Préfet de Rome
[A son avènement au pouvoir, Pertinax n^avait trouvé dans le trésor que dix sesterces (180.000 1.); il laissa a sa mort 27.000 sesterces, ou 500 millions.]
L'élévation de Pertinax donne une idée de l'esprit démocratique qui régnait sous le couvert des Césars. Il était fils d'un charpentier de Piémont; après avoir passé par tous les grades militaires et civils, administré des provinces et commandé des armées, il fut élevé à la pourpre par une conspiration; une conspiration l'en précipita. Examinées de près, ces deux conspirations apparaissent comme l'expression de deux esprits antagoniques qui se disputaient l'empire : l'une est celui dBs hommes d'État, qui cherchent à organiser rationnellement l'empire, pt à faire cesser l'exploitation abusive, incarnée dans les Domitien et les Commode; l'autre est l'esprit du soldat et de la plèbe, jaloux de leurs privilèges, et qui ne peuvent souffrir des réformes qui menacent leur parasitisme (282) ! Ce qui sej)asse dans l'empire est juste le cpntraire de ce que l'on verra a la Révolution française : au temps de Commode, les empereurs, le sénat, les grands, tendaient généralement a des réformes que repoussait la masse ; en 89-B3, c'était 1^ cour et les grands qui repoussaient la Révolution.
Le régime des Antonins pesait donc aux légions et k la plèbe. Le long règne de Commode, sa popularité, la mort de Pertinax, et ce qui s'ensuivit, le prouvent.
— Pertinax assassiné; les prétoriens, qu'offensait sa parcimonie, mettent l'empire à l'encan.
— Deux enchérisseurs se présentent, Sulpicianus, gendre de Pertinax, promet 5,000 drachmes (3,680 liv.) pour chaque prétorien ; Didius Julianus, sénateur, en offre 6,200 (4,600 liv.); la pourpre lui est adjugée. Ce fait, que les historiens regardent tous comme monstrueux et ridicule, qu'est- il au fond?
AN 193 APRÎ;S JÉSUS*GHRIST. Q5
La revendication par le soldat du droit de oonquôte, du droit de souveraine jouissance que laissaient périmer ou amortir les grands empereurs. L'empire, on ne saurait trop le redire, était la propriété du peuple, dont Tempereur n'était que le tenancier. A ce point de vue, le meilleur empereur était celui qui donnait le prix le plus élevé de la ferme : c'est ce qui fit la popularité de tous ces monstres, dont Texistence encore plus que les crimes, étonnent toujours ceux qui en lisent l'histoire.
[Didius Julianus, vieux gastronome, passant le temps a se goinfrer et jouer aux dés. — Le jour de son élection, s'amuse à regarder le danseur Pyladès... Un drolatique en cheveux blancs.]
A la nouvelle de Télection de Didius Julianus, les généraux de Bretagne, de Pannonie et de Syrie, Albinus, Septime- Sévère et Niger haranguent leurs soldats, qui les nomment àrinstant. Fut-ce par un sentiment de dignité publique? Non. Les légions, comme les prétoriens, ne faisaient pas des empereurs sans se faire auparavant payer, donnant donnant. Septime-Sévère, notamment, paya plus cher encore son élection que Didius Julianus. Mais les prétoriens, soldats de la garde impériale, eorps d'élite, sorte d'aristocratie dans Tarmée, n'avaient traité que pour eux-mêmes i de quel droit disposaient'ils de la propriété commune?...
Septimo-Sévère passe en Italie : à son approche, les préto* riens usurpateurs embrassent son parti ; Didius Julianus, abandonné, conspué, est mis à mort, et Septime-Sévère salué à la fois par le sénat, l'armée et le peuple. Mais Sévère, vengeur du droit méconnu des légions, dépouille les prétoriens de leurs privilèges et les dissémine dans l'Italie, aveo défense de s'approcher de moins de 30 lieues de la capitale, Il envoie ensuite de bonnes paroles à Albinus et part pour combattre Niger.
