SIÈCLE DES PRÉTORIENS
De la fin de Commode (192) à la paix de TÉglise (312), on compte, pendant un laps de cent vingt et un ans, quarante- 6ix à cinquante personnages revêtus de la pourpre impériale, et en ajoutant dix-neuf sur les trente tyrans que Ton compte ordinairement, soixante-cinq à soixante-dix représentants du
Césarîsme. En retranchant de ce nombre la moitié au moins, pour la simultanéité des commandements divers, voulue ou non voulue, il reste trente a trente^-cinq, soit un peu moins de quatre ans, en moyenne, par empereur!
Ainsi Rome est déchirée au dedans par sa constitution césarienne, plus encore que tourmentée et vexée au dehors par les barbares. Avec le principe, que Télection populaire, devenue rélection du soldat, fait la légitimité^ aucune tradition ne peut s'établir; TÉtat est essentiellement révolutionnaire. Gomme Ta dit un prince français, jeté par un tour de fortune des marches du trône dans Texil, l'empereur Napoléon 1*' était légitime ; Louis-Philippe légitime ; le gouvernement provisoire légitime; et Napoléon 111, aussi légitime!...
Dés lors on peut dire que c'est la mort du pays qui est légitime.
Cependant chaque empereur fait de son mieux pour créer, avec le respect de la démocratie, une perpétuité et une transmission régulière : la pourpre reste d'abord dans la famille d'Auguste, puis elle passe aux Flaviens, des Flaviens auxAntonins; Sévère va de nouveau essayer de l'hérédité sur sa propre famille; nous verrons la famille de Constance Chlore, celle de Théodose, recommencer le même labeur. Les proscriptions, les séductions, l'or et les privilèges ne sont pas ménagés. Rien n'y fait; l'hérédité ne s'établira pas : elle répugne au Césarisme comme à la papauté elle-même.
Dans l'ordre des idées, le Christianisme va se formuler progressivement sur les débris de la gnose, en face de la philosophie expirante. Sa méthode de syncrétisme, nous la connaissons : pressé par le débordement des théories, par l'avalanche des écritures. Évangiles^ Apocalypses^ Épîtres, et forcé de faire un choix, et de publier son programme, il vient de se donner un code sacré ; il a fini par se composer un recueil de livres, quMl déclare seuls et h l'exclusion de tous autres traditionnels, authentiques, apostoliques; avec des textes de ces codes et un certain nombre de passage de livres
^6 GHRISTIAMISIIE ET GÉSARISME.
hébreux, il se fera une gnose k lui, qu*il déclarera antérieure k toutes les autres, et qui seule sera réputée orthodoxe et véritable. De ce moment, sa polémique sera simple : aux armes accoutumées delà mauvaise foiydePignorance et de la calomnie, il joindra son lit de Procuste, c'estrà-dire son formulaire, et tout ce qui restera eu deçà ou ira au delà sera condamné. Il faudra du temps aux chrétiens, k leurs évêques mêmes, pour 60 pénétrer de ce système : tout se fera avec le temps, lie plus fort est accompli : nous avons des Écritures, une tradition : il ne 8*agit plus que d^exégèse.
I^a dissolution des grandes doctrines philosophiques, l'invasion de la théupgie, attestent l'invasion des classes inférieures dansf Tordre des idées, comme dans celui de la politique; tout génie disparaît sous la superstition et le despotisme, et toute littérature. La vase de la société monte à la surface : et pour avoir cherché Tordre, la justice et la piété en dehors de la liberté et de la raison, il n'y a plus ni ordre, ni justice, ni piété.
Mais pour suivre le système de Sévère, peu de génie est nécessaire) la force, encore la force et toujours la force. Aussi, le in^ siècle ne présente plus, parmi les Césars, d'individualités d'une haute valeur; ou s'il s'en rencontre quelques-unes, elles n'apparaissent, comme Probus, que pour protester contre le despotisme militaire.
Les époques de triomphe pour la démocratie sont les époques de misère pour Thumanité: cela sera vrai encore après dix-huit siècles.
