pour les empereurs. Les Allemands sont défaits par Sévère, commandant des troupes de Yalentinien; la guerre des Maures terminée par le comte Théodose; les rois d'Arménie et d'Ibérie, qu'avait détrônés Sapor, sont rétablis par Yalens.
Mais de même que Constantin, triomphant de Maxence et de Licinius, semblait n'avoir vaincu que pour le Christianisme; de même Valens ne paraît vaincre aussi que pour la gloire d'Arius.
ilO GÉSARISME £T CHHISTJANISMfi.
Is paganisme expire dans lea complots magiques..», histoire de Tanneau magique, analogie avec les tables taymantes.
Massacre des magiciens. — Persécution des nicéens. (Cf. Fleury et Gibbon.)
Mort du philosophe Maxime.
871» Guerre de Valentinien contre les Quades. Révoltes des Maures en Afrique et des paysans en Syrie.
— Apollinaire, poète grec.
— Martin de Tours. — Fleury.
373* 80.000 Bourguignons paraissent sur le Rhin» appelés par les Romains contre les Allemands.
Le comte Théodose est de nouveau envoyé en Afrique contre les Maures, pendant que Yalens continue la guerre contre les Perses.
— |j0is de Valentinien contre les donatistes ou rebaptisants; les manichéens.
— Travaux de Basile : sa politique droite, etc. (Fleury, IV, 288, 317.)
— Commencements de Jérôme, bibliophile et philologue chrétien.
— Trait d'hypocrisie monacale (Fleury, IV, 276); fausse vertu.
— Les moines puissants. {Id., 282.)
«- Ëphrem, poète, Tadversaire de Bardesane.
— La simonie répandue dans Tépiscopat. (Fleury, 190.)
— Mort d'Athanase, à Alexandrie.
374« Valentinien fait la paix avec les Allemands; Valens tente la môme chose avec les Perses, et ne peut 8*entendre avec Sapor. L'empire est tout haletant et ne peut plus soa* tenir sa tâche.
Théodose, fils, chasse les Quades et les Sarmates de la Mésie.
— Ambroise^ évéque de Milan : les ariens ont le dessus dans cette Eglise.
Concile de Valence. (Fleury, 321.)
375* Valentinien, après avoir récompensé les Bourgui-
âN 376 APRi:S JÉSUS-GHRIST. «271
gnons en leur accordant des terres, se prépare à attaqi^er do sa personne les Sarmates : il est frappé d'apoplexie (1 7 no* vembre). — En Pannonie, l'armée, par esprit de rivalité contre celle des Gaules, nomme Yalentinien le jeune, fils de Justine, empereur.
Dans le même temps, les Huns, partis de la Chine, s'avancent sur l'Europe, refoulent les Goths devant eux, et les défont dans une bataille. — Yalens, qui suivait pied II pied la politique de son frère, permet aux Wisigoths de passer le Danube, comme soldats de l'empire, et ouvre ainsi la porte aux barbares ; l'invasion commence : les Goths en sont les pionniers.
— La permission de passer le Danube fut accordée par Valens k l'évêque goth Ulphila qui pendant le séjour qu'il fit à Gonstantinople, embrassa la foi arienne, et conquit ainsi il Tarianisme tous les peuples.
— Yalens force les moines à servir dans les armées.
— Théon, mathématicien et astronome.
376* Les Goths quittent les bords du Volga, ou ils étaient établis depuis l'an 93, passent le Danube et s'établissent, avec Tassistance de Yalens, dans la Pannonie et la Thrace — l'invasion de l'empire commence. — (Gibbon, 62^-629.)
Les Alains, chassés aussi par les Huns, parcourent l'Europe cherchant un asile, et s'avancent jusqu'aux Pyrénées.
Désormais, l'empire est perdu : le mal sans remède.
— Mort du comte Théodose, décapité par ordre de Yalens, qui craignait en lui le successeur prédit par le devin Maxime.
-— Assassinat du roi d'Arménie par les ordres de l'empereur.
— Concile de Rome et condamnation d*Apollinaire. (Fleury.) — Concile de Gaupes (id).— Travaux de Basile (td).
Les Goths passent en masse a l'ariaDisme.
Secte des callypédiens^ qui font de la Yierge Marie une déesse (Fleury 330,1V.)
— Epiphane, évêque de Salamine, en Chypre, historien éclairé. (Cf. Fleury.)