— Théodote le corroyeur (173) est excommunié par Tévêque de Rome Victor. On l'accusait, lui et ses adhérents, de eorrompre les Ëcritures, e^est-à-dire de les entendre autrement que TËglise de Rome, qui certes ne les entendait
point. On leur reprochait en outre de 8'attacher k la géométrie, de faire cas d'Euclide, Théophraste, Aristote, voire môme de Galien I... On voit par cet exemple à quel point la philosophie et les sciences étaient devenues dans la chrétienté impopulaires. Dans le Christianisme, comme dans Tempirc, la plèbe était contraire à la science, au progrès, k la justice et a la liberté !...
Athènes, de Naucratis, en Egypte, littérateur.
194. Après une première action sur les bords de FQellespont, Sévère défait Tarmée de Niger k Issus, dans la Gilicie.
La commotion de la giierre civile ébranle les peuples dans rOsroène et TAdiabène; les Samaritains et les juifs se mettent en insurrection.
Un roi de Suède, Haldan, essaie de nommer pour son successeur un roi goth, Unguin; il est lui-môme tué, l'étranger , repoussé, et Ragnald mis a sa place.
— Célébrité de Clément d'Alexandiie, disciple de Pan- ^ tène.
Clément d* Alexandrie fut, dans toute la rigueur un éclectique de la gnose, ainsi que le prouve le titre de son principal ouvrage, les Stromates ou Tapisseries. Sa philosophie est morale avant tout, et toujours rationnelle et d'un juste tempérament. Son but, en réfutant les écoles exagérées des encratites et marcionites, en môme temps que celles relâchées de Nicolaijs et Carpocrate, est de poser les vrais principes concernant l'usage des biens, le mariage et la conduite dans la persécution. — Bien loin de repousser les titres de philosophe et de gnostique, il s'en pare et les préconise, essayant de montrer que le vrai philosophe et le parfait gnostique n'est autre chose que le chrétien. Il s'efforce aussi de concilier les traditions polythéistes et judaïques, en montrant que tous les anciens symboles contiennent la môme théologie et la même sagesse. Tout son livre, il l'avoue luimême, n'est qu'un recueil, un musée des meilleures choses qu'il a rencontrées dans la gnose, il parie de Dieu, l'Être suprême, en gnostique. « La grande difficulté de parler de
Dieu, dit-il, rient de ce qu'il est le premier principe de tout. Or, en chaque chose, le principe est difficile k trouver. Gomment exprimer celui qui n'est ni genre, ni différence, ni espèce, ni individu, ni nombre, ni accident, ni sujet?... » Il conclut qu'il est infini, sans figure et sans nom. La manière dont il s'exprime sur la Trinité est tout à fait prise de Valentin. Pour lui, le Fils est la nature la plus approchante du Tout-Puissant; le Saint-Esprit vient encore après. Quant à l'orthodoxie, il dit qu'il faut la chercher dans la tradition uniforme et immuable des Ëglises, non dans les raffinements des écoles : ce qui signifie que Clément, ainsi que ses ouvrages le prouvent, faisait en dernière analyse assez peu de cas de la spéculation, revenait à la foi pure et simple des apôtres, mettait au-dessus de tout la science morale, hors de laquelle il se montre d'une indifférence, non pas pyrrhonique, il soutenait contre Pyrrhon qu'il y a des choses certaines, mais tout à fait philosophique.
On pourrait faire des livres de Clément un traité de civilité chrétienne. C'est un vrai Athénien, qui cherche partout, comme Socrate, la règle des convenances, de la grâce, de la modestie, de la tempérance et de la justice.
— La dispute recommence au sujet de la Pâque (v. 196). 195. Construction du Colisée, a Rome; il contenait
87,000 personnes.