^0±^ L*organisation du despotisme militaire se poursuit avec ardeur. La constitution d'Auguste, qui du moins avait respecté les formes, et que les Antonins avaient rendue presque aussi libérale qu'elle avait été sous la république, est abrogée purement et simplement. Jusqu'ici Tempereur avait porté le titre de prince ou président du sénat; grâce k cette fiction, qui conservait les formes de l'ancienne légalité, le sénat semblait être toujours Tautorité législative et souveraine, dont l'empereur ne faisait qu'exécuter les décrets; à cette ombre de constitution, k ce principal fictif,
Sévère substitue Tabsolutisme du Sfibre dans toute sa nudité. Sa vie entière est une censure de la mollesse et de la négligence des Antonins, qui avaient laissé péricliter l'empire. Sur son invitation, orateurs, jurisconsultes, hommes d'État, tous s'empressent à i'envi de proclamer l'omnipo* tence de César : oui, il est l'héritier du sénat, il réunit en sa personne toutes les prérogatives des pères conscrits, toutes les attributions. Le principe de l'obéissance passive est prêché au nom de la nécessité et de la raison d'Ëtat par ceux que leurs fonctions et leur caractère public appelaient à défendre le droit traditionnel , et comme on Ta vu tant de fois depuis, c'est au moment où la jurisprudence atteint sa perfection, que les jurisconsultes, perdant le sens de leurs aphorismes, signalent leur abaissement par leur zèle k proclamer le droit divin de la plèbe, en la personne de son empereur. Le châtiment ne se fera pas attendre ( s'il n'y a rien de plus vil que le magistrat courtisan, il n'y a rien aussi que la tyrannie se plaise k humilier davantage.
Des jurisconsultes, la corruption semble s'étendre aux philosophes^ protégés par l'impératrice Julia Domna. C'est elle qui nomme aux chaires; elle encourage, récompense, applaudit; elle apparaît, sous la pourpre, entre deuxfaisceaux d'armes, comme la déesse de la raison prétorienne. Elle mérite d^ètre surnommée la Philosophe : aussi les chrétiens l'ont couverte d'outrages^ qu'elle mérita aussi peu que les déesses de la liberté en 93.
Sévère soutient ces réformes par le succès de ses armes. Il soumet les peuples de l'Adiabène et les Arabes, revient en Palestine, où il châtie les juifs toujours en révolte, défend k eux et aux chrétiens, sous peine de mort, de faire des prosélytes; puis il passe k Alexandrie, où il institue un sénat pour gouverner au nom de l'empereur.
Après tout. Sévère raisonnait avec cette rigueur de logique qui distingue les hommes d'épée. Pouvez-vous faire que tous les hommes soient égaux, demandait-il? Personne ne le pensait^ et les chrétiens communautaires donnaient de tristes échantillons de leur égalité. Or, si tous les hommes
ne peuvent être égaux, poursuivait Sévère, il faut donc qu'il y en ait qui servent et d'autres qui commandent; telle a été dès Torigine la pratique des patriciens et des nobles de tous les pays. Mais depuis le grand Jules César, l'application du principe a changé : il n'y a plus a Rome ni patriciens ni plébéiens ; il n'y a qu'un seul peuple, commandé par l'empereur, et les nations pour les servir... Tout le secret de l'empire, Arcaniis Imperii, est là I...
— Suivant Buret de L...., cette époque est marquée, pour la Germanie, par la transformation de Tancien culte druidique en religion nouvelle, dont les dieux furent pris parmi les héros qui s'étaient signalés contre les Romains, tels qu'Ârminius, Odin, Sartovir, Radogaste, Barlenus, etc. Les Romains déifient leurs empereurs, semblent dire les barbares ; nous déifierons nos héros. C'est toujours la guerre, la guerre élevée jusqu'à l'idéal.
(Vérifier ce qu'il y a de positif dans cette indication.) ZOtim Sévère fait épouser à son fils Bassien, dit Caracalla, la fille de Plautien , commandant général des gardes prétoriennes. Pour célébrer ces noces, Plautien fait châtrer cent Romains de condition libre, afin que sa fille ait des eunuques dignes d'une reine d'Orient.
