‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 271 sur 365 · ACTE II, SCÈNE IL 4of · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE IL 4of

délicieuses attachées à la paternité, si ces avantages sont quelque chose , comparés à de vains préjugés, quel homme fut jamais plus heureux que je le suis!

VERNEUIL

Mon ami, Tamour a ses illusions. Il vient un temps oii le bandeau tombe , et où la vérité dissipe des prestiges qui nous furent long-temps chers.

. Des prestiges! des illusions! Quoi, un bonheur que je sens, qui me pénètre, dont la douce influence renaît sans cesse, et me console de mes privations, tout cela ne serait que des chimères? Vemeuil, peuxtu le penser? Te flattes-tu de m'en convaincre ? Quand je sors pour occuper des bras déjà exercés au travail, quand je ploie sous le faix, quand je sens la sueur ruisseler de chaque partie de mon corps , et que je me dis : « Courage , Charles , encore un effort , c'est pour ta femme et ton enfant , ils t'attendent au retour,» alors mon travail s'ennoblit à mes yeux, mon ame s'exalte, mon courage se ranime, et je vois sans envie passer, dans un char doré, l'homme indolent, mort aux vraies jouissances et aux tendres émotions de la nature. Le soir, je reviens gaîment. Ma Caroline accourt vers moi; ma petite Cécile se hâte sur ses jambes faibles et peu sûres encore. Toutes deux me pressent dans leurs bras , m'embrassent tour à tour. Un repas frugal, mais où président l'appétit et la gaîté, termine la journée. C'est quelquefois un pain noir, un pain qui n'est accompagné d'aucun autre mets ; mais ce pain que je partage ^vec des êtres IX. a6

4oa CHARLES ET CAROLINE.

chéris, qui ne doivent leur existence qu'à ma tendre sollicitude , ce pain me paraît délicieux. Reste avec nous, Verneuil. Tu ne mangeras pas, peut-être; mais tu verras le tableau du bonheur.

VERWEUIL.

Ah! mon ami, pourquoi mon père ne t'entend-il pas déployer cette éloquence persuasive qui me laisse sans force contre toi? C'est un bon père; mais il tient à ses opinions ; il a pour lui 1^ lois , et il invoque leur secours.

CHARLES

J'invoquerai, moi, la nature et les hommes qui la connaissent.

VERITEUIL.

Les hommes sensibles te plaindront , et voilà tout. Des juges intègres prononceront la dissolution d'un nœud....

CHARLES

Us oseraient le faire!

VERNEUIL

Ils ne peuvent s'en dispenser.

CHARLES

M'empêcheront-ils de respecter mes sermens! Fermeront-ils mon cœur au cri de ma conscience, qui me répétera sans cesse : Sois honnête homme , et remplis tes engagemens?

VERNEUIL

Tu as déjà encouru la haine de ton père.

CHARLES

Elle est injuste, et c'est assez pour moi.

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