— Symmaque, tour k tour chrétien, ébionite et juif, entreprend une quatrième version de la Bible d'après l'hébreu. 11 est k remarquer que les traducteurs venus après les <$ep- ^an^, Aquila (134), Théodotion (181) et Symmaque, tous trois païens convertis au Christianisme, finissent tous trois, d'évolution en évolution, par se faire juifs I... Ce résultat accuse la fausse voie où était entrée l'Église depuis 71 ; en se portant héritière du judaïsme, elle affirmait le judaïsme; et comme k cette époque la théologie chrétienne n'était pas faite, que l'on hésitait sur la question de savoir si Jésus était Verbe, Christ, ou simplement prophète, la conséquence était fatalement de le rattacher au mosaïsme et d'affirmer le mosaïsme I
58 CÉSARISME ET GHftlSTIARISME.
190. Conciles. '^ G^est la première fois (?) qu'il en est fait mention. Mais il ne paraît point que la chose eût été alors absolament nouTelle. Cependant Tertullien (DeJefunio^ c. 13, an 117) en parle comme d*ane institution récente et étrangère. (Cf. Mosheim, Histoire de VÉglisey u* siècle.)
Jusqu^à ce moment néanmoins, les évèques avdent plutôt correspondu entre eux par lettres.
On peut supposer^ dit Oibbon^ qu'en formant ainsi des conseils représentatifs, les évéques prirent pour modèles les établissements célèbres de leilr pays : les amphictyons^ la ligne achéenne, les assemblées des villes d'Ionie. La coutume s'établit donc parmi les Églises, toujours indépendantes, et passa peu a peu en loi, que les évéques se rendraient dans la capitale de leurs provinces, au printemps et en automne* Lk ils prenaient Favis des prêtres les plus distingués; tout se passait en présence du peuple.
Les membres de ces assemblées reçurent, comme les séna^ teurs romains, le nom depère#*
Les décrets furent appelés cctnoti^.
Ces assemblées, où le peuple ne pouvait plus assister eti entier, mais seulement être représenté^ en traînèrent l'abolition de la puissance législative en chaque Église particulière, puissance qui résidait dans la communauté entière, et qui fut ainsi transportée aux réunions d'évéques. Or l'évè* que étant nommé à vi>, disposant des fonds (cf. an 100), jugeant les différends^ nommant à tous les emplois de C Église^ devint bientôt le maître et le tyran de la communanté. (Cf. Cyprien, an 247.)
La puissance législative coucentrée dans l'assemblée de la province (et plus tard dans le concile œcuménique). — La puissance executive concentrée, pour chaque Église, entre les mains de Tévéque (400).
Le droit de faire des ordonnances interprétatives des canons^ pour leur meilleure exécution, également accordé k l'évêque; le droit d'admettre à la communion ou d'en rejeter!..*
La chrétienté se trouva ainsi transformée en une répu-^* blique aristocratique et fédérative^ dont tous les bénéfices
appartinrent, comme ceux de la république romaine, au patriciat, aux évê^ues*
L'usurpation épiscopale se consacre dès ce moment, par la distinction nouvelle du clerc et du laïc, xXïjpoc et Xatxoç, qui signifient exactement la noblesse et la multitude chrétiennes. Les nobles furent les évêques, prêtres, diacres, religieux, etc.; — la multitude se composa de tout le reste.
[Dès cette époque les Églises sont fort riches; sous Antonio le Pieux, un particulier offrît èi TÉglise de Rome, 200,000 sesterces, environ 50,000 francs pour sa bienvenue II ...
En vain les empereurs défendaient en général par la loi^ les legs et testaments, en faveur de sociétés et compagnies : les chrétiens éludaient la loi; les Églises s'enrichissaient aut dépens des familles, etc., recevaient non seulement dés sommes, mais des terres, des maisons et toutes sortes d'immeubles.
Cf. les rescrits de Constantin^ qui ordonnent la restitution, an 314.]