— TertuUien publie son apologie en faveur des chrétiens. Hypocrisie 1 Avec des princes tolérants, tels qu'Antonin et Marc-Aurèle, l'apologie était de mise : entre chrétiens et philosophes, on pouvait alors s^entendre. Mais sous Sévère! pour l'honneur de la chrétienté, mieux eûl valu faire comme les juifs, désobéir, souffrir et se taire. Il y a, certes, dans l'apologie de TertuUien, des choses d'une prodigieuse iro-t nie, d'une éloquence divine, d'une raison souveraine : l'ensemble, dans la bouche surtout d'un TertuUien, et en présence d'une condamnation systématique aussi parfaitement motivée, n'apparaît que comme un tissu d*arguties ou de mauvaise foi. TertuUien n'est beau que quand il attaque : c'était une invective qu'il devait lâcher sur l'empereur, non une apologie. La cause était entendue, et depuis un siècle! il fallait mettre en présence les deux mondes.
AN â04 APRÈS JÉSÛS-CHRlST. 69
2S03« Sévère, vainqueur des Parthes et pacificateur des provinces, rentre a Rome par l'Asie mineure et rillyrie.
— Commencements d'Origène : il est chargé dMnstruire à • Alexandrie les catéchumènes.
(Noter ce personnage, dont Tinfluence sur le Christianisme sera décisive, comme celle de Sévère sur le Césarisme. Mais Sévère, au lien de se laisser aller à la philanthropie cosmopo^ lite des Antonins et des Flaviens, pose le Césarisme dans la rigueur de son principe, et en poursuivit sans broncher ni dévier l'exercice; tandis qu'Origène, avec sa théorie de Tinègalité des âmes, ramène le Christianisme à Tinégalitè sociale, et dément toute la mission de Jésus.)
«MMI« Plautien, préfet du prétoire, insulté par Caracalla, son gendre, conspire ou plutôt est censé conspirer contre la vie des empereurs. Sévère le fait égorger sous ses yeux, puis lui donne des regrets. Ainsi commence le châtiment de la magistrature : la préfecture du prétoire est donnée ensuite au jurisconsulte Ulpien.
De grands jours sont célébrés k Rome cette année. Réjouissance et massacre, c'est le pain et le sel du peuple romain.
La secte des apostoliques (171) se noontre de plus en plus hostile aux tendances dogmatiques et hiérarchiques de Tépiscopat. Elle refuse d'obéir a aucune autorité ; les apostoliques pouvaient citer, en faveur de leurs sentiments, des textes invincibles et des exemples manifestes; des textes : Que celui qui veut commander avs autres^ avait dit Jésus, soit le dernier de tous! Et Jean, le disciple favori : Vous rCavez que faire de docteurs parmi vous; car^ sachant ce que je vous dis, vous savez tout! des exemples : les évêques pouvaient-ils être bien venus, sous un despotisme comme celui de Sévère, a reprêcher encore leur autorité? quoil c'est là tout ce qu'ils savaient pour organiser le peuple chrétien I...
Mais la logique, le bon sens, ne furent jamais dans les tendances du sacerdoce. Tandis qu'Irénée et ses collègues dogmatisaient, excommuniaient, créaient un empire plus
70 CÉSAKISME ET CHRISTIANISME:
redoutable que celui des Césars, TertuUien, sous prétexte d'idolâtrie, déclamait contre les spectacles, Part dramatique, ^les lettres, les arts, la toilette des femmes ; il eût voulu mettre tout le monde sous le joug d'un ascétisme barbare. [Citer quelque chose de ces ouvrages, — notamment de celui sur les spectacles.
(c 11 vous faut des spectacles : attendes le plus grand de tous le? spectacles, le jugement dernier, jugement universel ie l'univers l Oh I combien j'admirerai, combien je rirai, combien je me réjouirai, combien je triompherai, lorsque je conteniplerai tant de superbes monarques et de dieux imaginaires, poussant d'affreux gémissements dans le plus profond de l'abîme ; tant de magistrats qui persécutaient le nom du Seigneur, liquéfiés dans des fournaises mille fois plus ardentes que celles où ils ont précipité les chrétiens ; tant de sages philosophes rugissant au milieu des flammes, avec les disciples qu'ils ont séduits ; tant de poètes célèbres tremblant devant le tribunal, non de Minos, mais de J.-C. ; tant d'acteurs tragiques élevant la voix avec bien plus de force pour expi'imerleurspropres douleurs; tant de danseurs, etc. » (Voir pour la suite, De spectaculis, c. 30.)