376* A partir de cette année, l'histoire de l'empire romain
n'est plus que le récit du progrès des barbares. Théodose n'y fit absolument rien; ce n'est donc pas a Tan 410 qu'il faut placer le point de départ de renvahissement, mais en 376 ; et si Ton regarde de plus près, il faudra remonter au moment où les Francs reçoivent un établissement sur la rive gauche du Rhin, où la Dacie est abandonnée par Aurélien, où les Lombards passent les Alpes|et sont recueillis en Italie, etc. Â bien considérer lee choses, l'empire romain n'a jamais été qu'une fiction contre laquelle n'ont cessé de protester, a toutes les époques, Gaulois, Germains, Numides et Maures, Parthes, Sarmates, etc.
L'empire est le jouet des barbares, devenus tout k la fois ses ennemis, ses alliés et ses défenseurs.
Les empereurs se vengent sur les dieux et leurs temples, des insultes qu'ils reçoivent des Goths et autres. — Le bulletin annuel de l'histoire n'est plus que le récit de faits sans philosophie, car la philosophie en a été faite auparavant
377. Les généraux de l'empire apportent des entraves k l'entrée des Goths et accablent d'avanies ces barbares, qui se révoltent et battent les troupes impériales. L'entrée, d'abord pacifique et consentie, se change en invasion et conquête. — Il semble que le vide fait depuis quatre siècles, par la pompe aspirante du Césarisme, appelle les barbares pour repeupler des contrées autrefois prospères et maintenant désertes. La dépopulation est effrayante; la résistance aux barbares manque d'hommes et de motifs, l'avidité du fisc fait du titre de curial (quid?) une charge onéreuse, dont chacun se débarrasse avec le même empressement qu'on en mettait jadis k l'obtenir. Les campagnes cessent d'être cultivées. Dans la seule Gampanie, on compte 528,000 arpe-nts en friche. A quoi ont servi les distributions de terres aux vétérans et k la plèbe?...
40,000 Allemands pénètrent en Gaule; ils sopt arrêtés
pourtant, mais par qui? Par un franc nommé Mellobaud. Le
barbare défend contre le barbare la propriété que lui a cédée
l'empereur. Ce Mellobaud est consul avec Gratien (?)•
Tous les barbares s'unissent contre l'empire; Vaîens
apprend a Antioche ces tristes nouvelles, et se hâte de conclure la paix avec les Perses, et part, avec Tarmée, pour Constantinople.
Les nicéens (Fleury, IV, 356) accusent Valens d'avoir attiré, par son obstination dans Thérésie, les barbares dans Tempire.
— Travaux d'Ainbroise.
378* Gratien se prépare à secourir Valens, après avoir réprimé les Allemands, et s'avance, muni d'un traité d'Ambroise, en guise de préservatif contre la foi arienne.
Cependant Valens, jaloux de triompher seul des barbares, s'avance jusqu'à Andrinople ; la, il refuse d'écouter les supplications des Goths, qui ne demandent qu'un peu de place (dans des pays dépeuplés!...) pour eux et leurs troupeaux. La bataille est livrée le 9 août. L'empereur et les deux tiers de l'armée y périssent. Les barbares s'avancent jusqu*aux portes de Constantinople. Théodose et Jules, après avoir rassemblé les débris de l'armée de Valens, parviennent cependant à les arrêter.
Gratien est élu seul empereur?
— Epoque florissante des solitaires. [Ils prenaient bien leur temps.) Ceux de la Thébaïde sont les plus nombreux et les plus célèbres. A peine arrivé à une existence publique et officielle, le Christianisme se relire devant les difficultés sociales et proclame son impuissance. Il parodie honteusement la parole du Christ à Pilate, mon règne n'est pas de cet ordre (de l'ordre politique); il fait presque une loi du renoncement aux afiaires. La crasse des Pacôme, des Hilarion, etc., est devenue l'emblème de la pureté et de la lumière. Grande dififérence entre les choses du siècle et celles du salut. Le dualisme oriental, nié dans le dogme trinitaire, se rencontre partout dans la pratique. En vain les empereurs, au désespoir, font appel au patriotisme chrétien et invitent les provinces à former des assemblées pour la résistance à l'invasion (?). On ne les entend point. Qu'est-ce que la barbarie, en comparaison de Satan, l'ennemi éternel du salut?...
Tous ces chrétiens, les Athanase, les Ambroise, les Gré-
974 GÉSÂKISME ET CHRISTIANISME.:
goire de Nysse et de Naziaaze, les Augustin, etc., sont à juger et k clouer au pilori de l'histoire.