‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 273 sur 365 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

CHARLES, VERNEUIL fils, CAROLINE.

VERNEUIL, basàCharles.

Dissimulons, mon ami.

Dissimuler ! Je n'ai plus rien à ménager. L'affreuse vérité lui parviendrait tôt ou tard.

CAHOLINE. *

Qu'ai-je entendu?

CHARLES

Je voulais l'épargner ce coup : les ménagemens deviennent inutiles. Notre perte est jurée, rien ne peut nous sauver. Nous n'avons plus que mon frère qui s'intéresse à nous ; mais sa tendresse est impuissante , et ses efforts seraient vains.

CAROLINE

L'extrême danger me rend toute ma fermeté. Je ne suis plus cette femme timide qui te cachait ses pleurs. Je soutiendrai ton courage, ou je le partagerai. Je me sens assez de fierté pour braver l'orage, et assez de noblesse pour pardonner à nos oppresseurs; mais rien n'est désespéré encore. Monsieur, vous êtes le frère de Charles, et vous lui devez des secours. Si le comte de Verneuil a de la sensibilité, vous saurez l'émouvoir. Si je l'ai offensé, ramené par vos prières, il me pardonnera une faute dont je ne connaissais pas l'étendue. Je suis pauvre, monsieur; mais ce n'est pas un crime. Je n'ai point de titres; mais

4o6 CHARLES ET CAROLINE.

je suis honnête. Telle que j'étais, Charles ne m'a pas dédaignée, et, après plusieurs années, il s'applaudit de son choix. Pourquoi son père proscrirait-il sa compagne? Charles, en m'élevant jusqu'à lui, est encore ce qu'il fut autrefois. J'ai un enfant, monsieur, et Charles est son père. C'est pour cet enfant malheureux que j'ose élever la voix. L'habitude du malheur me rendrait peut^^étre ma situation supportable ; mais mon enfant.... ma Cécile....

Tu l'entends, Verneuil. Voilà ma femme, voilà ta sœur. Si vraiment je te suis cher encore, peux-tu lui refuser ta protection et ton amitié?

VERNEUIL

La compagne que tu as choisie doit être digne de toi, et je ne balance pas à me déclarer son frère et son ami.

CAROLINE

Oui, je suis digne de lui, si l'amour tient lieu de tout. Si mon dévouement pour des parens qui me pei*sécutent sans me connaître encore; si la faiblesse de l'innocence soiit des titres X|ui puissent balancer des opinions, oui, monsieur, j'ose le croire, j'ai quelques droits à votre estime et à votre amitié. Que dis-je? vous daignez me les offrir, et pourriez -vous me les refuser? Vous êtes le frère de Charles, le même sang circule dans vos veines, les mêmes principes doivent vous animer.

VERNEUIL

Les sentimens que vous inspirez, madame, ne per-

Page 1