Cette tirade de TertuUien sert encore de modèle a tous les prônes de nos curés et missionnaires sur l'enfer, le jugement dernier, etc. — Et l'inquisition s'est donné le plaisir, dans ses actes defoi^ d'en donner des représentations.]
Cyprien avait raison de dire de lui : Da.... mihi magistruml Maître en fanatisme I
N'y avait-il donc pas mieux à reprendre dans le monde romain ? Quoi I pas un mot contre le despotisme césarien, contre l'esprit séditieux et tyrannique des légions, contre la grande propriété, contre la désertion du travail ; pas un mot en faveur des esclaves I.... Sans doute le polythéisme est la consécration des abus et des vices que le Christianisme est venu abolir; mais en attaquant la mythologie de cette société, ne pourrait-il pas combattre aussi sa pratique ? Combien le prêtre africain est loin de Jésus I...
Dans son écrit Â.vx martyrs^ il ne tolère pas la plus légère
AN ioH APRES JÉSUS-CHRIST. . 71
précaution pour échapper au supplice ; et cependant nous Tavons vu, dans son Apologie, dissimuler le drapeau chrétien et défendre son parti sur des choses qui, dès cemoment^ ne sont plus en question !....
— Oppien publie ses livres sur la Chasse et la Têche. — En voilà un du moins qui se moque également des chrétiens et des empereurs.
S0S-807. Bulla Félix, chef de brigands, exploite Tltalie sous le nez de Tempereur, pendant deux ans, et rappelle les exploits de Spartacus. Il est pris à la fin, et envoyé au supplice. Ce fait accuse une désorganisation générale, et la nécessité d'une réforme, que poursuivaient, chacun dans une direction opposée, le Christianisme et Tempereui*. Sévère, dans son système de conservation et de réaction impitoyable, était logique, plus logique que Tépiscopat chré* tien : mais la cause qu'il soutenait était condamnée ; et, si mal défendu, si dissimulé et faux que fût dès cette époque rÉvangiie, il avait raison contre César. Les esclaves formaient seuls la classe travailleuse, et Tesclavage était meur • trier; cause de dépopulation plus terrible encore que la guerre; la condition du colon peut-être pire encore que celle de Tesclave.
Dans cette misère des classes travailleuses, la proprîétéi lé commerce et l'industrie perdaient toute sécurité, t'ort pour la guerre civile et la guerre étrangère, l'empereur se trouvait impuissant pour la police des campagnes : il y avait des légions pour les Germains et les Parthes ; des prétoriens pour vendre l'empire; des vétérans pour le ressaisir ; il n'y avait rien pour encourager l'agriculture et les métiers, protéger le commerce et la propriété.
S07* TertuUîen se met k batailler contre Marcion, et comme s'il eût voulu rire de lui-même , il entre dans la secte de Montan. Il y fut poussé, dit Fleury, par Tenvie qu'il inspira au clergé de Rome et par les outrages qu'il en reçut!... Cexlergé, jouissant de bons appointements, voulait vivre en paix et ne point s'attirer de misères de la part des empereurs ; il se souciait peu des réformes du prêtre afri-
cain, qui le discréditait!... G*est vers cette époque qu'il écrit son livre des Prescriplions.
Si quelque philosophe de Técole de Lucien ou de Socrate eûtsuiviàcette époque la polémique de Tertullien, quel immense éclat de rire lui serait venu, en voyant ce déclamateur, au moment même où il opposait aux hérétiques une série de fins de non-recevoir, qui toutes se résument dans ce seul mot, Tautorité, devenir lui même chef de secte et protester contre Fautoritél... Eh quoi! fidèle Ter tuUien, vous aussi, voila que vous protestez contre FÉglise et contre Tépiscopat!...
