‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 253 sur 365 · ACTE I, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I

CA.ROLIl!f£.

je ne sais par où commencer...... Mes larmes

coulent.

BAZILE

Hé ! morgue , des pleurs n'^ont pas des raisons Voyons donc, encore un coup, parlez.

Mon mari, mon pauvre Charles!... Ah! que je lui ai coûté cher !

BAZJLE.

Le bonheur peut-i' trop se payer !

CAROLINE

Il était né pour un état....

BAZILB.

Pus noble , peut-être , à la bonne heure ; mais sa CaroUne est tout pour li ; je le crois , parce qu'il le dit, et que Charles ne ment jamais.

CAROLIITE.

Oui, sans doute ^ il était né pour un état plus relevé; mais moi, jeune, sans parens, sans fortune, et surtout sans expérience, pouvais-je.... Charles....

Charles vous trouva jolie , pas vrai ?

CAROLINE

II me le dit , du moins.

BAEILE.

Je le crois. Et lui , que vous en semblait ?

CAROLINE

Ëh ! qui n'aurait-il pas charmé ? Sa jeunesse , ^s

grâces, ses soins étaient des armes trop fortes pour une jeune fille livrée à elle-même.

BAZILE

Enfin....

CAROLINE

Enfin ses prières furent des lois pour mon cœur. Il parla, et je le suivis. Un sol étranger fut notre asile , et un autel sacré , mais méconnu par nos lois , reçut nos sermens. Avec quel plaisir je prononçai celui de vivre pour Cliarles ! Avec quel délire il prononça celui d'une éternelle fidélité ! Mon ami , je ne vous peindrai pas ce que nous sentîmes : vous êtes seul , et il est des sensations qu'on ne peut concevoir qu'en les éprouvant soi-même.

BAZILE

Je conçois aisément le bonheqr de mon ami Charles. Après?

CAROLINE

Nous épuisâmes bientôt ce que mou mari avait d'argent. Nous nous trouvâmes dans une terre étrangère , isolés de la société , sans support et sans espoir. L'amour de la patrie parlait au cœur de Charles. Le besoin se faisait sentir ; Charles était père ; ses larmes avaient déjà coulé sur ma petite Cécile ; il souffrait pour elle et pour moi, « Partons , me dit-il un jour, partons , ma Caroline ; retournons en France. Une éducation soignée, des talens agréables, m'y promettent des ressources. Nous n'y connaîtrons pas* l'opulencjB ; mais nous y serons loin de l'adversité. » Jamais je n'avais su rien refuser à Charles , et , malgré

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