‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 297 sur 365 · ACTE III, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE V

GAROLIIYE, à part.

Je suis perdue.

• VERNEUIL père.

Si VOUS étiez à ma place, vous permettriez- vous ce que vous me demandez ?

CHARLES

Si vous étiez à la mienne, vous couduiriez-vous autrement? Répar#riez-vous une faute par un crime? Vous laisseriez - vous intimider par de vaines menaces?

VERNEUIL père.

Ainsi donc ces menaces, loin de vous ramener à votre devoir, irr itent un caractère fougueux, qui dès long- temps ne connaît plus de frein ? Charles, Charles,, ce moment est le dernier qui vous reste. Vous en profiterez , si vos passions vous permettent encore de réfléchir.

CHARLES

J'ai résisté à vos larmes, jugez, mon père, si rien peut m'ébranlèr.

VERNEUIL père.

C'en est assez. Je me montrerai aussi inflexible que le barbare que rien ne peut amollir. Je le romprai , n'en doutez pas , ce nœud frivole que vous révérez, et que je méprise. Aujourd'hui, aujourdliui même, vos juges et les miens entendront mes plaintes, et ils n'y seront pas insensibles.

CAROLINE, àpart.

11 ne me reste que ce parti , et j'y suis décidée. ( A Verneuil père^ Epargnez- vous, monsieur , une'démar-

che inutile. C'est assez du mépris que vous me marquez, sans y ajouter un éclat déshonorant pour tous trois. La loi parle en votre faveur ; profitez -en sans l'invoquer. Victime innocente, je me soumets, je me résigne au coup qui me menace. Loin d'armer le père contre le fils, je m'immolerai pour les réunir. Jamais l'amour ne me parla aussi haut en faveur de Charles , qu'au moment où je le* perds à jamais; mais je Aii impose silence, j'étouffe ses plaintes et ses regrets. Charles était mon époux, je pouvais, je devais le croire ; je vous le rends, monsieur, il .est libre, et du moins vous ne l'arracherez pas de mes bras.

CHiLRLES.

Caroline , cjue &is-tu ?

CiLROLINE.

Ce que je dois. C'est pour toi que j'ai abandonné mes parens et ma patrie ; c'est pour toi que j'ai supporté la misère. Je t'immole à présent ma réputation. ( A Ferneuil père. ) Voilà le dernier de mes sacrifices, monsieur; la mesure de l'infortune est comblée. Malheureuse de n'avoir plus rien à offrir à l'amant que j'adorai^ et à l'époux qu'il faut que j'abandonne.

VERNETJIL père, à pai't.

Que sa douleur est touchante! Pourquoi faut-il

CHARLES

N'atteste pas l'amour. Il ne connut jamais ces sacrifices affreux, dictés par la crainte, arrachés par la ^brce. Si ton cœur, comme le mien....

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