Non, dites-vous, je suis avec TÉglise : je pense seulement que certaine chose que j'affirme doit se trouver dans FÉglise et vient des apôtres, bien que tels et tels ne la connaissent plus, et que certaine autre chose que je nie n'est pas dans rËglise et ne vient point des apôtres, bien que certaines gens, qui croient être quelque chose, disent le contraire !... Et que disent donc les autres que vous traitez d'hérétiques ! Allez, rhéteur, ni vous ni personne ne savez ce que les apôtres ont entendu ou n'ont pas entendu : ils n'ont jamais su un mot de toutes les questions qui s'agitent maintenant, et vos Églises, prétendues dépositaires de leur doctrine et qui dogmatisent en cette qualité, n'en ont rien reçu !...
2oé-2iO. Sévère occupe ses soldats contre les Calédoniens. Il perd dans cette expédition 50,000 hommes tués par le froid et exterminés par l'ennemi dans une retraite. Après avoir fait la paix avec les barbares, il ne trouve pas de meilleur moyen pour protéger la conquête romaine que la construction d'une muraille entre l'Angleterre et l'Ecosse.
— Tertullien publie traités sur traités (contre Praxéas; contre Hermogène ; de lo. Chair de •7.-C. ;de VAme; de la Résurrection). — Tout ce qu'il dit est un syncrétisme emprunté de droite et de gauche aux opinions en vogue, et qu'il appuie ou combat par des arguments a lui, les plus étranges du monde. C'est ainsi qu'il soutient, contre Valentin (135), la résurrection des cadavres, opinion qui doit d'au-
tant moins surprendre en Tertullien, qu'il soutenait, non matérialité, mais la corporalilé de l'âme.
éitO. Origine de la maison de Nassau, en Allemagne.
Règne de Fingal, fils de Gomhal et père d*Ossian, dans nord-ouest de TÉcosse.
— La persécution sévit k Alexandrie, surtout parmi disciples d'Origène. Les exhortations de ce jeune homme avait alors 25 ans) enflammaient les hommes et les femn d'un incroyable enthousiasme ; et plus d'une fois sa vie en danger, non moins par la colère des familles qui rac( saient de la perte des leurs, que par les recherches des o ciers de Tempire, qui Feussent puni du dernier suppli C'est vers ce temps qu'Origène, chargé de catéchiser femmes, et voulant se mettre à l'abri de toute tentati< désarma l'ennemi en se mutilant lui-même : il a dep combattu cette fausse et grossière interprétation d'un te de l'Evangile, et il a donné lieu de penser, par ses regrc que non seulement il avait fait le malheur de sa vie, m anéanti en lui la vertu même de chasteté, qu'il tenait er haute estime.
Sli. Sévère meurt à York, à 66 ans, de fatigues, de cl grins, peut-être aussi de remords. Il avait vu son fils Ga calla attenter à ses jours, et l'idée qu'il laissait Tempire i mains d'un parricide remplit d'amertume ses derniers i tants. On l'entendait dire : Omnia fui, et nihil expedit:j été tout, et tout a bien 'peu de valeur! Encore un Salomon < sabusé. Il avait donné a ses deux fils le titre d'Auguste e nom sacré d'Antonin, espérant que leur iinion ferait gloire de sa famille et la prospérité de l'empire : aussi c( pable en cela que Marc-Aurèle, dont il avait souvent blâm< népotisme à l'endroit de Commode, il sacrifia k Torgueil nastique les intérêts du monde.
— A peine Sévère a rendu le dernier soupir, les Calé< niens se soulèvent. Les deux Augustes, Caracalla et G( sont d'abord battus; ne voulant ni vaincre ni être vain ensemble, ils se hâtent de faire la paix avec les barbares portent k Rome le scandale de leur discorde.
— Tertiillien écrit le Scorpiaque^ ou antidote contre Marcion et les gnostiques : pamphlet qui ne manque pas d'une certaine Valeur négative contre les sectes qu'il attaquait, mais qui ne prouve absolument rien en ikveur des Églises épiscopales et prétendues orthodoxes, témoin Tertiillien luimêine, qui s'en séparait. — Dans un autre écrit du même . temps, il soutient qu'il est défendu au chrétien, sous peine d'apostasie, de se soustraire par la fuite a la persécution^ ce qui est diamétralement opposé k l'Évangile, qui dit : Si Von vous persécute dans une ville, fuyez dans Une autrek Mais peut'-étre que l'on regardait ce texte comme une interpolation faite pour le besoin du moment : ce qui n'avait rien d'impossibles
[La fuite est, selon Tertuliienj une quasi'^poBtasie. Il est cependant k remarquer que TertuUien ne souffrit pas le mafiyrè,]
•- MinutiuB Félix écrit son traité contre les païens. — Opuscule plein d'élégance, instructif pour l'histoire ecclé* sias tique, mais dans lequel on ne saurait nier que les objections de l'orateur du paganisme, Octavius, ne sont nullement réfutées par l'avocat des chrétiens, Cécilius.