La puissance d'excommunier, la plus essentielle k une société, celle qui exclut le mieux tout arbitraire individuel [eX'Communitate), transférée aux évéques et aux concileis, fut l'attentat le plus injurieux k la dignité humaine, et le plus sanglant affront au Christianisme. Une opinion sur le Ckristos vous faisait chasser de la société ; — et l'évêque, qui s'arrogeait le droit d'admettre ou d'exclure qui bon lui semblait, n'était pas lui-même chassé comme apostat et desiruc" leur de l'Église I...
Tout en se produisant comme organisme et comme doctrine, le Christianisme avait obéi k sa nature plutôt théologique que scientifique ; il avait perdu son unités il était devenu de plus en plus divergent, antagonique et scissionnaire. Les solutions a donner aux problèmes qu'il s'était posés, ne pouvant être constatées par aucun critère rationnel, ces solutions n'avaient pu ni se concilier ni se réfuter; leur diversité n'avait pu se résoudre en une synthèse capable de forcer l'adhésion générale; il y avait des peuples chrétiens, c'est-a-dire reconnaissant le Christ pour objet de leur culte ;
60 CëSÀRISEË ËT GHRISTiÂI^ISMË.
il n'y avait pas de chrétienté, pas d'Église, une et adéquate. Le Christianisme demeurait donc, sous ce rapport, ce qu'il avait été dès le commencement ; un mouvement religieux, plutôt qu'une religion ; une multiplicité de sectes n'ayant de commun que leur point de départ.
a Les communautés formées par les apôtres, ce que nous appelons Églises de Jérusalem, d'Antioche, d'Alexandrie, de Gorinthe, de Rome, n'ont jamais été gouvernées par une autorité commune. Elles n'ont eu de commun, suivant l'expression d'un auteur sacré, que la/oi, Il espérance et la charité, Pierre, Paul, Jean dirigeaient, chacun dans une parfaite indépendance, celles qu'ils avaient établies; en sorte que les Églises apostoliques elles-mêmes, prises en bloc, ne présentent qu'une unité tout a fait idéale. Ces communautés ne furent pas plus unies sous les successeurs immédiats des apôtres... Il n'a jamais existé une seule Église, il n'y en aura jamais, si ce n'est dans l'éternité!... ^ (Matter, Hist. ecclés,)
Or, si le Christianisme, si l'Église est incapable de se constituer dans l'unité^ il appert qu'elle est aussi incapable que le Césarisme de produire l'unité humanitaire ; bien loin de servir k l'émancipation, k la liberté, k l'harmonie générale, elle n'est qu'un élément d'antagonisme de plus. Le jour où, pour se donner l'unité, elle fera appel a l'autorité, k la force, elle aura donné sa démission, elle aura vécul...
196. Après avoir pris Byzance, boulevard de l'empire, dont il fait démolir les fortifications. Sévère retourne en Italie, avec le projet de se défaire d'Albinus, qu'il avait reconnu César comme il s'était défait de Niger. Il commence par créer César, son fils Bassîen, auquel il donne le nom d'Antonin. La guerre éclate aussitôt entre les deux rivaux : la Gaule se prononce pour Albinus. Une première rencontre a lieu dans les Gaules entre Albinus et Numérien, lieutenant de Sévère, qui est vainqueur.
— La question de- la Pâque (158) met le trouble dans , l'Église. Le pape Victor, obéissant k l'emportement de son zèle, prétend imposer aux Orientaux la coutume de son
Ëglise, et fulmine contre eux rexcommunication : il est blâmé par Tèvêque de Lyon, Irénée. Des conciles sont tenus pour cet objet k Rome, à Gésarée, dans la Gaule, le Pont, la Grèce et TOsroène. Tous conviennent de célébrer la Pftque le jour de la résurrection du Christ, c'est-k-dire le dimanche qui suit le 14* de la lune de Mars. Polycrate d'Ephèse maintient Tancienne coutume; mais déjà le parti qu*il représente est en minorité, et la pratique de Rome deviendra universelle après le concile de Nicée (325).
