‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 272 sur 365 · ACTE II, SCENE II. 4o · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE II. 4o

VERWEUIL.

Sa vengeance te poursuivra.

CHARLES

Je tâcherai de m'y soustraire.

VERNEUIL

Tu t'en flattes en vain. Tu n'échapperas pas aux recherches de ces êtres vils qui font métier de la délation et de la trahison.

Je me défendrai, je défendrai les miens.

VERNEtJIL.

Tu succomberas sous le nombre.

CHARLES

J'aurai fait ce que j'aurai pu. Je recommanderai ma famille à la Providence, et ma vengeance aut amis de la probité.

VERNEUIL

Faibles ressources! Il est des moyens plus surs

CHARLES

Et lesquels?

VERNEUIL

Céder pour un moment; paraître te rendre aux désirs de ton père ; donner les riiains à ses projets , et plus tard....

CHARLES

Déshonorer ma femme! Vèrneuil, Verneuil, je ne suis ni faible, ni injuste : de tels conseils sont déplacés.

VERNEUIL

Que veux- tu donc faire?

4o4 CHARLES ET CAROLINE.

Mon devoir. Il est au-dessus de vos usages, de vos préjugés et de vos lois. Oublions un moment mon amour, mon bonheur, et tout ce qui m'environne; ne consultons que l'honneur, il doit être sacré pour toi. Caroline, encore enfant, n'ayant que des vertus, et ne soupçonnant pas qu'il existât des vices, Caroline me plut, je le lui dis, et son cœur fut le prix du mien. Je l'enlevai à sa patrie ; je lui fis faire une démarche dont elle ignorait les conséquences. L'innocence est sans armes, aussi n'éprouvai-je point de résistance; mais je jurai par le ciel, et par cet honneur qu'on veut que j'oublie, d'être à jamais son amant, son époux, son protecteur. Si je suis tout pour elle , si elle n'a que moi , dans l'univers entier , qui sente et qui adoucisse ses peines, dois-je lâchement les aggraver ; déchirer un cœur où mon image est gravée en traits de feu; vouer à l'infamie celle qui s'est fiée à ma foi; payer l'amour par un parjure, la confiance par une perfidie, et mon retour à la fortune par le comble de la scélératesse? Réponds. Si tu étais mon juge, oserais-tu prononcer contre moi?

VERNEUIL

Ah! mon ami, tu me soumets, tu me subjugues, et, malheureusement, je ne puis rien pour toi.

CHARLES, apercevant Caroline. '

La voilà, celle qu'on veut que je trahisse... Regarde, et juge-moi.

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