Sur l'appréciation du paganisme, l'ouvrage de Minutius Félix est fort au-dessous de la théorie d'Apollonius de Tyane (37) et de Simon le Mage (20), des ophites (149) et d'autres gnostlqUes. 11 embrasse pleinement le mosaïsme^ comme fondement et précurseur du Christianisme, n'aperi^oit dans les autres cultes que ridicule et immoralité, et conclut contre tous en faveur du sien.
Le âens de la révolution chrétienne de perd de plus en plus.
Construction du cif que de Caracalla.
SiSÎ. La haine des deux frères divise la cour, la ville et l'armée en deux factions. Quelques-uns forment pour eux le projet de partager l'empire , l'héritage plébéien. A cette nouvelle, l'indignation éclate parmi le peuple. Julia Domna, par ses supplications, réussit à faire abandonner cette idée funeste et obtient un semblant de réconciliation. Les deux
frères co&se&tent k se voir, à s'embrasser dans Tappartement de leur mère : Caracalla choisit ce moment pour assassiner son frère, dont le sang jaillit sur la robe de Timpèratrice.
Le fratricide se sauve dans le camp des prétoriens, qu'i entraîne par ses calomnies et ses distributions; puis il fait l'apothéose de Géta. Car après tout Géta est mort empereur, et il fkut que les choses se passent convenablement. Sit divus, dum non sit virms, dit Caracalla.
Il consacre, dans le temple de Sérapis, Tépée avec laquelle il avait tué son frère.
Alors commence une proscription affreuse, où périrent, ditj^an, vingt mille personnes. Le principe césarien, prétorien, légionnaire triomphe, et se signale par ses œuvres. Nous ne sommes pas encore arrivés cependant a son expression la plus haute, la plus idéale!...
[Une fois entré dans la voie du crime, Caracalla devient furieux comme Commode. Il croit voir Tombre de Géta qui le poursuit; partout il voit la vengeance, et pour la prévenir se fait assassin. Helvius Pertînax le surnomme Oé*tittSj jouant sur le mot Gêia; il paie de sa vie ce bon mot. — Mort de Pavilla, dernière fille de Marc-Aurèle, et de Thraséas Priscus, — Caracalla est un mélancolique. Un an après la mort de Géta, il quitte Rome pour n'y rentrer jamais.]
Papinien, que Sévère avait chargé (198) de la rédaction des codes, refuse de faire Tapologie de Tassassin. Ainsi Papinien, comme Plautien (204), comme Ulpien (228), paie de sa vie le servilisme de la magistrature. Son tort fut de consentir k rester dans un corps avili (201). En faisant Tapologîe du meurtre de Géta, il eût été lâche, mais conséquent; après la révolution opérée par Sévère, sa résistance, d'après les propres maximes des magistrats, n'était plus que de la révolte. Que le juge livre au bon plaisir du prince la liberté publique, et le prince lui demandera bientôt sa conscience : et sHl refuse, eh bien! dira l'empereur, la toge ou la vie!...
— Tertullien éct^t k Scapula, gouverneur d'Afrique, en faveur des chrétiens. H s^appuie surtout sur de nombreux pro^ diges» signes de la colère du ciel contre les persécuteurs. Il
cite notamment une éclipse de soleil arrivée a Utique, contre les règles de Vastronomieî La superstition envahit le Christianisme : encore un peu, et ce sera une superstition qui n*aura rien k envier, rien k reprocher k Fidolâtrie.
[A Scapula, Tertullien lui dit, entre autres, que s*il veut réprimer sérieusement le Christianisme, il doit s'attendre k décimer Carthage. Dans cet écrivain hyperbolique et passionné, cela représenterait un quarantième de la population. Et cependant, k en croire ce même apologète^ les chrétiens rempliraient tout.]