A côté des grands intérêts politiques qui étaient en lutte, la querelle sur la Pâque peut sembler aujourd'hui misérable. Mais Sévère et Albinus ne combattaient après tout que pour le service de leur ambition ; tandis que Victor luttait pour rétablissement d'un nouveau culte, qui, tout en s*emparant du rituel mosaïque, aspirait néanmoins à se distinguer du mosaîsme. Tout ce que possède le Christianisme, tout ce qu'il affirme, lui vient d'emprunt : mais tout ce qu'il em* prunte, il le convertit à sa mesure et k sa physionomie. Sa Pâque ne sera pas celle des juifs; son jour sacré ne sera pas le samedi; sa Trinité pas celle de Platon ; son Messie pas celui des Hébreux; sa confession pas celle d'Eleusis, sa catholicité pas celle de César; son diable même ne sera pas celui de Zoroastre; et sa prédestination autre chose que la fatalité.
197. Les deuxarmées romaines, au nombre de 150,000 combattants, se rencontrent dans la plaine de Trévoux, sur la Saône, a quelques lieues de Lyon. Longtemps la victoire est disputée : enfin la fortune se prononce pour Sévère. Dans la joie de la victoire, il écrit au sénat : « Je vous envoie la tète d^Âlbinus, afin que vous sachiez que je suis irrité contre vous I » Quarante et une familles de sénateurs sont proscrites. Commode vengé, une proscription, qui rappelle celle d'Octave, achève l'œuvre des combats. Femmes, enfants, vieillards, rien n'est épargné 1 Une fois tranquille. Sévère s'occupe d'organiser l'exploitation du domaine impérial. A la préfecture du prétoire, il réunit la juridiction civile et criminelle et l'administration des finances : un véritable
62 CÉSâRISME ETCaRISTIANISME.
état de siège perpétuel et systématique. 11 pose en principe que la volonté de Tempereur est la loi de FÉlat, et prend Boin de ses sujets, comme un maître intéressé de ses esclaves... Aucun ne sut mieux profiter, pour remplir le trésor, des confiscations; aucun ne fit mieux go&ter, au peuple et au soldat, le bénéfice de la conquête. Des constructions magnifiques, des spectacles, des distributions abondantes et régulières lui valurent Taffection du peuple. Â Tafiectation qu'il mettait a humilier le sénat, on pouvait juger combien il prenait au sérieux son rôle dHmperator et son titre de César. Il avait d*abord puni les prétoriens (193), en les dispersant ^près la mort de Didius Julianus; il porta leur nombre de 16,000 k 50,000, et voulut qu'ils se recrutassent de rélite des légions.
Il éleva leur paie : sa maxime était qu'il fallait bien traiter les gens de guerre et ne pas s'inquiéter du reste. Lui qui était venu, disait-il, pour venger la majesté de Tempire prostituée à Didius Julianus, il éleva le donativum, non pas à 6S100, mais à 9000 drachmes.
Ainsi le gouvernement des Flaviens et des Ântonins avait incliné vers une monarchie fusionniste, égalitaire, quant aux provinces et aux cités, et tempérée dans sa hiérarchie et son administration. Sévère ramène tout au despotisme militaire, et mieux que ne Tavaient fait les fondateurs même de l'empire, César et Auguste, il réalisa, systématiquement et de sang-froid, le rêve des plébéiens de Marins et des vétérans de César : Texploitation et la jouissance du monde par le peuple romain.
Sévère part ensuite pour FÂsie, où le défiaient les Parthes.
— Victor, évêque de Rome, est remplacé par Zéphîrin.
