TROISIÈME PÉRIODE
DE 493 A 343 APRÈS JÉSOS-GHRISf (PERTINAX A L'ÉDIT DE CONSTANTIN Çf I^IGIMHIIl)
[1° Despotisme militaire, ou dernier mot duCésarîsme, exprimé par Septime-Sévère ; i" Réaction et lutte du Césarisme contre Tidée ehrétienne; 3"* Défaite du Césarisme, et son alliance avec TÉ^lise; 4* Concessions de cette dernière, et corruption.]
[Pendant cette période de eent vingt ans, de hideuses pe^sonnalités se montreront sur le trône des empereurs i mais à tout prendre, on pourra noter une amélioration. Le Gésa*risme est accepté et compris comme une nécessité, une trur dition ; avec Thypocrisie, disparaissent les vices les plu9 odieux des Césars. Chose singulière, les individus s'améliorent, la société se dégrade. Pertinax, S. Sévère, A. Sévère, les trois Gordiens, Balbin, Maxime, Philippe, Dèce, Yalérien, Claude, Aurélien, Tacite, Frobuf et Canus, spnt des hommes aussi vertueux, et peut-ètra plus que les Antornins : cela n'empêche pas que Tempire s'éteint entre le^rs mains, et que leurs noms ne figurent que dans les temps les plus malheureux.]
[L'ère prétorienne est ^em.arqn^l)l^ par reïisfiigqero^Bt
qu'elle donne et Tappréhiation qu'elle fournit du rôle de Constantin, qui la suit.
Le Césarisme, à son origine, est l'assassinat de Thumanité. (1 poursuit son œuvre de mort pendant cent quinze ans, de la dictature de César a la prise de Jérusalem.
Alors les révoltes et les guerres civiles le forcent à rentrer en lui-même : la république est oubliée et ne peut revenir : il s'agit de gouverner pour le mieux avec le despotisme.
Une période nouvelle s'ouvre, où le Césarisme se montre administrateur et philanthrope : c'est le siècle 4es Flaviens et des Antonins.
Pendant ces cent vingt ans, le Césarisme, entré dans les mœurs, devient pour ainsi dire normal : la société a pris sa forme, il faut qu'elle marche par lui et avec lui, malgré le vice indélébile de son origine et de sa constitution.
Une ère nouvelle commence; Septime- Sévère ouvre la série des réformateurs ou plutôt des progressistes.
Le prétorianisme, en effet, sous la forme la plus brutale, cache une tendance progressiste et révolutionnaire, dont l'empereur est l'expression I...
Ce fait explique toutes les individualités qui vont paraître : Septime- Sévère^ Caracalla^ Héliogabale, Alexandre^ Maximin, les Gordiens^ Philippe, Dédits, Valérien^ Claude, Aurélien^ Tacite, Probe, Carus et Dioclétien; il n'y a d'interruption que pour Gallien et Cariu. Mais le septicîsme du premier est vengé par l'anarchie des 30 tyrans; le deuxième périt comme un infâme.]
L'empire, dans le premier siècle de son existence (45 a. 71), avait eu à dompter les nationalités vaincues, qu'écrasait la rapine romaine, que révoltait l'infamie des Césars, et que poussaient à la révolte leurs prêtres, leurs sociétés secrètes, leurs zélateurs et les princes de leurs anciennes dynasties...
La décadence était visible et fort avancée, et le péril imminent sous Néron, lorsque éclatèrent, a la fois, les soulève-
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lueiits en Gaule, en Espagne et en Palestine. La victoire de Titus fut le dernier coup porté au monde vaincu et indi-^ gné; Tempire fut affermi pour plus d'un siècle : il fut prouvé du moins que les peuples ne recouvreraient pas leur liberté par les armes.
Le travail d'émancipation fut donc laissé tout entier aux IDÉES. — Elles se développèrent, sous les Flaviens et les Antonins, dans toutes les directions en mal comme en bien, avec une activité qui n'avait jamais eu d'égale; — les écoles philosophiques de la Grèce n'avaient point saisi les masses, la plèbe et encore moins les esclaves; — et qui n'a jamais été surpassée depuis, même par la réforme de Luther, même par la Révolution française. Ce mouvement intellectuel, qui renouvela l'esprit des peuples et fit marcher, malgré la résistance des évéques, TËglise assoupie, s'appelle la Gnose.
La première période chrétienne, l'apostolat, s'était arrêtée dans la négation et l'expectative. Pour les apôtres, le Christianisme, si puissamment révolutionnaire, si socialiste sous le Galiléen, était devenu tout à fait inerte et résigné; il n'était plus de ce monde; il recommandait la patience, l'obéissance, la soumission; assurant seulement que le Christ viendrait bientôt délivrer ses fidèles, et se bornant à prêcher la pureté, la charité, et les bonnes mœurs, qui, seules, pouvaient mériter la participation à ce règne mystique.
— Ce statu quo ne pouvait durer : le Christianisme en fut tiré bien vite par les écoles qui, de toutes parts, s'ouvrirent et entraînèrent dans leur mouvement les masses converties. Alors le Césarisme, — l'empire romain, le polythéisme, l'esclavage, — fut de nouveau nié et avec plus d'énergie, et toutes les institutions sociales attaquées par la base. L'œuvre de démolition était a peu près terminée et une constitution nouvelle, celle de l'Église, déjà ébauchée, quand finit, en la personne de Commode, la gloire impériale et la dynastie des Antonins.
— La contradiction au Césarisme est donc aujourd'hui tout autre qu'elle n'avait été cent vingt ans auparavant , lorsque les empereurs, d'Auguste à Domitien, n'avaient su
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contenir que lé génie national, partout fi'éinissant. L'oppositiôn naissait maintenant des entrailles de Thumanité. Sauf les divergences insignifiantes des docteurs et des sectes, elle se montrait homogène, embrassant toutes les âmes, sans distinction de races, de pays, de conditions, ni de sexes. ii donc, le monde à exploiter et ]es nations a contenir avaient pu, jusqu'à un certain point, légitimer la dictature césarienne ; des motifs analogues, et plus puissants encore, vont rendre raison du despotisme militaire qvi va commencer.
Ce m sont plus, en effet, des mécontents qu^il faut punir; e^est Fempire tout entier, travaillé par le Christianisme, qu'il s'agit de tenir, pour ainsi dire, en état de siège. Ni les légions, ni les hommes d'État, ni la plupart des empereurs eux*mômes n'eurent la conscience de cette situation : mais elle résulte de la nature et de la nécessité des choses ; les faits rétablissent tous, et les empereurs les plus remarquables par leur génie, leur esprit romain, qui persécutèrent le Chris^ tianisme : Septime Sévère, Décius, Valérien, Dioclétien, le comprirent k merveille.
Le despotisme militaire va donc s'établir, fatalement amené par le cours des choses, et traînant à sa suite toutes ses désastreuses conséquences : les rivalités militaires, les guerres civiles, les usurpations, Tanarchie. D'après le principe et la constitution du Gésarisme, le vrai despote, ce n'était pas César, cétait la plèbe, et comme expression de la plèbe, la légion.
Le peuple romain, armé ou non armé, était le vrai pro*priétaire et usufruitier de la conquête; l'empereur était son patron, mais avec cette différence que ce patronat n'était pas héréditaire; il ne put jamais le devenir. Les empereurs fils d^empereurs ne tinrent jamais leur pouvoir de l'hérédité, mais de la faveur du soldat et de la plèbe, et de l'adoption de leur auteur. L'hérédité impériale, établie en droit et en institution, eût été l'abdication du peuple-roi, son expropriation: une chose qui impliquait contradiction. Une monarchie héréditaire, si elle avait pu s'établir, entraînait l'é-
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AN 19^ APRÈS JÉftUS-OHRIST. fti
galité des provinces et de Rome, et de tous les habitants devant Tempereur; c'était la négation du droit quiriiaire^ c'était le GhFistianisme même (9I8SI).
Alasi le gouvernement de Tempire devenant de plus en plus pénible, et réclamant autant de la force armée que la défense contre les barbares, la Légion qui défend et protège, qui réprime et qui punit, la légion qui fiait tout dans Tempire, va devenir souveraine; — l'empire se trouve donc fatalement engagé dans la voie d'un despotisme croissant, au bout de laquelle se rencontreront nécessairement deux choses : 1*" la lutte de la légion contre la légion, ou la guerre civile ; 2" les concessions k Tesprit nouveau, c'est-à-dire, la victoire de TIdée I...
Pendant cette marche du Gésarisme, que fera TÉglise? que fera la Révolution?
Sa marche n'est pas moins bien tracée :