198. TertuUien, prêtre de Carthage, déjà fameux dans la chrétienté par la composition de plusieurs ouvrages, écrit son livre De Corona, Il suggère aux -chrétiens engagés dans la profession des armes Fexpédient de la désertion. C'était la coutume que les soldats romains, dans les fêtes militaires
AN 198 APRÈS lÉSUS-CHRIST. 6.3
et les distributions que leur faisait Tempereur, paraissaient la tête ceinte d'une couronne de laurier, tels que nous voyons sur les médailles la tète des empereurs. Le soldat était empereur, avant César lui-même, nous Tavons dit maintes fois. Un jour, a une distribution, un soldat chrétien ose se présenter sa couronne à la main : interrogé pour ce fait, il répond que sa religion }ui défend les actes d'idolâtrie ; et sur son refus, il fut dégradé.
Cette action fut diversement interprétée. Quelques-uns blâmèrent le soldat et l'accusèrent d'indiscrétion, disant que la couronne était chose de soi indifférente, que les Écritures^ ne défendaient nulle part Tertullien prit la défense du soldat, et soutint que le port de la couronne en cette cîrcons^ tance était un symbole antichrétien. Nous ne citerons pas les divagations de Tertullien a ce propos; mais on ne saurait nier qu'il eut raison au fond.
La couronne militaire, signe du despotisme impérial et de l'oppression des peuples, était un outrage déplus à la société écrasée. Le livre de Tertullien ne fut peut-être pas étranger à la persécution qui éclata Tannée suivante contre les chré-r tiens.
Sévère, inaugurant une politique nouvelle, ou revenant hardiment à l'ancienne, n'agissait point par fureur^ cruauté ou ineptie ; ce n'était point un insensé comme Galigula, souhaitant de décapiter d'un coup le peuple romain ; un débauché comme Néron cherchant des émotions dans des prodigalités sans nombre, un bravache comme Commode, un lâche comme Domitien, achetant sa sécurité au prix des plus monstrueuses largesses. Tout en lui décèle un esprit de suite qui trahit le théoricien, on dirait presque le réformateur. Il songe à tout, à la religion, a la justice, aux arts; il prétend tout soutenir, tout faire marcher, en organisant méthodiquement l'exploitation des nations par le peuple romain, et en faisant de ce peuple le Dieu de l'univers. Il a parfaitement vu que le Christianisme est Tantithèse de César : aussi songe-t'il a le combattre par la religion, par la philosophie, et même par des apparences de réforme. Sa femme, bel esprit,
64 césârisme et christianisme.
cœur généreux, Julia Domna, vient à son aide, dans cette œuvre de résistance.
C*était une dévote à Apollonius de Tyane; par son ordre, Phîlostrale reçut la permission d^écrirc Thistoire du grand théosophe, sur les mémoires qu'avait laissés Damis, son disciple. En même temps Antipater, dit le docteur des dieux^ fut chargé de faire l'éducation du jeune Bassien, et Papinien, de composer le code des lois.
1 99-202. Sévère rend des édits rigoureux contre les sociétés secrètes, ce qui amène la cinquième persécution. — Les martyrs les plus célèbres qu*elle fit furent Léonide, père d'Origène, alors âgé de dix-sept ans, à Alexandrie; Plutarque, disciple de Léonide; Irénée, Pantignostique, a Lyon; les martyrs Scillitains, à Garthage. — Les ordres de Sévère répondaient aux sentiments du peuple et des soldats. Contre les adorateurs du Christ, il n'y avait qu*un cri dans la masse : Chrisiianos ad leones!
200. Destruction du royaume de Bactrîane par les Scythes Borans. Combien de fois, depuis sept mille ans, n*a-t-elle pas été saccagée, la patrie de Zoroastrel... A de longs intervalles^ rhistoire nous apporte Pécho de ses malheurs : rien n*a surnagé de cette civilisation, qu*un livre de prières, le Zend'Avestaj et le principe dualiste de la théologie, qui après avoir parcouru le monde, civilisé la terre, réformé l'Assyrie et la Palestine, repose aujourd'hui dans le tombeau de Jésus- Christ.
— Sérénus, Perséus, Philon, mathématiciens, perfectionnent la théorie des courbes et des sections coniques.